II AVERTISSEMENT
doxes des Casuistes, familiers aux lecteurs de Pascal, s'y trouvent cités et réfutés un à un. La différence des deux méthodes (talent d'exposition à part) consiste en ceci : que les opinions extraordinaires d'Ayrault (l'Héreau de Pascal) sur le droit de légitime défense, qui justifie l'emploi de tous les moyens propres à prévenir une injure, est seulement citée dans la Théologie morale^ tandis que Pascal l'a réservée habilement comme péroraison à sa 14* Lettre sur l'Homicide. » L'écrivain anonyme de VAthenanim conclut à l'inconscience absolue de Pascal sur la question du tien et du mien en matière littéraire; il prend, comme Molière, son bien où il le trouve, et n'avertit pas. Ceci est notre justification. Mais nous en avons une autre. Elle vient de Sainte-Beuve, qui écrit * : « Je ne suivrai pas la série des attaques directes de Port-Royal contre les Jésuites dans les volumes intitulés : la Morale des Je-suites^ extraite fidèlement de leurs livres (1667), h Morale pratique des Jésuites (1669-1694), etc., qu'empilèrent successivement le docteur Perrault *, Varet, Pontchâteau, Arnauld, Nicole. Après la victoire décisive des Provinciales, cela me fait l'effet du gros train et des fourgons qui, en traversant le champ de bataille, achèvent les blessés et broient sous leurs roues les morts. » Sainie- Beuve était persuadé que la Morale des Jésuites^ qu'il ne savait pas être une réimpression de la Théologie morale^ était de 1667. Elle est réellement de 1644, et désignée en ces termes au Dictionnaire des anonymes^ de Barbier : Théologie morale des Jésuites, extraite fidèlement de leurs livres, contre la morale chrétienne en général (par Antoine Arnauld, à la sollicitation de M. Hallier, alors son ami, ou par M. Hallier lui-même). Paris, 1644, in-8^ de 61 pages.
Ailleurs, l'écrivain anonyme de VAthenœum trouve incroyable qu'il soit consacré moins de trois pages à la bibliographie des œuvres de Pascal, qu'il n'y soit pas
4. Histoire de Port-Royal, t. III, p. 246 de la 4* édition. t. Le frère de l'homme aux Contes de fées.
AVERTISSEMENT. m
même fait mention de l'édition in-4** des Provinciales^ publiée en 1867, par M. Lesieur, d'après le texte in-4® de 1656. L'édition Lesieur aura sa place dans la bibliographie des œuvres qui n'est pas faite et avec laquelle le rédacteur de YAthenœum a le tort de confondre la bibliographie des ouvrages relatifs à la vie de Pascal, annexée à V Introduction, Il se plaint aussi de ne pas trouver dans cette courte nomenclature la monographie de Dreydorf (1870), ni l'étude insérée, par Hagenbach, au tome V de sa Kirchengeschirkte. Il pourrait ajouter à cette liste l'article Pascal, de G. Saintsbury, inséré au tome XVIII de YEncyclopœdia britannica^ le Pascal physicien et philosophe de M. Nourrisson*, et d'autres travaux, quelques-uns considérables. Nous n'avons voulu indiquer que les principaux et en particulier ceux qui nous avaient servi.
Dans le numéro de \siltevue des Deux Mondes du l*' septembre 1885, M. Ferdinand Brunetière indique de plus, comme ayant dû être consulté, le Roman de Pascal, de M. Gazier*. Pascal a-t-il aimé M"® de Roannez? La tradition le prétend; M. Gazier essaye d'établir que non, dans l'intérêt de la mémoire de Pascal, qui n'a guère à en souffrir, et à l'aide de textes qui ne peuvent fournir que des conjectures. Celles que peuvent fournir les fragments de Lettres dont plusieurs ont été mis au jour, pour la première fois, par Victor Cousin, demeurent entières, et le fait que ce sont des fragments de Lettres est plus propre à les fortifier qu'à les contredire.
Il y aurait encore plus d'un point à contester dans les griefs sur le fond de \ Introduction formulés par l'écrivain anonyme de YAthenœum : il y régnerait un ton de polé-
4. \ vol. in-i2, Paris, Emile Perrin, 1885, et que nous aurions pu mentionner, car il avait paru auparavant dans le Correspondant,
t. Le Roman de Pascal, par M. A. Gazier, article inséré dans la Revue politique et liiléraire du 24 novembre 4877. M. Gazier, déposifaire des papiers de Porl-Royal et de l'ancienne Boile à Perrelie, est un auteur grave, comme diraient les Casuistes du xvir siècle. Son témoignage est digne d'une confiance absolue quand il rapporte des faits. Dans la discussion, il vaut ce que ses raisons valent.