‹ Lettres écrites a un provincial (volume 2)Chapitre 24 sur 73 · II · texte numérisé non relu

II

P. -S, Je viens de voir la réponse de votre Apologiste à ma" Treizième Lettre. Mais s'il ne répond pas mieux à

* Textes in-4o et in-l2 : « à /a » au lieu do « à ma ».

adoror les idolos (les statues et les imagées); mais si on admet Tesception des Jésuites, on dira malgré cette défense que les Chrétiens qu*oD obli^eoit par la crainte de la mort, de présenter do Tencensaux Idoles, le pouvoieni faire sans crime, parce que le commandement de ne point rendre d'Honneur aux Idoles se doit entendre de ne le point faire sans cause légitime, dont, selon l'Apologiste, il appartient à la raison de juger. Or il est certain qu'elle jugera facilement que la nécessité de sauver sa Vie en e^t une cause assez légitime. Car nous voyons que non seulement les plus sages d*cntre le^ Païens en ont été persuadés, comme saint Augustin le remarque de Socrato; que non seulement plusieurs Hérétiques ont enseigné depuis que cela étoit permis et ont été condamnés pour cela par TÉglise ; mais que les Jésuiies mêmes ont porlé les Chinois à faire la même chose ainsi que le rapporte Hurtado et M. Tévêque d'Angolopolis en sa Lettre au pape Innt>cent X Mais pour revenir au commandement de ne point tuer puisqu'il suffît pour s'en dispenser que la raison juge qu'il y a une cause lêcitimo de tuer, en combien d'occasions ne s'en croira-t-on pas dispensé! Combien d'Homicides ne sera-t-il pas permis de commettre quelquefois: môme de l'avis des Jésuites, quelquefois aussi malgré eux, mais toujours conformément à leurs principes? Il est permis, disent-ils, de tuer celui qui me veut donner un Soufflet, parce que la raison juge qu'un Soufflet est une cause légitime pour tuer un homme. Donc il est aussi permis de venger un Soufflet qu'on a donné à mon ami par la mort de celui qui le lui a donné : et ceux qui (les témoins des duelliste*») offrent pour cela leurs services à d'autres, ne se rendent point criminels. Il est permis, disent encore les Jésuites, de tuer un Calomniateur ou un Voleur. Donc, à plus forte raison, est-il permis de tuer les ennemis de la Religion, ceux qui nuisent au salut des autres, qui les portent à pécher, soit par leurs mauvaises Doctrine», soit par leur mauvais exemple, ou de quelque autre manière que ce soit Car quelle cause plus légitime peut-on avoir de tuer? Quand la maxime des Jésuites aura-t-elle lieu, sinon dans ces rencontres? S'il est permis de tuer pour consen'er sa vie, combien le doit-il être davantage pour conserver la vie de l'àme, qui est infiniment plus considérable que celle du corps? ■ Ici la bonne foi de Nicole, comme celle de Pascal, n'est pas entière. Il n'est pas douteux que la facilité des Casuistes en matière de Meurtre est une concession faite à l'esprit du monde, plus qu'une doctrine. Ce sont des mondains qui veulent se concilier la bienveillance de la société aristocratique, des gens à la mode. Les Jansénistes abusent de cette condescendance. Nicole pousse à Tabsurde la permission de tuer professée par les Casuistes. « Mais que de Meurtres permis, s'écrie-t-il, par cotte seule excep-

celle-ci, qui satisfait à la plupai't de ses difficultés, il ne méritera pas de réplique. Je le plains de le voir sortir à toute heure hors du sujet pour s'étendre en des Calomnies et des Injures contre les Vivants et contre les Morts. Mais, pour donner créance aux Mémoires que vous lui fournissez, vous ne deviez pas lui faire désavouer publiquement une chose aussi publique qu'est le Soufflet de Compiègne. 11 est constant, mes pères, par l'aveu de l'offensé, qu'il a reçu sur sa joue un coup de la main d'un Jésuite; et tout ce qu'ont pu faire vos Amis a été de mettre en doute s'il l'a reçu de l'avant-main ou de l'arrièremain, et d'agiter la question si un coup de revers de la main sur la joue doit être appelé Soufflet ou non. Je ne sais à qui il appartient d'en décider; mais je croirois cependant que c'est au moins un Soufflet probable. Cela me met en sûreté de conscience.

tion, à quiconque s^en voudra sei'viri Si une femme paraît ayec un habit immodeste et qu'elle porte les hommes au péché; si un évoque ou un curé scandalise son peuple par sa mauvaise conduite, par sa négligence ou par sa doctrine; si on croit qu'une personne fait quelque préjudice à la Religion : qui doute que le principe des Jésuites ne fournisse des raisons pour tuer en conscience tous ces gens-là? Qui est-ce qui mit le poignard à la main de Clément et de Ravaillac, ces détestables parricides de deux Rois de France, sinon ces cruelles opinions? Quel intérêt les Ministres des Rois, que les peuples regardent toujours comme les Auteurs de leurs misé» ref», n'ont-ils pas d'en arrêter le courà? Que n'ont-ils point à craindre de cette doctrine dos Jésuites? Leur Vie ne dépend plus des Lois et des Princes; elle est entre les mains de quelque Dévot Meurtrier qui aura appris des Jésuites que le commandement de Dieu ne défend autre chose sinon de tuer sans cause légitime, et que chacun peut discerner par la lumière natureUe, s'il y a ou s'il n'y a pas une cause légitime de tuer.

« Après cola Montalte n'avoit-il pas raison d'appréhender pour sa Vie, comme il le marque dans sa Septième Lettre avec tant d'esprit, et de ne se pas fier à l'humanité de Caramouôl, qui n'épargnoit la vie des Jansénistes que parce qu'il supposoit qu'ils ne pouvoient nuire à la réputation des Jésoites? » Eh! eh! dit Nicole, il ne leur auroit pas déplu de se défaire de Montalte.

Que les Jésuites ôtent la Calomnie du nombre des Crimes, et qu^ils De font point de scrupule de s'en servir pour décrier leurs ennemis >.

Da 25 Dovembre 1656.

Mes révérends pères,

Puisque vos Impostures croissent tous les jours, et que vous vous en servez pour outrager si cruellement toutes les personnes de Piété qui sont contraires à vos erreurs, je me sens obligé, pour leur intérêt et pour celui de l'Église, de découvrir un mystère de votre Conduite, que j'ai promis il y a longtemps, afin qu'on puisse reconnoître par • vos propres maximes quelle foi Ton doit ajouter à vos accusations et à vos injures.

Je sais que ceux qui ne vous connoissent pas assez, ont peine à se déterminer sur ce sujet, parcequ'ils se trouvent dans la nécessité, ou de croire les crimes increvables dont vous accusez vos ennemis, ou de vous tenir pour des Imposteui^s, ce qui leur paroît aussi incroyable. Quoi ! disent-ils, si ces choses- là n'étoient, des Religieux les publiroient-ils? et voudroient-ils renoncera leur conscience, et

i. « Quinzième Lettre écrite par TÂuteur des Lettres au Provincial aux Révérends pères Jésuites.» Dans Tin-S** : a Quinzième Lettre aux Rérérends pères Jésuites. »

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