‹ Lettres écrites a un provincial (volume 2)Chapitre 30 sur 73 · II · texte numérisé non relu

II

Car enfin, mes pères, quel compte lui pourrez-vous rendre de tant de Calomnies lorsqu'il les examinera non sur les fantaisies de vos pères Dicastillus, Gans et Peonalossa, qui les excusent", mais sur les règles de sa vérité étemelle et sur les saintes ordonnances de son Église, qui, bien loin d'excuser ce crime, l'abhorre tellement qu'elle Ta puni de même qu'un Homicide volontaire? Car elle a différé aux Calomniateurs, aussi bien qu'aux Meurtriers, la Communion jusqu'à la mort, par le Premier et Deuxième Concile d'Arles. Le Concile de Latran a jugé indignes de l'État ecclésiastique ceux qui en ont été convaincus, quoiqu'ils s'en fussent corrigés. Les Papes ont même menacé ceux qui auroient Calonmié des Évèques, des Prêtres ou

• c Qui les excusent • est i^outé dans Tin-S*.

pèto recommence. En attendant, nous continuerons à prier Dieu pour Votre Majesté. » (Lettres de la mère Angélique, t. m, pp. 228-232.)

L'attouchement de la relique avait eu lieu le 24 mars. Le recueil dit d'Utrecht {Recueil de plusieurs pièces,,. Utrecht, 1740, t. !«•, pp. 283 et luiv.^ contient un grand nombre de documents relatifs à cette alTaire, parmi lesquels, une Lettre de Jacqueline Pascal à M"*^ Périer, mère de la mtra" culée. La petite, qui s'appelait Margot^ devint tout de suite MargueritU et un personnage dans le Port-Royal. Cela ne faisait pas le compte des Jésuites. Dans son Rabat-joie des Jansénistes, le père Annat conteste les bâts. Dans tous les cas, c'est une invitation que Dieu fait aux Jansénistes de renoncer à THérésie. H y eut toute une littérature de la Sainte-Épine. L*abbé de Pont-Château, chargé par Port-Royal de recueillir les piècM constatant le miracle, reçut le nom de Greffier de la Sainte-Épine. • On a lieu de croire, lit-on dans le Recueil d^ Utrecht (p. 449), que M. de Pont^ Château est en partie auteur, peut-être avec M. Pascal, d*un exceUent ouvrage qui parut au mois de novembre 1650 avec ce titre : Réponse à un écrit publié au sujet des Miracles, n U est d'ailleurs à peu près sûr que les Pensées de Pascal sur les Miracles, publiées depuis dans le recueil général des Pensées, n*ont pas d'autre origine que le Miracle de la Sainte- Épine, Jacqueline Pascal, qui avait quitté la poésie depuis sa convention et son entrée à Port- Roy al sous le nom de sœur de sainte Euphémie, retrouva sa muse dans cette occasion. Voir dans Faugère (Lettres opuscutes et Mémoires de Jacqueline Pascal, * , 147) sa traduction de Phyronc : Jesu nostra redemptio.

des Diacres, de ne leur point donner la Communion à la mort. Et les Auteurs d'un Écrit diffamatoire, qui ne peuvent prouver ce qu'ils ont avancé, sont condamnés par le pape Adrien à être fouettés, mes révérends pères, flagellentur, tant l'Église a toujours été éloignée des erreurs de votre Société si corrompue qu'elle excuse d'aussi grands crimes que la Calomnie, pour les commettre elle-même avec plus de liberté.

Certainement, mes pères, vous seriez capables de produire par là beaucoup de maux, si Dieu n'avoit permis que vous ayez fourni vous-mêmes les moyens de les empêcher et de rendre toutes vos Impostures sans effet; car il ne faut que publier cette étrange maxime qui les exempte de crime, pour vous ôter toute créance. La Calomnie est inutile, si elle n'est jointe à une grande réputation de sincérité. Un Médisant ne peut réussir, s'il n'est en estime d'abhorrer la Médisance comme un crime dont il est incapable. Et ainsi, mes pères, votre propre principe vous trahit. Vous Tavez rempli pour assurer votre conscience ; car vous vouliez médire sans être damnés, et être de ces Saints et Pieux Calomniateurs dont parle saint Athanase. Vous avez donc embrassé, pour vous sauver de l'Enfer, cette maxime, qui vous en sauve sur la foi de vos Docteurs : mais cette maxime même, qui vous garantit, selon eux, des maux que vous craignez en l'autre vie, vous ôte en celle-ci l'utilité que vous en espériez : de sorte qu'en pensant éviter le vice de la Médisance vous en avez perdu le fruit : tant le mal est contraire à soi-même, et tant il s'embarrasse et se détruit par sa propre malice.

Vous Calomnierez donc plus utilement pour vous, en faisant profession de dire avec saint Paul que les simples Médisants, maledici, sont indignes de voii' Dieu, puisque

au moins vos Médisances en seroient plutôt crues, quoique à la vérité vous vous condamneriez vous-mêmes. Mais en disant, comme vous faites, que la Calomnie contre vos ennemis n'est pas un crime, vos Médisances ne seront point crues, et vous ne laisserez pas de vous damner : car il est certain, mes pères, et que vos Auteurs graves n'anéantiront pas la Justice de Dieu, et que vous ne pouviez donner une preuve plus certaine que vous n'êtes pas dans la Vérité qu'en recourant au mensonge. Si la Vérité étoit pour vous, elle combattroit pour vous, elle vaincroit pour vous ; et, quelques ennemis que vous eussiez, la Vérité vous en délivrerait j selon sa promesse. Vous n'avez recours au mensonge que pour soutenir les erreurs dont vous flattez les Pécheurs du monde, et pour appuyer les Calomnies dont vous opprimez les personnes de Piété qui s'y opposent. La Vérité étant contraire à vos fins, il a fallu mettre votre confiance au mensonge, comme dit un Prophète, IsaL; xxviu. Vous avez dit : « Les malheurs qui affligent les iiommes ne viendront pas jusques à nous : car nous avons espéré au mensonge, et le mensonge nous protégera. » Mais que leur répond le Prophète, ch. xxx? « D'autant, dit-il, que vous avez mis votre espérance en la Calomnie et au tumulte, speraslis in calumnia et in tumultu^ cette iniquité vous sera imputée, et votre ruine sera semblable à celle d'une haute muraille qui tombe d'une chute imprévue, et à celle d'un vaisseau de terre qu'on brise et qu'on écrase en toutes ses parties par un effort si puissant et si universel qu'il n'en restera pas un test* avec lequel on puisse» puiser un peu d'eau ou porter un peu de feu :

• " Textes in-4« et in-i2 : i on l'on puisse t, au lieu de c avec lequel oo puisse •*

1. Test ou tèt, synonyme de tesson : « c^est de mon fumier que J'ai

parce que (comme dit un autre Prophète, Ézéch.y xiii) vous avez affligé le cœur du juste, que je n'ai point affligé moi-même ; et vous avez flatté et fortifié la malice des impies. Je retirerai donc mon peuple de vos mains, et je ferai connoître que je suis leur Seigneur et le vôtre. » Oui, mes pères, il faut espérer que, si vous ne chan« gez d'esprit. Dieu" retirera de vos mains ceux que vous trompez depuis si longtemps, soit en les laissant dans leurs désordres par votre mauvaise Conduite, soit en les empoisonnant par vos Médisances. Il fera concevoir aux uns que les fausses règles de vos Casuistes ne les mettront point à couvert de sa colère, et il imprimera dans l'esprit des autres la juste crainte de se perdre en vous écoutant et en ajoutant foi*^ à vos Impostures, comme vous vous perdez vous-mêmes en les inventant et en les semant dans le monde. Car il ne s'y faut pas tromper : on ne se moque point de Dieu, et on ne viole point impunément le commandement qu'il nous a fait dans l'Évangile, de ne point condamner notre prochain sans être bien assuré qu'il est coupable. Et ainsi, quelque profession de Piété que fassent ceux qui se rendent faciles à recevoir vos Mensonges, et sous quelque prétexte de Dévotion qu'ils le fassent, ils doivent appréhender d'être exclus du royaume de Dieu pour ce seul crime, d'avoir imputé d'aussi grands crimes que l'Hérésie et le Schisme à des Prêtres Catholiques et à de saintes Religieuses *" sans autres preuves que des Impos-

* Textes in-4o et in-12 : « il », au lieu de u Dieu >.

''Textes ia-40 et in-12 : a et en donnant créance », au lieu de : « et en ajoutant foi ». ^ Textes in-4* et in-12 : « et à dci Religieuses », au lieu de : « et à de taintes ».

l'honneur de vous écrire avec un Ut de pot cassé. » Voltaire, Lettre à M"^^ de Choiseul (13 mars 177i).

tures aussi grossières que les vôtres. « Le Démon, dit M. de GenèvjeS est sur la langue de celui qui médit, et dans l'oreille de celui qui l'écoute. Et la Médisance, dit saint Bernard, Serm. xxiv incant.y est un poison qui éteiiu la Charité en l'un et en l'autre. De sorte qu'une seule Calomnie peut être mortelle à une infinité d'âmes, puisqu'elle tue non seulement ceux qui la publient, mais encore tous ceux qui ne la rejettent pas. »

P,-5. Mes révérends pères, mes Lettres n'avoient pas accoutumé de se suivi'e de si près, ni d'être si étendufô. Le peu de temps que j'ai eu a été cause de l'un et de l'autre. Je n'ai fait celle-ci plus longue que parce que je n'ai pas eu le loisir de la faire plus courte*. La raison qui m'a obligé de me hâter vous est mieux connue qu'à moi. Vos réponses vous réussissoient mal. Vous avez bien fait de changer de méthode ; mais je ne sais si vous avez bien choisi, et si le monde ne dira pas que vous avez eu peur des Bénédictins.

Je viens d'apprendre que celui que tout le monde faisoit Auteur ' de vos Apologies les désavoue, et se fâche qu'on les lui attribue. Il a raison et j'ai eu tort de l'en avoir soupçonné; car, quelque assurance qu'on m'en eût donnée, je devois penser qu'il avoit trop de jugement pour croire vos Impostures, et trop d'Honneur pour les publier sans les croire. Il y a peu de gens du monde capables de

1. M. de Genève. Saint François de Sales, évèque et prince de Genève, était ainsi nommé ayant sa canonisation, qui se Ut en 1665.

2. Cette assertion de Pascal est devenue un proverbe Uttéraire. L^iri d'être court est aujourd'hui mort :

Les auteurs seraient neufs, s'Us savaient être courts.

Fr. db Neufcbatbau.

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