‹ Lettres écrites a un provincial (volume 2)Chapitre 41 sur 73 · Pape de H59 à1i8f · texte numérisé non relu

Pape de H59 à1i8f

LETTRE XVIIÏ. 277

croyez avoir de ne le pas faire, parce que nous trouverons bon que vous n'exécutiez pas un Décret qu'on auroit tiré de nous par surprise et par ariifice. » C'est ainsi qu'agissent les Papes qui ne cherchent qu'à éclairer les différends des Chrétiens, et non pas à suivre la passion de ceux qui veulent y jeter le trouble. Us n'usent pas de Domination, comme disent saint Pierre et saint Paul après Jésus-Christ; mais l'Esprit qui paroît en toute leur conduite est celui de paix et de vérité. Ce qui fait qu'ils mettent ordinairement dans leurs Lettres cette clause, qui est sous-entendue en toutes : Si ita est} si preres veritate nitantur : « Si la chose est comme on nous la fait entendre, si les faits sont véritables ». D'où il se voit que, puisque les Papes ne donnent de force à leurs Bulles qu'à mesure qu'elles sont appuyées sur des Faits véritables, ce ne sont pas les Bulles seules qui prouvent la Vérité des Faits; mais qu'au contraire, selon les Canonistes mêmes, c'est la Vérité des Faits qui rend les Bulles recevables.

D'où apprendrons-nous donc la Vérité des Faits ? Ce sera des yeux, mon père, qui en sont les légitimes juges, comme la Raison l'est des choses naturelles et intelligibles, et la Foi des choses surnaturelles et révélées. Car, puisque vous m'y obligez, mon père, je vous dirai que, selon les sentiments de deux des plus grands Docteurs de l'Eglise, saint Augustin et saint Thomas, ces trois principes de nos connoissances, les Sens, la Raison et la Foi, ont chacun leurs objets séparés, et leur certitude dans cette étendue. Et comme Dieu a voulu se servir de l'entremise des Sens pour donner entrée à la Foi, fides ex auditu^ tant s'en faut que la Foi détruise la Certitude des Sens, que ce seroit au contraire détruire la Foi que de vouloir révoquer en doute le rapport fidèle des Sens. C'est pourquoi saint Thomas

remarque expressément que Dieu a voulu que les accidents sensibles subsistassent dans TEucharistie, afin que les Sens, qui ne jugent que des Accidents, ne fussent pas trompés : Ut sensus a deceptione reddantur immunes.

Concluons donc de là que, quelque proposition qu'on nous présente à examiner, il en faut d'abord reconnoltre la nature, pour voir auquel de ces trois principes nous devons nous en rapporter. S'il s'agit d'une chose surnaturelle, nous n'en jugerons ni par les Sens, ni par la Raison, mais par l'Écriture et par les Décisions de l'Église. S'il s'agit d'une proposition non révélée et proportionnée à la Raison Naturelle, elle en sera le premier juge. Et s'il s'agit enfin d'un Point de Fait, nous en croii'ons les Sens, auxquels il appartient naturellement d'en connoître.

Cette règle est si générale que, selon saint Augustin et saint Thomas, quand l'Écriture même nous présente quelque passage, dont le premier sens littéral se trouve contraire à ce que les Sens ou la Raison reconnoissent avec certitude, il ne faut pas entreprendre de les désavouer en cette rencontre pour les soumettre à l'Autorité de ce s«is apparent de l'Écriture; mais il faut interpréter l'Écriture, et y chercher un autre sens qui s'accorde avec cette vérité sensible ; parce que la parole de Dieu étant infaillible dans les Faits mêmes, et le rapport des Sens et de la Raison agissant dans leur étendue étant certain aussi, il faut que ces deux vérités s'accordent ; et comme l'Écriture se peut interpréter en différentes manières, au lieu que le rapport des Sens est unique, on doit, en ces matières, prendre pour la véritable interprétation de l'Écriture celle qui convient au rapport fidèle des Sens. « Il faut, dit saint Thomas, 1'* part., q. 68, a. 1, observer deux choses, selon saint Augustin : l'une, que l'Écriture a toujours un sens véri-

table ; l'autre que, comme elle peut recevoir plusieurs sens, quand on en trouve un que la Raison convainc certainement de fausseté, il ne faut pas s'obstiner à dire que c'en soit le sens naturel, mais en chercher un autre qui s'y accorde. »

C'est ce qu'il explique par l'exemple du passage de la Genèse, où il est écrit a que Dieu créa deux grands luminaires, le soleil et la lune, et aussi les étoiles » ; par où l'Écriture semble dire que la lune est plus grande que toutes les étoiles : mais parce qu'il est constant, par des démonstrations indubitables, que cela est faux, on ne doit pas, dit ce saint, s'opiniâtrer à défendre ce sens littéral, mais il faut en chercher un autre conforme à cette Vérité de Fait; comme en disant : « Que le mot de grand lumi* naire ne marque que la grandeur de la lumière de la lune à notre égard, et non pas la grandeur de son corps en luimême »•

Que si on vouloit en user autrement, ce ne seroit pas rendre l'Écriture vénérable, mais ce seroit au contraire l'exposer au mépris des Infidèles ; « pai*ce, comme dit saint Augustin, De Gen. ad Lit.^ L. I, c. xix, que, quand ils auroient connu que nous croyons dans l'Écriture des choses qu'ils savent certainement* être fausses, ils se riroient de notre crédulité dans les autres choses qui sont plus cachées, comme la Résurrection des Morts et la Vie Éternelle ». u Et ainsi, ajoute saint Thomas, ce seroit leur rendre notre Religion méprisable, et même leur en fermer l'entrée ».

Et ce seroit aussi, mon père, le moyen d'en fermer l'entrée aux Hérétiques, et de leur rendre l'Autorité du Pape méprisable, que de refuser de tenu* pour Catholiques ceux qui ne croiroient pas que des paroles sont dans un

* Textes in-l* et iii-12, < paifaitemeot » au lien de < certainement ».

Livre où elles ne se trouvent point, pai'ce qu'un Pape Tauroit déclaré par surprise. Car ce n'est que Texamen d'un Livre qui peut faire savoir que les paroles y sont. Les Choses de Fait ne se prouvent que par les Sens. Si ce que vous soutenez est véritable, montrez-le ; sinon ne sollicitez personne pour le faire croire; ce seroît inutilement. Toutes les puissances du monde ne peuvent par autorité persua» der un Point de Fait, non plus que le changer; car il n'y a rien qui puisse faire que ce qui est ne soit pas.

C'est en vain, par exemple, que des Religieux de Ratisbonne obtinrent du pape saint Léon IX un Décret solennel, par lequel il déclara que le corps de saint Denis, premier évêque de Paris, qu'on tient communément être l'Aréopagite, avoit été enlevé de France, et porté dans l'église de leur monastère. Cela n'empêche pas que le corps de ce saint n'ait toujours été et ne soit encore dans la célèbre abbaye qui porte son nom, dans laquelle vous auriez peine à faire recevoir cette Bulle, quoique ce Pape y témoigne avoir examiné la chose « avec toute la diligence possible, diliyentissimey et avec le conseil de plusieurs évêques et prélats ; de sorte qu'il oblige étroitement tous les François, districte prœcipienies, de reconnoître et de confesser qu'ils n'ont plus ces saintes reliques )>. Et néan* moins les François, qui savent la fausseté de ce fait par leurs propres yeux, et qui, ayant ouvert la châsse, y trouvèrent toutes ces reliques entières, comme le témoignent les Historiens de ce temps-là, crurent alors, comme on Ta toujours cru depuis, le contraire de ce que ce saint Pape leur avoit enjoint de croire, sachant bien que même les Saints et les Prophètes sont sujets à être surpris ^

1. L'abbé Maynard déclare celte Bulle apocryphe et invoque le témoignage de Baronius (ad an. 1052, n<» 13). Baronias ne Ta pas si loin. Il se

Ce fut aussi en vain que vous obtîntes contre Galilée un décret de Rome, qui condamnoit son opinion touchant le Mouvement de la Terre *. Ce ne sera pas cela qui proucontente de dire : at ista esse commentitia exclamant Franci : «Les Français la déclarent fausse w. Lui, ne se prononce pas. Il est vrai que son commentateur Pagius est d*avis que la Bulle aux Religieux de Ratisbonne est fausse. Ne s*aventure-t-il pas? Les Bulles de ce genre ressemblent un peu aux titres de propriété : il y en a qui sont contradictoires. Là où il y a des intérêts en Jeu, la vérité historique court souvent le risque de n'être pas respectée.

1. Nous avons déjà cité les paroles d'un mathématicien du collègre des Jésuites à Rome, qui disait de Galilée : « Se il Galileo si avesse saputo mantenere Taiïetto dei padri di questo collegio^ viverebbe glorioso al monde 6 non sarebbe stato nulla dello sue disgrazie, e avrebbe potuto scrivere ad arbitrio suo di ogni materia, dico anche dcl moto délia terra. » — Il est constant que les Jésuites ne molestaient pas leurs amis. Dans toutes les corporations, il y a FEsprit de Corps. Il n*en est pas moins vrai que la haine des Jésuites, de la Cour do Rome et de l'Église a défiguré cette affaire de Galilée. La Cour de Rome a eu des ménagements pour lui, les Jésuites aussi; llnquisition n'a pas été féroce comme on se plaît à le répéter sans cesse. Elle a toujours été débonnaire. Les autorités romaines n'ont jamais été fanatiques. Il est resté à Rome quoique chose de la tolérance infinie de la vieille Rome des Césars. L'habitude de manier les grandes affaires du monde a émoussé, dans ce milieu trop politique depuis deux mille ans, la pointe d'intolérance qu'on remarque partout ailleurs. Pascal est beaucoup moins tolérant que l'Inquisition romaine. Il n'accuse d'ailleurs pas l'Inquisition d'intolérance dans le procès de Galilée et il n'y avait pas de quoi. La vérité est qu'en 1612, Beliarmin, ami personnel de Galilée, intervint avec l'assentiment du Pape dans les démêlés de l'illustre astronome avec llnquisition. Guichardin, ministre de Toscane, à Rome à cette époque, désirait que le Saint-Siège et le Saint-Ofiico déclarassent fondé sur la Bible le système de Copernic, qui était un chanoine, ce que les Sciençards du XIX* siècle s'abstiennent de mentionner. Le système du chanoine Copernic est celui de Galilée. On nomma une Commission de savants et de cardinaux présidée par Bellarmin. Il y avait des préjugés sur l'interprétation des textes bibliques, qu'il convient d'entendre dans le sens indiqué par saint Thomas et Pascal concernant le passage de la Genèse où il est écrit que « Dieu créa deux grands luminaires, le Soleil et la Lune et aussi les Étoiles »; « par où, observe Pascal, rÉcriture semble dire que la lune est plus grande que toutes les étoiles; mais parce qu'il est constant par des démonstrations indubitables que cela est faux, on ne doit pas, a dit ce saint, s'opiniàtrer à défendre ce sens littéral; mais il faut en chercher un autre conforme à cette Vérité de Fait, comme en disant que le mot de grand luminaire ne marque que la grandeur de la lumière de la Lune à notre

vera qu'elle demeure en repos; et si Ton avoit des obso^ vations constantes qui prouvassent que c'est elle qui tourne, tous les hommes ensemble ne rempécheroient pas de tourner, et ne s'empêcheroient pas de tourner aussi

égard et non pas la grandeur de son Corps en lui-même ». Cest évident; les Écrivains bibliques parlaient aux hommes dans leur langue et arec leurs idées.

Bellarmin^ convaincu de la nécessité de ménager cette langue et ces idées, conseilla à Galilée de ne pas insister, et Galilée se rendit à ses raisons. En 1620, et sur la proposition de Bellarmin, Galilée fut autorisé à enseigner son système comme Théorie Astronomique, sans essayer de le concilier avec la Bible. Cène fut qu'en 1633^ après la mortdeBellarmin, et sans que les Jésuites y fussent pour rien, que Galilée qui était opiDiàtre et qui 8*obstinait à vouloir faire de la théologie au lieu de rester sur le terrain de Tastronomie, fut condamné à trois ans de prison, par une commission composée de sept cardinaux. Le Saint-Siège avait le droit de se défendre contre lui, comme tout gouvernement a le droit de se défendre contre ceux qui veulent le détruire. On ne le mit pas en prison; oo se contenta de le garder durant huit jours à la Minerve, siège de Tlnquisition^ dans Fappartement d'un des chefs du Saint-Office, et il y fut traité comme un prince; puis il retourna chez Guichardin, ministre de FloreocAi et de là en Toscane, où il mourut tranquillement (19 Janvier 1612) à Tàge de soixante-dix-huit ans. A cela revient la persécution dont il fut l'objet : rinquisition lui fut moins dure qu'il ne le fut lui-même à Kepler.

Une foule de Barnums modernes ont mis le procès de GcUUée en guise d'enseigne à leur boutique. L*arc n^a pas manqué de se joindre à eux. 11 y a un Galilée étudiant le mouvement de la Terre (E pur si muove), de Panl Delaroche, un Galilée devant le Saint-Office, de Robert-Fleury. On regretta de rencontrer parmi eux cet infortuné Ponsard {Galilée, drame en trois actes et en vers, 1867). On ne dira pas qu'ils ne sont pas au courant de la science. Ils pratiquent tous le conseil d'un des personnages de la pièce de Ponsard :

Ah ! que n'imitez-voui ces dignes profesteart

Qai disent ce qu'ont dit tous leurs prédécesseurs?

Voilà des gens chez qui l'ordre et le bon sens régnent ;

Ils enseignent sans brait ce qu'on veal quHls enseignent,

Bt sans se travailler à débattre en public

S'il faut croire Aristote ou croire Copernic,

Ils tiennent sagement que l'opinion vraie

Doit âtre celle-là pour laquelle on les paie ;

Bt que, puisqu' Aristote ouvre le coflQre-fort,

Aristote a raison et Copernic a tort

Aujourd'hui que l'Inquisition n'a plus de dents, ils l*ACcablent d'injnres posthumes; au commencement du xvii* siècle, ils annûent loué le Sainte Office et jeté Galilée aux gémonies.

avec elle. Ne vous imaginez pas de même que les Lettres du pape Zacharie pour l'excommunication de saint Virgile ^ sur ce qu'il tenoit qu'il y avoit des Antipodes, aient anéanti ce nouveau monde; et qu'encore qu'il eût déclaré que cette opinion étoit une erreur bien dangereuse, lé roi d'Espagne ne se soit pas bien trouvé d'en avoir cru Christophe * Colomb qui en venoit, que le jugement de ce Pape qui n'y avoit pas été ; et que l'Église n'en ait pas reçu un grand avantage, puisque cela a procuré la connoissance de l'Évangile à tant de peuples qui fussent* péris dans leur infidélité.

Vous voyez donc, mon père, quelle est la nature des Choses de Fait, et par quels principes on en doit juger; d'où il est aisé de conclure, sur notre sujet, que, si les Cinq Propositions ne sont point de Jansénius, il est impossible qu'elles en aient été extraites, et que le seul moyen d'en bien juger et d'en persuader le monde, est d'examiner ce Livre en une conférence réglée, comme on vous le demande depuis si longtemps. Jusque-là vous n'avez aucun droit d'appeler vos Adversaires opiniâtres : car ils seront sans blâme sur ce Point de Fait, comme ils seront sans

• Tons les textes du temps portent f ChrUtofle Colomb »,

1. Saint Virgile, noble Irlandais, familier du roi Pépin le Bref, collaborateur de saint Boniface, apôtre de la Germanie, puis évoque de Saltzbourg, mort en 784. Il ne fut point excommunié par le pape Zacharie. Il s'agissait d'ailleurs d'un prêtre ignorant qui baptisait in nomine patris et filia et spiritua sancta. Boniface prétendait que le baptême était nul, Virgile, qu'il était valable. Ce fut à lui que le Pape donna gain de cause. Quant à ses antipodes, il s'agissait plutôt de la pluralité des mondes peuplés d'une descendance différente de celle d'Adam. Fontenelle n'a pas inventé la pluralité des mondes.

2. Comme nous avons eu déjà l'occasion de le remarquer à propos du même verbe, cette expression « fussent péris » serait maintenant considérée comme incorrecte.

Î84 LETTRES A UN PWOVINCÏAL.

erreurs sur les Points de Foi ; Catholiques sur le Droit, Raisonnables sur le Fait, et Innocents en l'un et en l'autre .

Qui ne s'étonnera donc, mon père, en voyant d'un côté une justification si pleine, de voir de l'autre des accusations si violentes? Qui penseroit qu'il n'est question entre vous que d'un fait de nulle importance, qu'on veut faire croire sans le montrer? Et qui oseroit s'imaginer qu'on fit par toute l'Ëglise tant de bruit pour rien, pro nihilo, mon père, comme le dit saint Bernard"? Mais c'est cela même qui est le principal artifice de votre conduite, de faire croire qu'il y va de tout en une affaire qui n'est de rieo ; et de donner à entendre aux personnes puissantes qui vous écoutent qu'il s'agit dans vos disputes des erreurs les plus pernicieuses de Calvin, et des principes les plus importants de la Foi ; afin que dans cette persuasion ils emploient tout leur zèle et toute leur autorité contre ceux que vous combattez, comme si le salut de la Religion catholique en dépendoit : au lieu que, s'ils venoient à connoltre qu'il n'est question que de ce petit Point de Fait, ils n'en seroient nullement touchés, et ils auroient au contraire bien du regret d'avoir fait tant d'efforts pour suivre vos passions particulières en une affaire qui n'est d'aucune conséquence pour l'Église.

Car enfin, pour prendre les choses au pis, quand même il seroit véritable que Jansénius auroit tenu ces Propositions, quel malheur arriveroit-il de ce que quelques personnes en douteroient, pourvu qu'ils les détestent, comme ils le font publiquement? n'est-ce pas assez qu'elles soient

<* A comparer atec un fragment du Manuscrit Autographe relatif an même sujet : « Vous êtes bien ridicules de faire du bruit pour les propositions. Ce n'est rien, n faut qu'on l'entende i. Voir l'édition Faugère des Petuéet, t. I"*, p. 810.

condamnées par tout le monde sans exception, au sens même où vous avez expliqué que vous voulez qu'on les condamne? En seroient-elles plus censurées, quand on diroit que Jansénius les a tenues? A quoi scrviroit donc d'exiger cette reconnoissance, sinon à décrier un docteur et un évêque qui est mort dans la Communion de l'Église? Je ne vois pas que ce soit là un si grand bien, qu'il faille Tacheter par tant de troubles. Quel intérêt y a' l'État, le Pape, les Évoques, les Docteurs et toute l'Église? Cela ne les touche en aucune sorte, mon père, et il n'y a que votre seule Société qui recevroit véritablement quelque plaisir de cette diffamation d'un Auteur qui vous a fait quelque tort. Cependant tout se remue, parce que vous faites entendre que tout est menacé. C'est la cause secrète qui donne le branle à tous ces grands mouvements, qui cesseroient aussitôt qu'on auroit su le véritable état de vos disputes. Et c'est pourquoi, comme le repos de l'Église dépend de cet éclaircissement, il étoit d'une extrême importance de le donner, afin que, tous vos déguisements étant découverts, il paroisse à tout le monde que vos Accusations sont sans fondement, vos Adversaires sans erreurs, et l'Église sans Hérésie.

Voilà, mon père, le bien que j'ai eu pour objet de procurer, qui me semble si considérable pour toute la Religion, que j'ai de la peine à comprendre comment ceux à qui vous donnez tant de sujet de parler, peuvent demeurer dans le silence ^ Quand les injures que vous leur faites ne les

a II Atadrait i qael intérêt y ont «.

1. Ils n*y demeuraient pas tout à fait. On lit dans une Lettre du père Annat (voir Tabbé Maynard, t. Il, p. 380 — en note — de son édition des Provinciales) au Général de son Ordre, Paul Cliva, du 16 avril 1663 :

toucberoient pas, celles que TÉglise souifire, devroient, ce me semble, les porter à s'en plaindre : outre que je doute que les Ecclésiastiques puissent abandonner leur réputation à la Calomnie, surtout en matière de Foi. Cependant ils vous laissent dire tout ce qui vous platt ; de sorte que, sans Toccasion que vous m'en avez donnée par hasard, peut-être que rien ne seroit opposé aux impressions scandaleuses que vous semez de tous côtés. Ainsi leur patience m'étonne, et d'autant plus, qu'elle ne peut m'être suspecte ni de timidité, ni d'impuissance, sacbant bien qu'ils ne manquent ni de raison pour leur justification, ni de zèle pour la Vérité. Je les vois néanmoins si religieux à se taire que je crains qu'il n'y ait en cela de l'excès. Pour moi, mon père, je ne crois pas pouvoir le faire. Laissez TÉgUse en paix, et je vous y laisserai de bon cœur. Mais pendant que vous ne travaillerez qu'à y entretenir le trouble, ne doutez pas qu'il ne se trouve des enfants de la paix qui se croiront obligés d'employer tous leurs efforts pour y conserver la tranquillité.

« Depuis trois ans, personne des nôtres, que je sache, n'a écrit contre les Jansénistes. Depuis ce temps, ils ont publié uue telle quantité de livr» et de libelles, que je pourrois à peine en faire le catalogue » .

Page 1