‹ Lettres écrites a un provincial (volume 2)Chapitre 42 sur 73 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

d'cne dix-nbuvième lettre provinciale adressée

au père annat*

Mon révérend père,

Si je vous ai donné quelque déplaisir par mes autres Lettres, en manifestant Finnocence de ceux qu'il vous importoit de noircir, je vous donnerai de la joie par celle-ci, en vous y faisant parpitre la douleur dont vous les avez remplis. Consolez-vous, mon père, ceux que vous haïssez sont affligés; et si MM. les Évoques exécutent dans leurs diocèses les conseils que vous leur donnez, de contraindre à jurer et à signer qu'on croit une Chose de Fait qu'il n'est pas véritable qu'on croie, et qu'on n*est pas obligé de croire, vous réduirez vos Adversaires dans la dernière tristesse, de voir l'Église en cet état*. Je les ai vus, mon père

1. Les Mémoires de Marguerite Périer contiennent une copie de ce fragment d'une Dix-Neuvième ProiHnciale adressée au père Annat, fragment trouvé par Bossut dans les papiers de Pascal, et publié par lui pour la première fois dans son édition des OEuvres (1779). « De plus, dit Cousin {Des Pensées de Pascal, p. 361 de Tédit. de 1843), ces Mémoires font connaître diverses phrases, qui étaient aux marges de ce fragment; et une de nos copies, celle qui renferme plusieurs pièces relatives à Pascal, figure ces phrases telles qu'elles étaient aux marges de Toriginal. Les voici dans Tordre où les mettent les Mémoires de M"* Périer, p. 37. » On les trouvera ici au bout du fragment édité par Bossut, et dans l'ordre indiqué par Cousin.

2. n s'agit du formulaire à faire signer par les simples Ecclésiastiques et môme par les Religieuses, imaginé en 1655 par M. de Harca, alors arche-

(et je vous avoue que j'en ai eu une satisfaction extrême), je les ai vus, non pas dans une générosité philosophique, ou dans cette fermeté irrespectueuse qui fait suivre impé rieusement ce qu'on croit être de son devoir; non aussi dans cette lâcheté molle et liuiide qui empêche, ou de voir la Vérité, ou de la suivre, mais dans une piété douce et solide, pleins de défiance d'eux-mêmes, de respect pour les puissances de l'Église, d'amour pour la paix, de teodresse et de zèle pour la Vérité, de désir de la connoîire et de la défendre, de crainte pour leur infirmité, de regret d'être mis dans ces épreuves, et d'espérance néanmoins que Dieu daignera les y soutenir par sa lumière et par sa force, et que la Grâce de Jésus-Christ qu'ils soutiemient, ei pour laquelle ils souffrent, sera elle-même leur lumière et leur force. J'ai vu enfin en eux le caractère de la Piéiè chrétienne qui fait paroître une force...

Je les ai trouvés environnés de personnes de leurcon* noissance, qui étoient venues sur ce sujet pour les porter à ce qu'ils croient lo meilleur dans l'état présent des choses. J'ai ouï les conseils qu'on leur a donnés; j'ai remarqué la manière dont ils les ont reçus et les réponses qu'ils y ont fiiites. En vérité, mon père, si vous y aviez été présent, je crois que vous avoueriez vous-même qu'il n'y a rien en tout leur procédé qui ne soit infiniment éloigné de l'air de Révolte et d'Hérésie, comme tout le monde pourra connoltre par les tempéraments qu'ils ont apportés, et que

vèque de Toulouse, et décrété par rAssemblée générale du Clergé de 1606- En voici le texte : — Je me soumets sincèrement à la Constitution de Ns. P. le pape Innocent X, et je condamne de cœur et de bouche la Docttiw des Cinq Propositions de Cornélius Jansénius, contenues dans son livre intitulé.: Augustinui, que le Pape et les Évoques ont condamnées ; Itqo*^* Doctrine n'est point ceUe de saint Augustin que Jansénius a mal eipii<n>^ contre le vrai sens de ce saint docteur.

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