III. Saint Ambroise faussement allégué sur le même sujet
Ils n'abusent pas moins indignement de saint Ambroise, en nous renvoyant à ce qu'il dit, Liv. III, chap. xv de ses Offices, où il ne fait autre chose que de louer Judith, laquelle, par une inspiration particulière de Dieu, qui l'assuroit de sa protection, comme remarque ce Père, alla tuer llolopherne au milieu de son camp. Car quel rapport y a-t-il de Paction toute miraculeuse et toute extraordinaire de cette sainte, avec les actions honteuses que les Casuistes veulent autoriser par cet exemple ? Ils parlent de personnes qui ont reconnu, par leur propre expérience, que ces occasions les perdent et les font tomber dans le péché mortel. Peut-on penser la même chose de Judith, dont TÉcrilure loue si hautement la chasteté ? Mais qui ne sait, de plus, que ces sortes d'actions des Saints, qui n'ont été entreprises que par des mouvemens singuliers de l'Esprit de Dieu, ne peuvent autoriser des actions semblables qui seroient faites sans ce mouvement, parce que l'esprit de Dieu, qui les poussoit et leur donnoit une confiance presque certaine en son secours, faisoit que ces actions, quelque périlleuses qu'elles fussent en elles-mêmes, ne rétoient point à leur égard, et ainsi n'étoient nullement des Occasions Prochaines de péché : au lieu que ceux qui les entreprennent sans ce mouvement extraordinaire tombent dans une témérité criminelle, et méritent de périr dans le danger qu'ils ont recherché, ou qu'ils n'ont pas eu soin d'éviter, selon cette parole du Sage : « Qui amat pericidum peribit in eo ? »