‹ Lettres écrites a un provincial (volume 2)Chapitre 5 sur 73 · VIII AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VIII AVERTISSEMENT

cauld en sont affectés presque au même degré; Saint- Cyran en est mort après avoir dit à Lancelot à qui il demandait son âge et qui lui répondait qu'il avait vingtneuf ans : « Je ne vous les envie pas ; je ne voudrais pas avoir à refaire le chemin que j'ai fait. » Cette disposition intérieure de Saint-Cyran a fait écrire au père Le Moyne le portrait de son Fou mélancolique y qui est un des grands morceaux de littérature du temps, et qui peut s'appliquer indifféremment à Saint-Cyran et à tous les adhérents de Port-Royal, non pas seulement à eux, mais à tout \e parti des gens de bien^ dont Richelieu était. Richelieu avait des heures d'angoisse où il criait à ses familiers : « Réjouissez-moi si vous en avez le secret. » Ils ne l'avaient pas, et le Cardinal se rejetait avec violence à sa besogne terrible, qui au moins était une dérivation à son mal. Ce mal était le Pessimisme; il encombre le xvi* et le XVII® siècle. Il a la même intensité chez Machiavel et chez Hobbes. 11 résulte de Tintroduction des idées nihilistes de la décadence romaine par les Humanistes de la Renaissance, car la vraie Renaissance qu'il y eut au xvi® siècle est la Renaissance du mal à l'âme dont le monde classique est mort. Le Christianisme avait été un refuge contre lui ; dès qu'on quitte l'abri du Christianisme, on y retombe, et le Pessimisme ou mal à l'âme de la décadence romaine grandit dans l'Europe moderne à mesure qu'on sort davantage du Christianisme. Pascal en avait l'intuition, quoique l'histoire du mal à rame ne lui fût pas familière. Il ne nous est pas indifférent de voir que M. Brunetière a mis le doigt du premier coup sur ce fond noir des PeusàeSy qui n'est pas particulier à Pascal, mais qui a arraché à sa douleur un livre immorteL

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