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gloire, et affectent de faire connoître à tout le inonde qu'ils font profession de défendre tous ensemble les sentimens de cbacut d'eux. Us espèrent par là se rendre redoutables et hors d'atteinte, en faisant sentir que qui en attaque un, les attaque tous. Ed effet, cela leur a souvent réussi. Mais c'est néanmoins une maufake Politique ; car il n'y a rien de plus capable de les décrier àl» fin, et de faire qu'au lieu d'autoriser par là les particuliers, ils décréditent tout le Corps aussitôt que le monde sera informé de ce principe de leur conduite.
C'est pourquoi il importe de bien le faire entendre aujoiu^ d'hui; car puisque ces Pères sont absolument déterminés âne point rétracter les erreurs de V Apologie ^ il ne reste plus, pour la sûreté des Fidèles et pour la défense de la Vérité, que de faire connoftre à tout le monde que c'est par une profession ouverte et générale que les Jésuites ne quittent jamais une opinion dès qu'ils l'ont une fois imprimée, comme on verra dans la suite qu'ils le disent en propres termes; afin que cette connoissance étant aussi publique que leur endurcissement, ils ne puissent plus surprendre ni corrompre personne, et que leur obstination ne produise plus d'autre effet, que de faire plaindre leur are»glement.
Nous donnerons donc ici quelques exemples de leur conduite, où l'on verra que pour horribles que soient les opinions que leurs Auteurs ont une fois enseignées, ils les soutiennent éternellement; qu'ils remuent toutes sortes de machines pourri empêcher la Censure; qu'il faut joindre toutes les forces de l'Église et de l'État pour les faire condamner; qu'alors même ils éludent ces Censures par des déclarations équivoques; et que s» on les force à en donner de précises, ils les violent aussitôt après.
Nous en avons un insigne exemple en ce qui se passa sot le sujet du Livre de leur P. Bécan, si préjudiciable à l'État et même à la personne de nos Rois. Car quand ils en virent la Sorbonne émue, ils pensèrent à empêcher qu'elle ne le censurât, en faiant en sorte qu'on lui mandât que leur Censure n'étoit pas nécesr saire, parce qu'il devoit en venir bientôt une du Pape. Et eomïD^ on en eut en effet envoyé une de Rome quelque temps après, portant qu'il y avoit dans ce Livre plusieurs propositions fa^^ el séditieuses, etc., avec ordre de le corriger, le P. Bécan, i^ sant semblant d'obéir à l'ordre qu'il avoit de retrancher ceW multitude de propositions criminelles, ne fit autre chose qu«
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d'en ôter un seul article, et le dédia au Pape en cet état, comme rayant purgé de toutes ces erreurs selon son intention : de sorte que ce Livre, qui a maintenant un cours tout libre, contient ces propositions, outre plusieurs autres furieuses qu'il n'est pas temps de rapporter maintenant : « que le Roi doit être excommunié et déposé, s'il l'a mérité; que pour savoir s'il l'a mérité il faut en juger par le prudent avis des gens de piété et de doctrine; et qu'il doit être excommunié et privé de ses États, s'il viole les privilèges accordés aux Religieux, n Ainsi la Sorbonne s'étant soulevée contre ces maximes détestables, et contre les autres qui y sont encore, ils la jouèrent insensiblement, premièrement en faisant, par leurs artifices, qu'elle ne prit point connoissance de cette afiaire, sous prétexte d'une Censure de Rome, et en éludant ensuite cette Censure en la manière que nous venons de dire, qui est si familière aux Jésuites.
Ils en usèrent de la même sorte sur la condamnation que la Faculté de Louvain fit de cette proposition, « qu'il est permis à un religieux de tuer ceux qui sont prêts à médire, ou de lui, ou de sa communauté, s'il n'y a que ce moyen de l'éviter. » Ce fut ce que P. L'Amy, jésuite, osa avancer dans la Théologie qu'il composa selon la méthode présente de l'École de la Société de Jésus : « Juxia scholaslicam hujus iempons societalis melhodum.n Car au lieu que ces Pères dévoient être portés, non seulement par piété, mais encore par prudence, à supprimer cette Doctrine et à en prévenir la Censure : bien loin d'agir de la sorte, ils résistèrent de toutes leurs forces et à la Faculté qui la censura comme pernicieuse à tout le genre humain, et au conseil souverain de Brabant, qui l'y avoit déférée. 11 n'y eut point de voie qu'ils ne tentassent. Ils écrivirent incontinent de tous côtés pour avoir des approbateurs, et les opposer à cette Faculté. Ce qui rendit cette question célèbre par toute l* Europe, comme dit Caramuel, Fund, lv, p. 5^2, où il rapporte cette Lettre, que leur P. Zergol lui en écrivit en ces termes : « Cette Doctrine, dit ce jésuite, a été censurée bien rudement, et on a même défendu de la publier. Ainsi j'ai été prié de m'adresser aux savans et aux illustres de ma connoissance. J'écris donc à plusieurs docteurs, afin que, s'il s'en trouve beaucoup qui approuvent ce sentiment, ce juge sévère, qui n'a pu être éclairé parla solidité des raisons, le soit par la multitude des Docteurs. Mais je me suis voulu d'abord approcher de la lumière du grand Caramuel, espérant que si ce flambeau des esprits approuve cette Doctrine, ses ad-
versaircs seront couverts de confusion, rubore suffundendùi d^avoir osé condamner une opinion dont le grand Caramuel aun embrassé la protection. »
On voit en cela l'esprit de ces Pères, et les bassesses ou ii; se portent pour trouver les moyens de résister aux condamnations les plus justes et les plus authentiques. Mais cette premien* résistance leur fut inutile. On ne s'arrêta point à la multàudt de ces Docteurs qui les secoururent en foule, et encore que Ciramuel eût décidé nettement en ces termes : « La Doctrine du P. L'Amy est seule véritable, et le contraire n'est pas seulement probable : c'est l'avis de tout ce que nous sommes de doctes. • Malgré tout cela, le Livre du P. L'Amy demeura condamné: ei Tordre fut si exactement donné par le Conseil de Brabantd'eu ôter cet article, que ces Pères n'eurent plus de moyen de s'ec défendre. Ne pouvant donc plus s'en sauver par une désobéissance ouverte, ils pensèrent à l'éluder par une obéissance feinte, en ne faisant autre chose que retrancher la fin de cette proposition, et laissant le commencement, qui la comprend toateo» tière : de sorte que, malgré la première Faculté de FlandR et le Conseil souverain du roi d'Espagne, on voit encore aujoardliui' dans le Livre de ce P. L'Amy, cette Doctrine horrible : • qa^o religieux peut défendre son véritable honneur, même par la mo'^ de celui qui veut le déshonorer, eliam cum morte tnwiort*, ^'i' ne peut Tempôcher autrement. » Ce qui n'est que la même chose que la première proposition que nous avons rapportée : « ^^ religieux peut tuer celui qui veut médire de lui ou de sa Communauté, » laquelle subsiste ainsi dans le premier membre, et y subsistera toujours; car qui entreprendoit pour cela une nonvelle guerre contre des gens si rebelles et si artificieux ?
Voilà comme ils échappent aux condamnations de leurs plus détestables maximes, par des soumissions feintes et imagifl«i'^ et c'est pourquoi, quand Nos Seigneurs les Prélats de France leur ont voulu faire donner des déclarations sur des points importans, ils ont observé soigneusement de ne point laisser de lieu a leurs fuites et à leurs équivoques. Mais, s'ils ont bien eu le poQ* voir de leur en faire donner d'exactes, ils n'ont pas eu celui de les empêcher de les violer. Les exemples en seroient trop Ion? à rapporter. Tout le monde sait leur procédé sur les Livres d'Angleterre contre la Hiérarchie, qu'ils furent obligés de désavouer par leurs PP. de La Salle, Haineuve, Maillant, etc., et ({n'iront depuis reconnus publiquement et avec éloge dans un Livre ce-
èbre, approuv par leur Général, où ils traitent les Évoques i'opiniâtres et de novateurs, contumaces, novatores. Et quelque solennelle que fût cette autre déclaration qu'ils signèrent en présence de feu M. le cardinal de Richelieu, qu'ils ne pouvoient ni lie dévoient cou fesser sans l'approbation des Évéques, ce qui est formellement décidé par le Concile de Trente, ils la violèrent aussi solennellement dans le Livre du P. Bauny, et ensuite plus insolemment dans celui du P. Cellot, lequel ayant été forcé de se rétracter, il fut bientôt soutenu de nouveau par le P. Pinthereau dans sa réponse à leur Théologie morale (11° part., p. 87), où il dit que « les Jésuites n'ont pu et n'ont dû renoncer au droit qu'ils ont de confesser sans avoir obtenu l'approbation des Évoques; et que le P. Bauny et les autres sont louables de maintenir par leurs Écrits ce pouvoir, qu'on ne leur dispute que par jalousie. » Et nos confrères d'Amiens viennent de présenter requête le 5 de ce mois à M. leur Évéque, où ils se plaignent, entre autres choses, de ce que le P. Poignant a enseigné depuis peu, dans leur Collège, cette même Doctrine, qu'on les a obligés si souvent de rétracter : tant il est impossible à l'Église d'arracher de ces Pères une erreur où ils sont une fols entrés : tant ce principe est vivant dans leur Société, qu'ils doivent tous défendre ce qu'un des leurs a mis une fois dans ses Livres.
L'exemple que leur grand flambeau Garamuel en rapporte, en pensant leur faire honneur, est remarquable. C'est sur un cas effroyable de la Doctrine du même P. L'Amy, savoir : « Si un religieux, cédant à la fragilité, abuse d'une femme de basse condition, laquelle tenant à honneur de s'être prostituée à un si grand personnage, honori ducens se prosliluisse lanio viro, publie ce qui s'est passé, et ainsi le déshonore : si ce religieux peut la tuer pour éviter cette honte? » Ne sont-ce pas là de belles questions de la Morale de Jésus-Christ? et ne doit-on pas gémir de voir la Théologie entre les mains de cette sorte de gens, qui la profanent si indignement par des propositions si infâmes? Et qui pourra souffrir que toute cette Société s'arme pour les défendre par cette seule raison que leurs Pères les ont avancées? C'est cependant ce qu'ils ne craignent point de déclarer, comme on le voit dans Caramuel, Fund. lv, p. 551, où il rapporte l'opinion d'un de ces Pères sur ce cas horrible, qui mérite d'être considérée; la voici : « Le P. L'Amy eût pu omettre cette résolution; mais puisqu'il Ta une fois imprimée, il doit la soutenir, et nous devons la défendre, comme étant probable; de sorte que ce reli-
gieux peut s'en servir pour tuer cette femme, et se conserver en honneur : o Potuissel Amicus hanc resoluiionem omUisse; al setnel impressam débet illam lueri, et nos eamdem defendere, » Si Ton pèse le sens de ces paroles, et qu'on en considère les conséquences, on verra combien nous avons de raison de nous opposer à une Compagnie si étendue, si remplie de méchantes maximes et si ferme dans le dessein de ne jamais s'en départir.
Nous avons voulu faire paroître cette étrange liaison qui est entre eux par plusieurs exemples, afin qu'on voie que ce qu'ils font aujourd'hui pour V Apologie n'est pas un emportement particulier où ils se soient laissés aller par légèreté, mais Teffet d'une conduite constante et bien méditée, qu'ils gardent régulier rement en toutes rencontres; et qu'ainsi c'est en suivant Tesprii général qui les anime que le P. de Lingendes, qui a eu la principale direction de la défense de V Apologie, a fait tant de démarches pour la soutenir, et en Sorbonne et ailleurs; et qu'en sollicitant MM. les vicaires généraux pour éviter la Censure de ce Livre, et leur présentant une déclaration captieuse qui fut rejetée, il ne craignit pas de leur dire tout haut ce qu'il a dit en tant d'autres lieux, « qu'ils étoient fâchés du bruit que ce Livre causoit, mais que maintenant ils y étoient engagés, et que, pui?4pje ce Livre avoit été fait pour la défense de leurs Casuistes, ils étoient obligés de le soutenir. »
11 faudroit avoir bien peu de lumière pour ne pas voir de quelle conséquence est cette maxime dans une Société qui t-si remplie de tant d'opinions condamnées, qui, malgré toutes les Censures et les défenses des Puissances spirituelles et temporelles, est résolue de ne jamais les rétracter; qui se fait gloire de souffrir plutôt toutes sortes de violences que de les désavouer; k qui se roidit tellement contre le mal qui lui en arrive, qu'elle prend sujet de là de comparer ses souffrances à celles de Jt^sus- Christ et de ses martyrs. C'est là le comble de la hardia-vse, mais qui leur est devenu ordinaire, et qu'ils renouvellent dans leur dernier Écrit. « Notre Société, disent-ils (p. 2), ne souffre qu'après le Fils de Dieu, que les Pharisiens accusoient de violer la Loi. 11 est honorable aux Jésuites de partager ces opprobres avec Jésus-Christ; et les Disciples ne doivent pas avoir de honte d'être traités comme le Maître. i>
Voilà comme cette superbe Compagnie tire sa vanité de sa confusion et de sa honte. Mais il faut réprimer cette audace tout à fait impie, d'oser mettre en parallèle son obstination crimi-
nelle à défendre ses erreurs, avec la sainte et divine constance de Jésus-Christ et des martyrs à souffrir pour )a Vérité. Car quelle proportion y a-t-il entre deux choses si éloignées ? Le Fils de Dieu et ses martyrs n'ont fait autre chose qu'établir les vérités évangéliques, et ont enduré les plus cruels supplices et la mort même par la violence de ceux qui ont mieux aimé le mensonge. Et les Jésuites ne travaillent qu'à détruire ces mêmes vérités, et ne souffrent pas la moindre peine pour une opiniâtreté si punissable. 11 est vrai que les peuples commencent à les connoître; que leurs amis en gémissent; que cela leur en ôte quelques-uns, et que leur crédit diminue de jour en jour. Mais appellent-ils cela persécution? Et ne devroient-ils pas plutôt le considérer comme une grâce de Dieu, qui les appelle à quitter tant d'intrigues et tant d'engagemens dans le monde que leur crédit leur procuroit, et à rentrer dans une vie de retraite plus conforme à des Religieux, pour y pratiquer les exercices de la Pénitence, dont ils dispensent si facilement les autres?
S'ils étoient chassés de leurs maisons, privés de leurs biens, poursuivis, emprisonnés, persécutés (ce que nous ne souhaitons pas, sachant que ces rigueurs sont éloignées de la douceur de rÉglise), ils pourroient dire alors qu'ils souffrent; mais non pas comme chrétiens, selon la parole de saint Pierre ; et ils n'auroient droit de s'appeler ni bienheureux ni martyrs pour ce sujet : puisque le même apôtre ne déclare heureux ceux qui souffrent que lorsqu'ils souffrent pour la justice : Si propter jusliliam, beali; et que, selon un grand Père de l'Église, et grand martyr luimême, ce n'est pas la peine, mais la cause pour laquelle on endure, qui fait les martyrs, non pœna, sed causa. (Saint Cyprien.)
Mais les Jésuites sont si aveuîrlés en leurs erreurs, qu'ils les prennent pour des vérités, et qu'ils s'imaginent ne pouvoir souffrir pour une meilleure cause. C'est l'extrême degré d'endurcissement. Le premier, est de publier des maximes détestables. Le second, de déclarer qu'on ne peut point les condamner, lors même que tout le monde les condamne. Et le dernier, de vouloir faire passer pour saints et pour compagnons des martyrs, ceux qui souffrent la confusion publique, pour s'obstiner à les défendre. Les Jésuites sont aujourd'hui arrivés à cet état. Nous ne croyons pas qu'on puisse avoir des sentiments de piété dans le cœur, sans avoir une sainte indignation contre une disposition si criminelle et si dangereuse. 11 est question, en cette dispute, d'erreurs qui renversent la Morale chrétienne dans les points les
plus importants; et une Société entière de prêtres, qui gouvernent une infinité de consciences, prétend qu'il lui est glorieux de souffrir pour ne jamais s'en rétracter. Il faut assurément être tout à fait insensible aux intérêts de l'Église, pour ne point s'en émouvoir. Ceux qui n'ont point de connoissance de ces désordres, et qui regardent seulement en général le bien de la paix, peuFent peut-être s'imaginer qu'elle seroit préférable à ces disputes. Maie d'ouvrir les yeux à ces désordres, et, en les envisageant en leur entier, vouloir demeurer en repos, sans en arrêter le cours, c'est ce que nous croyons incompatible avec l'amour delà Religion e: de l'Église. Si nous ne regardions que notre intérêt, les choses sont à notre égard dans un état si avantageux, que nous aurions tous sujet d'être satisfaits. Mais comme la vérité ne l'est pa<, nous devons solliciter pour elle; et nous avons sujet de craindre, selon la parole de saint Augustin, qu'au lieu que ceux qui soat insensibles à sa défense peuvent accuser notre zèle d'excès, ell** ne l'accuse de tiédeur, et ne crie que ce n'est pas encore là as>*^i pour elle : Hoc illi nimium dicunt esse : ipsa atitem verilas forlasse adhuc dical, nondum est salis.
Et, en effet, si on compare ce que nous avons dit à ce qu'ont dit ceux qui ont eu le plus de charité pour ces pères, lorsqu'ils ont été obligés de parler contre leurs égaremens, on y trouvera une différence extrême.
Quand on proposa ù la Faculté de Théologie de Paris leur établissement en France et qu'elle en eut considéré les conséquences, elle en parla d'une manière si forte, que je ne sais si nous sommes excusables de n'en parler que comme nous faisons, en l'état où ils sont devenus aujourd'hui. Et leurs propres G*^néraux, qui ont eu tant d'amour pour eux, mais qui ont vu aussi la corruption qui s'y glissoit, leur ont écrit d'une telle sorte que, si nous étions jamais obligés de le faire paroître, on verroit ce que la charité fait dire et comment elle sait soutenir avec vigueur la cause de la vérité blessée. Personne n'en est mieux informé que ces Pères mêmes ; et c'est pourquoi il y a apparence qu'ils ne nous engageront pas à nous justifier sur cela. Mais pour nous justifier envers Dieu, nous sommes obligés de demeurer dans nos premiers sentimens, et de leur répéter ici ce que nous leur avons dit dans un de nos Écrits : Qu'aussitôt qu'ils voudront renoncer à V Apologie, nous les embrasserons de tout notre cœur : qu'il ne sufllt pas qu'ils reconnoissent qu'on est obligé d'aimer Dieu et qu'il ne faut pas calomnier son prochain, (lis le diront tant
qu'on voudi'a, parce qu'ils embrassent toutes les opinions, vraies et fausses; c'est par là qu'ils amusent ceux qui ne sont pas instruits du fin de leurs maximes; et c'est ce que nous voulons que tout le monde connoisse, afin qu'on ne se laisse pas surprendre à leurs rétractations équivoques.) Mais qu'il faut qu'ils déclarent que les opinions de ceux qui disent qu'on peut être sauvé sans aimer Dieu, qu'on peut tuer, calomnier, etc., sont fausses et détestables; et qu'enfin ils condamnent la Doctrine de la Probabilité, qui les enferme toutes ensemble. Et alors nous quitterons nos poursuites; mais jamais autrement. Car ils doivent s'attendre de trouver en nous une constance aussi infatigable à les presser de renoncer à ces erreurs, qu'ils auront d'obstination à les défendre; et qu'avec la grâce de Dieu, ce dessein sera toujours celui des pasteurs de l'Église, tant que ces méchantes opinions seront les sentimeiis des Jésuites.
A Paris, le 24 juillet 1658,
SEPTIÈME FAGTDM
Des Curés de Paris, ou Journal de tout ce qui s'est passé, tant à Paris que dans les Provinces, sur le sujet de la Morale et de l'Apologie des Casuistes, jusque à la publication des Censures de Nosseigneurs les Archevêques et Évéques, et de la Faculté de Théologie de Paris.
Comme la Morale des Nouveaux Casuistes est un des plus grands maux qui aient été répandus jusques ici dans l'Église, et dont les erreurs sont d'autant plus capables de corrompre les Fidèles, qu'elles ne sont pas sur des points de Théologie disproportionnés à l'intelligence des peuples, mais sur les points les plus populaires et les plus conformes aux inclinations corrompues de la nature, les pasteurs ont eu une obligation indispensable de parler en cette rencontre, parce que le silence, qui est quelquefois utile dans les matières hautes et cachées, eût été criminel et inexcusable en cette occasion. C'est pourquoi, afin de faire voir à tout le monde que nous ni nos confrères des Provinces, n'avons rien omis pour nous acquitter de notre devoir.
nous avons jugé à propos de donner un récit de tout ce qui î été fait jusqu'ici sur ce sujet.
Les Écrits intitulés : Lettres écrites à un Provincial, par ukdt ses amis, ayant paru en l'année 1656, qui découvroient un grand nombre de pernicieuses maximes, tirées des Livres des NoDfeaoi Casuistes, M. de Saint-Roch, syndic des curés de Paris, en donia avis en leur Assemblée Ordinaire du 12 mai 1656, et dit qne, si les propositions contenues dans ces Lettres étoieot fidèlemeni tirées des Casuistes, 11 jugeoit que la Compagnie devoit demande: la condamnation de ces pernicieuses maximes ; et que s'il n'étott pas véritable qu'elles fussent des Auteurs auxquels elles étoietî attribuées, il falloit demander la condamnation des Lettres meniez Mais comme il n'y avoit point en ce temps-là de Vicaires Géoéraux dans le diocèse, le dessein des Curés ne put avoir alors son effet, de sorte qu'ils furent, par nécessité, obligés de le différer.
Cependant, M. du Four, abbé d'Aulnay, et qui étoit alors cu/^ de Saint-Maclou de Rouen, ayant parlé avec beaucoup de zèle et de courage contre ces propositions dans quelques-uns de «? sermons, et entre autres dans celui qu'il prononça au Synode de Rouen le 30 mai de la même année, en présence de plus de doux cents Curés et de M. l'Archevêque même, les Jésuites s'en trouvèrent étrangement offensés par le seul intérêt qu'ils prenoieni à la défense de ces maximes ; car il n'avoit pas été dit d'eux une seule parole dans ces sermons. Ils en firent donc un grand bruit: et le P. Brisacier, recteur du collège de la même ville, présenta requête à M. l'Archevêque, contre M. du Four : ce qui étant feoû à la connoissance des Curés de Rouen, ils crurent être oblisési^ prendre part à cette querelle de leur confrère, attaqué en uoe partie qui les touchoit également, puisqu'ils ont intérêt de veiller à la bonne doctrine et à la pureté des mœurs, d'où dépend le salut des âmes qui leur sont commises.
Mais pour procéder mûrement en cette affaire, et ne passy engager mal à propos, ils délibérèrent, dans une de leurs Assemblées, de consulter les Livres d'où les Lettres Provincides rapportent ces propositions, afin d'en faire des recueils et des extraits fidèles, et d'en demander la condamnation par des voies cs^^oaiques, si elles se trouvoient dans les Casuistes, de quelque quw'^ et condition qu'ils fussent: et, si elles ne s'y trouvoiefli P^ abandonner cette cause, et poursuivre au même temps la te sure des Lettres au Promncial, qui alléguoient ces Doctrio^ ^ qui en citoient les Auteurs.
Six d'entre eux furent nommés de la Compagnie, pour s'employer à ce travail. Ils y vaquèrent un mois entier avec toute la fidélité et Texactitude possibles ; ils cherchèrent les textes allégués. Ils les trouvèrent dans leurs originaux et dans leurs sources, mot pour mot, comme ils étoient cités. Ils en firent des extraits, et rapportèrent le tout à leurs confrères dans une seconde Assemblée, en laquelle, pour une plus grande précaution, il fut arrêté que ceux d'entre eux qui voudroient être plus éclaircis sur ces matières, se rendroient, avec les députés, en un lieu où étoient les Livres, pour les consulter derechef, et en faire telles conférences qu'ils voudroient. Cet ordre fut gardé, et les cinq ou six jours suivans, il se trouva dix ou douze curés à la fois, qui firent encore la recherche des passages, qui les collationnèrent sur les Auteurs, et en demeurèrent satisfaits, comme tout cela est rapporté dans une Lettre écrite par un des Curés de Rouen, et imprimée avec la requête qu'ils présentèrent au nom de leur Compagnie, et d'autres procédures qu'ils ont faites dans la poursuite de cette affaire.
Sur cela les Curés de Rouen résolurent de présenter requête en leur nom pour la condamnation de ces maximes impies; et M. leur Archevêque, suivant les conclusions de son promoteur général, et de l'avis de son Conseil, considérant que cette affaire touchoit toute l'Église, et que le Clergé était alors assemblé à Paris, renvoya l'affaire à l'Assemblée Générale, et mémo députa un de ses Grands Vicaires pour y présenter de sa part cette requête, et les extraits de ses Curés.
Cependant les Curés de Paris, qui veilloientde leur part pour garantir leurs peuples de ces corruptions, furent derechef avertis par M. le curé de Saint-Roch, syndic, qu'il èioit temps de donner ordre aux maux qui menaçoient l'Église, et de penser à chercher les moyens pour en arrêter le progrès. Les Curés de Rouen, qui espérèrent beaucoup d'assistance des Curés de Paris, leur écrivirent ; et M. le curé de Saint-Paul présenta le septième jour d'août 1656, en leur Assemblée Ordinaire qu'ils font tous les mois pour aviser aux besoins de leurs paroisses, une Lettre qu'il reçut de M. du Four, au nom de ses confrères les Curés de Rouen, pour prier tous ceux de Paris de les assister de leurs conseils, et d'intervenir avec eux pour la défense de l'Évangile. Il fut arrêté que M. de Saint-Paul leur témoigneroit la consolation que toute la Compagnie avoit reçue de leur Lettre, et l'assistance qu'ils pouvoient espérer d'eux.
Dans le mois de septembre suivant, les Curés de Paris donnèrent avis aux Curés des Provinces de cette mauvaise Monik qui menaçoit toute TÉglise, afin qu'avec la permission de Noss»:igneurs leurs Prélats, ils s'unissent à eux, et intervinssent dans h défense de cette cause. Sur quoi les Curés de Paris reçurent « bonne forme, et gardent en leurs registres les procurations û^^ Curés d'un grand nombre de villes des plus considérables en Royaume.
M. le curé de Saint-Roch ayant remontré à leur Ass^m^ii^^ que, pour procéder en cette affaire plus mûrement ei d'une manière irréprochable, il étoit important d'examiner les Libres mêmes des Gasuistes, d'en extraire fidèlement les propositions pour demander la Censure à l'Assemblée Générale du Clergé, qui étoit déjà saisie de cette affaire, et d'en députer quelques-uns à cet effet : il fut conclu qu'on présenteroit requête à M. le Grami Vicaire, pour lui demander la condamnation de cette Doctrine, ou le renvoi de l'affaire à l'Assemblée Générale da Clergé.
On députa ensuite plusieurs curés pour examiner les propositions, lesquels y ayant travaillé, et extrait trente-huit propositions de divers Auteurs, il fut délibéré qu'ils les présenteroient i l'Assemblée pour en demander la condamnation ; ce qu'ils firent, et quelque temps après ils en présentèrent encore plusieurs autres avec une remontrance à Nosseigneurs de l'Assemblée, qui leur fut portée le 24 novembre, signée par MM. de Saint-Roeh et des Saints-Innocens, syndics. L'Assemblée nomma Nosseigneurs TArchevêque de Toulouse, et les Évoques deMontauban, de Coutance^ de Vannes et d'Aire, pour faire droit sur la requête des Curt^ ef sur leurs extraits.
Ces propositions parurent si horribles à tout le monde, qu'oo s'attendit d'en voir bientôt une condamnation célèbre; et on l'auroit obtenue en effet, si le grand nombre qui s'en trouva, et k peu de loisir qu'avoit alors l'Assemblée, qui étoit continuellement pressée de finir, n'en eussent ôté le moyen. Mais Nosseigneurs les Prélats, voyant qu'il n'étoit pas en leur pouvoir de rendre alors cette justice, voulurent au moins faire connoître à toute PÉglise qu'ils n'avoient manqué que de temps; et pour cela ils ordonnèrent que les Instructions de saint Charles seroient imprimées par l'ordre du Clergé, avec une Lettre circulaire à tous Nosseigneurs les Prélats, qui serviroitde préjugé de leurs sentimens.et comme d'un commencement de condamnation de toutes ces
maximes en général, en attendant que le temps s'offrit de la faire plus solennelle.
En effet, les Inslruclions de saint Charles furent imprimées par le commandement de l'Assemblée, et par son imprimeur ordinaire, en 1657, avec un extrait du procès verbal :
« Du jeudi, premier jour de février, à huit heures du matin, M. TArchevéque de Narbonne présidant, M. de Cyron a dit : Que suivant Tordre de l'Assemblée, il avoit fait venir de Toulouse le Livre àQS Instructions pour les Confesseurs, dressées par saint Charles Borromée, et traduites en françois par feu M. l'Archevêque de Toulouse, pour la conduite des Confesseurs de son diocèse. Et plusieurs de MM. les Prélats qui ont lu ledit Livre, ayant représenté qu'il seroit très utile, et principalement en ce temps où l'on voit avancer des maximes si pernicieuses et si contraires à celles de l'Évangile, et où il se commet tant d'abus en l'administration du sacrement de pénitence, par la facilité et l'ignorance des Confesseurs ; l'Assemblée a prié M. de Cyron de prendre soin de le faire imprimer, afin que cet ouvrage, composé par un si grand saint, avec tant de lumière et de sagesse, se répande dans les diocèses, et qu'il puisse servir comme une barrière pour arrêter le cours des opinions nouvelles, qui vont à la destruction de la Morale chrétienne. » Voilà tout ce que Nosseigneurs les Évêques purent faire : ils ont témoigné à tout le monde le regret qu'ils ont eu de ne pas avoir eu le temps de consommer cette affaire ; et ils continuent tous les jours de le témoigner, comme a fait encore M. de Couserans par cette Lettre :
Réponse de VÉvêque de Couserans à la Lettre de MM. les Curés de Paris.
G Messieurs,
0 J'ai fait part à MM. d'Aleth, de Comminges et de Bazas de la Lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et que M. le curé de Saint-Roch a pris la peine de me faire lenir ; ils vous en rendent leurs très humbles grâces, lis y ont vu , avec une joie sensible, vos généreux sentimens pour notre commune Censure contre V Apologie des Casuistes; c'est un acte de justice publique que nous devions à la Doctrine enseignée par Jésus-Christ dans son Évangile, de la défendre en cette occasion contre les dogmes d'une morale relâchée qui corrompt les mœurs des Fidèles, qui met l'homme en la main de son cœur et de sa raison, pour en suivre
les conseils souvent criminels, et toujours suspects, depuis que le péché a répandu son venin dans ces deux facultés. Vous, m^sieurs, avez été les premiers qui avez été touchés de routrage qu'alloit recevoir, par crîtte Morale funeste, toute TÉglise du Fiis de Dieu. Je suis témoin de ce cri charitable de votre gémissement, qui vint frapper Toreille de ces Pères assemblés en la dernière Assemblée du Clergé, où j'avois Thonneur d'être un des députés; vous leur en portâtes les plaintes, elles émurent les cœurs sensiblement, et je sais que, sans Tobligation qui les engagea pour lors de se séparer, leurs délibérations eussent confirmé toutes les vôtres sur ce sujet, et qu'ils eussent iiroscrit par une Censure publique cette Doctrine de relâchement et d'iniquité. Toute la postérité chrétienne bénira votre zèle; les Évéques, qui sont les dépositaires légitimes de la puissance de Jésus- Christ, se souviendront toujours, avec les sentimens d'une reconnofssance particulière, de ce courage fort, persévérant et invincible, qui vous a fait soutenir tant de fois son autorité en la cause de l'Épiscopat, en ces rencontres si diflficiles. Je loue Dieu, messieurs, de m'avoir donné Heu d'être le spectateur en vous de tous ces nobles sentimens pendant les cinq années de mon Agence, et durant le cours de notre dernière Assemblée. Je vous confesse que cette vue, qui m'a laissé une profonde estime de vos personnes pour toute ma vie, m'a donné des mouvemens de force pour essayer de faire l'œuvre de mon ministère. Je prie la miséricorde de Celui qui a daigné m'y appeler au milieu de ma profonde Indignité, de vouloir m'en rendre digne; je vous demande pour cela auprès de Lui les intercessions efficaces de votre vertu, et de croire que je suis, avec un respect très véritable ,
« Messieurs,
« Votre très humble et très affectionné serviteur, « Bernard, évêque de Couserans.
« De Couserans, ce 20 décembre 1658. »
Ce fut alors que les Défenseurs de ces Nouvelles Doctrines les voyant condamnés par les Prélats, et décriés parmi les Peupies, se persuadèrent que pour relever le crédit de leurs Casuistes, il falloit les soutenir par quelque ouvrage considérable.
Ce dessein ne fut pas si secret que quelques-uns ne s'en ouvrissent à leurs amis, et l'on sait qu'en plusieurs villes les Je-
suites se vantèrent publiquement, quelque temps devant que V Apologie parût, qu'il viendroit bientôt un Livre qui renverseroit tout ce qu'on auroit écrit contre la Morale de leur Société. Et lorsqu'il fut en état d'être imprimé, les Jésuites mêmes en demandèrent le privilège à M. le Chancelier, qui le leur refusa, et qui a témoigné depuis combien il désapprouvoit ce malheureux ouvrage. Les mêmes Jésuites sollicitèrent M. Grandin et M. Morel, docteurs de Sorbonne, pour en tirer l'approbation, qu'ils refusèrent pareillement. Mais ceux qui avoient espéré un si grand succès de ce Livre ne laissèrent pas pour cela de se résoudre à le produire.
On vit donc paroître, sur la fin de l'année 1657, ce Livre intitulé : Apologie pour les Casuistes contre les Calomnies des Jansénistes, dont le dessein étoit de combattre les Lettres au Pro^ vincial sur les points qu'elles avoient représentés comme étant contraires à l'esprit de l'Évangile.
Cet Apologiste prend pour cela une voie toute différente de ceux qui avoient écrit avant lui; car il ne prétend plus qu'on ait falsifié la Doctrine des Casuistes ; mais, reconnoissant de bonne foi qu'elle étoit telle qu'on l'a représentée, il la soutient comme étant au moins probable, et par conséquent sûre en conscience.
Encore que ce Livre ne se vendît pas publiquement, parce qu'il n'avoit pas de privilège, on n'avoit pas néanmoins de peine à en recouvrer, les Jésuites ayant bien voulu le débiter et le vendre eux-mêmes dans leur collège de Clermont à Paris, où un grand nombre de personnes en ont fait acheter autant qu'ils en ont voulu. Ces Pères, de plus, en donnèrent en même temps, tant à Paris qu'à Rouen, et aux autres villes du Royaume, à beaucoup de Magistrats et à beaucoup de personnes de qualité, comme le plus excellent ouvrage qui eût paru depuis longtemps.
Mais il en arriva le contraire de leur prétention, car ce Livre ne fit qu'augmenter l'aversion qu'on avoit déjà conçue pour les maximes des Casuistes, et les personnes de qualité furent étrangement scandalisées de la hardiesse avec laquelle on les y représentoit de nouveau comme des vérités de la Morale chrétienne, ainsi qu'il est porté dans le titre même de cette Apologie,
Il ne se passa rien sur ce sujet jusqu'au commencement de l'année 1658, que les Curés de Paris étant émus, tant par l'horreur que leur avoit causée la lecture de ce Livre que par les
plaintes quMls en recevoient tous les jours, prirent dessein d'apporter quelques remèdes aux mauvaises suites qu'il pouvo.t avoir.
L'ouverture en fut faite par leurs syndics, MM. les curés de Saint-Roch et des SaintMnnocens, le lundi 8 janvier, en leur Assemblée Ordinaire, lis y représentèrent, ainsi qu'il esi porté par leur registre, que depuis peu de jours il se débitoit sol< main, sans nom d'auteur ni d'imprimeur, un Livre intitulé: A}*ologie pour les Casuisles, dans lequel il y avoit grand nombre de fausses et dangereuses propositions, non seulement contre h conduite et le salut des âmes et contre les bonnes mœurs, mais même contre la sûreté publique; et qu'ainsi, non seulemect M. le cardinal de Retz, archevêque de Paris, ou MM. ses Grands Vicaires, mais aussi les Magistrats et les Juges, avoient grand ictérôt à la condamnation de cette pernicieuse Apologie. Et sur oe rapport, la Compagnie, comme il est dit dans le registre, ne voulant pas oublier son zèle ordinaire dans la poursuite d'une affair^^ de cette qualité, résolut de s'adresser tant à MM. les Vicaire Généraux pour leur faire plainte de ce Libelle, et en demander la Censure, qu'à MM. les Gens du Roi, pour leur dénoncer ce pernicieux Livre, et demander et suivre leurs ordres dans la pourssuite de cette affaire. Et pour cet effet, la Compagnie députa MM. de Saint-Paul, de Saint-Roch, syndic, de Saint-André des Arcs, des des Saints-Innocens, de Sain t-E us tache, de Saint-Christophe, de Saint-Médard et de Saint-Pierre aux Bœufs pour en conféivr ensemble, vérifier sur le Livre môme les Extraits de quelquesunes de ces dangereuses propositions, les porter, tant à MM. les Vicaires Généraux qu'à MM. les Gens du Roi, et en poui^uirre incessamment la condamnation ; même s'adresser à MM. le Doyen et le Syndic de la Faculté, afin qu'ils le dénonçasseni et qu'ils en fissent leur rapport à la Faculté, pour avoir la Censure d'une si malheureuse Doctrine.
Ensuite de cette résolution, les députée, ayant travaillé aax Extraits, allèrent trouver les personnes auxquelles la Compagnie leur avoit ordonné de s'adresser ; et le lundi Ix février 1658, les Curés s'étant assemblés, M. de Saint-Roch ayant fait la lecture de deux requêtes dressées par ordre de la Compagnie, et suivant la conclusion du lundi 7 janvier, l'une à MM. les Vicaires Généraux, et l'autre au Parlement pour la condamnation du Livre intitulé : Apologie pour les Casuisles, etc., il fut résolu que ces requêtes seroient signées par les Curés qui étoient présens à l'As-
semblée, et qu'elles seroient aussi envoyées à ceux qui ne s'y étoient pas trouvés, pour être signées, parce qu'il s'agissoit d'une affaire qui les touchoit tous également.
Le même M. de Saint-Roch représenta encore qu'un Factum étant une chose qui pouvoit beaucoup servir dans la poursuite de cette affaire, la Compagnie en avoit fait dresser un pour faire voir les causes et les motifs de ses justes procédures contre ce pernicieux Libelle. Sur quoi les huit députés qui ont été nommés, furent priés de le voir et de le faire imprimer pour être distribué partout où il seroit à propos.
Deux jours après cette Assemblée, le Roi manda les curés de Saint-Paul et de Saint-Roch, qui, étant arrivés au Louvre, furent conduits dans la chambre de M. le CardinaU où étoit le Roi avec Son Éminence, M. le Chancelier, M. Servien, M. le Procureur Général et M. de Brienne. Le Roi dit aux Curés qu'il les avoit mandés sur le siget que M. le Chancelier leur diroit. M. le Chancelier dit que le Roi vouloit être informé de ce qui s'étoit passé dans leur Assemblée du lundi dernier. Les Curés répondirent que sur le rapport fait par les Syndics qu'un Livre abominable commençoit à paroître, qui alloit à la destruction de toute la Morale chrétienne et de la sûreté publique, ils avoient résolu d'en poursuivre la condamnation, et signé pour cela deux requêtes, l'une à MM. les Vicaires Généraux et l'autre au l^arle- Dient.
M. le Cardinal demanda pourquoi on avoit eu recours au Parlement. Que si M. l'Archevêque étoit présent, les Curés auroient eu recours à lui; qu'ainsi, en son absence, ils dévoient se contenter de recourir à ses Vicaires Généraux.
Les Curés répondirent que, comme V Apologie n'alloit pas seulement contre les principes de la Religion Chrétienne, mais encore contre les Lois Civiles par les permissions qu'elle donne de voler et de luer, ce Livre devoit être condamné non-seulement par les Juges Ecclésiastiques, mais encore par les Séculiers; outre qu'étant rempli de calomnies et d'injures contre les personnes des Curés, pour détourner les peuples de la croyance qu'ils dévoient avoir en eux, ils étoient obligés, par le devoir de leurs charges, d'en poursuivre l'imprimeur et l'auteur, pour leur faire faire réparation de ce scandale, dont MM. les Vicaires Généraux ni la Faculté de Théologie ne pouvant connoître, ils avoient été conseillés de présenter leur requête au Parlement.
M. le Cardinal repartit que tant pour l'information que pour II. 27
la réparation d'honneur, les Curés pouTOient s^adresser à lX>fficial. Les Curés répondirent qu'ils n^avoient osé s'adresser i M. rOfficial, et que la raison qui les avolt retenus étoit, qu^ajant un peu auparavant un sujet pareil de se plaindre du P. Bagot, jésuite, qui les avoit traités dans un Livre d*uDe manière aussi outrageuse, ils s'étoient adressés à M. TOfficial pour en avoir justice ; mais nonobstant que le P. Bagot eût mis procureur, et qn*i y eût trois appointemens donnés à l'audience avec lui, il ne laissa pas de se pourvoir au Conseil, et y obtint un arrêt sur requête au rapport de M. Balthasar, frère du P. Balthasar, jésuite, en date du troisième jour d'août 1657, signifié aux Syndics, par lequel le P. Bagot avoit été déchargé de Tassignation, et défense faite aux Curés de plus user de telles voies, et i ]X)fficlal d'en connoitre, à peine de nullité des procédures, de cassation des sentences, et de tous dépens, dommages et intérêts; et que c'est ce qui les avoit retenus de s'adresser à M. TOfficial, par h crainte d'un semblable arrêt, qu'il seroit aussi facile d'obtenir que le premier sans appeler les Curés, et en faveur d^'un auteur qu'ils savent assurément être le P. Pirot, jésuite, et sur le sujet d'un Livre dont les Jésuites en corps se rendent les défenseurs.
Sur cela Son Éminence dit qu'il ne falloit pas souffrir que les Curés de Paris fussent offensés par des Livres injurieux, et supplia Sa Majesté de commander que l'arrêt dont ils se plaignoient fût cassé et révoqué, ce que le Roi eut la bonté d'ordonner à l'heure même.
Et quant au Livre de V Apologie dont il s'agissoit, M. le Chancelier dit qu'on lui avoit demandé permission de Pimprimer, et qu'il Tavoit refusée. A quoi les Curés repartirent que, puisquH connoissoit ainsi ceux qui lui avoient fait cette demande, il èu>it de sa bonté et de sa justice de favoriser les Curés dans la poursuite qu'ils faisoient contre des gens qui avoient contrevenu à ses ordres.
M. le Cardinal dit que pour ce qui regarde la suppression de Livre, et pour en empêcher la vente et les autres impressions, les Curés pouvoient se contenter de l'ordonnance faite par M. le Lieutenant civil, et publiée depuis peu de jours.
Les Curés répondirent que tant s'en faut que cette ordonnance leur fût favorable, qu'elle leur étoit plutôt contraire; et qu'il y avoit apparence qu'elle avoit été sollicitée par les Jésuite* mêmes, parce qu'elle comprenoit dans une même condamnation, tïon-seulement V Apologie, mais encore les Écrits des Curés de
Paris, qu'ils avoient présentés à TAssemblée Générale du Clergé, et qui étoient Imprimés en môme volume avec 'les Lettreu Provinciales/que cette ordonnance défendoit aussi : outre que dans les occasions où il s'agissoit de Livres semblables kYApologiej qui vont contre la Religion et PÉtat, on avoit accoutumé de s'adresser directement au Parlement, qui a le pouvoir de la police générale et souveraine ; comme quand il avoit été question de condamner les Livres de Santarel et de Mariana, jésuites. Et qu'il s'agissoit ici d'un Livre plus dangereux que lous les autres, et dont la doctrine est préjudiciable, non-seulement au salut des &mes, mais aussi à la sûreté de la personne des Rois et de leurs Ministres.
Ensuite de quoi M. le Chancelier dit aux Curés que le Roi vouloit qu'ils s'adressassent sur toutes choses aux Grands Vicaires, à rOflicial et à la Faculté, et que Sa Majesté n'avoit pas agréable qu'ils s'adressassent au Parlement, mais qu'elle manderoit à la Faculté de théologie de travailler incessamment à l'examen et à la Censure du Livre.
Les Curés ayant appris la volonté du Roi, promirent d'y obéir ponctuellement et se retirèrent.
Le septième jour de février 1658, M. de Saint-Roch fut prié de se trouver chez M. le Lieutenant Civil, où, s'étant rendu, il le trouva accompagné de M. le Lieutenant Criminel et de M. le Procureur du Roi au Châtclet. M. le Lieutenant Civil lui demanda pourquoi MM. les Curés de Paris ne s'étoient point adressés à eux pour la suppression du Livre de V Apologie pour les Casuistes.
M. de Saint-Roch répondit que les Curés avoient été conseillés de s'adresser à la justice et police du Parlement, comme souveraine et ordinaire en matière de livres d'une doctrine aussi méchante que celle de V Apologie; que les Curés ayant dessein, non-seulement de faire supprimer ce Livre, mais aussi de le faire condamner au feu, à quoi ils estimoient l'autorité de la Cour être nécessaire, ils avoient cru devoir s'y adresser : outre que M. le Lieutenant Civil, par son ordonnance du vingt-cinquième jour de janvier 1658, sans ouïr les Curés de Paris, ayant supprimé leurs requêtes, extraits et autres écrits avec les Lettres au Provincial, ils ont cru que cette ordonnance avoit été sollicitée et obtenue par les Jésuites mêmes, afin d'éviter une plus sévère condamnation du Parlement. A quoi il ajouta plusieurs autres choses touchant les périlleuses conséquences de ce Livre. Et s'adressant à
4!0 APPENDICli.
M. le Procureur du Roi, il lui dit que ce seroit une chose digoe de sa charge et de sa justice de requérir qu'il fût iDrormé de Fauteur et de Timprimeur de ce méchant Livre : et le lendemaiB 8 février, on vit paroltre une nouvelle sentence de M. le Lieutenant Civil, portant défenses réitérées de débiter, imprimer oi vendre VApologie pour les Casuiêles, sans qu'il y fût parlé des Lettres au Provincial,
Cependant les Curés ne pouvant porter leurs plaintes au Parlement, selon Tordre qu'ils en avoient reçu du Roi, présentèrent leur requête à MM. les Vicaires Généraux, pour leur demander la Censure de ce Livre, signée de trente-un Curés, et la publièrent avec un Extrait des plus dangereuses propositions de ce Livre, et un Factum où, après avoir représenté les principales raisons qui les avoient obligés de s'élever avec plus de vigueur qae jamais contre tant de pernicieuses maximes, dont les Casui^tes s'efforçoient de ruiner et de corrompre toute la Morale chrétienne, ils déclarent que « ce qui les pressoit le plus d'agir «i cette rencontre étoit qu'il ne faut pas considérer ces propositions comme étant d'un livre anonyme et sans autorité, mais comme étant d'un livre soutenu et autorisé par un Corps très considérable : qu'encore qu'ils n'eussent jamais ignoré les premiers auteurs de ces désordres, ils n'avoient jamais voulu les découvrir, et qu'ils ne le feroient pas encore, s'ils ne se décoavroient eux-mêmes, et s'ils n'avoient affecté de se faire connoiire à tout le monde. Mais que, puisqu'ils vouloient qu'on le sût, il étoit inutile aux Curés de le cacher; que puisque c'étoit chei eux, dans le collège de Clermont et dans leur maison professe de la rue Saint-Antoine, qu'ils avoient fait débiter cet ouvrage: qne ces Pères l'avoient porté chez leurs amis à Paris et dans les provinces; que le P. Brisacier, recteur du collège de Rouen, TaToit donné lui-même aux personnes de condition de la ville: quli l'avoit fait lire en plein réfectoire, comme une pièce d'édification et de piété; que les Jésuites de Paris avoient sollicité des docteurs pour en avoir l'approbation; et enfin qu'ils avoient l»*Té le masque, et avoient voulu se faire connoitre en tant de minières : il étoit temps que les Curés agissent ouvertement; et que comme les Jésuites se déclaroient publiquement les protecteurs de VApologie des Casuisles dans les chaires, à la Cour et daas les compagnies particulières, les Curés s'en déclarassent publiquement les dénonciateurs. »
Au même temps que les Curés de Paris témoignoient leor
zèle contre ce Livre, les Curés de Rouen s'adressèrent à M. leur Archevêque; et, ensuite d'une procuration aussi signée de vingtsix Curés, qui donnoientle soin à cinq d'entre eux de poursuivre cette affaire, ils présentèrent leur requête, sur laquelle M. l'Archevêque de Rouen les renvoya pardevant ses Grands Vicaires, auxquels il ordonna d'examiner ce livre sans délai, en présence de M. l'Évoque d'Olonne, et de lui envoyer leur avis doctrinal. Les mêmes Curés de Rouen publièrent aussi un Factum, où ils ^ODt voir une grande partie des plus méchantes opinions de VApoiogie.
Le onzième de mars, les Curés de Paris s'étant assemblés, et ne voulant pas négliger les poursuites qu'ils avoient commencées contre une si pernicieuse doctrine, députèrent MM. de Saint- André, de Saint-Eustache, avec MM. les Syndics, pour solliciter cette affaire auprès de MM. les Vicaires Généraux, et en demander incessamment la condamnation.
Cependant le carême étant arrivé, plusieurs prédicateurs, à Paris et en d'autres villes de France, se crurent obligés de faire connottre aux peuples le danger quMl y avoit de se laisser conduire par les maximes des Casuistes, et combien en particulier V Apologie qu'on avoit faite pour les défendre étoit opposée à l'esprit de l'Évangile et à la voie du salut.
On recevoit aussi en même temps divers avis de ce que les Jésuites faisolent dans les provinces pour débiter et soutenir cette Apologie, On sut entre autres choses qu'à Amiens ils l'avoient eux-mêmes donnée au Lieutenant Général et au Lieutenant Particulier; et que le recteur des Jésuites de cette même ville, parlant de V Apologie à un de ses amis, lui avoit dit que a Q'étoit une pièce qui faisoit bruit, mais que ce n'étoit qu'à regard des simples et des ignorans, et que les Savants qui sont et seront, l'estimeront toigours, parce que la doctrine qu'elle contient est la véritable ».
On sait aussi qu'à Rouen un des plus habiles conseillers du Parlement ayant demandé au P. Brlsacier, recteur du collège, pourquoi ils défendoient les maximes qui étoient dans V Apologie^ ce jésuite lui avoit répondu « qu'elles avoient été soutenues avant la Société par d'autres docteurs». A quoi ce conseiller répliqua fort sagement : a Véritablement, mon père, quand ce que vous dites seroit vrai. Je m'étonne par quel aveuglement votre Société a pris plaisir de rechercher tout ce qui est abominable dans tous les docteurs qui vous ont précédés, ou qui vous
sont contemporains, pour en faire un Corps de Morale, et IVtribuer à votre Société, comme étant votre propre ouvrage, « l'esprit avec lequel vous conduisez ceux qui ont crojance cb vous. Et ce qui est encore pis, vous remuez ciel et terre, et importunez toutes les puissances, tant ecclésiastiques que séculières, pour faire passer ces erreurs, et condamner dHérésie \& véritables maximes qui sont contraires aux vôtres. i>
A Bourges, un religieux étant allé trouver le P. Ragaeneau, jésuite, son cousin, et lui ayant porté la requête et le Farina des Curés de Paris, lui citant les méchantes propositions de VApologie^ ce père lui répondit que « ce Livre de V Apologie èuii très excellent et très bien fait; que les docteurs de Sorbonoe qui Tavoient examiné n'y avoient rien trouvé à redire; qu^ m pouvoit être que très bon, ayant été composé par un savant homme religieux de leur Compagnie, qui se nommoit le P. Pirct, régent depuis longtemps en Théologie, confesseur célèbre, grand ami et compagnon du P. Annat. »
L'affaire de VApologie demeura quelque temps en cet état, 1« docteurs députés pour l'examiner n'en ayant encore fait aocoe rapport en Sorbonne, et les Curés se contentant d'avoir publié leur Factum, et d'en solliciter la Censure auprès des Vicaires Généraux. Mais les Jésuites voyant le décri public où se trouf oit eur doctrine, par les poursuites des Curés, résolurent de répondre à leur Factum; ce qu'ils firent en diverses feuilles qoîls publièrent de temps en temps durant l'espace d^environ u mois.
La première portoit ce titre : Réfutation des calomnies pêbliées contre les Jésuites, par les auteurs d'un Factum qui a part sous le nom de MM. les Curés de Paris, à Voccasion d'un Litrt intiliUé : « Apologie pour les CasuisteSj contre les calomnies àet Jansénistes, » Dans cet Écrit, pour avoir plus de liberté de décrier les Curés de Paris, ils feignent que le Factum n'est point des Curés : « Qu'il est indigne de leur piété et de leur vertu : ei comme nous ne leur imputons point, disent-ils, les faussetés et impostures dont il est rempli, nous ne prétendons point aussi qu'ils aient part à l'infamie qui en revient à ses auteurs. »
Mais il est à remarquer que les Curés ayant déclaré, dans lair Factum, que la raison qui les obligeoit de s'adresser directemeut aux Jésuites en particulier en agissant contre VApologie, est qu'eux-mêmes avoient affecté de faire connottre à tout le monde que VApologie sortoit de chez eux, Payant eux-mêmes vendue,
donnée à leurs amis, et sollicité des docteurs de Tapprouver. Les Jésuites qui parlent en leur nom dans cet Écrit intitulé : Réfutation, etc., ne disent pas un seul mot contre ces faits si importans, ni dans cette réponse, ni dans les autres; et ils ne Pont jamais fait dans aucun de leurs Écrits, et ne désavouent en aucune sorte de Pavoir vendue eux-mêmes, et assez cher, et de ravoir portée de tous côtés à leurs amis.
Les Curés de Paris ne furent pas peu surpris de la hardiesse avec laquelle la Société osoit soutenir, par un Écrit public, qu'un Factum qu'ils avoient dressé, publié, présenté à MM. les Vicaires Généraux, et distribué dans leurs paroisses, leur étoit supposé. C'est pourquoi, en leur Assemblée ordinaire du 7 avril 1658, ils résolurent, pour détruire entièrement cette fausseté, qu'il seroit fait un acte par lequel les Curés avoueroient ce Factum, comme ayant été fait et publié par eux; et il y eut huit commissaires nommés pour dresser l'original de cet acte : ce qui fut exécuté peu après, et c'est leur second Écrit intitulé : Réponse des Curés de Paris, pour soutenir le Factum par eux présenté à MM. les Vicaires Généraux, contre un Écrit intitulé : a Réfutation des calomnies publiées contre les Jésuites par les auteurs d'un Factum qui a paru sous le nom de MM. les Curés de Paris, »
Ils représentèrent aussi que les Jésuites avoient usé dans leur Écrit de la même témérité, sur le sujet de la Lettre circulaire que l'Assemblée générale du Clergé a fait adresser à tous les Évêques de France, pour préserver leurs diocèses de la corruption des Casuistes; ayant osé dire de cette Lettre, que a c'est une pièce subreptice, sans aveu, sans ordre et sans autorité, d Sur quoi les Curés de Paris, pour confondre davantage cette hardiesse, jugèrent à propos d'en écrire à M. l'abbé de Cyron, qui avoît eu ordre de TAssemblée de dresser cette Lettre, pour servir de préface au livre des Instructions de saint Charles. M. de Saint-Roch en prit le soin; et voici ce que M. de Cyron lui répondit d'auprès de Toulouse, le 25 mai 1658.
A J/. le curé de Saint-Roch, syndic des Curés de Paris.
« Monsieur,
« Je dois rendre témoignage à la vérité, que je n'ai pas tant de part, comme votre Compagnie a cru, à ce bel ouvrage de l'Assemblée, quoique je me glorifie bien d'y en avoir un peu. Ceux qui ne veulent pas reconnoltre cette pièce comme un ouvrage
4î4 APPENDICE.
de cet auguste corps, en oat conçu des Idées bien basses, et loi font une grande injure, puisque non seulement il lui appartieiit, mais aussi à tous les Évéques qui étolent pour lors à Paris. Ten ûs la proposition à la prière de plusieurs prélats de PAssemblée; et, pour la rendre plus authentique, je pris occasion de la cou* vocation des étrangers qui avoient été appelés pour quelque affaire extraordinaire. Je ne sais pas comment Ton peut se persuader que de telles actions cherchent les ténèbres. J'ai vu toujours MM. les Prélats fort disposés à condamner toutes ces maximes diaboliques qui ont paru dans les Extraits; et lliorrear que tous en témoignoient faisoit bien paroitre qu'ils n'étoient retenus que par leur peu de loisir, et par la nécessité qn'oc avolt de conclure une si longue Assemblée. En vérité. Il me semble qu'il ne faut que croire en Dieu, et n'avoir pas renoncé aux premières notions du Christianisme, pour avoir en exécration une telle Morale. Je m'estimerois heureux de pouvoir la noyer dans mon sang; mais, puisque je n'ai que des désirs fort inutiles pour le soutien d'une cause aussi juste et aussi sainte que la vôtre, je vous supplie d'agréer que je joigne mes Tœui et mes prières à vos illustres travaux, et que je dise : Exsurge, Deu8, judica causam tuam. Souffrez, monsieur, que je joigne i ces foibles souhaits l'assurance de mes respects, en qualité de, « Monsieur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur,
a De Ctron. »
Ce second Écrit des Curés de Paris, par lequel leur Factom est publiquement avoué, et la supposition des Jésuites renversée, est signé des huit curés députés de tout le Corps.
Cependant on procédoit à l'examen de V Apologie dans la Sorbonne. M. Messier, doyen, rapporta que M. l'Évéque de Rodez leur avoit fait dire, à M. le Syndic et à lui, que l'auteur de V Apologie demandoit d'être entendu par les examinateurs de son Livre, avant qu*on fît la Censure : à quoi la Faculté consentit, et pria M. l'abbé Le Camus, docteur de Sorbonne et aumônier ordinaire du Roi, d'assurer M. de Rodez que la Faculté avoit accordé ce qu'il avoit demandé, sans différer néanmoins la délibération qu'on avoit déjà commencée.
Cest pourquoi le lendemain, qui étoit le 9 d'avril, on cootinua à opiner; et le iO, la Censure de trois opinions touchant la Simonie et les Occasions prochaines fût conclue.
L.e même jour, 10 avril, M. Tabbé Le Camus alla trouver M. de Rodez, et lui dit, de la part de la Faculté, qu'elle écouteroit Tauteur de VApologie, et le 17, le même abbé, qui devoit partir pour aller faire sa charge d*aumônier auprès du Roi, pria M. Gauquelin, le plus ancien des députés de la Faculté pour Texamen de VApologie^ de rapporter à la Faculté ce qu'il avoit dit à M. de Rodez et au P. Annat, touchant Taudience qu'elle avoit accordée à l'auteur de VApologie, Et sur ce que M. Gauquelin lui dit qu'il pourrolt bien arriver que les Jésuites le dèsavouerolent de la proposition qu'il avoit faite à la Faculté de leur part, il répondit qu'il avoit pour cela une Lettre du P. Annat en bonne forme, et qu'il la gardoit pour la montrer, s'ils le désavouoient.
M. l'Évêque de Rodez continuant toujours de poursuivre cette conférence, M. Gauquelin alla le trouver pour lui dire qu'il conféreroit le samedi d'après. Il rencontra avec lui le P. Annat, qui, ayant entendu cette réponse, lui demanda en quel lieu cette conférence devoit se faire; il lui dit qu'il n'y en avoit pas de plus propre que la maison de la Faculté. Mais le P. Annat ayant fait difficulté d'accepter ce lieu, d'autant qu'il n'y avoit pas là assez de Casuistes, M. Gauquelin répondit qu'il n'avoit ordre que de faire quelques propositions à l'auteur de VApologie, d'entendre ses réponses, de les écrire, de les lui faire signer, et même avant que de lui faire aucune proposition, de voir s'il étolt autorisé par son supérieur, par un acte qu'on lui mît entre les mains, par lequel il parût qu'il avoit permission de venir défendre le Livre qu'il avoit fait, et qu'il se soumettoit au jugement de la Faculté. Sur quoi ils se séparèrent sans conclure s'ils conféreroient le samedi suivant ou non.
Les Jésuites, voyant que tous les efforts qu'ils avoient faits pour la défense de VApologie étolent inutiles, allèrent trouver M. le Cardinal pour le conjurer de prendre la protection de leur Compagnie, en empêchant que ce Livre ne fût censuré. Mais il leur répondit que c le Roi, par un surcroit de bonté pour eux, avoit arrêté les poursuites que les Curés de Paris avoient commencé de faire au Parlement; mais que leur ayant permis au même temps de s'adresser aux Grands Vicaires et à la Faculté, il n'y avoit aucune apparence qu'il dût maintenant employer son autorité pour empêcher les Vicaires Généraux et la Faculté de condamner un Livre que tout le monde disoit être fort méchant. Sur quoi M. Le Tellier dit aux Jésuites qu'il étoit étonné de la
conduite de leur Société ; qu'à peine étoient-ils hors de Taffain que les Curés de Paris avoient portée au Clergé, et que, ans considérer le péril dont ils n'étoient pas encore sortis, ils T^ noient de mettre au jour un Livre qui renouveloit toutes les propositions que les Curés avoient voulu faire condamner, et dont le Clergé avoit assez témoigné son aversion ; qu^au reste, il poovoit assurer Son Ëminence qu*il n'y avoit rien de si perniciea! que ce qu'il avoit lu de VApohgiej et que de toutes les persoDce? quMl avoit vues qui eussent lu ce Livre, il n^'y en avoit point îu: ne lui en eût parlé en cette manière. »
Le vingtième du même mois d'avril, M TÉvéque d'Olowe avec les Grands Vicaires de M. TArchevéque de Rouen, et aatrs par lui députés pour Texaraen de V Apologie, lui envoyèrent leor avis doctrinal signé d'eux, en ces termes : « Les soussignés, députés par M. rillustrissime et révérendlssime Archevêque « Rouen, primat de Normandie, pour l'examen du Livre iotituié Apologie pour les Casuisles, après avoir examiné ce Livre sériessèment et avec grand soin, sont d'avis qu'il doit être entièreffleoi défendu et condamné, comme contenant plusieurs propositioQS scandaleuses, pernicieuses, qui offensent les oreilles chast», qoi ouvrent le chemin aux Usures, à la Simonie, aux Meurtres, m Larcins et aux autres crimes; qui sont contraires aux principes de l'Évangile, injurieuses aux Sacremens de Jésus-Christ, et calODnieuses ; et que pour cela il est nécessaire de défendre, soie de très grièves peines, que personne ne soit si présomptueux, qw de soutenir ou de mettre en pratique la Doctrine de ce Livre, et beaucoup moins encore de s'en servir dans la conduite des co^ sciences. A Rouen, le 15 d'avril 1658, et signé : Jbaîi, Évéqie d'Olonne, suffragant de l'évêché de Clermont, et vicaire géoénl dans les fonctions pontificales de M. l'Archevêque de Rouen, As- TOiNB Gauldb, docteur de la sacrée >faculté de théologie de Paris, chantre et chanoine de l'église de Rouen ; Pierre Le Couia docteur de la Faculté de théologie de Paris, et grand archidi»c'« de l'église de Rouen; Toussaint Thibault, chanoine tliéologai^ grand pénitencier de l'église de Rouen, b
Le dernier d'avril, qui étoit le jour de l'Assemblée Synod*'^ des Curés de Paris, tout ce qui avoit été fait par le passé sor le sujet de V Apologie fut confirmé : on remercia les huit députée de leurs soins, et on les pria instamment de vouloir les con»* nuer. Et comme c'étoit le temps de nommer de nouveaux Syndics, on pria M. de Saint-Roch de continuer ses soins, q^i
avoient été si utiles à la Compagnie et à FÉglise entière, depuis quatorze ans qu'il exerce cette charge; mais comme M. des Saints-Innocens étoit nouvellement élu promoteur, et qu'ainsi il ne pouvoit plus être continué dans le syndicat, on le remercia avec beaucoup d'affection, et on le pria au moins de vouloir demeurer au nombre des députés; et M. le curé de Saint-Eustache fut élu syndic à sa place.
Le deuxième de mai, M. Gauquelin, après avoir rendu compte à la Faculté de ce que M. Tabbé Le Camus avoit dit à M. de Rodez et au P. Annat touchant la conférence qu'avoit demandée l'auteur de V Apologie, et que depuis cet auteur n'étoit point comparu, il fit son rapport de deux autres propositions de ce Livre, Tune touchant le Meurtre, et l'autre touchant la Calomnie. Il fut conclu que la Faculté s'assembleroit le lundi suivant, auquel jour ces deux propositions furent censurées.
Cependant les Jésuites, depuis leur premier Écrit intitulé : Réfulalion, etc. avoient publié deux ou trois feuilles pour soutenir les propositions qu'on examinoit en Sorbonne; et les Curés, ayant résolu d'y répondre, le firent par leurs troisième et quatrième Écrits. Ils avoient remarqué que les moyens que les Jésuites employoient pour défendre leur méchante Morale, consistoient principalement en deux choses : l'une à citer une foule d'auteurs de leur Société, ou quelques autres Nouveaux Casuistes aussi corrompus qu'eux, auxquels ils vouloient donner une autorité souveraine dans l'Église ; l'autre, à alléguer faussement les saints Pères, comme étant de leurs sentimens. C'est contre ces deux excès que les Curés firent ces deux Écrits : le premier, qui fut revu par les députés le 7 mai, suivant la conclusion de l'Assemblée Synodale du dernier avril, et publié peu de jours après, portoit ce titre : Troisième Écrit des Curés de Paris, où ils font voir que tout ce que les Jésuites ont allégué des saints Pères et Docteurs de VÈglise pour autoriser leurs pernicieuses maximes, est absolument faux et contraire à la doctrine de ces saints.
L'autre Écrit des Curés, pour renverser les réponses des Jésuites, et qui fut signé par les députés le 23 mai, portoit pour titre : Quatrième Écrit des Curés de Paris, où ils montrent com- Inen est vaine la prétention des Jésuites, qui pensent que le nombre des Casuistes doit donner de Vautorité à leurs méchantes maxitneSj et empêcher qu'on ne les condamne.
Ce fut en ce temps que M. l'Évoque d'Orléans, prenant l'occasion de son Synode Général, qui devoit se tenir à Orléans le
mardi 4 juin, se crut obligé de ne pas laisser sans condamnâtlot un livre si préjudiciable au salut des âmes, qui avoitété répaDdc par les Jésuites en plusieurs lieux de son diocèse. Cest pourquoi en ayant dressé la censure qui condamne cette Apologie comi* contenant plusieurs très mauvaises et très i>emicieuses maxioes. qui corrompent la discipline et les mœurs, et qui introdoiseiit un relâchement entièrement opposé aux règles de rÉ)*»^ elle fut publiée les fôtes suivantes de la Pentecôte. En quoi il eci la gloire d'être le premier entre tous les Prélats qui ait coodaïué ce méchant Livre.
Le onzième du même mois de juin, le Cinquième Écrit des Curés de Paris fut signé par les huit députés, ayant pour titre: Cinquième Écrit des Curés de Paris, sur l'avantage que les Hért tiques prennent contre V Église de la Morale des Casuisles et du Jésuites. C'étoit peut-être le plus nécessaire de tous leurs Écrits, après lequel il y a sujet d'espérer que les Hérétiques D*aDroffl plus la hardiesse de prendre aucun prétexte de ces corruptiote des Jésuites et de quelques autres auteurs particuliers, pour imposer à rÉglise des opinions qu'elle abhorre.
Le lendemain, la Faculté s'étant assemblée pour trtTailleri la Censure de V Apologie, M. le Doyen présenta une feuille » écrit qu'il dit avoir reçu de la main de M. le Chancelier, sus nom, sans signature, et qui ne parloit ni de l'auteur de VAf^ logie ni de soumission à la Faculté; mais qui étoit une siœpk explication des propositions de ce Livre qui avoient été a^té& et condamnées dans les Assemblées précédentes. Celte pièce qfli fut appelée : Déclaration den Jésuites sur leur Apologie p<^ *^ Casuistes, avoit été apportée par le Provincial des Jésuites et k P. de Lingendes à M. le Chancelier, qui étoit alors avec H. le Nonbe, après avoir été concertée de longue main entre «s Jésuites assemblés des provinces sur le sujet de leurs afTaire^ Cette pièce ayant été lue dans la Faculté, il y eut contest»tioa : quelques-uns prétendoient que cette déclaration, bien quedéIe^ tueuse dans les formes, devoit être considérée, et qu'il f«l'<>'^ ^ faire cas, venant de M. le Chancelier et de M. le Nonce : ^ d'autres représentèrent qu'il s'agissoit de matières de Théoiop^ et que les Jésuites, par leur déclaration, avoient offensé M. Chancelier, et se moquoient de la Faculté, de présenter «i^ une pièce sans seing et sans aveu, et qui ne rétractoit P«S' "*f qui confirmoit les erreurs de Y Apologie. Ce qui ayant été géo ralement suivi, la Faculté députa à M. le Chancelier, pour lo^
dire que cette déclaration n'étoit pas suffisante, parce qu'elle n'étoit point signée ; et de plus, parce que, Payant lue, on avoit assez reconnu qu'elle ne satisfaisoit pas à ce qu'on trou voit à redire dans V Apologie,
Ensuite M. Gauquelin exposa l'avis des docteurs députés touchant les contrats usuraires approuvés par l'Apologiste. II fit voir que le pape Sixte V les avoit censurés expressément dans les mêmes espèces que l'auteur de V Apologie apportoit, et les 13 et IZi de juin, on en conclut la Censure.
Pendant que tout cela se passoit en Sorbonne, les Jésuites ne sollicitoient pas avec moins d'empressement MM. les Vicaires Généraux, pour les empêcher de faire une Censure de V Apologie ; et ils ne réussirent pas mieux dans leurs sollicitations. Quelque temps après que MM. les Grands Vicaires en eurent entrepris l'examen, les PP. Annat et de Lingendes firent tous leurs efforts pour les porter à remettre leur Censure à un autre temps. Sur quoi ces messieurs leur déclarèrent qu'ils étoient prêts de recevoir tout ce qu'ils voudroient leur présenter pour les instruire, qu'ils y feroient toute l'attention qu'ils pourroient désirer; mais qu'ils ne pouvoient pas remettre plus longtemps Texamea de cette Apologie, après l'avoir différé plusieurs mois. Depuis, le P. de Lingendes leur présenta la même déclaration qu'ils avoient fait bailler à la Faculté par M. le Chancelier; sur quoi M. le Doyen lui ayant témoigné qu'il s'étonnoit de ce qu'ils s'obstinoient si fort à la défense de ce Livre, le P. de Lingendes répondit : a qu'ils étoient fâchés du bruit que ce Livre causoit, mais que maintenant ils y étoient engagés ; que, puisque ce Livre avoit été fait pour la défense de leurs Casuistes, ils étoient obligés de le soutenir. »
Mais les artifices de cette déclaration ne furent pas moins reconnus par les Grands Vicaires qu'ils le furent en Sorbonne; de sorte qu'elle fut absolument rejetée, comme une pièce informe et qui ne méritoit pas qu'on y eût égard.
Ainsi les Jésuites, se voyant déchus de toutes leurs espérances, tournèrent leurs pratiques à faire en sorte que la Censure de Sorbonne fût dressée de la manière la plus avantageuse pour eux qu'ils pourroient, et la moins avantageuse à leurs adversaires; et pour entendre de quelle façon ils s'y prirent, il faut remarquer que les Lettres au Provincial, qui traitent de la Morale des Jésuites, ne font principalement que représenter une partie des erreurs dont les Curés de Paris ont demandé la Cen-
sure à TAssemblée générale du Clergé, et qui yiennent d'être condamnées par la Faculté ; mais parce que les trois première? ne sont pas de morale, les Jésuites crurent quMls pourroiait» servir avec adresse de ce moyen pour y faire donner qadq» atteinte, espérant la faire retomber ensuite sur tous ceox qii combattoient les mêmes excès qui sont combattus dans ces Lettres.
Dans ce dessein , pendant les quinze jours qui avoieot été donnés aux députés pour dresser la Censure, ils ménagèrent Ytsprit de quelques-uns d*eux, et les portèrent à y insérer me clause contre les Lettres Provinciales qui les notoit indiiatement. De sorte que le 1" de juillet, la Faculté étant assemtNée, M. Gauquelin, après avoir fait le rapport du projet qu'il ensToiî dressé, et de quelques difficultés touchant le contrat Mohâîn, nonobstant lesquelles la Faculté ordonna que ce contrat denesreroit condamné, il proposa aussi que c'étoit Tavis de que]quesr uns des députés d'insérer dans la Censure cette clause : « f«ctt« esse Apologia occasione Epistolarum Provincial is ad amicM quas non probat Facultas, utpole qwis audivit Romœ damnait » Sur cette proposition nouvelle, plusieurs docteurs, et principilement ceux d'entre les Curés de Paris qui étoient Wans la Faculté, représentèrent les dangereuses conséquences qu'on poivoit en tirer, pour établir les corruptions que ces Uliresoit combattues, et que les curés de Paris ont déférées à TAsseniblée générale du Clergé. Ils remontrèrent encore que ces Leitres n'ayant point du tout été examinées, la Faculté ne pouToit ea parler, ni directement, ni indirectement. Et enfin, que c'étoit reconnoître l'Inquisition en France, que de faire mention dHiû jugement qu'on disoit qu'elle avoit fait. Mais comme la partie étoit liée, leur opposition fut inutile, la clause passa à la plv^ lité, et, il fut arrêté qu'on feroit rapport du tout le seiiièmeda même mois.
Mais le onzième de juillet il survint une rencontre qui d"^ un peu en désordre ceux qui avoient tant travaillé à Mre pas*r la clause contre les Provinciales : ce fut que M. Talon, aîocit général, ayant appris le projet de ces docteurs, envoya o" ^ let par son secrétaire à M. Messier, doyen de la Faculté, ^ lequel il le prioit de se rendre le lendemain au parquet à ^ heures et demie du matin, accompagné du syndic et de qw^ ou cinq anciens docteurs. Il ne manqua pas en eflFet de s'y trouver, étant assisté, outre le syndic, de MM. Coppin, de Mlucé, da
Ghesne et de Flavigny. On fît d*abord retirer tout le monde, et quand ils furent seuls, M. Talon leur dit que « le sujet pour lequel on les avoit mandés, étoit qu'on avoit su que dans la dernière Assemblée de Sorbonne, la Faculté avoit arrêté d'insérer dans la Censure de V Apologie des Casuistes une clause contraire ' aux lois de la France, qui étoit que la Faculté n'approuvoit pas les Lettres au Provincial, eo qxiod accepisset Romœ fuisse damnatas. Que cette façon de parler étoit contraire à la pratique du ? royaume, et que Ton ne pouvoit en user sans reconnoître Tinquisition ; que si leur Censure eût paru en cet état, les gens du ;. Roi eussent été obligés de la faire réformer. Mais qu'il avoit , Jugé plus à propos de les avertir qu'ils prévinssent cet inconvé- . nient; qu'on savoit de plus, que les Religieux s'étoient trouvés - en cette Assemblée en plus grand nombre qu'ils ne dévoient; que la Faculté devoit faire observer ses propres règlemens faits sur ce point, et les arrêts du Parlement; qu'autrement il seroit . obligé de faire donner arrêt, les chambres assemblées, pour les réduire à leur nombre ; qu'au reste il y avoit lieu de s'éton- ,, ner que la Faculté eût employé cinq mois entiers à faire la Censure d'un aussi méchant Livre que celui de VApologie, » Il leur recommanda ensuite d obéir aux ordres qu'on leur donnoit; et, pour preuve de leur déférence, il leur dit de se rendre au même lieu le lendemain de leur Assemblée, afin d'en rendre compte aux gens du Roi.
Ces docteurs s'étant retirés, firent, le seizième de juillet, leur rapport à la Faculté de ce qui s^étoit passé; et après une longue délibération, il fut conclu qu'on obéiroit à l'ordre de MM. les Gens du Roi, et qu'on ne feroit aucune mention de ce prétendu décret de Rome contre les Lettres Provinciales. Après, la Censure fut lue, approuvée et confirmée; et on alloit en ordonner la publication, lorsque tout le monde fut surpris de voir entrer en Sorbonne, à point nommé, M. Percheron, aumônier du Conseil, qui, s*étant présenté à la porte, demanda à parler, de la part de M. le Chancelier, au doyen de la Faculté. Le doyen étant sorti, il lui dit que M. le Chancelier ne vouloit pas empêcher leur Censure, mais qu'il prioit la Faculté d'en différer la publication jusques au retour du Roi, qui devoit être dans huit ou dix jours. Le doyen ayant fait son rapport, on en délibéra; et la conclusion fut que, comme la Faculté ne feroit pas publier sa Censure sans savoir les intentions de M. le Chancelier, aussi elle lui enverroit des députés pour lui remontrer les intérêts qu'elle avoit
que celte publication ne fût pas plus longtemps différée, et loi faire connoître le scandale que ce retardement pourroit produire parmi le peuple. M. le Doyen, M. le curé de Saint-P&il^ M. le curé de Saint-Eustache et M. le Syndic furent nommés {Kmr cela. On députa de plus le môme doyen avec le Syndic vers M. Talon, pour lui témoigner que la Faculté avoit réformé wta clause de sa Censure, et qu'on n'y parloit plus du décret deRos^ contre les Provinciales, ni de rien qui pût blesser les Libertés de rÉglise gallicane.
Ces docteurs exécutèrent ensuite leur commission, tant veR MM. les Gens du Roi, que vers M. le Chancelier, qui insista tœjours sur ce délai : « parce, dit-il, que la publication de la Cah sure pourroit faire trop de bruit parmi les peuples, qui oo: aversion de cette méchante doctrine et de ses auteurs: et que 1* présence du Roi arrêteroit les désordres qui pourroient en amver. » Ce qui a retardé longtemps cette publication, bien que k Roi fût à Paris, les Jésuites ayant joué toutes sortes de ^traugèraes pour essayer de l'empêcher tout à fait.
Cependant les Curés, qui s'étoient assemblés le second et juillet, remercièrent les députés qui avoient signé le Cinquième Écrit, du soin qu'ils avoient pris de composer une pièce si nécessaire et si avantageuse à l'Église. Et les Jésuites, voyant l'effurt qu'on faisoit pour détruire leurs maximes, s'obstinèrent i k> soutenir, par une pièce qu'ils pubjièrent sous ce titre : Sentimens des Jésuites j etc., où ils déclarent ouvertemem qu'ikce veulent point condamner VApologie. Ce fut sur quoi le? Cure* arrêtèrent, le 2U du même mois de juillet, leur Sixième Écrit. *\'l a pour titre : Sixième Écrit des Curés de Paris, où ils font vca: par cette dernière pièce des Jésuites, que leur Société entièn; est résolue de ne point condamner VApologie, et où ils moctrent, par plusieurs exemples, qu'un des principes de:^ ploi fermes de la Doctrine de ces Pères est de défendre en Corp^ les sentimens de leurs docteurs particuliers.
Le samedi, dix-septième jour d'août auquel avoit été remise l'Assemblée ordinaire de la Faculté, il y eut contestation, doa: voici le sujet. Quelques-uns de MM. les Curés se plaignirent de ce qu'on avoit ajouté un mot à la Censure; savoir, nuilalenus, lequel n'y étoit point lorsqu'elle fut arrêtée par la Faculté, et demandèrent acte de l'opposition qu'ils formoient à cette addition.
Tout ce qui regardoit la Censure étoit donc terminé dans h
Faculté, il ne restoit plus qu'à faire lever Tempêchement que M. le Chancelier apportoit à sa publication; ce qui obligea les Curés de Paris de recourir immédiatement à M. le Cardinal, qui leur fit l'honneur de leur promettre que la parole du Roi seroit exécutée. Mais TefTet de cette promesse étant retardé par les grandes occupations de Son Éminence, les Curés de Paris députèrent exprès M. le curé de Saint-Paul vers M. le Cardinal qui ètoit à Fontainebleau, pour le prier, au nom de tout le corps, de faire lever la défense do publier cette Censure; à quoi Son Éminence répondit qu'aussitôt qu'il seroit à Paris, il leur donneroit satisfaction.
Pendant que ces choses se passoient à Paris, les Curés des Provinces pensoient de leur côté à la sûreté du salut de leurs peuples, en demandant à leurs Prélats la Censure de V Apologie. Les Curés de Nevers signalèrent leur zèle pour la pureté de la Morale chrétienne, comme ils avoient fait peu auparavant pour le soutien de la Hiérarchie de l'Église contre les mêmes adversaires. C'est ce qui se voit dans la requête qu'ils présentèrent à M. leur Évêque le 5 juillet 1658, où ils lui parlent en ces termes : a Les supplians se sont déjà pourvus pardevant vous pour le premier de ces abus, qui consiste en de certaines indulgences fausses et subreptices, par le moyen desquelles les Jésuites faisoient accroire qu'on gagneroit les pardons, et qu'on délivreroit des âmes du purgatoire, pourvu qu'on communiât chez eux, et non ailleurs, même aux saints jours de dimanche, où l'on est le plus étroitement obligé d'assister à sa paroisse. Ce qui étant un renversement de l'ordre établi de Dieu, dont ils furent obligés de vous faire leurs plaintes il y a quelques mois, la justice qu'ils en obtinrent leur fait espérer que vous ne serez pas moins porté à leur en rendre une pareille sur le second de ces abus, qui est contre la Morale évangélique, laquelle est toute corrompue par les maximes des Nouveaux Casuistes et des Jésuites, et dont on a fait aujourd'hui un amas dans un Libelle intitulé : Apologie pour les Casuistes. »
Le môme jour 5 juillet, les Curés d'Amiens présentèrent requête à M. leur Évêque, dans laquelle ils lui remontrent, outre les excès de VApologie, les erreurs semblables enseignées publiquement dans leur ville par trois jésuites professeurs des cas de conscience £t le 27 du même mois, ils lui portèrent en sa maison épiscopale de Montiers, un Factum sur ce sujet, avec les Extraits des Écrits de ces mêmes Jésuites.