II. S
M. rÉvéque d'Amiens, ayant reçu la requête et leFactnœ,fr se contenta pas de témoigner aux Curés, par le bon accual qi leur fit, combien il approuvoit leur zèle et leur piété; miL'i leur dit positivement : « qu'il n'avoit jamais pu approuier ^ qu'il n'approuveroit jamais la Doctrine des Jésuites; qu'ii ^ avoit dit très librement ses sentimens, jusque dans le \m^ en des occasions importantes, et que c'étoit une chose étru^ combien ces maximes se répandoient. » 11 leur rapporta ar et sujet, que, faisant ses visites dans Abbeville, il s'enquit des pr^ très qui servent aux paroisses, ce qu'ils répondoient aui seniteurs et servantes qui ne se contentoient pas de leurs piKs, & qui, sur ce prétexte, se récompensent en cachette du bien <^ leurs maîtres, et qu'il s'en trouva plusieurs qui approuwi^i ces compensations; parce, disolent-ils, qu'ils avoient appris fen- Doctrine des Jésuites. Il ajouta encore, sur ce que quelqu?; curés témoignèrent s'étonner que les Jésuites enseignasseot *^ si étranges choses dans Amiens, que ce qu'ils trouvoient èirm ne le surprenoit pas. « Je suis assuré, dit-il en propres tcnnei que le P. Poignant ne débite point sa doctrine particulière sachez qu'autant qu'ils ont de Pères qui enseignent les Cas(J? Conscience en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne a partout ailleurs, ils parlent tous le même langage. » Les Corés crurent être obligés depuis de rendre leur Factura public; « M. l'Évêque d'Amiens étant allé à Paris, ils lui en firent pr^ senter des copies imprimées, en les accompagnant d'ofle l«cre fort respectueuse, à laquelle il leur fit l'honneur de répondre ^s cette sorte.
« A Paris, le 5 septembre ifôS.
« Messieurs,
« J'ai reçu, par les mains de M. le curé de Saint-Paul, fotrt Lettre du dernier du mois passé, avec six copies imprimées deu requête, du manuscrit et des Extraits que vous m'avez donne* étant à Amiens. Après avoir examiné le tout, je suis fort convaincu de la nécessité de travailler à l'examen de cette Mon^: mais comme c'est une aflfalre de très grande coDséqueoce, J^ je suis bien aise de prendre du temps pour en communiqué, non seulement avec MM. mes confrères qui se trouvent ici P'*" î^entement, mais encore avec des personnes de science rt ^ probité reconnue, pour ne rien faire que dans l'unité de la IX'^^' trine et dans la communication des Églises du Royaume, et
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ne rien décider qui ne tende à rafifermissement de la Foi, à rhonneiir de Ja Religion et à l'édification des Ames. J'espère dans peu de jours retourner dans mon diocèse, où nous en conférerons plus amplement. Cependant si vous avez quelque cliose à me faire savoir, vous pouvez vous adresser à M. le curé de Saint- Paul, qui est de vos amis et des miens. Je me recommande à vos prières, et suis, t Messieurs,
» Votre très afifectionné serviteur et confrère,
u François, Évéque ^'Amiens. »
Le 12 novembre 1658, quelque temps après, la contestation s*étant émue entre les Curés et les Jésuites d'Amiens sur le sujet des Écrits de leurs professeurs, dont les Curés s'étoient plaints, M. rÉvêque d'Amiens condamna les Jésuites par contumace aux dépens envers les Curés, et ordonna qu'ils seroient réassignés, pour se voir condamner à révoquer publiquement leurs mé- ' chantes propositions.
Les Curés de Beauvais ne firent pas moins paroltre combien ils détestent cette Apologie; car en leur Synode tenu le 10 juillet, où ils étoient assemblés, ils dressèrent et signèrent, au nombre de plus de trois cents, la requête qu'ils présentèrent à , M. leur Évoque.
Les Curés de Sens ont aussi agi en cette poursuite dans les formes les plus canoniques et les plus régulières qu'on puisse observer, et obtinrent de M. leur Archevêque une Censure du 3 septembre 1658, qui qualifie toutes les propositions d'une manière si pleine de piété et de doctrine, qu'encore qu'elle soit faite dans un diocèse particulier, il est vrai néanmoins que c'est une lumière qui peut éclairer toute l'Église.
Le 12 du même mois de septembre, les Curés d'Évreux présentèrent leur requête sur le même sujet à M. leur Évêque, où ils témoignent l'engagement particulier qu'ils ont de s'opposer à ces corruptions, par les instructions et exhortations qu'ils ont reçues de lui-même, de suivre une morale toute opposée, dans l'approbation qu'il donna, étant évêque d'Aire, au Livre de La Fréquente communion.
C'est ainsi que les Curés des Provinces travailloient de toutes leurs forces contre ce pernicieux Libelle, lorsque les Jésuites à Paris, voyant que la Censurée de la Faculté demeuroit si longtemps sans être publiée, commencèrent à espérer qu'elle ne le
seroit point du tout ; ensuite de quoi les docteurs s^assemblèref le 26 septembre, et en députèrent d'entre eux à M. le Cardini. et à M. le Chancelier, pour leur demander avec instance qc'o ne différât plus cette publication.
Us furent donc chez Son Éminence, où n'ayant pu avoir aLdience, ils furent chez M. le Chancelier, auquel ayant fait remontrance sur la nécessité de publier leur Censure, il leur promit d'en parler à M. le Cardinal, et d'y faire ce qu'il pourroiL
En eflFet, le 18 octobre, M. l'Évoque de Rodez vint, de la pan du Roi, en Sorbonne, dire à M. Messier, doyen, que Sa Maji^t n'empêchoit point la Publication de la Censure qu'on avoit tis: demandée; et le lendemain les docteurs s'étant assemblés exir»ordinairement, conclurent unanimement cette publication, et leur Censure fut imprimée et débitée quelques jours après.
Le 30, MM. les Vicaires Généraux ayant assemblé tous ceui qui ont travaillé avec eux à l'examen de Y Apologie, ils signèrfc: tous la Censure qui en avoit été dressée dès le 23 août, où ils dc se sont pas contentés de flétrir, en général, ce méchant Li^re, mais en ont condamné plus de soixante propositions, par treot*censures si judicieuses, si équitables et si solides, qu'elles peuvent servir de règle dans un très grand nombre de points importans de la Morale Chrétienne. Cette Censure fut publiée ni prônes de toutes les paroisses de Paris, par l'ordre exprès de MM. les Vicaires Généraux, le premier dimanche de l'Avent, k-<ioe; ils choisirent pour la rendre plus solennelle.
Et depuis. Nosseigneurs les Prélats répondant au zèie de leurs Curés, ont fait tant de censures, que toute la France en ts; aujourd'hui remplie, et qu'il ne peut plus rester à personne le moindre prétexte de suivre ces impiétés proscrites par ucî d'Évêques.
M. l'Évoque d'Aleth, dans ce môme temps, ayant été visité par quatre autres Évêques de ses amis, Nosseigneurs de Pamiers* de Comminges, de Bazas et de Couzerans, ils crurent qu'ils iK)avoient encore mieux faire en commun, et en se consultant motuellement, ce que chacun d'eux auroit pu faire en particulier. et en consultant de simples théologiens. De sorte que leur Censure, arrêtée le 26 d'octobre 1658, n'étant qu^une par l'union do même esprit et du même zèle, tient véritablement lieu de Ciuq Censures; parce qu'elle doit être attribuée à chacun de c«s Évéquês en particulier, comme faite pour son diocèse, avec Taris de quatre autres de ses confrères. Et ainsi on doit bénir ÏÂtii
de ce qu'une Censure aussi authentique entreprend particulièrement les deux sources principales de ces corruptions, qui consistent en la Probabilité et en la Direction d'Intention, avec une doctrine si sainte et si solide, que quand leur autorité sacrée ne rendroit pas leurs décisions vénérables à tous les fidèles, la force de leurs raisons et des preuves qu'ils rapportent de rÉcriture, suffiroit pour en convaincre toutes les personnes raisonnables.
Un peu après parut celle de M. TÉvêque de Nevers, du 8 novembre de la même année, où il fait voir, avec une sagesse véritablement pastorale, que ce seroit s'abuser que de croire qu'il îût permis de se taire pour le bien de la paix, en un temps où toute la Morale de Jésus-Christ étant attaquée, on est au contraire obligé de parler et de crier pour la défendre. Et comme il y a un temps de parler et un temps de se taire, dont la sagesse divine apprend à faire le discernement, nous sommes aujourd'hui dans celui de parler à l'égard de ces malheureuses maximes.
Le onzième du même mois de novembre, parut la Censure de M- rÉvêque d'Angers, où l'opposition entre la règle que Jésus- Christ a prescrite aux Chrétiens, et celle que donne VApologie, est découverte avec tant d'évidence, qu'il n'y a personne qui ne conçoive de l'horreur d'un si étrange renversement. Et comme il est arrivé, par une conduite admirable de la Providence de Dieu, que tant de Censures qui ont été faites d'un même Livre, l'ont attaqué principalement par quelque endroit particulier, celle-ci le prend du côté de la Nouveauté, et montre si clairement par l'Écriture et par le^ Pères combien il est nécessaire de suivre l'Antiquité, qu'on ne doit plus craindre désormais le cours de ces inventions nouvelles.
Dans le même temps, M. l'Évéque de Beauvais, prenant l'occasion du saint temps de l'Avent pour faire instruire ses peuples d'une manière toute contraire à ces pernicieux relâchemens, envoya à tous les Curés de son diocèse cette excellente lettre pastorale du 12 novembre, pour répondre à la requête qu'ils lui avoient présentée, où il les exhorte d'inspirer à leurs peuples l'aversion de ces égaremens, et entre autres de cette témérité, qui est le fondement de tous, qui porte les Casuistes modernes à mépriser l'autorité des Pères, des Canons et des Conciles, pour ne s'appuyer que sur celle de ces Nouveaux Auteurs de relâchement.
M. TArchevèque de Rouen confirma aussi, le li de janTîer d-» cette année 1659, par une Censure solennelle, le jugement dù> trinal que son conseil avoit rendu contre ce Livre pernicieux. £: pour apprendre à tous ses diocésains Thorreur qu^ils doÎTeate'i avoir, il déclare que « c^est un monstre dans la Théologie .Voralr. et qu^on peut l'appeler plus justement la condamnation des Cisuistes, que leur Apologie ; » et montre qu'avec quelque rifoear qu'on y agisse, ceux qui les défendent doivent encore recoiinoftre la modération que TÉglise garde aujourd'hui à leur èpri puisqu'on a condamné autrefois d'une manière bien autraiieo: sévère des livres bien moins dangereux.
Quelques jours après fut faite celle de M. TÉvéque d'ÉTreou où, ayant fait le dénombrement des désordres qui sont penoiï par ce Libelle, il fait voir que dans les malheureux temps oc nous sommes, où Ton cherche des docteurs et des maluvs j^ Ion le désir de son cœur, c'est exercer une véritable doucei' envers les fidèles, que de les préserver de ces doctrines (laiteuses, et de les nourrir de la saine doctrine, qui peut seuie h guérir et les sanctifier.
Et nous venons présentement de recevoir la Censore d? M. l'Évoque de Tulle, qui nous avoit été jusqu'ici inconnue, q«^^ qu'elle soit faite dès le 18 avril 1658, dans laquelle il déclare qœ ce livre, qui ne faisoit alors que paroître, quoiqu'il eût été produit si loin de son diocèse, et qu'on y en eût encore si peu de connoissance, est néanmoins si dangereux, qu'il se troureoblif^^ d'en préserver ses peuples, et de les avertir « de se donner de garde de ces nouveaux Pharisiens, qui, à force de muli/p'i^ leurs interprétations sur la loi, l'ont toute corrompue; et pl«^ ils ont voulu l'accommoder au sens ou au goût des hommes, ef plus ils ont éteint en elle, autant qu'ils ont pu, tout Tesprii de Dieu. » Et il remarque, par un sage discernement, que-f^ qu'il y a de plus dangereux dans cette pièce, n'étoit pas seulement quelque trait de plume qui eût échappé un peu inconsid^ rément à l'Auteur, en quelque endroit particulier, au mi'*^ d'une théologie bien saine et bien sûre; mais que c'étoit pW un assemblage et un ramas de plusieurs propositions sur la p/û* part des commandemens de Dieu et de l'Église, desquelifô on avoit composé comme un cours d'une Morale bien corrompo^ et bien scandaleuse. »
Voilà ce qui s'est fait jusqu'ici sur le sujet de la Morale de* Casuistes; et il y a lieu d'espérer que Dieu donnera d^heureoses
suites à de si heureux commencemens, pour le bien de son Église et la défense de sa Vérité.
A Paris, ce 8 février 1659.