HUITIEME FACTUM
Des Curés de Paris ou répmise à l'Écrit du P, Annal, intitulé : a Recueil de plusieurs faussetés et impostures contenues dans le Jownal, etc. »
Mon révérend père,
Mous aurions tort de trouver mauvais que vous ayez été sensible aux intérêts de votre Compagnie, et que dans le grand bruit qui s'est excité contre elle sur le sujet de sa Morale, vous ayez jugé ne pas devoir demeurer dans le silence. S'il y a des accusations dans lesquelles non-seulement on doit avoir la liberté de se défendre, que Ton ne peut jamais refuser justement aux accusés, mais où, selon les Pères, il n'est pas môme permis de se taire, on peut dire que celle que nous avons formée contre votre Société étoit de ce nombre, puisque, lui ayant attribué publiquement VApologie, nous Tavons par conséquent accusée de tous les excès et de toutes les erreurs pour lesquelles les Prélats ont condamné ce malheureux Livre; et qu'ainsi nous l'avons réduite à la nécessité de se déclarer, et de satisfaire l'Église sur le scandale que nous lui reprochons d'y avoir causé. Nous ne sommes donc pas surpris que, tenant le rang que vous tenez dans votre Corps, vous ayez entrepris de parler en cette rencontre; mais ce qui nous étonne, est que dans l'expérience que votre âge a dû vous donner, et dans la réputation où vous désirez de vous maintenir, vous vous y soyez conduit d'une manière si peu raisonnable et si peu judicieuse. Vous vous êtes engagé, mon révérend père, à défendre la cause de votre Société, et voici l'état où vous l'avez trouvée.
Il y a plus d'un an que nous nous sommes rendus dénonciateurs contre le Livre de V Apologie; nous l'avons combattu par divers Écrits comme un Livre détestable, et qui renversoit toute
la Doctrine de l'Évangile. Nous avons dit nettement que vous en étiez les Auteurs ; nous Pavons justifié par des preuves convaincantes, comme est le débit public que vous en avez fait dari^ votre Collège de Clermont. Nous avons ruiné toutes les réponseque vous avez opposées pour soutenir la Doctrine de ce méciianc Livre, et nous vous avons convaincus d'avoir honteusement aUus^ de tous les passages des Pères, dont vous avez voulu l'appuyer. Dieu a béni notre travail et le zèle qu'il nous avoit donné poar sa cause; vous avez vu, malgré toutes vos intrigues, VApol-i^U censurée par la Faculté de Paris, par MM. les Vicaires Géuéraui de notre Archevêque, qui sont vos propres juges; par trois autre* Archevêques, et par un grand nombre d'autres évoques, qui sont de droit divin, et par un titre inséparable de leur caractère, \^ dépositaires de la Vérité et les juges de toutes les erreurs qui la combattent.
Nous avons cru, pour faire rendre gloire à Dieu de ce qu*il avoit fait pour son Église en cette rencontre, devoir représenter toute la suite de cette affaire ; et c'est ce que nous avons Tait dans notre Septième Écrit, qui peut se réduire tout entier à res deux points : l'un, que VApologie doit être tenue pour un Livre abominable et plein de maximes très-pernicieuses ; l'autre, que les Jésuites en sont les Auteurs et les Protecteurs. 11 ne faut que du sens commun, mon révérend père, pour juger qu'il est impossible de vous défendre contre cet Écrit, qu'en ruinant l'un ou l'autre de ces deux points. Les Jésuites passeront toujours pour coupables d'avoir corrompu la Morale chrétienne, tant qu'il demeurera pour constant, et que VApohgie la corrompt, et qu'ib sont les Auteurs de VApologie, Cependant, par un aveuglement qu'il est difficile de comprendre, votre Compagnie entreprend aujourd'hui de détourner de dessus elle l'infamie de VApologU, sans faire ni l'un ni l'autre. Nous lisons votre Recueil tout entier, nous y trouvons à chaque page quantité d'injures contre les Curés de Paris; mais nous n'y trouvons nulle part ni que VApolo- (fie ne soit pas un ouvrage des Jésuites, et ne contienne pis leurs sentimens, ni que ces sentimens ne soient pas contraires à l'Évangile.
En vérité, mon révérend père, nous ne savons quel jugement vous faites du monde, pour croire qu'il est capable de se satisfaire de réponses aussi peu raisonnables que les vôtres. Nous disons aux Jésuites qu'ils empoisonnent lésâmes en autorisant li Simonie, le Meurtre et la Calomnie; et le P. Annat, choisi pour
justifier sa Compagnie, nous dit que M. le Monce n'étoit pas présent lorsque le P. de Lingendes présenta à M. le Chancelier une déclaration sur les erreurs de V Apologie, et qu'il en a un certificat en bonne forme. Kous leur reprochons que, par le principe de la Probabilité, ils ouvrent la porte à toutes sortes de déréglemens et d'erreurs; et le P. Annat nous dit qu'il y avoit des Grands Vicaires dans le diocèse de Paris le samedi 12 février 1656. Nous les accusons de fomenter tous les désordres du Christianisme, en laissant vieillir les pécheurs dans leurs habitudes vicieuses et dans les occasions prochaines du péché; et le P. Annat nous dit que M. Le Tellier n'a point parlé des Jésuites, et n'entend point la matière dont il s'agit, et que M. de Rodez n'a point traité avec M. Gauquelin. Nous ne disons pas, mon révérend père, que vous opposiez précisément ces réponses à ces reproches ; mais nous vous disons que toute notre accusation consistant dans ces reproches, nous n'y trouvons point d'autre réponse dans votre Écrit. Ainsi nous n'avons qu'à supposer pour constant ce que vous avouez assez par votre silence, et que la doctrine de V Apologie est si damnable, que, quoique vous osiez tout, vous n'avez osé la soutenir publiquement; et qu'il est si constant que vous en êtes les Auteurs, et qu'elle contient votre doctrine, que vous n'avez pas eu la hardiesse de le nier, ni d'attaquer aucun des faits décisifs par lesquels nous l'avons prouvé.
Nous sommes donc pleinement justifiés, et les Jésuites pleinement convaincus des crimes dont nous les avons accusés à la face de toute l'Église. Et tout ce que fait voir la réponse du P. Annat est que les Jésuites, se trouvant dans une impuissance entière d'éviter le déshonneur de tant de Censures, ont recherché au moins le plaisir malin de se venger en déchirant la réputation de ceux qui les avoient procurées, et la vaine satisfaction de montrer que tout abattus qu'ils sont par les jugemens de l'Église, ils ont encore assez de crédit dans le monde pour y débiter impunément les plus sanglantes injures contre un Corps considérable dans la Hiérarchie de l'Église.
Mais si cette violence, mon révérend père, peut servir à relever votre Compagnie dans l'esprit de ceux qui mettent l'honneur dans rimpunité des crimes, elle ne fait que la déshonorer de plus en plus dans celui de toutes les personnes qui jugent des choses ou selon les règles de la piété, ou môme selon celles de la Prudence. Il avoit couru un bruit que votre Général vous avoit défendu très-expressément de faire aucune réponse aux Écrits
44i APPENDICE.
qui attaquoient votre Morale ; et toutes les personnes sag^s avoient jugé que, si cet avis D*étoit pas entièrement conforme aux maximes du Cliristianisme, qui deroandoient de vous une réparation publique pour des excès publics, il Tétoit au moîDs ï celles de la Politique, qui obligent de dissimuler et de coomr, par une apparence de modestie, les justes reproches dontOD tf sauroit se purger. Mais quand on voit maintenant que la pasaoc qui transporte votre Compagnie, ne l'a pas rendue capable de se ranger à ce parti, que peut-on juger autre chose, sinon qu'eJ> est aussi bien abandonnée de la prudence des enfans du siède, que de celle des enfans de la lumière ; que Dieu, en punitioD de tant d'erreurs si opiniâtrement soutenues, y a répandu un esprit d'étourdissement ; et que ce n'est plus qu'une troupe d'homae emportés qui agissent au hasard; qui ne gardent plus aacaœ mesure dans leur conduite; qui parlent, qui se taisent; qui pablient des Écrits, et qui les suppriment aussitôt; qui avoaeDr,et qui désavouent; qui contrefont les humiliés et les abattus,^ s'élèvent en même temps avec une insolence insupportable, e' qui ne représentent dans leur procédé que F état de ceux dooi l'Écriture dit dans le douzième chapitre de Job : « Palpabai quasi in tenebris, et non in luce ; et errare faciei eos îm« ebrios. »
Car n'est-ce pas, mon révérend père, ce qu'on a vu dans les diverses démarches pleines d'inconstance que vous avez f»it« dans cette affaire? Vous vous êtes déclarés d'abord pouriesiflteurs de V Apologie j en la vendant publiquement dans vos Collèges, en la donnant comme un excellent Ouvrage à divers àe vos amis dans les plus grandes villes. Mais voyant ensuite ^bo^ reur qu'elle causoit à tout le monde, vous avez commencé à vou> servir d^équivoques, et à ne pas l'avouer si nettement. Ausitô: que nous l'avons attaquée, vous avez fait paroître par plusieurs Écrits qui parloient en votre nom, que vous aviez entrepris de U défendre. Et voyant que cela ne vous réussissoit pas, parce qo»' nous avons ruiné par nos réponses tout ce que vous avei produit, vous avez commencé à vous retirer, et à dire que vousnj preniez point de part. Vous avez publié des satires scaDdaifi^-^ contre les Curés de Paris; la honte vous a forcés ensuite de les supprimer. Tantôt vous feigniez d'honorer les Évoques, et tantôt vous les déchiriez outrageusement. Depuis quelques moisvoos paroissiez un peu plus sage, et on attribuoit cette retenue à U Politique de votre Général; et aujourd'hui sans aucune nouvw
raison, vous recommencez cette querelle, non pour vous justifier des excès dont Ton vous a convaincus, mais pour avoir le plaisir de traiter dans un Libelle les Curés de Paris de menteurs (p. 2); de gens qui ont perdu toute honte (Ibid.); de fourbes (p. U) ; d'imposteurs (p. 7); de généreux en leurs mensonges (p. 9); et de personnes endurcies, pour lesquelles il faut prier Dieu qu'il leur donîie un esprit assez docile pour écouter les reproches que leur co7iscience leur fait.
Nous espérons, mon révérend père, avec la grâce de Dieu, que cette nouvelle tentative ne vous sera pas plus avantageuse que les autres; qu'il ne nous sera pas plus difficile de défendre notre Honneur contre vos outrages, qu'il nous Ta été de défendre la Morale Chrétienne contre vos erreurs; et que nous ferons connoiire à tout le monde, que les fondemens sur lesquels vous vomissiez contre nous tant d'injures, sont si faux ou si ridicules, quMl faut avoir une Morale aussi corrompue que la vôtre, pour en prendre sujet de dire, comme vous faites de tous les Curés d^une grande ville, que « leurs paroissiens doivent être avertis, quand ils les verront monter en chaire pour crier contre les Calomniateurs et les Imposteurs, de se souvenir de Tavis que le Sauveur du monde nous a laissé dans l'Église parlant des Scribes et des Pharisiens, de faire ce qu'ils disent, et de ne pas faire ce qu'ils font, » comme étant eux-mêmes des Imposteurs.
C'est ce que nous allons faire voir dans la réponse précise à toutes vos objections, sans en dissimuler aucune.
/«« Objection du P. Annat.
La première des Impostures dont vous nous accusez, est (l'avoir dit que ce qui empêcha les Curés d'exécuter leur dessein touchant l'examen de la Morale des Jésuites, suivant la proposition qu'en avoit faite M. de Saint-Roch, le 12 mai 1656, est qu'en ce temps-là il n'y avoit point de Grands Vicaires. Et pour convaincre ce fait de fausseté, vous rapportez des actes du Clergé qui montrent qu'il y en avoit le 12 de février de la même année. Cela vous suffit pour nous appeler des fourbes découverts. Mais tout le monde s'étonnera, mon révérend père, de l'emportement qui vous fait fonder une injure si atroce sur un si mauvais raisonnement.
Car ce que vous alléguez du Clergé, « qu'il y avoit des Grands Vicaires, au mois de février, qui exerçoient paisiblement et publiquement la juridiction de M. le Cardinal de Retz, d ne prouve
rien contre nous, qu'en supposant que le diocèse soit toujoordemeuré en cet état pendant cette année, et qu*il n'y soit arriv-? aucun trouble depuis le mois de février, qui ait empêché Tadieinistratlon paisible et publique des Grands Vicaires.
Cependant, c'est ce qui est très faux ; car M. TÉvèque de Toul, qui rétoit au mois de février, fut révoqué le 15 de mai û*: la même année : sa révocation fut rendue publique au mois d^e juin; et ceux qui prirent l'administration après lui furent troablés dans l'exercice de leur charge. Or, comme il est ceraiD qu'une Assemblée comme la nôtre avoit besoin d'un temps considérable pour exécuter le dessein dont il est parlé dans noir*: journal, la simple proposition n'en ayant été faite qu'au mîli<^ du mois de mai, nous ne pouvions être en état d'agir qn^u mois de juin et de juillet, lorsque le diocèse se trouva en elTet sans Grands Vicaires qui exerçassent paisiblement cette chari^ Dites-nous maintenant, mon révérend père, si c'est là un sujet de traiter de fourbes tous les Curés de Paris, et d'apporter cet égarement de votre mémoire comme une preuve bien solide qni 710US avons aussi peu de juge7nent que de bonne foi.
11^ Objection du P. Annat,
La seconde objection est que nous témoignons ue pas avoir désapprouvé ce que l'Auteur des Lettres au Provincial vous a reproché touchant votre Morale, et qu'ainsi nous sommes coupables de toutes les Impostures dont vous dites que ces Lettres :5ont remplies. Nous vous répondons, mon révérend père, que votre Morale étant pleine de maximes extravagantes et impies, tout le monde a droit de la traiter de ridicule et de criminelle: et qu'ainsi le décri que ces Lettres en ont fait, a été juste et avantageux à l'Église. Nous n'avons, au reste, aucun intérêt, oî aucun engagement à la défense de cet Auteur. Mais vous n'êtes pas raisonnable quand vous voulez nous obliger, sur votre seule autorité, à le croire rempli de falsifications et d'Impostures. Vous citez vous-même Wendrockius, qui l'a traduit en latin ; et ainsi vous ne pouvez pas ignorer qu'il a répondu dans ses Notes à toutes les chicaneries que vous avez avancées contre ces Lettres. On ne voit point que vous y ayez satisfait Et cependant vous voulez, par provision, que nous ajoutions foi à vos accusations; et si nous ne le faisons pas, vous croyez avoir droit de nous appeler les plus grands menteurs du monde.
L'équité naturelle ne nous permet pas d'agir de la sorte; et
la preuve que vous nous donnez des Impostures que vous prétendez avoir trouvées dans ces Lettres, nous y oblige encore moins. Car, ayant choisi la falsification que vous avez crue la plus visible, vous avez été réduit à alléguer que Ton y a fait passer Lessius pour Victoria sur le sujet de niomicide. 11 falloit donc, mon révérend père, réfuter en même temps la réponse qu'a faite à cette objection l'Auteur môme que vous citez, et que nous vous représentons ici comme elle est dans son Livre; parce que, comme c'est une accusation qui ne nous regarde point, nous avons jugé ne devoir la réfuter que par les paroles de ceux à qui vous la faites.
a Wendrockius in Epistolam XI 11, nota wiica, $ /.
« Jesuiticus Apologista ilerum de Victoria sic cavillatur. Age die, iiiquit, non tu hune Victoriae locum Lessio tribuisti?(Ep. vu) Pro Montallio respondeo, et factum esse, et recte factum. Urijet Apologista : Non tu hune eumdem locum (Ep. xiu) Victoriae esse fateris? Respondeo. Ita fateor esse Victoriœ, ut Lessii simul esse contendam. An non hsBC, inqiiit manifesta falsîtas, manifestum MoDtaltii a seipso dissidium? Respondeo nec falsitatem esse, nec inlestinum dissidium sed manifestam contra impedili Jesuilœ cavillationem, Sufficitne, inquit, Montaltio, ad se purgandum non illic sitam esse controversiam causari? Sufficit plane, si quidem verum sit non ibi esse controversiam, At certe verum est, Non enim quœritur cujus hœc verba sint; quœritur cujus sit ista senlentia, Nec Lessii, nec Victoriœ verba proprie retulerat Monialtius, utpote gallice locutus, quum illi latine scripserint; senlenliam tantum ipsorum suis verbis expresserat : senlentia autem hujus esse recte dicilur cui probalur, quum sola approbatione alicujus fiât, Ita quum Lessio et Victoriœ illa probetur, et Lessii est et Victoriœ. At Lessii, inquit, non est. Jam illud bene : attingit enim quœstionem, Audiamus igitur quare Lessii non sit^ Negat, inquit, hanc sententiam in praxi facile permittendam. Quid lum f Ergo saltem spéculative Lessii est, quum eam spéculative approbet f at aliter ipsi quam spéculative tributam a Montaltio jesuitd non evincit, Adde quod ejus praxim nec promiscue sinil Victoria, nec universe rejicit Lessius. Non vult iste ejus praxim facile permilti, et rem egere multis cautionibus fatetur. Ne id quid*tm diffitebitur Victona. Ita ni/til est quod alterum ab altero Jesuitœ dissocient*. »
Voilà ce qu'il dit, et c'est à vous à le réfuter, avant que vous
446 APPENDICli.
ayez droit de traiter de menteur PAuteur des Lettres au Prorim^ cial. Mais pour nous, cela ne nous touche point; et Jious n*ai> rions eu garde de nous mêler d'un aussi petit différend qu'e^q celui de savoir si une opinion, qu'un auteur rapporte et approuve, ne peut pas lui être attribuée, encore qu'il rexpris»^ par les paroles d'un autre. Ce qui nous touche, mon révêre&J père, et qui regarde toute l'Église, est que non-seulement Lessius, mais beaucoup d'autres de vos Auteurs, aient eu Ja inrdiesse de produire une maxime si opposée à la Loi de la Naturt*. à l'esprit de l'Évangile, aux instructions de Jésus-Christ et a l'exemple de tous les Saints. C'est la onzième de vos maxim*^ que nous avons représentées au Clergé de France dans in»îr premier extrait : « Qu'il est permis, selon les uns dans la Sporulation, et selon les autres dans la Pratique même, de tuer celui qui nous a donné un soufflet, quoiqu'il s'enfuie. »
Nous y avons rapporté tout ce que dit Lessius, et les raistnimpies dont il appuie cette impiété. Nous avons encore marqc» les passages exprès et bien cités de Réginaldus, de Filiutius, d- Layman, d'Escobar; et nous avons montré que ce dernier ruiaoïr la vaine distinction de spéculation et de pratique, en enseignaai formellement, qu'en évitant les périls de la haine et de la vengeance, elle est probable et sûre dans la pratique même : doni il apporte cette raison tout à fait diabolique, que « J'HoDn»xr peut se recouvrer comme une chose qui nous aurolt été dérobée, en donnant des signes d'excellence et se faisant estimer dehommes. Car n'est- il pas véritable, dit-il, que tandis qu'iia homme laisse vivre celui qui lui a donné un soufflet, il demeuîv sans Honneur? a An non alapa percussus censelur tanidin honore prmilus, quandiu adversarium non inlerimil ? »
Que dites-vous, mon révérend père, de ces méchantes opinions et de ces paroles exécrables? Si vous les soutenez, rk; craignez-vous point d'être en horreur à tous ceux qui ont quelque sentiment de religion? Et si vous les condamnez, n'êtes-vous pas obligé, à moins que d'être coupable d'une prévarication criminelle, de réparer le scandale que les Auteurs de votre Compagnie ont causé dans toute l'Église? Qui peut donc souffrir qu'au lieu d'une condamnation sincère de tant d'erreurs, et au lien de demander humblement pardon à l'Église des outrages que vous lui avez faits, vous fassiez paroître dans vos Écrits plus d'audace et de fierté que jamais, que vous détourniez des questions si importantes à de vaines chicaneries? et que vous demandiez des
satisfactions, pendant que vous refusez celles que vous devez à l'Église.
Vous n'êtes pas mieux fondé, mon révérend père, dans une autre objection que vous nous faites, et qui ne nous regarde pas plus que la précédente. Vous dites que le traducteur latin est tombé dans une contradiction, parce qu'il dit dans sa préface : « Que tout l'Ordre de saint Benoît et de saint Dominique témoignent partout combien ils sont éloignés de ces erreurs; et qu'il n'y a presque que les Jésuites qui soient engagés dans cette mauvaise cause : « Soli pêne Jesuilœ in hoc luto hœrent. » Ce qui est contraire, dites-vous, à ce qu'il reconnoît dans la traduction de la Septième Lettre : « que Lessius rapporte et approuve le sentiment de Victoria, » qui étoit un dominicain. En quoi, mon révérend père, vous commettez deux ou trois fautes insignes.
Premièrement, vous ne devriez pas ignorer que dans les matières morales, une seule exception ne ruine point la vérité d'une proposition générale; et qu'ainsi Ton peut dire que tout rOrdre de saint Dominique est contraire à une doctrine, quand elle y est communément rejetée, quoique quelque particulier n'y soit pas contraire.
Secondement, le mot de presque que cet Auteur a ajouté, if soli pêne Jesuilœ in hoc luto hœrenl, » détruit cette contradiction prétendue.
Et enfin ce qui est le principal est que vous n'avez point entendu ces paroles, et que vous les avez tronquées pour leur donner un sens qu'elles ne peuvent avoir; car il ne parle point des Anciens Écrivains de l'Ordre de saint Dominique, ni même d'aucun écrivain, mais du sentiment présent qu'a l'Ordre de saint Dominique et de saint Benoit touchant ces maximes dangereuses, et de l'engagement des Jésuites à les soutenir par tout le crédit de leur Compagnie. Voici les termes de la p'^éface à laquelle vous nous renvoyez : « E sacerdolibus fere omnes hierarchici in ea dogmata insurrexerunl, prœcipue vero GaUiarum parochi mirum in iis inseclandis fidei ardorem osienderunl : nec obscure tola sancti Benedicli et sancli Dominici Familia, ac Congregaiionis Oratorii presbyleri, quam ab iis senlentiis alieni sinl pckssim significanL Soli pêne Jesuilœ in hoc lulo hœrenl, qui ad islius doclrinœ palrocinium universœ Societalis vires conferunl. » Il est clair, mon révérend père, qu'il n'a jamais voulu dire par là qu'il n'y eût que les Jésuites qui aient enseigné ces
erreurs; et si vous aviez voulu agir de bonne foi, vous n'iufet: jamais voulu lui attribuer ce qu'il réfute en termes formdN e dont il fait une note expresse en ces termes (p. 55) : • RefelUit^ alla querela JesuUarum quod ipsis Iribuanlur quœ ipsi ab oii^i hauserint. » Sur quoi cet auteur fait cette remarque (p iôi « Son is modo opinionis alicujtis auctor diciiur qui illnm pmus exiulit ; nonnunquam etiam qui majori studio et wclorikir propugnavil. Donatistarum princeps dictus Donatus, nec («t^ille princeps illias scinsmatis fuit, Simillime Jesuiiœ, flm*' hinc inde corruptelas varias ex quibusdam aliis arrijmir^ tamen illarum auctores merito dicunlur, quia illas undique éih seminant, et suœ per orbem sparsœ Societalis opéra onuiiume^ mis instillant. Alii scriptores fere sibi peccanl, aut eeru ^ù" multis. Jesuiiœ loti Ecclesiœ peccant, qunm ubique suis nottiilibus inficiunt. Lalebant hœc dogmala in bibliolhecarum anfdM paucis nota, paucis nocebanl. At ipsa Jesuitœ super tectû pnrt^car uni, in aulas regum, in familias privatorum, in curies msptraluum invexerunt* » Et cela est conforme, mon révérend pè.'e. à la déclaration que nous avons faite dans notre Quatrième Écnt: « que nous n'avons jamais considéré les Jésuites que cominel^ principaux auteurs des maximes pernicieuses dont nous ndos sommes plaints, et dont nous nous plaignons encore, et non pt comme les seuls qui les aient enseignées. » Mais ce que toas (e= gens de bien déplorent comme particulier à votre Société, es qu'il n'y a qu'elle dont tout le Corps conspire et s*eng8ge â maifltenir les rel&chemens qui ont été une fois introduits dans sfc Écoles; parce que son humeur altière ne lui permet pasdesAsmilier, en reconnoissant les fautes d'aucun de ses membres.
///• Objection du P. Annal.
Il falloit que vous eussiez bien peu de plaintes solides à fai^' puisque vous nous reprochez (p. 7) jusques à une faute de copiste touchant le temps qu'a été publiée V Apologie, qui a été corrigée dans la seconde impression de notre Journal, et efface»^ dans la plus grande partie des exemplaires de la première. H nous suffira donc de vous dire, qu'écrivant, comme vous fa/te^ cinq mois après la publication d'un Écrit dont il y a eu plusieurs éditions où cette faute ne se trouve point, cette ))assess^ n'est pas excusable.
IV* Objection du P. Annal,
Vous nous reprochez, mon révérend père, comme une Imposture bien évidente, d'avoir dit dans notre Journal que l'Apologiste a pris une voie toute différente de ceux qui avoient écrit avant lui ; parce qu'il ne prétend pas qu'on ait falsifié la Doctrine des Casuistes, mais la soutient comme étant au moins probable, et par conséquent sûre en conscience. Vous nous alléguez sur cela trois passages de l'Apologiste : l'un où il dit, en général, que c( la savante Compagnie des Jésuites a convaincu les Auteurs des Lettres d'impostures honteuses et méchantes. » L'autre où, répondant à la Vingtième Objection, il dit que a le père jésuite a convaincu l'Auteur des Lettres d'une infâme Imposture. » Et le troisième où, répondant à la Dix-Septième, il dit que « le père jésuite qui a répondu à l'Auteur des Lettres, l'a convaincu de mauvaise foi. » D'où vous concluez • qu'il n'est donc pas vrai que l'Apologiste ait reconnu de bonne foi que la Doctrine des Casuistes est telle qu'on l'a représentée dans les Lettres, »
Quand il seroit vrai, mon révérend père, que votre Apologiste, dans les deux points particuliers que vous citez, n'auroit pas soutenu comme probable la Doctrine des Casuistes telle qu'elle est représentée dans les Lettres au Provincial, il suffiroit qu'il l'eût soutenue dans cinquante autres, pour nous avoir donné sujet de dire ce que nous avons mis dans notre Journal ; et l'accusation d'Imposture que vous nous faites sur ce sujet ne passeroit devant tous les gens d'honneur que pour une pointillerie peu digne d'un homme judicieux. Mais il arrive toujours que vous choisissez fort mal les exemples par lesquels vous prétendez nous convaincre de mauvaise foi. Car il est si vrai que dans ces deux objections, dont l'une regarde l'Homicide, et l'autre les Valets qui volent leurs maîtres pour égaler leurs gages à leurs peines, votre Apologiste a soutenu de bonne foi comme Probable la Doctrine qu'on reprochoit à vos Casuistes, qu'il eût été à souhaiter pour votre honneur qu'il l'eût un peu déguisée : puisque sa sincérité l'a fait condamner par tant de Censures sur ces deux points, et particulièrement sur l'Homicide. Que si, en ne la déguisant point et en la soutenant telle qu'elle est, il dit néanmoins que ceux qui avoient écrit avant lui s'étoient plaints qu'on avoit imposé à vos Casuistes, il prouve justement ce que nous avons dit dans notre Journal, savoir, qu'il tient une voie différente de ceux qui avoient. écrit avant lui ; parce que, sans s'arrêter à la Question de Fait, il entre en II. 89
celle de Droit, et soutient comme probable et sûr en conscient ce qu^on avoit reproché à vos Gasuistes comme coDtraîp.^ i rÉvangile. Car il ne s'agit pas, mon révérend père, de ce qi'. dit ni de ce qu'il rapporte avoir été dit par les autres, mais de ce qu'il fait lui-môme, et de la manière dont il s'y est pris p«>«r défendre les Casuistes, qui n'est pas de chicaner comme k^ autres sur des Points de Fait, mais de soutenir nettement i< dogmes mômes qu'on leur avoit reprochés, qui est la voie oq* tient dans tout son Livre.
Ainsi, tout ce que l'on pourroit trouver à redire dans DC'trf Journal est d'avoir dit que l'Auteur de V Apologie reconnoli ^ bonne foi les opinions qu'on a attribuées à vos Casuistes. Car i est vrai qu'il les reconnoît, puisqu'il les défend, et qu'il s'est fi* condamner en les défendant. Mais il ne les reconnoft pxs à^ bonne foi, parce qu'en môme temps qu'il soutient ces opinios^ il ne laisse pas de se plaindre en l'air qu'on vous les impose. C»^ pourquoi nous vous promettons de bon cœur de faire effactr. dans la première édition qui se fera de notre Journal, ces det i mots de bonne foi, et d'y substituer môme, si vous Yonlez, ^*i les reconnoît, mais avec mauvaise foi.
V* Objection du P. Annal.
La Lettre qui se trouve à la tète des Instruciions de saint Charles, imprimées par l'ordre du Clergé, fournit matière à ase des plus grandes parties de votre Recueil, et vous en tirez ce des plus grands sujets de nous traiter de fourbes et d'imposleun Mais quand ce que vous alléguez sur cela ne recevroit aucoi' difficulté, ne seroit-ce pas l'injustice du monde la plus visible H la plus insoutenable de faire un crime aux Curés de Paris de s'être servis d'une pièce publique, imprimée par l'imprimeor dt Clergé, et que les Évoques distribuent tous les jours dans lears diocèses ? Quand cette pièce seroit supposée, quelle part aurions-nous à cette supposition 7 et que pouvions-nous faire davantage que de nous en informer de celui môme qui a eu ordre du Clergé de faire imprimer ces Instructions, puisque noin'étions pas môme obligés de nous en informer, et qu'il doxsuffisolt que la pièce que nous produisions eût été imprimée pir l'imprimeur du Clergé, et distribuée et reçue par les Évoques? Ainsi notre bonne foi ne peut pas ôtre seulement révoquée en doute, et cela suffit pour vous convaincre vous-même de CalooH nie dans le reproche que vous nous en faites.
Mais nous vous disons de plus que tout ce que vous alléguez n'est point capable de détruire l'autorité de cette Lettre. Vous dites premièrement que vous ne vous appuyez pas sur une Lettre de M. l'abbé de Cyron. Et pourquoi, mon révérend père, ne vous y appuyez-vous pas, puisque sa suffisance et sa piété sont connues de toute la France : si ce n'est par cette règle générale, selon laquelle il paroit que vous jugez de tous les hommes, qui est que tous ceux qui parlent à votre avantage, sont tellement irréprochables qu'on doit ajouter une croyance aveugle à tout ce qu'ils disent; et que ceux, au contraire, qui n'approuvent pas vos égaremens, ne méritent pas d'être crus, quelque rang qu'ils tiennent dans le monde, et quelque estime qu'ils y aient acquise de sincérité et de vertu? Vous croyez avoir assez repoussé leur témoignage en disant que ce sont des gens qui ont un zèle réformé, sans craindre que l'on vous dise que votre zèle n'est guère réformé, mais qu'il a grand besoin de l'être.
Nous n'imiterons pas votre procédé, et nous ne traiterons pas de même les personnes que vous alléguez contre nous. Mais sans blâmer leur sincérité, nous vous disons seulement que les Lettres que vous avez tirées d'eux ne vous donnent point sujet de traiter de supposée la Lettre qui est à la tête des Instructions de saint Charles.
Vos trois témoins disent seulement qu'il n'a été pris aucune autre délibération sur le sujet des Instructions de saint Charles, que celle du 1" février, par laquelle M. de Cyron a été chargé de les faire imprimer, et qu'il ne s'en trouve point d'autre dans le procès-verbal qu'ils ont parcouru. Sur quoi, mon révérend père, nous vous disons, premièrement, que, dans l'extrait du procès-verbal que ces messieurs reconnoissent pour véritable, il est porté que « M. de Cyron a dit que, suivant l'ordre de l'Assemblée, il avoit fait venir de Toulouse le Livre des Instructions de saint Charles. » Or, comme cet ordre ne pouvoit lui avoir été donné en ce jour-là même, il est clair qu'il avoit été parlé des 1nsli'uctions de saint Charles en un autre jour que le l** de février, puisqu'il ne les avoit fait venir de Toulouse que par l'ordre de l'Assemblée. D'où il faut conclure, et que M. l'abbé de Carbon, quoique très sincère, ne s'est pas souvenu de tout ce qui s'est fait dans l'Assemblée sur ce sujet, et qu'il peut y avoir eu des délibérations qui ne se trouvent point écrites dans le procès-verbal.
2® Quand il seroit vrai qu'on n'auroit pas fait sur cette Lettre une délibération particulière, il ne s'ensuit pas qu'il soit permis
au P. Annat de la traiter de supposée, puisque ce qui est inséré au procès- verbal suffit pour la justifier tout entière. Car Tordre que M. de Cyron avoit reçu du Clergé de faire imprimer les Ins- Irticlions de saint Charles, « afin que cet ouvrage se répandit dans les diocèses, et qu'il pût servir de barrière pour arrêter le cours des opinions nouvelles, qui vont à la destruction de la Morale chrétienne, » l'autorise suffisamment d'adresser ce Livre au nom du Clergé à tous les diocèses de France, et d'y exprimer le sentiment que l'Assemblée lui avoit fait paroître en lui donnant ordre de procurer cette impression. Or c'est ce qu'il a fait exactement, puisque l'on ne trouve dans cette Lettre que les mêmes points un peu plus étendus qui sont marqués en abrégé dans le procès- verbal. Que s*il n'avoit pas suivi les intentions de l'Assemblée, comme il est clair qu'il a fait, MM. les Agens auroient été obligés, par le devoir de leur charge, d'en faire des plaintes publiques et de supprimer cette Impression ; et de ce qu'ils ne l'ont pas fait, et ne le font pas encore, c*est une marque indubitable que cette Lettre ne contient que les véritables sentimens de l'Assemblée, et est conforme à ses ordres.
3° Ces raisons, mon révérend père, sont encore bien plus fortes dans le différend particulier qui est entre nous; car nous n'avons jamais cité cette Lettre que pour faire connoître l'horreur que l'Assemblée avoit eue des erreurs des Casuistes, sur lesquelles nous lui avions adressé nos plaintes, et ce n'est aussi que pour détruire ce préjugé de l'Assemblée que vous tâchez d'en affoiblir l'autorité. Voilà proprement ce qui est ea question entre vous et nous. S'il est vrai que l'Assemblée a détesté vos maximes, et que ce n'est que faute de temps qu'elle ne les a pas condamnées, cette Lettre ne contient rien que de vrai, et nous avons tout ce que nous prétendons. C'est pourquoi, comme vous avez fort bien connu qu'il n'y a que cela d'important dans cette dispute, vous avez soutenu nettement que « toute l'indignation que l'Assemblée a témoignée en cette rencontre » a été que les Curés se fussent adressés à elle sans la permission de leurs Évêques.
Voilà, mon révérend père, sur quoi il faut que les uns ou les autres soient déclarés imposteurs, pour user de vos termes. Car nous soutenons nettement que c'est une fausseté de dire, comme vous faites, que l'Assemblée n'ait témoigné aucune indignation contre les maximes des Casuistes. Il faut donc voir qui a de meilleures preuves, Nous vous demandons, mon révérend père.
quelles sont les vôtres. Celles que vous produisez ne parlent de ce point en aucune sorte, et nul de ceux dont vous rapportez les Lettres ne témoigne que TAssemblée n'ait point eu en horreur les corruptions de la Morale que nous avions exposée à son jugement.
Mais si vous nous demandez les nôtres, nous vous produirons,
premièrement, l'extrait du procès- verbal autorisé par vos trois
témoins, où il est dit en termes exprès que « plusieurs de MM. les
Prélats qui avoient lu le Livre des Instructions de saint Charles,
représentèrent qu'il seroit très-utile, et principalement en ce
temps, où l'on voit avancer des maximes si pernicieuses et si
contraires à celles de l'Évangile, et où il se commet tant d'abus
dans l'administration du Sacrement de Pénitence par la facilité
et l'ignorance des Confesseurs. » Et où il est dit encore au nom
de toute l'Assemblée que « cet ouvrage devoitétre imprimé, afin
qu'il se répandit dans les diocèses, et qu'il pût servir comme
d'une barrière pour arrêter le cours des opinions nouvelles, qui
vont à la destruction de la Morale chrétienne. »
Peut-on désirer un préjugé plus formel et plus exprès contre la Nouvelle Morale des Casuistes? Aussi l'avez-vous bien senti; et c'est ce qui vous a porté à cette étrange hardiesse d'accuser de faux ce procès-verbal, en disant que des personnes dignes de foi vous ont assuré que « ces broderies de la corruption de la Morale, et du mal que causent les Casuistes du temps, » y ont été ajoutées dans un papier à part.
Où est votre jugement, mon révérend père? et pourquoi nous mettez-vous dans la nécessité de vous en remarquer tant de défauts ?
1" Sur qui retomberoit cette prétendue corruption du procèsverbal? Seroit-ce sur nous, qui n'y avons nulle part, et qui nous passerions bien de la preuve particulière que nous en tirons, parce que nous en avons d'autres constantes et indubitables? Et ne seroit-ce pas, au contraire, sur les Secrétaires de l'Assemblée et sur les Agents du Clergé, qui doivent répondre de la fidélité du procès-verbal, et qui sont coupables, s'ils y ont fait ou s'ils ont souffert que l'on y fît quelque altération? de sorte que la gratitude que vous leur témoignez pour les Lettres qu'ils vous ont fournies, est de les faire passer pour des falsicateurs.
^ Toute.la preuve que vous alléguez contre la Lettre qui est à la tête des Instructions de saint Charles, est fondée sur le procèsverbal, et sur ces trois témoins qui disent l'avoir parcouru, et
n'y avoir point trouvé d'autre délibération que celJe du l*' f»^ vrier, et en même temps vous voulez nous faire passer ce procès-verbal pour corrompu, et ces témoins pour complices dr cette corruption. N'est-ce pas tomber dans Timprudence qiK saint Augustin reproche aux Manichéens, de vouloir se servir d*un témoin en même temps qu'on prétend qu'il esc Indigne d^ croyance 7
3** Comment avez-vous pu croire qu'il y eût des gens ass« stupides pour écouter le témoignage prétendu de certaines personnes dignes de foi que vous ne nommez point, contre Paativ rite d'une pièce publique et authentique, dont ceux mêmes que vous alléguez pour vous sont les distributeurs et les garans?
A® Mais ce qui est encore plus surprenant, est qu'il n'y eji jamais de fondement plus frivole d'une accusation de faux, qa^ ce que vous rapportez de ces personnes dignes de foi. Car quiou il seroit vrai qu'on n'auroit d'abord écrit autre chose, sinon qjl'Assemblée auroit agréé la proposition de M. de Cyron, et qut* \k reste auroit été écrit dans un autre papier, s'ensuivrolt-il que rt fût une falsification? Ne sait-on pas que l'ordinaire dans les Compagnies est que ceux qui tiennent la plume n'écrivent d'abord que la substance des conclusions, et qu'on remet ensuite plus à loisir les raisons et les motifs sur lesquels la conclusion i «^te faite ?
Ainsi, mon révérend père, il doit demeurer pour constant qu'il n'y eut jamais d'accusation de faux plus téméraire et pius injurieuse au Clergé, que celle que vous formez sur un ouî-dir^ de personnes inconnues. Et partant, ce témoignage publie et authentique subsiste dans toute sa force, et est une preuve convaincante de l'aversion qu'a eue TAssemblée pour les erreurs de la Nouvelle Morale dont vous vous déclarez les protecteurs.
Mais nous en avons encore d'autres témoignages entlèremeot irréprochables, et de personnes très-considérables dans rAssemblée. Vous savez ce que M. de Cyron a écrit à l'un de nous : a J'ai vu toujours, dit-il, MM. les Prélats fort disposés à condamner toutes ces maximes diaboliques qui ont paru dans les Extraits; et l'horreur que tous en témoignoient, faisoit bien paroitre qu'ils n'étoient retenus que par leur peu de loisir, et par la nécessité qu'on avoit de conclure une si longue Assemblée. En vérité, il me semble qu'il ne faut que croire en Dieu , et n'avoir pas renoncé aux premières notions du Christianisme, pour avoir en exécration une telle Morale. Je m'estimerois heureux de poo-
voir la noyer dans mon sang. Mais puisque je n*ai que des désirs fort inutiles pour le soutien d'une cause aussi juste et aussi sainte que la vôtre, je vous supplie d'agréer que je joigne mes vœux et mes prières à vos illustres travaux, et que je dise: Ex^ surge, Deus, judica causam luam.
Vous n'ignorez pas non plus ce que nous en a écrit M. TÉvôque de Couserans en ces termes : a Vous avez été les premiers qui avez été touchés de l'outrage qu'alloit recevoir par cette Morale funeste toute l'Église du Fils de Dieu. Je suis témoin de ce cri charitable de votre gémissement qui vint frapper l'oreille de ces l*ères assemblés en la dernière Assemblée du Clergé, où j'avois l'honneur d'être un des Députés. Vous leur en portâtes les plaintes : elles émurent leurs cœurs sensiblement; et je sais que sans Tobligation qui les engagea pour lors de se séparer, leurs délibérations eussent confirmé toutes les vôtres sur ce sujet, et qu'ils eussent proscrit par une Censure Publique cette Doctrine de relâchement et d'iniquité. »
Et enfin vous pourrez apprendre ce que M. l'Évoque de Vence vient de témoigner à toute la France dans sa nouvelle Censure contre votre Apologie, publiée dans son Synode dès le 10 mai, où il semble avoir prévu la supposition par laquelle vous aviez voulu noircir l'Assemblée, en prétendant qu'elle éloit demeurée indifférente à la vue de vos excès. Voici ses paroles : « Dans la dernière Assemblée du Clergé tenue à Paris en Tannée 1656, les Curés de la ville de Rouen, que M. leur Archevêque y avoit renvoyés, et ceux de Paris, présentèrent un Extrait de plusieurs propositions tirées de quelques Casuistes modernes, afin qu'il lui plût de les examiner. La lecture fit horreur à tous ceux qui l'entendirent, et nous fûmes sur le point de nous boucher les oreilles, comme avoient fait autrefois les Pères du Concile de Nicée, pour ne pas entendre les blasphèmes d'un Livre d'Arius. Chacun fut enflammé de zèle pour réprimer l'audace de ces malheureux écrivains, qui corrompent si étrangement les maximes les plus saintes de l'Évangile, et introduisent une Morale dont d'honnêtes païens auroient honte, et de bons Turcs seroient scandalisés. Mais comme l'Assemblée se trouva sur la fin, et qu'il étoit impossible de lire tous les Auteurs allégués, afin de prononcer un jugement avec connoissance et sans aucune préoccupation, on s'avisa, sur la proposition de M. l'abbé de Cyron, chancelier de l'université de Toulouse, personnage de savoir et de piété, de faire imprimer, aux dépens du Clergé, les Instructions de saint
Charles Borromée, cardinal, et archevêque de Milan, aux Confesseurs de son diocèse; et on jugea qu'attendant que les Prélats pussent pourvoir à un mal si pressant par des Censures juridiques, ce livret pourroit servir de quelque digue au torrent de? mauvaises opinions qui ruinoient la Morale chrétienne. >
Dites-nous, maintenant, mon révérend père, qui de vous ou de nous a plus de droit de traiter ses adversaires de fourbes et d'imposteurs? Qui de vous ou de nous a plus de sujet de craindre de passer pour tels dans l'esprit du monde : ou vous qui avancez sans aucune preuve que TAssemblée n'a eu aucune horreur de vos méchantes maximes; ou nous qui montrons rextrème aversion qu'elle en a eue par des preuves si décisives?
Quant à ce que vous ajoutez hors de propos, que « l'Assemblée manda les Curés de Paris pour leur faire une correctioa sèche, » vous n'êtes pas assez informé ni des droits de PAssemblée, ni de la manière dont elle a agi avec nous. Comme elle ne prétend aucune juridiction dans Paris, elle n'a aucun droit ni d'en mander les Curés, ni de leur faire correction. Aussi n'at-elle point agi avec nous de cette sorte. M. Taureau, l'un des agents qui vint trouver nos Syndics de la part de l'Assemblée, usa de ces termes qui sont encore dans nos registres : o Le Clergé prie MM. les Syndics des Curés de Paris de se trouver à T Assemblée pour l'informer sur quelque doute ; » et leur répéta ce mot de prier deux ou trois fois, leur faisant remarquer que « TAssemblée l'avoit chargé d'user de ce terme. » Nous y fûmes reçus et traités avec honneur, et ils furent satisfaits des assurances que nous leur donnâmes, que nous n'avions jamais eu dessein de porter les Curés de province de s'adresser à eux sans la permission de leurs Évêques. Et en effet nous n'avions garde d'avoir ce dessein, puisque ç'auroit été reconnoître l'Assemblée pour un Concile National, à qui tous les Ecclésiastiques peuvent immédiatement s'adresser. Après tout, mon révérend père, il est difficile que les Évêques qui aiment la conservation de l'autorité que Jésus-Christ leur a donnée, se persuadent jamais que nous ne soyons pas aussi disposés à la maintenir, qu'ils savent, par tant d'expériences, que vous êtes disposés à l'affolblir et la ruiner par toutes sortes de voies; et pour vous en donner quelque preuve, vous trouverez bon que nous vous représentions ici ce qu'on Évêque des plus zélés à maintenir la dignité de son caractère répondit alors à la Lettre que vous rapportez de l'Assemblée.
Lettre de M. VÉvéque d*Orléan$ à V Assemblée générale du Clergé. t Messeigneurs,
« J'ai reçu, par MM. nos Agens, la Lettre que vous m'avez fait rhonneur de m*écrire, en date du 18 novembre ; et je crois que vous ne trouverez pas mauvais que, par ma réponse, je vous témoigne la surprise où j'ai été d'apprendre par la vôtre le soupçon que vous avez conçu, que MM. les Curés de Paris voulussent entreprendre quelque chose contre l'Autorité Épiscopale. Ce n'est pas à moi, Messeigneurs, à trouver à dire à ce que font tant de grands prélats qui composent notre Assemblée, et je dois avoir les derniers respects pour tout ce qui vient d'une si Auguste Compagnie. Mais, comme vous me nommez dans votre Lettre M. le curé de Saint-Roch, je m*y trouve en quelque façon intéressé, parce qu'il est mon diocésain, qu'il a travaillé dans mon diocèse, et très-dignement, sous mon prédécesseur, en qualité de Vicaire Général, et qu'il est encore présentement un de mes Vicaires Généraux. Sa réputation est si bien établie, comme ayant blanchi dans le travail, qu'il n'a point besoin que je la confirme. Mais, Messoigneurs, s'il en a besoin, je le fais de très-bon cœur, et je ne pourrois lui refuser cet office sans blesser ma conscience. S'il n'y a que lui qui entreprenne contre l'Autorité Épiscopale, nous devons être en sûreté, puisqu'il en a été toujours un trèsdigne et un très-ferme défenseur. J'oserois bien en dire autant de tous MM. les Curés, que nous pouvons presque appeler dans l'Église la seule portion qui reste attachée à nous, et qui vit dans Tobéissance, que tant de prêtres, à qui nous imposons les mains, nous promettent dans leur Ordination, et qu'ils observent si peu. Pour moi, je ne puis m'empêcher que je no témoigne quelque gratitude à MM. les Curés, du soin qu'ils ont eu de vous présenter un Recueil de tant de pernicieuses et damnables maximes, afin que, par votre prudence et votre autorité, vous y apportiez l'ordre que Dieu demande de nos soins, à ce que tant d'àmes qu'il nous a confiées ne s'éloignent point des vérités évangéliques pour suivre ces maximes qui leur sont tout à fait opposées, et que la chair et le sang ont révélées. Vous nous exhortez par la vôtre, comme étant en soupçon des Curés, à prendre garde à ce qu'ils n'entreprennent point sur notre autorité : plût à Dieu qu'elle n'eût que ces ennemis-là à combattre l nous serions bientôt d'accord. Ce ne sont pas ceux-là, Messeigneurs, qui sont à craindre : il y en a d'autres qui l'attaquent par leurs entreprises,
et par paroles et par écrit, et qui ouvrent un beau champ au zèle que vous témoignez d'avoir pour notre caractère. Nous l'attendons de vos soins et de la générosité que vous avez fait paroi tre en toutes sortes de rencontres dans cette Asemblée. Que si vous trouvez à propos d*en user autrement, nous croirons que, comme vous avez de plus grandes lumières, nous devons nous contenter de les admirer, en avouant notre ayeuglemenc Je ne manquerai pas, Messeigneurs, à veiller à ce qu'il ne se passe rien dans mon diocèse de la part de mes Curés qui poisse choquer la dignité de notre caractère ; et je puis vous assurer qu'il me sera fort aisé, puisqu'ils sont tous dans une parfaite et très-soumise obéissance pour leur Évêque. Je suis , « Messeigneurs,
a Votre très-humble et très-obéissant serviteur et confrère,
a A. Del'bène, évêque d'Orléans.
A De MeuDg, ce 9 décembre 1656. »
r/« Objection du P, Annat.
Ce qui est rapporté dans notre Journal, d'un projet de coiift'rence proposée par M. TÉvêque de Rodez, vous donne sujet de triompher sur une Lettre que vous avez tirée de ce Prélat, par laquelle il témoigne que vous n'avez point eu de conférence chez lui avec Gauquelin, à qui nous avions cru que ces proposiiiocs avoient été faites immédiatement par M. de Rodez et le P. Annat; au lieu que nous avons appris depuis qu'elles ne lui ont été faitH> que par l'entremise de M. l'abbé Le Camus, qui rapporta de leur part, à M. Gauquelin, ce que nous avons mis dans notre Journal : et c'est la même chose dont M. Gauquelin fit son rapport à la Faculté, en lui rendant compte de ce que M. l'abbé Le Camus lui avoit dit. D'où il est clair qu'il n'y a aucune erreur dans la substance de ce que nous avons écrit, et qu'il est si absurde de nous traiter de faussaires, pour avoir rapporté ce que M. l'abbé Le Camus a dit à M. Gauquelin de votre part, comme si vous l'aviez dit à M. Gauquelin même, et que ce M. Gauquelin a prié M. l'abbé Le Camus de vous répondre de sa part, comme s'il vous l'avoit dit à vous-même : il est si absurde, nous le répétons encore, de prendre cela pour une imposture, qu'on ne peut le fain* sans donner sujet aux impies de trouver des faussetés dans les paroles mêmes de la vérité, puisque nous voyons que saint Matthieu rapporte, comme dit par le centenier à Jésus-Christ, ce
que saint Luc témoigne qu'il fit dire à Jésus-Christ par ses amis, ne s'étant pas jugé digne de venir le trouver lui-même. La seule différence qu'il y a, est que saint Matthieu, sachant bien que le centenier n'avoit pas été lui-même trouver Jésus-Christ, n*a pas laissé de dire qu'il étolt allé le trouver, AccessU ad eum centurio, parce que cette manière de parler, comme remarque saint Augustin, a sa vérité dans le langage des hommes, et qu'on peut dire véritablement qu'un homme a fait ou dit ce qu'il a fait ou dit pour un autre. Au lieu que c'est par surprise, et pour ne pas avoir été entièrement bien informés de cette circonstance de nulle importance, que nous avons parlé de la sorte : ce qui nous éloigne encore davantage de l'imposture dont vous nous accusez en des termes si injurieux, puisque, pour être imposteur, il faut déguiser la vérité en la connoissant.
Mais n'avons-nous pas plus de sujet, mon révérend père, de vous accuser vous-même d'un déguisement peu digne d'un homme sincère? Car, si vous aviez voulu agir de bonne foi, ne deviez-vous pas rapporter tout ce qui s'est passé en cette rencontre, afin que le lecteur jugeât en quoi le récit que nous avions fait s'éloignoit de la vérité ? Mais vous n'avez eu garde de le faire, parce que votre dessein a été, en attaquant cette circonstance, de faire croire que tout ce récit n'étoit qu'une fable, au lieu que si vous eussiez rapporté la vérité du fait qui vous étoit connue, le lecteur, qui auroit appris de vous-même que toutes les propositions faites de part et d'autre sur le sujet de cette conférence étoient véritables, et qu'il n'y avoit rien d'omis dans notre Journal que l'entremetteur par qui elles avoient été faites, se seroit moqué de l'omission d'une circonstance qui ne touche en rien le fond de l'affaire, et auroit été surpris de la hardiesse avec laquelle vous donnez des démentis à tous les Curés de Paris sur une bagatelle de cette nature.
VJJ* Objection du P. AnnaL
Nous joignons à l'objection précédente, touchant M. l'Évêque de Rodez, celle qui regarde M. le Nonce, parce qu'elle est de même espèce. Nous avons dit, dans notre Journal, « qu'une certaine déclaration sur VApologie avoit été portée par le Provincial des Jésuites et le P. de Llngendes à M. le Chancelier, qui étoit alors avec M. le Nonce. » Vous ne désavouez pas que cette déclaration n'ait été portée par vos Pères à M. le Chancelier, qui est la seule chose en ce récit qui soit importante, et qui regarde
460 APPENDICK.
notre différend. Mais, vous attachant à ce qui est dit en passant, que M. le Chancelier étoit alors avec M. le Nonce, vous en avez tiré une Lettre où il témoigne qu'il n'a jamais vu le Provincial de i» Compagnie, ni le P. de Lingendes, chez M. le Chancelier. Permettez-nous, mon révérend père, de vous dire que vous abusez un peu de la bonté de ces messieurs, de leur donner la peine d'écrire des Lettres sur de si petites choses, et qui vous sont si inutiles. Car, premièremenl, il pourroit se faire que M. le Nonce eût été avec M. le Chancelier, lorsque vos Pères y arrivèrent, quoiqu'il ne les eût pas vus, parce qu'ils n'auroient eu leur audience qu'après son départ. Mais, de plus, qu'importe que M. le Nonce fût ou ne fût pas chez M. le Chancelier, lorsque vosPère* allèrent y porter votre déclaration ? Quel avantage pouvions-nous tirer de cette circonstance ? et pourquoi l'aurions-nous insérée dans notre récit, si elle ne nous avoit été rapportée ? Mais puis>jue M. le Nonce témoigne qu'il n'y étoit pas, nous l'effacerons de notre Écrit avec la plus grande indifférence du monde. Nous n'y perdrons rien, et vous n'y gagnerez rien. Mais les reproches injurieux que vous faites aux Curés de Paris sur un sujet si frivole ne laisseront pas de passer pour un effet très-injuste de la passion qui vous anime.
Quant à ce que vous nous attribuez, d'avoir dit que cet Écrit a été porté en Sorbonne, comme venant de la part de M. le Chancelier et de M. le Nonce, vous devriez avoir mieux considéré nos paroles que voici : « Quelques-uns prétendoient que cette déclaration, bien que .défectueuse, devoit être considérée, et qu'il falloit en faire cas, venant de M. le Chancelier et de M. le Nonce. ■ En quoi nous ne faisons que rapporter ce qui fut dit par quelques docteurs, et encore de vos amis, des paroles desquels nous ne sommes point garans. Et pour vous montrer que nous ne nous y sommes point arrêtés, c'est que dans la même page, parlant de nous-mêmes de cette déclaration, nous disons simplement que « vous l'avez fait bailler à la Faculté par M. le Chancelier, )) sans rien dire de M. le Nonce. Ainsi réclaîrcissement que vous avez tiré de lui sur ce sujet ne regarde que ces docteurs, et non pas nous.
r///° Objeclton du P. Annal.
Cette déclaration vous fournit encore un autre sujet de nous accuser d'imposture, que vous exprimez en ces termes : « Les Journalistes disent que cette déclaration ayant été lue en Sor-
bonne, on avoit assez reconnu qu'elle ne satisfaisoit pas; mais ils en content. Ce ne fut pas là la raison pour laquelle la Faculté la rejeta. » Nous ne disons pas, mon révérend père, que ce fut Punique raison; car voici nos paroles : « La Faculté députa à M. le Chancelier pour lui dire que cette déclaration n'étoit pas suffisante; parce qu'elle n'étoit point signée, et de plus, parce que rayant lue, on avoit assez reconnu qu'elle ne satisfaisoit pas à ce que l'on trouvoit à redire dans VApologie, » Or, pour savoir si vous avez eu raison de dire que nom en contons, et que cette dernière raison ne fut pas une des deux pour lesquelles on la rejeta, il ne faut que vous représenter les paroles mômes du registre de la Faculté : « iî junii 1658, honorab, D. Messier dixit se et syndicum ab amplissimo el illuslrissimo Franciœ Cancellario accersilum, et ab eo accepisse declaralionem quamdam sine nomine et subscnptione ; cujus lectione audita visum est renuntiandum esse dicto domino Cancellario per eosdem Decanum el Syndicum; illam insufficientem, quia sine nomine; nec salis per eam apparet quod auctor sa lis facial, »
Il n'est donc pas vrai, mon révérend père, que la seule raison pour laquelle votre déclaration fut rejetée par la Faculté est qu'elle étoit sans nom, comme vous avez osé l'assurer; et il est vrai au contraire qu'elle fut- rejetée pour toutes les deux raisons marquées dans notre Journal, ce que vous avez osé nier. Sur quoi vous nous permettrez de vous avertir charitablement, qu'il est ordinaire aux personnes les plus sages de se tromper quelquefois, en rapportant simplement ce qu'ils ne savent que par le rapport des autres; mais que c'est une faute très-considérable, et devant Dieu et devant les hommes, d'accuser publiquement des personnes de fausseté, sur des choses dont on est soimême mal informé, comme vous avez fait en cette rencontre.
JX* Objection du P, Annal.
Le respect que nous portons à la dignité et au mérite de M. le Chancelier nous auroit fermé la bouche, sur le reproche que vous nous faites de n'avoir pas bien rapporté quelques-unes de ses paroles, si la Lettre que vous avez tirée de M. de Chaumont contenolt un désaveu formel de ce que nous en avons dit en notre Journal. Car nous aimerions mieux nous persuader que ceux d'entre nous qui pensent les avoir ouïes se sont trompés, que de douter le moins du monde de la sincérité d'une personne si illustre. Mais comme vous ne tirez ce désaveu que par des
conséquences qui ne nous paroissent pas justes, le respect mèioe que nous avons pour M. le Chancelier nous oblige de vods re]>resenter Ici, que ce que M. de Chaumont dit dans sa Lettre ne nous paroît pas contraire è notre Journal ; car voici le tour que tous donnez à cette affaire. N'y ayant autre chose dans notre Joamai. sinon que M. le Chancelier avoit dit, « que la publication de ii Censure feroit trop de bruit parmi les peuples qui ont aversion de cette méchante doctrine et de ses auteurs : • vous vouîei faire croire que nous avons voulu dire par là que « M. le Gbaocelier condaranoit les Jésuites comme auteurs d'une méchaDte doctrine; » et sur cela vous rapportez une Lettre de M. de Chaomont, qui ne désavoue point proprement les paroles du JounuJt mais qui désavoue le sens dans lequel vous prétendez que nous les avons prises, en témoignant qu'il « a eu charge de M. le Chancelier de faire connoître à Votre Révérence qu'il a trop bonn^ opinion de la Compagnie pour en parler de la sorte. > ^oa^ n'avons point dit aussi qu'il ait parlé de la Compagnie des Jé< suites ; mais si vous et vos amis prenez comme dit contre tods tout ce qui est dit contre VApologie, vous nous donnerez liea d'ajouter cette preuve à tant d^autres qui nous apurent que vous en êtes les Auteurs.
Après tout, quand il plaira à M. le Chancelier de nous faire dire en quoi nous nous sommes pu tromper en rapportant ses paroles, nous espérons qu'il demeurera très satisfait, et de la sincérité avec laquelle nous avons dit ce que nous avons cni être véritable, et de la soumission avec laquelle nous recevrons ce qu'il daignera nous en apprendre de plus certain.
X^ Objection du P. Armât,
Nous en disons de même de M. Le Tellier. Nous avons une déférence entière pour ce qu'il nous déclare de ses sentiment. Mais nous le supplions de considérer que ce qui nous rend excasables d'avoir cru ce que des personnes dignes de foi, et qui sans doute n'étoient pas assez informées, nous avoient rappont* de ses paroles, est qu'ils ne lui faisoient rien dire touchant les Jésuites, qui ne fût alors dans la bouche de tout le monde, et principalement de ceux qui avoient plus d'afi*ection pour leur Société, qui se plaignoient tous, comme on nous avoit dit qu'il avoit fait, de l'imprudence avec laquelle ils avoient publié V Apologie, après le bruit que les propositions de leurs Auteurs, présentées par les Curés, avoient fait dans le Clergé. Le P. de Lin-
gendes même a témoigné à M. le Doyen de Notre-Dame être du môme sentiment, en reconnoissant, comme on voit dans notre Journal, a qu'il étoit fâché du bruit que ce Livre causolt : » de sorte que les paroles que nous avons cru avoir été dites par M. Le Tellier, ne contiennent que le sentiment de ceux qui vous sont les plus favorables. Et quant à ce qui est dit contre VApologie en particulier, sa Lettre ne dit pas expressément qu'il n'en ait point parlé; et il nous semble, mon révérend père, que vous prenez un peu trop à la rigueur quelques termes d'humilité dont il se sert, en avouant a qu'il n'entend pas les matières dont il s^agit. » Car ayant exercé, comme il a fait avec tant d'intégrité, les premiers emplois de la justice, il ne peut pas ne point condamner les excès de votre Morale, qui sont, pour la plupart, aussi contraires aux lois civiles et humaines, qu'aux ecclésiastiques et divines. Et ce seroit bien abuser de la bonté qu'il témoigne pour votre Compagnie, que de vouloir vous en servir pour persuader à toute la France qu'un homme de son rang et de son mérite ne désapprouve point les pernicieuses maximes que les Évoques ont censurées dans votre Apologie; qu'il ne trouve pas mauvais qu'on enseigne, par exemple, qu'un gentilhomme chrétien peut en conscience tuer un homme pour éviter un soufflet, et se venger d'uo démenti; et qu'il n'y a point de crime à imposer de faux crimes à ceux qui nuisent injustement à notre réputation. C'est pourquoi, mon révérend père, nous ne craignons point de vous dire que vous lui imposez en voulant faire croire qu'il est dans ce sentiment; et nous n'appréhendons point qu'il nous désavoue pour l'avoir défendu contre un soupçon si injurieux.
XI* Objection du P. Annal,
Nous souhaiterions, mon révérend père, de pouvoir nous contenter de dire, à l'égard de M. l'Évêque d'Amiens, ce que nous venons de dire à l'égard de M. Le Tellier; et nous serions tout disposés à rejeter les Mémoires que l'on nous a donnés sur ce sujet, et à croire simplemeni le désaveu de ce Prélat que vous rapportez, si nous pouvions le faire sans être suspects d'une basse flatterie, dont ceux qui nous ont fourni ces Mémoires pourroient nous convaincre par écrit. C'est pourquoi, ne pouvant pas demeurer dans cette retenue, nous espérons de faire voir par cet exemple que le public auroit été plus satisfait de votre conduite, si, au lieu des désaveux généraux que vous avez
tirés de trois ou quatre personnes, vous leur aviez demandé ul récit sincère de ce qui s'est passé dans les faits qui sont rapportés dans notre Journal. Car, en ne lisant que la Lettre dt M. rÉvêque d'Amiens, on doit en conclure que tout notre récrit est une pure fiction, et qu'il n'a rien dit de tout ce que nous lui faisons dire. Et c'est aussi la conclusion que vous en tirez, en disant que a M. TÉvèque d'Amiens, étant à Rouen, désavoua sur-le-champ cette relation comme fausse, et qu'il écrivit aui Curés de Paris que Ton lui imposoit des discours qu'il n'avoit jamais tenus. » Cependant parce que ce Prélat s'est expliqué plos particulièrement, et qu'il a même envoyé le Journal apostille d<* sa main, et signé de son nom, en marquant en détail tout ce qu'il avouoit avoir dit, et tout ce qu'il prétendoit n'^avoir pas dit, il nous a donné moyen de justifier, dans une occasion sigodlée, la sincérité avec laquelle nous avons fait ce Journal. Ce<t pour cela que nous représenterons ici ses Apostilles, telles que nous les avons, écrites et signées de sa main.
Kotre Journal ne contient que cinq articles sur son sujet, dont voici le premier : « M. l'Évoque d'Amiens, ayant reçu la Requête et le Factum, ne se contenta pas de témoigner aux Curés, par le bon accueil qu'il leur fit, combien il approuvoit leur zète et leur piété; mais il leur dit positivement qu'il n'avoit jamais pu approuver et qu'il n'approuveroit jamais la Doctrine des Jésuites, qu'il en avoit dit très librement ses sentimens jusque dans le Louvre en des occasions importantes; et que c'étoit une chose étrange combien ces maximes se répandoient. » M. rÉ?èque d'Amiens avoue tout cet article, excepté qu'il change le mot de Jésuites en celui à!" Apologie,
Le second article est celui-ci : « Il leur rapporta sur ce sujet que, faisant ses visites dans Abbeville, il s'enquit des prêtres qui servent aux paroisses, ce qu'ils répondoient aux serviteurs et servantes qui ne se contentoient pas de leurs gages, et qui, sur ce prétexte, se récompensent en cachette du bien de leurs maîtres; et qu'il s'en trouva plusieurs qui approuvoient ces compensations, parce, disoient-ils, qu'ils avoient appris cette Doctrine des Jésuites. « M. l'Évêque d'Amiens avoue encore tout cet article, hormis qu'il change le mot de Jésuites en celui de Casuistes,
Le troisième article est : o II ajouta encore, sur ce que quelques curés témoignèrent s'étonner que les Jésuites enseignasseot de si étranges choses dans Amiens, que ce qu'ils troufoient
étrange ne le surprenoit pas. Je suis assuré, dit-il en propres termes, que le P. Poignant ne débite point sa doctrine particulière : sachez qu'autant qu'ils ont de pères qui enseignent les cas de conscience en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne et partout ailleurs, ils parlent tous le môme langage, b M. TÉvôque d'Amiens désavoue tout cet article, et il dit que ce ne fut pas lui qui dit aux Curés, mais les Curés qui lui dirent que partout où il y avoit des Jésuites, on enseignoit les mêmes propositions.
Le quatrième article contient une Lettre fort obligeante, que M. TÉvôque d'Amiens écrivit à ses Curés qui lui avoient envoyé leur Factum; dans laquelle il dit, entre autres clioses, «qu'après avoir examiné le tout, il est fort convaincu de la nécessité de travailler à l'examen de cette morale, etc. » M. d'Amiens ne dit rien sur cet article, comme étant incontestable.
Le cinquième est : a La contestation s'étant émue entre les Curés et les Jésuites d'Amiens, sur le sujet des Écrits de leurs professeurs, dont les Curés s'étoient plaints, M. d'Amiens condamna les Jésuites par contumace aux dépens envers les Curés, et ordonna qu'ils seroient réassignés pour se voir condamner à révoquer publiquement leurs méchantes propositions. »
M. l'Évoque d'Amiens désavoue tout cet article en ces termes : « Il n'est pas vrai que j'aie condamné les Jésuites aux dépens par contumace, et je n'ordonnai point qu'ils fussent réassîgnés : car ils n'avoient pas encore été assignés. J'avois seulement répondu à la requête des Curés, et mis au bas : Soient les parties appe^ lées, £t le jour assigné pour la conférence que j'avois trouvé à propos de faire, les Jésuites se trouvèrent à l'heure marquée, et les Curés ne voulurent pas s'y trouver. En quoi il parott que celui qui a fait imprimer ces Extraits a eu de fort mauvais Mémoires. Signé j François, Évéque d'Amiens. »
Sur cela, mon révérend père, vous remarquerez, premièrement, combien il y a de différence entre la modération d'un Évéque et l'emportement d'un jésuite. Ce Prélat étoit persuadé que nous nous étions trompés en rapportant de lui un fait important, qui est qu'il eût rendu une sentence contre votre Société, laquelle il croyoit n'avoir point rendue. Et cependant il n'a pas seulement eu la pensée de nous traiter de fourbes et d'tmptwleurs; mais il se contente 0e dire qu'il faut que nous ayons eu de mauvais Mémoires, Voilà, mon révérend père, comme parlent tous les gens d'honneur. Mais ce n*est pas là le style de la Compagnie, qui a pour maxime aussi bien de sa Conduite que de sa 11. 30
Théologie, c detrahenUs auctoritaiem sibi naxiam faUo criai./ elidere, »
En second liea, il est bon de remarquer que des quatre faits que M. rÉvêque d'Amiens désavoue, ou en tout, ou eo partie, il y en a trois qui ne consistent que dans des paroles qui, n'ajui pas été écrites, ne peuvent se prouver que par des ténûias vivans, et un quatrième qui peut se prouver par écrit. Pour les paroles de vive voix, il est vrai, d'une part, que M. TÉvéqu? d'Amiens croit ne pas les avoir toutes dites. Mais il est vni, de Tautre, que MM. les Curés d'Amiens croient les avoir toates entendues. Car ce Prélat étant retourné à Amiens dejHiis s« apostilles qu'il écrivit à Rouen, et ayant fait quelque reproelieâ ses Curés, dans la pensée qu'il eut que c'étoient eux qui aToient mandé ces choses, ils lui soutinrent, avec tout le respect qoifoi étoit dû, qu'il leur avoit dit positivement tout ce qui se troon dans le Journal, et afin de lui aider à rappeler sa mémoire f^ les choses qui ont accoutumé de la réveiller, ils lui marquèreat les temps et les lieux où ils croyoient qu'il leur avoit dit tooies ces paroles, et en particulier le mot de Jésuites, au lieu de celui de Cdsuisles et à^ Apologie,
Nous n'entrons point, mon révérend père, dans ce dilféreod: il est de peu d'importance. Un défaut de mémoire, qui est ordinaire à tous les hommes, n'intéresse en rien, ni la sincérité de M. l'Êvêque d'Amiens, ni celle de MM. les Curés. Mais ce qail ! a de certain, est que l'accusation à^imposUurs que vous fonne» contre nous sur ce sujet, est pleine d'injustice et de calomoie; puisqu'il est clair que nous avons dit de bonne foi ce qui awii été rapporté par des personnes dignes de foi.
Ce qui donne néanmoins un peu plus de sujet de s*assurer sur la mémoire de MM. les Curés que sur celle de TÉvéque d'Amiens, c'est qu'outre qu'il est plus facile qu'un seul se trompe que plusieurs, et qu'il est plus aisé d'oublier ce qu'on a dit, qo« de croire avoir ouï ce qu'on n'a point ouï, nous n'avons aucon^ preuve que la mémoire ait manqué à ces Curés, et nous en afOtf une certaine qu'elle a manqué à M. l'Évoque d'Amiens, du» l'unique fait duquel pouvoit se justifier certainement, et duqflc'" est plus étonnant qu'il ne se soit pas ressouvenu. Car il est a»* comparaison plus ordinaire d'oublier des paroles qu'on a dite? sans beaucoup de réflexion, que d'oublier qu'on ait rendu une sentence. Cependant il faut bien que M. d'Amiens Tait oublié, puisque nous avons en bonne formfî la sentence qu'il nous»
mandé si positivement ne point avoir rendue. En voici la copie telle qu'elle est au greffe, et qu'elle a été signée et délivrée par son greffier.
« A tous ceux qui ces présentes Lettres verront, salut : François, par la grâce de Dieu et du saint-siège apostolique, évèque d^Amiens, conseiller Hu roi en ses conseils, et maître de Toratoire de Sa Majesté, vu la requête à nous présentée par frère Pierre Boucher, curé de Saint-Firmin-au-Val ; Pierre Matissar, l\in des curés de Saint-Firmin le Confesseur; frère Antoine Wcignet, curé de Saint-Pierre; Pierre Coulon, curé de Saint- Remi; Louis Desaleux, curé de Saint-Sulpice; Jacques Avisse, curé de Saint-Jacques; Jean du Menil, aussi curé de Saint-Firmin le Confesseur; et Pierre de Flesselles, curé de Saint-Martin, demandeurs sur requête, et le promoteur de notre cour spirituelle joint, contre PP. Longuet, Simon de Lessau et Poignant, tous jésuites de cette ville, défendeurs : ladite requête du 5 juillet dernier, au bas de laquelle est notre permission de faire assigner lesdits défendeurs, pour, après avoir examiné VExlrait des propositions qui s'enseignent publiquement dans le collège de cette ville, et y Apologie où elles sont plus au long reprises et défendues, faire défense d'enseigner cette doctrine pernicieuse, de débiter ou retenir ladite Apologie, et voir condamner les propositions contenues dans lesdits Extrait et Apologie, au bas de laquelle est l'adjonction et ré(|uisitoire dudit promoteur, et notre ordonnance pour faire assigner lesdits défendeurs, et ensuite est Texploit d'assignation à eux faite par Rouveroy, sergent, le 3 octobre dernier, à laquelle requête sont attachés lesdits Extrait et Apologie, notre règlement portant ordonnance auxdits défendeurs de défendre à la huitaine, en date du 5 dudit mois ; Tassignation faite auxdits défendeurs au domicile de M« Jean Bucquet, leur procureur, le 1/i dudit mois d'octobre, pour voir dire que lesdits demandeurs auroient défaut, faute d'avoir par iceux défendeurs déduit moyens de défenses le défaut accordé auxdits demandeurs, sauf trois jours, à quoi ils n^ont satisfait : Nous, en adjugeant le profit dudit défaut, privons et déboutons lesdits défendeurs de toutes exceptions et défenses, et pour voir condamner lesdites propositions, et par lesdits défendeurs les révoquer publiquement, ordonnons qu'ils seront réajournés, à intimation; et les condamnons es dépens desdits défauts et jugement. Donné à Amiens, le VI novembre 1658. Signé Picard. »
Cette sentence est énoncée dans une autre, rendue peu après par le même M. d'Amiens dans la même affaire, le 19 du méoie mois, en ces termes : c Vu par nous la requête, etc., notre sentence du 12 des présens mois et an, au bas de laquelle est k rèajournement fait auxdits défendeurs. »
Vous voyez, mon révérend père, que nous n^avoiis pas eu tort de dire, dans notre Journal, que M. TÉvêque d'Amiens arott rendu une sentence, où il vous avoit condamnés, par contumace, aux dépens envers MM. les Curés. Et vous jugez assez que c*est un étrange préjugé pour la vérité des autres faits qui deroenreot contestés. Mais pour nous, après avoir justifié notre bonne foi. vous trouverez bon que, laissant à part ce que M. l^vêque d'Amiens révoque en doute, nous prenions droit sur ce quTl avoue, et que nous y fassions deux réflexions, dont la première est, que tous ces changemens que M. TÉvèque d'Amiens a en devoir être faits dans notre Journal, ne vous sont nullement avantageux.
Il veut qu'au lieu de dire qu'il c n'avoit jamais approuvé, et qu*il n'approuveroit jamais la doctrine des Jésuites, » il ait seulement dit c la doctrine de VApologie, i Quel avantage pouvezvous en tirer, puisqu'il est constant que VApologie étant ua ouvrage des Jésuites, et soutenu par toute la Société, désapprouver la doctrine de VApologie, c'est désapprouver la doctrine des Jésuites?
II ne change de même, dans le second article, que le root de Jésuites, en celui de Casuisles. Et ainsi il avoue qu'il a dit, pour montrer combien ces maximes se répandoient, que « faisant ses visites dans Abbeville, il trouva plusieurs prêtres qui approovoient que les serviteurs et servantes qui ne se contentoient pas de leurs gages, se récompensassent en cachette du bien de leun maîtres; parce, disoient-ils, qu'ils avoient appris cette doctrine des Casuistes. i 11 est donc constant, mon révérend père, par qd témoignage si authentique, que cette méchante doctrine qui apprend aux serviteurs à voler leurs maîtres, qui corrompt leur fidélité, qui trouble la paix et la sûreté des familles, selon les termes des Censures contre votre Apologie, ne s'enseigne pis seulement dans des Livres, mais se pratique encore dans la cooduite des consciences, et qu'elle empoisonne également les Se^ Yiteurs qui la suivent, et les Confesseurs qui l'approuvent.
Voilà ce qu'il nous étoit important de prouver par le témoit^nage de cet Évèque, et qu'il étoit utile que toute l'Église sût,
afin que Ton connoisse combien il est nécessaire de s*opposer au progrès de cette méchante morale. Mais que M. d'Amiens ait attribué cette doctrine aux Casuistes, ou aux Jésuites, cela nous est fort indifférent : puisque nous n'avons pas besoin du témoigasLge de personne, mais seulement de nos propres yeux, pour savoir que ces Casuistes sont des Jésuites, que c'est le P. Bauny qui l'a publiée dans un Livre françois, qui est entre les mains de tout le monde, et qui a été condamné sur ce point aussi bien que sur beaucoup d'autres, par la Faculté de Paris; et que votre Apologiste, l'ayant voulu défendre, a encore attiré sur lui les Censures de l'Église.
La seconde réflexion que nous avons à faire sur le sujet de M. rÉvôque d'Amiens est que son procédé nous fait voir, avec douleur, ce que peut la violence de votre Société sur les per* sonnes mêmes qui paroissent les mieux intentionnées. Car ce Prélat reconnott de bonne foi « qu'il n'approuve point et qu'il n^ approuvera jamais la doctrine de VApologie; qu'il est convaincu de la nécessité de travailler à l'examen de cette Morale; » et enfin que son diocèse en est actuellement infecté. Ainsi on ne peut attribuer le retardement qu'il a apporté jusqu'ici à censurer ce Livre, à aucun doute qu'il ait, ou que la doctrine n'en soit pas mauvaise, ou que ce ne soit pas le temps de travailler à Texamen de cette morale, et à en empêcher le cours, qu'il a reconnu être si grand dans son propre diocèse. Qui pourroit donc l'avoir retenu tant de temps, que Tappréhension d'attirer sur lui les persécutions, ou publiques, ou secrètes, de votre Société, et tout le crédit du P. Annat ? Et il n'est pas étrange que ces terreurs aient quelque pouvoir sur des personnes d'ailleurs estimables : puisque, sans avoir égard à aucune considération temporelle, \U peuvent en avoir de spirituelles qui leur font douter s'il est de la prudence de se commettre avec un Corps qui a pour première maxime de sa Politique, de travailler de toutes ses forces à perdre d'honneur tous ceux qui s'opposent à ses intérêts, et à les rendre, s'ils le peuvent, inutiles à l'Église, de peur qu'ils ne nuisent à la grandeur de la Compagnie.
C^est sans doute pour imprimer davantage cette terreur dans les esprits, que vous avez cru devoir nous traiter d'une manière si outrageuse, et si disproportionnée aux reproches frivoles que vous nous faites. Vous n'avez pu ignorer qu'ils ne servoient de rien pour appuyer votre Morale, et pour arrêter l'horreur que tout le monde en a conçue. Mais vous vous êtes persuadés
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qu*en foulant ainsi aux pieds un Corps qui est de quelque coosldéraiion dans l'Église, vous vous rendriez par là redoutables à tout le monde; et que si vous ne pouviez pas empêcher qa^on ne détestât dans le cœur vos maximes pernicieuses, vous empêcheriez au moins, par la crainte d'un semblable traitement, qa'oa vous les reprochât en public.
Il ne faut donc pas s'étonner qu'il y ait des personne qae ces appréhensions ébranlent : mais il faut plutôt s^étonner qal] s'en soit tant trouvé qui n'en aient poitit été ébranlées, et qsi, méprisant par une générosité épiscopale, tout ce qui pooToit leur arriver de la part d'une Société si vindicative, ont rendu à la vérité les témoignages qu'ils lui dévoient.
Pour nous, mon révérend père, que vous regardez aajoord*hu{ comme le principal objet de votre animosité, bien loin de nous repentir de l'engagement où Dieu nous a mis, nous noos sentons obligés de lui rendre grâces de ce qu'il a fortifié notre foiblesse contre ces craintes. Et peut-être aussi que la postérité nous saura gré d'avoir mieux aimé nous exposer à tous les ressentimens d'une haine aussi obstinée et aussi puissante qu'est la vôtre, que d'abandonner la défense de la Morale de JéMis- Cil ris r.
A Paris, le 25 juin 1659.
NEUVIEME FAGTLM
f)es Curdt 4e Pans, on seconde partie de la Réponse au P. froMçois Annal, jésuile, contenant les plaintes qu'il leur a dom sujet de lui faire par son Écrit intitulé: « Recueil de pluiieun faussetés, etc. »
Nous croyons, mon révérend père, que vous serez plus que satisfait sur tous les cliefs d'accusation que Votre Révérence a proposés contre nous. Mais il est raisonnable que vous preniez i votre tour la peine de satisfaite à nos plaintes ; et qu'après noas avoir attaqués si injustement, vous vous défendiez vous-oiéme des justes reproches que nous avons à vous faire. Nous espérons qu'ils seront plus considérables que les vOtres, et plus utiles à
ceux qui voudront s'instruire de nos différends; parce que nous rentrerons souvent par là dans Texamen de votre Morale, dont TOUS essayez de nous retirer, en vous attachant à nos personnes; et que nous ferons voir, par votre conduite, non-seulement que vous enseignez aux autres, mais que vous pratiquez vous-mêmes les maximes corrompues de vos Casuistes.
Z'* Plainte des Curés contre le P. AnnaL
Notre première plainte est fondée sur ces paroles de la fin de votre Recueil, qui sont comme la conclusion de toutes les injures dont vous nous avez déchirés : « Je ne dis pas, dites-vous, que les Journalistes sont menteurs, imposteurs et faussaires; mais j'espère que le sage lecteur se persuadera que je l'ai bien prouvé, b Vous ne le dites pas, mon révérend père? Qui a donc écrit dès la seconde page de votre Recueil, que vous avez résolu d'y faire voir que les auteurs et les distributeurs de ces Écrits sont extrêmement menteurs? Qui a donc dit en la quatrième page, que ce sont des fourbes découverts? Et, au même Heu, que les Journalistes montrent qu'ils ont aussi peu de jugement que de bonne foi? Et en la sixième, que ce sont les plus grands meU' leurs de tous? Et en la septième, que les Journalistes ont bien le courage de paroitre plus imposteurs que les Jansénistes ? Et en la neuvième, quHls sont généreux en leurs mensonges} Gomment peut-on excuser une fausseté si visible, qu'en l'attribuant à un défaut de mémoire, qui fait voir qu'on peut bien oublier et désavouer ce qu'on auroitdit il y auroit quelque temps : puisque le P. Annat a oublié, à la fin d'un Libelle de trois feuilles, ce qu'il a dit auparavant sept ou huit fois?
11 est donc certain, mon révérend père, que vous vous êtes emporté à cet excès, que d'appeler tous les Curés de Paris des menteurs, des imposteurs et des fourbes. Et si quelque reste de honte, vous a porté à dissimuler à la fin que vous leur ayez donné ces noms outrageux, c'est pour leur faire en même temps un plus grand outrage, en ajoutant que si vous ne l'avez pas dit, on jugera que vous l'avez bien prouvé.
Ce n'est pas ici une accusation de peu d'importance. Le crime d'un imposteur et d'un faussaire, étant du nombre de ceux qui ferment le royaume de Dieu, comme parle saint Augustin, que les Canons punissent des peines les plus rigoureuses, et que les hommes détestent davantage : dire que vous Avez bien prou/vé que nous sommes des faussaires et des imposteurs, c'est assurer
que nous sommos des prêtres criminels, indignes de notre ministère, qui devrions en être séparés par le jugement de TËglise, e: qui devons être en horreur à tout le monde, et à ceux même q«L nous sont soumis.
Voilà ce qu'enferme le reproche que vous nous faites. Si vo&s l'avez bien prouvé, comme vous le dites, il ne nous reste qn'i en faire pénitence. Mais si vous ne Pavez point prouvé, et si c'e^i sans raison que vous nous imposez ces crimes, tous en t-a^ vous-même coupable : puisque la calomnie est en cela diiTérenl^ des autres péchés^ qu'on n'est point, par exemple, homicivk pour accuser faussement un autre d'avoir fait un meurtre ; aa lieu qu'on est nécessairement calomniateur, quand on accuse faussement un autre de l'être. De sorte que si votre accusaiioa est sans fondement, il ne vous reste aucune voie pour vous réconcilier avec Dieu, que la réparation publique d'un excès si public et si scandaleux.
Voyons donc quelles sont les preuves par lesquelles vous prétendez avoir c bien prouvé que nous sommes des menteurs, des imposteurs et des faussaires. » C'est, dites-vous, « par des témoins les plus irréprochables qu'on puisse jamais trouver. « Nous avons fait voir par l'exemple de celui seul qui a particukrisé son désaveu, que la mémoire manque aussi souvent à ceoi qui croient n'avoir pas dit des choses, qu'à ceux qui croient les avoir ouïes. Mais supposons que tout ce que disent ces témoins illustres soit indubitable, qu'en pouvez- vous conclure autre chose dans toute la rigueur, sinon, comme a fait M. l'Évèque d'Amiens, que nous avons eu de mauvaise mémoire dans quelques faits de notre Journal, qui ne sont de nulle importance? Est-ce là, mon révérend père, avoir bien prouvé que nous sommes des menteurs, des imposteurs et des faussaires ? Ëtes-vous donc si peu instruit dans les règles les plus communes de la Blorale, non-seulement chrétienne, mais humaine, que vous ne sachiez pas que ce qui fait un homme menteur, imposteur et faussaire, n'est pas simplement d'avoir dit des choses qui ne se trouvent pas vraies; mais de les avoir dites contre sa conscience, e: sachant qu'elles étoient fausses; et que c'est proprement le manquement de sincérité et de bonne foi qui fait ces crimes? «Nul ne doit être jugé menteur, dit saint Augustin, pour dire une chose fausse, la croyant vraie. « Nemo sane mentiens judicanéus est, qui dicit falsum quod pulat verum, » (In Ench., cap. xvui.) Kt cette maxime est si certaine, qu'on en a fait une r^le ds
APP; NDÏCR. 473
Droit Canouique (22, quwsl, 2). Or, vos témoins prouvent-ils que nous ayons manqué de sincérité, et que nous ayons parlé contre notre conscience ? Y a-t-il un seul mot dans toutes les Lettres que vous produisez, par lequel il paroisse que nous ayons avancé des choses comme véritables, lesquelles nous savions bien être fausses? Y a-t-il môme la moindre couleur et la moindre vraisemblance en cette prétention ? Car y a-t-il homme de bon sens qui puisse s'imaginer que, sachant bien, par exemple, que c'étoit à M. Tabbé Le Camus, et non à M. Gauquelin, à qui M. TÉvéque de Rodez et le P. Annat avoient parlé, nous ayons pris plaisir à dire, contre notre conscience, que c'étoitàM. Gauquelin? Y a-t-il apparence de croire que nous ayons inventé à dessein, que M. le Nonce étoit avec M. le Chancelier, lorsque le P. de Lingendes lui porta votre déclaration, quoique nous sussions bien qu'il n'y étoit pas? Quel avantage pouvions-nous tirer de ces circonstances? Et qui est l'homme qui, ayant assez peu de conscience pour mentir, a eu jamais assez peu d'esprit pour en choisir des sujets si inutiles et si ridicules? 11 est donc clair, mon révérend père, que vous n'avez point « prouvé que nous fussions des menteurs, des imposteurs et des faussaires; et qu^ainsi vous demeurez vous-même convaincu de nous avoir fait une injure, dont vous ne sauriez obtenir le pardon de Dieu, que par une reconnoissance publique de nous avoir injustement calomniés. »
Mais il est encore nécessaire de considérer que les choses sur lesquelles vous nous traitez si injurieusement, sont de si peu d*importance, qu'il est infiniment plus honteux d'en prendre des sujets de reproche et d'accusation, comme vous faites, que d'en avoir été mal informé, comme vous prétendez que nous l'avons été. Car il n'y a personne qui ne sache que dans les choses que l'on dit sur le rapport d'autrui, il faut mettre grande différence entre celles qui sont importantes, et celles qui ne le sont pas. Dans les choses importantes, quoiqu'il suffise d'être sincère pour n'être pas menteur, cela ne suffit pas pour être exempt de toute faute; et il y en a même que l'on ne peut publier, ji moins que d'en avoir des preuves certaines, sans une témérité criminelle. Mais dans les choses qui ne sont de nulle conséquence, comme nous avons montré qu'étoient celles que vous nous reprochez, la sincérité suffit non-seulement pour éviter le mensonge, mais même pour éviter toute autre faute; parce que ce seroit détruire la société humaine, que de vouloir obliger les hommes à s'informer des moindres faits avec autant de soin et de diligence
que s*il s*agissoit des plus grandes choses. Et c*est pourquoi safnt Augustin, dans son exactitude ordinaire, dit que « celai qui tient pour vraies des choses fausses qu'il a crues trop légèrement, ne peut jamais être accusé de mensonge, mais quv^Iqucfois de témérité, c Non ilaque mendacii, sed aliquando temerilalis arguettdns t est, qui falsa incaulius crédita pro veris habei. » {EnckiriH., cap. xvm.) Il ne dit pas qu'on puisse toiigours Taccuser de téjnérité, mais seulement quelquefois. Or, quand peut-on moins Tes accuser, que lorsque les faits où il se trompe sont de si peu àt conséquence, qu*ils ne méritent pas qu'on s'en informe avec plus de soin? Il y a donc des choses sur lesquelles on peot se coatenter d'un ouï-dire, selon les règles mêmes de la prudence chrétienne; et ainsi nous avons pu déférer, sans une plus grande enquête, à ce qu'on nous avoit dit, que M. le Nonce étoit chez chez M. le Chancelier lorsque le P. de Llngendes y alla. Et comme c'étoit une chose qui étoit dans l'esprit et dans la bouche de tout le monde, et de vos plus grands amis, que vous aviez fut une grande imprudence de publier V Apologie, nous avons encore pu croire que M. Le Tellier vous avoit déclaré librement an seatiment si commun, si juste, si charitable, et dont il ne pent % faire que vous ne soyez vous-mêmes convaincus par Tévéoement.
Mais 11 y a des choses que l'on ne peut sans crime publier sur un ouï-dire; et sans aller bien loin en chercher des exemples, vous nous en fournissez un bien considérable dans la douxième page de votre Recueil, qui sera le sujet de notre seconde plainte.
//• Plainte des Curés contre le P. AnnaL
Vous y parlez ainsi : «c Je ne puis que je n'admire Tesprit et ht conscience des ennemis des Jésuites, qui font un lieu commun d'invectives contre leur Doctrine sur la Direction d'Intention. Je les défie de pouvoir jamais trouver un jésuite qui ait enseigné que l'usage d'un moyen reconnu pour mauvais, devienne bon par la Direction d'Intention ; ou, ce qu'on dit être arrivé daos une paroisse de Paris il y a dix ou douze ans, que, pour ôter an curé qui empêche la sainte intention qu'on a de faire honorer de nouveaux saints dans son Église, et d'y rétablir l'ancienne discipline, on puisse mêler dans son bouillon je ne sais quoi qui Taide à aller en Paradis devant le temps. »
Ce sont vos paroles, mon révérend père. 11 ne s'agit pas ici si M. de Rodez a parlé à M. Gauqudin, il s'agit d'un empoi^oooe-
ment, qui est Tun des plu3 horribles crimes devant Dieu et de* vant les hommes. Ceux qui ne jugeront de ceci que par votre Recueil, ne pourront croire autre chose sinon que vous avez voulu faire retomber sur quelqu'un de nous Tinfamie de cette accusation : en quoi vous nous faites une injure signalée, de nous faire passer sur un ouï-dire pour des empoisonneurs de Curés. Nous vous soutenons, mon révérend père, que ce ne sont point là des choses qu'on puisse sans crime publier sur un ouïdire. 11 faut, pour pouvoir ainsi les avancer, ou qu'elles soient notoires à tout le monde, ou qu'on les autorise au moins en les publiant par des preuves claires et convaincantes. A moins de cela, selon toutes les lois et civiles et canoniques, on mérite le même châtiment, que mériteroit le crime dont on accuse les autres : Qui non probaveril quod objecU, dit le pape Adrien, pœnam quam inlulU ipse patiatur, » Où sont donc vos preuves, mon révérend père? où sont ceux qui vous ont dit que « la sainte intention de faire honorer de nouveaux saints a fait empoisonner un curé? » Et s*il y en a qui vous Talent dit, ce qui n'est nullement croyable, quelles assurances en avez-vous tirées pour le croire, et pour en prendre la hardiesse de le publier? Si vous en avez, produisez-les à la face de toute TÉglisc ; mais si vous ne pouvez en profluire aucune, souffrez que nous vous disions que la plus favorable interprétation qu'on puisse donner à en reproche calomnieux, aussi bien qu'à toutes les injures que vous nous dites, est que vous avez voulu y pratiquer la doctrine de Dicasti'.lus, qui exempte de crime la Calomnie, lorsqu'on s'en sert pour repousser ceux qui nuisent injustement à notre réputation, comme vous croyez que font à votre égard tous ceux qui décrient votre Morale. L'usaga de cette Doctrine sur la Calomnie vous est maintenant devenu plus facile que jamais; et nous ne voyons pas ce qui pourroit empêcher les plus scrupuleux jésuites de s'en servir dans toutes les occasions où ils croiront en avoir besoin : car votre Dicastillus, qui avoit ôté à la Calomnie, dans ces rencontres, la malice du péché mortel, y avoit laissé au moins une offense vénielle, n'ayant pas trouvé le moyen d'en séparer le mensonge. Mais votre P. Tambourin, si hautement loué et approuvé par votre Général, vient de donner la naissance à une opinion qui mettra bientôt toutes ces sortes de calomnies, et toutes leurs suites, entre les actions tout à fait permises.
Vous trouverez bon, mon révérend père, que nous vous représentions ici ses paroles, et que nous profitions de cette occa-
siOQ pour continuer d'instruire le monde des principes de Totre Morale.
Ce nouveau théologien, dans son explication du DécaJofse, imprimée cette année même à Lyon, avec les éloges et ipprobfttlon de plusieurs de votre Société (Lib. IX, cap. ii, S 2, d. i:, propose cette question : t S'il est permis d'imposer à un témoia injuste d'aussi grands crimes qu'il e?t nécessaire pour notre jusie défense, lorsque Ton ne peut s'en défendre autrement. » Sar c^ cas il divise sa réponse en deux parties : la première est, <qa*j] lui est probable qu'on ne pèche point en cela contre la justice.* Sur quoi il cite Dicastillus, et quelques autres Casuistes, et c'est où vous en étiez demeurés. Mais la seconde réponse cootieot les nouvelles lumières de ce jésuite. « 11 m'est incertain, dit-il, si cela ne peut point se faire sans aucune faute, sine ulia eulpe. De Lugo croit que non, parce que ce seroit au moins un mensonge, ce qui n'est jamais permis; et de plus, que s'il fiUoir prouver ce faux crime par témoins, il faudroit les engager à ua parjure, ce qui seroit un péché mortel. J'entends tout celi, (iif Tambourin; mais comme tout le péché se rejette sur le meosoice et le parjure, il s'ensuit, premièrement, que si c'étoit uaioeisonge sans serment, ce ne seroit pas un péché mortel, ce qu*iccordent aussi expressément Hurtado et Baonez dans Diui (part. IX, Ir. VIII, resol. xuii). En second lieu, lorsqu'on seroit obligé de faire serment, on pourroit user d'équivoque, et aio^ éviter le parjure et le mensonge, ce qui seul fait que Lugo et ks autres docteurs nient Topinion qui exempte cela de péché. Etptf conséquent, le mensonge étant ôté par l'équivoque, ils ne se trouveront plus contraires à cette opinion. »
Vous voyez, mon révérend père, que, selon cette nouvelle invention d'ajouter l'Équivoque à la Calomnie, elle se trouvera eBtièrement purgée, tant d'injustice et de péché mortel par le prétexte de repousser un injuste accusateur, que de mensonge et de péché véniel par l'artifice d'ajouter une équivoque. Néanmoia»» comme cette opinion ne fait que de naftre, et n'est pas encore assez affermie. Tambourin en témoigne quelque défiance, surtoui à cause des inconvéniens et des suites qu'il ne rejette pas, n»** qu'il dit seulement être dures à digérer. Voici comme il ^ parle : « Je dis néanmoins que cela m'est encore ixicerta/fl ûr quoi? s'il fallolt prouver que ce témoin qu'on veut décrier est un abominable, un excommunié, un hérétique ; que ce hux témoin, dira-t-on, s'en prenne à lui-môme. J'entends bien, mai* j«
suis encore en peine. Car quoi? s'il fuUoit falsifier pour cela des pièces publiques, pourroit-on portor un notaire public, qui seroit certain de mon innocence, à 1 s falsifier pour servir de preuves aux crimes qu*on supposeroit à ce faux témoin? Pourquoi non? dira-t-on. Quidnif Car ce n'est pas être infidèle envers la République, mais extrêmement fidèle; puisque c'est pour défendre les personnes innocentes de la République. Mais si on ouvre cette porte, que deviendront les jugemens publics? Qu'on trouve, dira-t-on, de bons témoins, comme les demandent les tribunaux où la justice est bien rendue : car quand on repousse de faux témoins par quelque artifice que ce soit, ce n'est pas afTolblir, mais fortifier lesjugemens publics. J'entends bien. Je le dis encore une fois. Mais parce que cela me semble encore dur à digérer, je réserve volontiers à un autre temps à démêler ce nœud. » Que vous en semble, mon révérend père ? La question est si, étant injustement accusé, l'on peut, sans aucun péché, sine uUa culpaj imposer de faux crimes, comme l'Hérésie et le Péclié Abominable, à celui qui nous accuseroit injustement; les soutenir même avec serment devant lesjuges, en se servant d'équivoques; suborner des témoins qui fassent les mêmes sermens, et aposter un notaire qui falsifie des pièces publiques pour appuyer ces Calomnies.
Sur cela un jésuite, qui écrit par l'ordre de son Général, comme il paroft par ce qu'il dit (p. 1) avec l'approbation de sa Compagnie, dit simplement que « il lui est incertain si cela n'est point. » Et après avoir apporté toutes les raisons qu'il a pu trouver pour montrer que cela est permis, et n"en avoir opposé aucune au contraire, il se contente de dire que a cela est dur, et qu'il réserve à un autre temps à démêler ce nœud. »
Quelle Théologie est-ce là, mon révérend père, que votre Société répand dans le monde! En est-on donc quitte, après avoir proposé les plus horribles renversemens de la Loi de Dieu, pour dire qu'on est on doute, qu'on en est incertain, que cela est dur? Eh quoil le doute, en matière de vérités si clairement établies par l'Écriture et par le consentement de toute l'Église, n'est-il point impie et hérétique? N'est-ce point une Hérésie, non-seulement de dire que Jésus-Christ n'est point dans l'Eucharistie, mais même de dire que l'on est en doute s'il y est présent; puisque le doute aussi bien que l'erreur expresse détruit la certitude, sans laquelle il n'y a point de foi ? Pourquoi donc ne scroit-ce point une Hérésie de douter si une chose si expressément défen-
due par un précepte du Décalogue, comme est le faux témoignage, n'est point défendue?
Mais nous vous disons plus, mon révérend père. Ce doute, dans les Écrits de Tambourin, donne sujet à tous les antres de conclure, selon les principes de la Probabilité, qu^oo peut fairp des actions si damnables avec une entière sûreté de cooscîeooe. Car puisqu'il doute si Ton ne peut point les faire, il dc croit donc pas qu'il soit évident que TÉcriture les condamne, ni qoH y ait aucune raison convaincante qui fasse voir qu^elles sont mauvaises : et cela ne suffit-il pas pour conclure que Topinioa qui permet ces actions, est Probable au jugement de ceux qui soutiennent qu'une opinion est Probable, lorsqu'elle D^est pas évidemment fausse? Quid requirilur ut senlentia sil probabilisû ratiane? « w( non sU evidenter falsa, • dit Caramuel. Puisqu'il apporta des raisons pour l'appuyer, qui lui paroissoieot si coosidérables, qu'il n'y répond point, peut-elle manquer d'être silre en conscience au jugement de ceux qui enseignent, comme fait Tambourin lui-même (Lib. I, cap. ni, S 3) : a que la moindre Probabilité, soit d'autorité, soit de raison, suffit pour bien agir : « Sufficit Probahililai sive intrinseca, sive extrinseca, quaitnmm lenuis, » et qui veulent même qu'il ne soit pas nécessaire qu'aie opinion soit évidemment Probable, mais que c'est assez qu'elle le soit probablement : Salis est in omnibus casibus constate prth habiliter opinionem esse probabilem, » comme dit encore le même auteur (Ibid,, n. 8)7
Qu'il vous sera donc aisé, mon révérend père, de déduire en opinion probable et très sûre en conscience ce doute de Tambourin l et après cela qu'on juge combien il est dangereux d'attaquer les Jésuites, puisqu'ils ont tant de moyens de s^en venger; car leur amour-propre leur persuadant toujours que tous ceux qui décrient leurs méchantes opinions et leur mauvai» conduite sont de faux et d'injustes accusateurs qui calomnieot leur Société, il leur est aisé de conclure ensuite, par leur Morale même, qu'il leur est permis de les faire passer pour Hérétique pour empoisonneurs, pour imposteurs et faussaires. Si cela ne suffit, ils pourront y ajouter la subornation des témoins et la falsification des pièces publiques, pour les convaincre de ces crimes supposés. Et enfin, si cela n'est pas encore suffisant, leur P.L'Amy leur fournira de plus fortes armes pour se défendre contre ces prétendus faux accusateurs, defensione ocdsiwi, comme parle la Faculté de Louvain, en censurant la doctrine de ce jésuite.
Nous ne nous expliquons pas davantage sur ce sujet; mais nous ajoutons que vous avez encore un moyen qui peut vous rendre redoutable à ceux qui voudroient décrier votre Compagnie. Nous ne l'avons appris que depuis peu ; et il est bon que le public en soit informé. C*est qu'il vous est encore permis de les voler, pour vous récompenser du tort qu'ils feroient à votre réputation, selon cette maxime de DIcastillus (De jusl. el jure, lib. II, tr. II, disp. ix, $ 130), et de Tambourin (Lib. I, cap. m, S 5) : « ProbabUe est ablationem famœ pecunia compensari; il est probable, c'est-à-dire sûr en conscience, qu'on peut se récompenser en argent du tort qu'on fait à notre réputation. » Ce quMl explique plus clairement {Ibid., $ 3, n. 25), où il résout, après de Lugo, « qu'il est probable que celui que l'on a diffamé peut retenir l'argent de ceux qui l'ont diffamé, s'ils ne veulent pas, ou qu'ils ne puissent pas réparer le dommage qu'ils lui ont fait en sa réputation. » Et cela sans aucune crainte des juges; parce que, selon le môme Tambourin (Lib. VIII, tr. I, cap. v, $1), lorsque la compensation secrète a été juste, « il est aujourd'hui certain, parmi tous les Casuistes, qu'on peut jurer devant les juges que l'on n'a rien pris, en sous-entendant qui ne fions fût dû : « Non esse in conscienlia fiirem, qui per occullam acceptionem compensât id quod sibi debelur; elposse jurare eliam coram judice se nihil accepisse, inlelligendo quod sibi non debereiur, certum jam hodie est apud omnes, »
///• Plainte des Curés contre le P. Annal.
Ce n'est pas sans raison, mon révérend père, que nous nous sommes un peu étendus sur ce sujet. Car cela nous donne moyen de répondre au défi que vous nous faites, « de pouvoir trouver un jésuite qui ait jamais enseigné que l'usage d'un moyen reconnu pour mauvais, devienne bon par la Direction d'une Bonne Intention, » et de nous plaindre en même temps du reproche que vous nous faites ensuite, de pratiquer la Doctrine que nous vous attribuons. Vous dites que a vous admirez en cela l'esprit et la conscience des ennemis des Jésuites. » Mais nous avons bien plus de sujet d'admirer votre imprudence, de nous engager, par ces défis si mal concertés, à renouveler dans l'esprit du monde la mémoire de vos maximes, que vous auriez tant d'intérêt qu'on eût oubliées.
Eh quoi 1 mou révérend père, n'est-ce donc pas employer de mauvais moyens sous prétexte d'une bonne fin, que d'employer,
pour conserver sa réputation, la calomnie, la suborniUon ih ténioins et la falsification des pièces publiques? Dites-aonssi c'est un moyen légitime de conserver son bien, son hoDoeuroi sa -vie, contre Hnjustice d'un accusateur, que de le prérenirëi l'assassinant? Or c'est ce que votre P. Dicastillus permet formel lement, non-seulement dans la spéculation, mais aussi dans li pratique (Lib. il, tr. I, disp. x, d. 10), où il dit que les raisons de ceux qui l'approuvent dans la spéculation, et le désapproQveo; dans la pratique, « lui déplaisent extrêmement : « Hœ rattoua mihi omnino displicent, » comme en efTet il ne les réfateps mal selon vos principes.
Dites-nous si ce n'est point un mauvais moyen à un Relijieii qui a abusé d'une Fille, de s*en défaire, de peur qu'elle ne le diffame. Et cependant vous avez pu voir dans nos Extrtlf?, qo'Qc habile homme de votre Société, au rapport de Caramuel, (itf idoit que ce Religieux pouvoit, en ce cas, se servir de la doctrine de votre P. L'Amy, et tuer cette Femme pour conserver son Honneur : A Inquiris an homo religiosus qui fragilUati cetUnsfemi' vam vilcm cognovit, qiiœ honori ducens se prostUmstt laniom rem enarrat et eumdem infamat, possU Ulam occidenfi^^ scio? Al audivi ab eximio paire N, S. theologiœ doctore, wp intje/ni el doclrinœ viro : potuissel Arnicas hwic resolnlio^ onmisse : al semel impressam debel Ulam ttieri, el nos ta^dt^ defendere, Doclrina quidem csl probabilis, sed qua pot*^ ^ religiosns, el pellicem occidere, ne se infamarel. » (Cirainoel. Thcol. Fund., p. 551.)
Dites-nous si l'avortement n'est pas un mauvais mojeù i ^^ fille pour empêcher qu'on ne connoisse son péché. Cependanï nous apprenons de Diana et de Tambourin même (Lib. VI, cip ^' S à, n. 5), « qu'un très savant théologien de votre Société croyoit ce moyen permis, quand le fruit n'est pas encore animé .«^^ Diana quidam doclissimtis e Socielale Jesu id concedil ti f^^ bile. » Ce que votre P. Héreau ayant enseigné à Paris dans voU« collège de Clermont en 16/il, quoiqu'il témoignât ne le permettre que dans le cas qu'une fille eût été forcée, il excita contre vo* l'jndignation de tout Paris, et eut votre collège pour prison p^ Arrêt du Conseil du Roi, du 3 mai 16àà.
Tous ces exemples et beaucoup d'autres vous ayant dej» proposés, vous deviez les avoir prévus avant que de nous i«w' ce défi. 11 n'est pas difficile de vous en trouver encore den^"* veaux; et nous en avons lu depuis peu d'assez rares dans Tmi-
bourin. Car, que diriez- vous de ce cas, mon révérend père? Un hôtelier sait certainement qu^un homme ne peut souper sans rompre le jeûne que l'Église Toblige de garder : peut-il l'inviter de soi-même à souper ? Toutes les personnes de piété jugeroient que non; mais votre P. Tambourin est d'un autre avis, et sait bien purifier l'action de cet hôtelier, par la Direction d'Intention à son gain et à son intérôt. t Que doit-on dire, dit-il (Lib. IV, cap. V, art. 95, n. 7), quand on sait certainement qu'un autre violera le jeûne ? Il est difficile de permettre d'inviter à manger en ces occasions : nous le permettons néanmoins assez probablement avez Sanchez et Diana. Et la raison de cette permission est que cet hôtelier, en invitant ainsi à manger ceux qui par là violeront le commandement de jeûner, a pour but de gagner de l'argent, et non pas de porter directement à rompre le jeûne et à pécher : a Concessu est dif/icilius ; concedimus lamen satU probabililer.,. quia minUlralio illa, imo uUronea invikaliOj non fit a caupone directe alliciendo ad non jejunandum, atque adeo ad peccandum, sed ad tucrum expiscandum, » Voyez-vous, mon révérend père, comme cette Bonne Intention d'attraper de l'argent, ad tucrum expiscandum, justifie une action qui, sans cela, seroit criminelle?
En voici un autre exemple du môme P. Tambourin (Lib. VIII, tr. I, cap. V, § 4), sur lequel on vous supplie de consulter le Parlement, pour voir s'il approuvera la Doctrine de vos Casuistes. « Si votre débiteur a mis en dépôt chez son ami un vase d'argent, vous pouvez le prendre en cachette dans la maison du dépositaire, en prenant garde néanmoins que la justice ne l'oblige pas de le payer à celui qui le lui a mis en dépôt. Mais si vous ne pouvez éviter ce péril du dépositaire sans perdre votre dette, je réponds que je ne puis vous condamner, puisque vous ne prenez que ce qui vous appartient, et que la nécessité vous excuse de l'obligation de charité que vous auriez d'empêcher le dommage du dépositaire : a 5t pericvdum immineat [nempe depositario) tu vero illud cavere non possis sine jactura tui debili, respondeo : te tune non possum condemnare^ si luum accipias; quia trm nécessitas te excusât ab obligatione charitatis, qua deberes Ulud damnum a te indirecte solum catLsalum à Petro avertere. » Tous les juges du monde prendroient cette action pour un vol, et la puniroient comme un vol; mais la Direction d'Intention à ravoir son bien, fait, selon vous, que ce n'est que causer indirectement le dommage du prochain.
Et cette Direction ne va pas seulement à faire perdre imocemment le bien au prochain, mais aussi à lui faire perdre h vie, comme nous avons déjà vu en plusieurs cas, et comme roi^ pouvez encore voir par celui-ci proposé par Tambourio Ub. M chap. IV, S ^) * " J'^i mêlé, dit-il, du poison dans du vin, poor> faire boire à mon ennemi : mais par hasard mon ami est surenu, qui a bu ce vin, moi le voyant, et n'en disant mot, pouro^ pas découvrir mon crime.» Qu'en dites-vous, mon révérend père'. N'est-ce pas un mauvais moyen de cacher son crime, que à* tuer son ami en le laissant boire du poison que Ton aaroit préparé soi-même? Tout le monde le croiroit ainsi.
Mais Tambourin en juge autrement; car voici sa réponse « Suis-je meurtrier de cet ami, et par conséquent irréfu!i>r: f Stimne hujus amici occisor, et xdeo irregularis? » Je répondque non : « Respondeo nequaquam, » Cela est fort net. Et vtic. encore l'autorité d'un de vos pères, dont il s'appuie : f >Vr «/' Lugo : Parce que sa mort est arrivée contre mon inteniion : e: d'autre part, je n'en ai pas été une cause injuste; parce que je n'étois pas obligé, avec tant de danger pour moi, de Taveni' qu'il y avoit du poison dans ce breuvage. » Et par ce movecc? empoisonnement n'est, selon Tambourin, ni irrégulier, ni œeartrier; la Bonne Intention qu'il avoit de cacher son crime, ei d'éviter son propre péril, lui donnant droit d'user d'un silecc^ qui causoit la mort à son ami.
Cet exemple nous donne lieu de découvrir ici une Éqairoi^u^ subtile, qui est cachée dans les termes dont vous vous ser^«- Vous ne dites pas que « jamais jésuite n'a enseigné qu'on peii> se servir de mauvais moyens pour une bonne fin, »iai« de moyefî reconnus pour mauvais. » C'est où est le mystère, et ce qui n*^''*' mettra aisément d'accord ; car il est très vrai, comme nous l'avons fait voir, que par la Direction d'Intention, vous permettez aux hommes de se servir de moyens qui sont en effet u^ mauvais. Mais il est vrai aussi que ce ne sont pas déS mo^^' reconnus pour mauvais par les Jésuites : parce que c'est un de plus grands artifices de votre Morale, de changer le nom dechoses, et de permettre le mal, pourvu qu'on ne l'appelle f* mal. C'est ainsi que Tambourin ne justifie pas un meurtrier, e: ne dit pas aussi qu'un meurtrier ne soit pas irrégulier ; à ft>J ne plaise. Mais il dit que celui qui prépare un poison, et le lais* prendre en sa présence à son ami qui en meurt, ayant une au»
bonne fia que celle de cacher son crime, ne doit pas être appelé meurtrier : Non eut occisor.
Voilà, mon révérend père, le moyen d'excuser non votre Morale, mais votre défi. Car, ne reconnoissant point pour mauvais moyens les actions les plus criminelles, et tout ce que les autres hommes appellent parjures, falsifications, calomnies et assassinats, ne Tétant point dans votre langage; il est certain que Ton ne trouvera jamais que les Jésuites enseignent à se servir de moyens qu'ils reconnoissent mauvais pour de Bonnes Intentions. Mais comme nous n'avons, grâces à Dieu, ni votre sentiment ni votre langage, nous vous défions à notre tour de prouver cette Calomnie que vous avancez contre nous, en disant « que la doctrine que vous prétendez être faussement attribuée aux Jésuites se trouve aujourd'hui fabriquée par ceux qui la leur imputent. Il faut, disent-ils, ce sont vos paroles, réformer la Morale des Casuistes qui est corrompue, et qui est cause de tous les maux qui font gémir TÉglise. Voilà leur Bonne Intention. Mais quels moyens prendrons-nous pour arriver à une si bonne fin? 11 faut supposer une Lettre de l'Assemblée du Clergé; il faut tromper tous les Évèques auxquels elle est envoyée ; il faut falsifier un procès-verbal de la môme Assemblée. Tout cela n'est rien. L'Intention de purger la Morale des Jésuites est si sainte, que les moyens d'y parvenir, pour mauvais qu'ils soient, en deviennent bons. »
Voilà les paroles que vous nous mettez dans la bouche; et nous avouons que, si ce que vous nous imputez étoit vrai, nous aurions parfaitement pratiqué la Direction d'Intention que nous avons condamnée dans vos Casuistes. Mais s'il n'y eut jamais de fausseté plus évidente, comme nous l'avons déjà montré dans la première partie de cette réponse, que celle par laquelle vous nous accusez d'avoir supposé une Lettre à l'Assemblée, et d'en avoir falsifié le procès-verbal, apprenez-nous par quelle règle de Morale vous pouvez être dispensé de nous en faire satisfaction, et de lever le scandale que vous avez causé parmi nos peuples, en y publiant que nous sommes des gens qui pratiquons nous-mêmes ce que nous condamnons dans les autres. Ce n'est point ici un jeu, mon révérend père; vous êtes vieux, et vous ne pouvez être beaucoup éloigné du temps où vous paro!trez devant Dieu, abandonné de tout ce qui vous flatte maintenant, et qui vous donne la liberté d'avancer contre nous des faussetés qu'on puniroit en tout autre. Prévenez donc la rigueur
de sa justice; et choisissez plutôt de souffrir la confnsion salutaire du désaveu que vous nous devez, que de vous exposer i h confusion qui est préparée à ceux qui noircissent injustemem i réputation de leurs frères.
/P Plainte des Curés contre le P. AnnaL
Ce conseil ne vous est pas moins utile que celui que roi? nous donnez à la fin de votre Écrit nous est injurieux. Après nous avoir déchirés par toutes sortes d'outrages, vous prét^ixiei nous avoir ôté tout sujet de nous en plaindre^ en nous disini qu'il nou^ est libre de publier quon a supposé nos noms à la^ du Journal. Croyez-vous donc, mon révérend père, quil soit libre de mentir et de blesser la vérité par des faussetés si man.festes ? Sont-ce là vos avis de conscience 7 Mais si vous ^incapables de les donner, ne vous imaginez pas que les Con^ i*^ Paris soient capables de les suivre. S'ils avoient connu de Ter.tables fautes dans leur Journal, ils seroient tout prêts de le< ^^ parer par la voie que l'Évangile leur prescrit, qui est celle d'aoe confession sincère; et ils ne seroient pas si malheureux que de les augmenter encore en voulant les couvrir par un ausi grauJ mensonge que seroit celui de désavouer une pièce qu'ils ont avouée en tant de manières. Car non-seulement ce Jouroale^ signé des huit députés, mais il est de plus autorisé aussi bien v^Q^ tous nos autres Écrits, par tous les Corps des Curés, comme il ^ voit par cette sentence synodale du lundi 21 avril 1659.
Extrait du registre des Synodes de MM. les Cures de la rUle
et banlieue.
« Aujourd'hui lundi 21 avril 1659, en présence de nous. M;» las Porcher, docteur en théologie de la Maison et Société ^ Sorbonne, vice-gérant en l'Officialité de Paris, président en ÏK^ semblée synodale de ladite Officialité, tenue en la manière accoutumée ; M. Jean Rousse, docteur de ladite Société de Sorbonne, curé de Saint-Roch, et messire Pierre Martin, aussi docteur eJ théologie, curé de Saint-Eustache, syndics de MM. les Curés û^ Paris, ont représenté, par l'organe dudit sieur Rousse, Yioclt"d'iceux :
« Qu'il étoit de l'honneur de la Compagnie, autant que ^ celui de leur charge, que l'Assemblée approuvât et ratifiât tout ce qui auroit été par eux géré et exécuté, tant pour les alTii!^
comniunes que celles concernant spécialement le Livre de VApO" logie des Casuisles, et tout ce qui avoit été fait, écrit et publié sur ce sujet. »
Ce qui comprend, en général, tous les Écrits qui avoient été publiés, dont le Journal est le septième, qui est même particulièrement nommé dans la suite de la proposition de M. de Saint- Roch, et reconnu pour souscrit par les huit députés. Sur quoi voici ce qui a été ordonné :
« Après avoir ouï et pris l'avis et délibération de l'Assemblée sur les choses proposées par lesdits sieurs Syndics, et ouï ledit promoteur en son réquisitoire sur le tout, avons ordonné et ordonnons, sur le premier chef, que tout ce qui a été géré, écrit et publié par lesdits sieurs Syndics durant la présente année de leur syndicat, particulièrement sur le sujet de VApologie des Casuisles, demeurera pour ratifié et approuvé. »
C'est pourquoi, mon révérend père, il est bien étrange que notre Journal, portant pour titre Septième Écrit des Curés de Paris, et étant signé par huit de nous, vous avez obtenu un arrêt du Conseil d'État pour le faire supprimer, en faisant entendre que c'étoit un Libelle sans nom d'Auteur, ce qui est répété par deux divei*ses fois dans cet arrêt. D'où il s'ensuit, ou qu'il est donné contre un autre Journal que le nôtre, ou qu'il est notoirement subreptice. Il est de même hors d'apparence que, si le Roi avoit été informé que le Journal dont on lui demandoit la suppression n'étoit point un Libelle sans nom d'Auteur, mais une pièce autorisée par tous les Curés de Paris, servant à la poursuite qu'ils ont intentée, par la permission de Sa Majesté, par-devant les Vicaires Généraux de M. l'Archevêque, son Officiai et la Faculté de théologie de Paris, contre les corrupteurs de la Morale Chrétienne, elle eût trouvé à redire qu'on l'eût imprimé sans permission par Lettres patentes ; puisqu'il est sans exemple qu'on ait jamais étendu ce qui est réglé par les Ordonnances sur ce sujet, à des pièces et écritures d'un procès, autorisées par tout un Corps.
Que si Sa Majesté, en nous faisant l'honneur de nous mander, daigne s'informer par elle-même, et des faussetés qu'on dit être dans notre Journal, et des plaintes que nous avons formées contre vous, nous espérons, mon révérend père, de lui faire voir clairement que vos accusations sont aussi vaines que les nôtres sont importantes, et vous convainquent manifestement de calomnie; et que Sa Majesté est trop juste pour nous ôter la liberté de nous
défendre en une cause où nous ne faisons que soutenir le joçement de tant de Prélats, pendant que vous prétendez avoir drofi de nous calomnier, et de fouler aux pieds les Censures de< Évoques.
Il est bien croyable, mon révérend père, que vous êtes voj?même le promoteur de cet arrêt, puisque vous nous con-s»^i?Iez d'appuyer, par un mensonge, ce que vous y avez fait supposer, que le Journal n'est pas de nous. Mais ce qui diminue pourtam rinjure que vous nous faites en nous proposant un parti si honteux, c'est qu'il y a de l'apparence que vous agissez de bonne foi, puisque vous ne nous conseillez rien qui ne soit confomie à vos exemples et à vos maximes.
Car l'art des Équivoques et des Restrictions Mentales vous donne moyen d'avouer et de désavouer une même chose, sajt«: croire blesser votre conscience. On sait le désaveu que votre P. Coton fit à Henri le Grand, du Livre intitulé YAmpkithééirr d'honneur. Comme il étoit très injurieux à la puissance des Rois il assura ce Prince qu*il ne venoit point de la Compa^ie. Er cependant, peu de temps après, Ribadeneira, jésuite, reconnu:, dans son Catalogue des Écrivains de votre Société, que ce Livre étoit du jésuite Carolus Scribanius, qui avoit caché son nom soas Tanagramme de Clarus Bonarscius.
Mais il n'y a point d'exemple plus remarquable sur ce ^«j^ que celui qui est arrivé de notre temps, touchant les Livres de vos confrères d'Angleterre, pleins d'erreurs et d'Hérésies contre la Hiérarchie et le sacrement de confirmation. Car les Évti|ue> de France et la Faculté de théologie ayant censuré ces Livres, et le jésuite Jean Floyd ayant combattu ces Censures par d'^ Libelles très injurieux, pour satisfaire les Évêques vous ne nte> pas de difficulté de leur donner une déclaration, signée de quatre des principaux de vos Pères, où vous les assuriez que, ni les Livres censurés, ni ceux qui avoient été faits contre les Censures, n'avoient point été composés par aucun religieux de votre Compagnie. Et cependant, peu d'années après, votre P. Alegamhe, dans un nouveau Catalogue de vos Écrivains, approuvé par votre Général, reconnut de bonne foi que tous ces Livres généralement avoient été composés par des Jésuites, qu'il nomme par nom et par surnom. Et, pour comble de hardiesse, il ose dire qu'ils avoient été faits contre les Novateurs, contra novatores; c'est le nom qu'il donne aux Évêques de France et à la Faculté de théologie de Paris.
Voilà, mon révérend père, comment vous en usez dans les rencontres fâcheuses pour le bien de la Société; et comme vous le pratiquez vous-même, vous ne faites pas de difficulté de le conseiller aux autres pour le môme intérêt de la Compagnie. C'est ainsi que, lorsque l'Université, en 1643, vous eut prouvé, par des contrats passés par-devant notaire, que vous étiez associés au trafic du Canada, vous ne laissâtes pas de trouver assez de complaisance dans quelques personnes pour en tirer un désaveu. Mais si les Jésuites sont capables de pratiquer et de conseiller ces déguisemens, n'espérez pas, mon père, que les Curés de Paris les imitent jamais en cela. Et ainsi nous vous supplions de ne plus nous donner de tels conseils, qui ne nous offensent pas moins que vos injures.
F® Plainte des Curés contre le P. Annat,
Nous finirons cette réponse, mon révérend père, par la plainte que nous avons à vous faire, touchant la Lettre de l'Évêque d'Angélopolis, qui vous a fourni de la matière au commencement et à la fin de votre Recueil, pour ajouter aux autres accusations d'imposture que vous nous y faites, celle d'avoir fabriqué cette Lettre que vous prétendez être supposée. Sur quoi nous vous dirons premièrement que votre injustice est toute visible, puisque, quelle que soit cette lettre, nous n'y avons aucune part. Ce n'est point nous qui l'avons fait imprimer, ce n*est point nous qui l'avons publiée; et vous êtes entièrement inexcusable de mêler dans un différend que les Curés de Paris ont avec votre Compagnie touchant la Morale, des incidens et des faits qui ne nous regardent point. Mais nous disons de plus que vous prouvez si mal que cette lettre est supposée, qu'il n'y a personne raisonnable qui voyant, et votre premier écrit que nous réfutons, et celui que vous avez fait depuis contre cette lettre, n'en conclue tout le contraire.
Vous n'apportez dans le premier que trois argumens pour en montrer la supposition, qui sont tous trois pitoyables. Le premier est : le Journal des Curés de Paris est plein de mensonges; donc la Lettre d'Angélopolis est supposée. C'est un étrange argument, mon révérend père, qui tire d'une supposition fausse une conséquence très absurde : car il est très faux que notre Journal soit plein de mensonges, comme nous l'avons montré; mais quand il en seroit plein, comment pourroit-on en conclure que la Lettre d'Angélopolis, où nous n'avons aucune part, et de
laquelle il n'est fait aucune mention dans notre Joarnal, est aoe pièce fabriquée?
Votre second argument n'est pas meilleur. Ceux» dites- tou5. qui ont publié la Lettre d'AngélopoIis ne rerinrent jam^Js du Mexique; donc cette Lettre est fausse. Jusqu'ici, mon révéreod père, on n'avoit jamais ouï dire que pour recevoir une Lettre de Gonstantinople, ou pour publier une Lettre de Constantinopie, O fallût en être revenu. Cette manière de raisonner vous étoit réservée, mon père; et vous êtes le premier qui ayez préteiKlu pouvoir persuader qu'il ne pouvoit se faire qu'aune Lettre du Mexique à Rome tomb&t entre les mains de ceux qui ne soai jamais revenus du Mexique. Comme s'il y avoit rien de plus facik qu'une Lettre portée du Mexique à Rome par un agent exprès, on ait été envoyée de Rome à Paris, ou même y ait été apportée par des personnes qui étoient alors à Rome!
Mais trouvez bon, mon révérend père, que nous vous disions que la plupart du monde ne raisonne pas comme vous, et tire une conclusion toute contraire à la vôtre de ce que ceux qui ont publié cette Lettre n'ont point été au Mexique; car on pourroit peut-être^ disent-ils, soupçonner des personnes, qui seroiem revenues du Mexique, d'avoir feint une Lettre conforme à ce qui se passe dans ce pays-là, la connoissance qu'ils en auroient leur donnant moyen de mêler les noms des personnes et des lienj^ et y insérer des incidens et des événemens qu'ils auroient appris dans le pays pour rendre la chose croyable; au lieu qu'il paroit, au contraire, moralement impossible qu'une Lettre qui contient tant de circonstances de lieux, de noms et de qualités de personnes, qui ne peuvent être connues que par ceux du pays, ait été faite par des gens qui n'en revinrent jamais, et qui en sont éloignés de plus de trois mille lieues. En vérité, mon révérend père, ce raisonnement parott plus concluant que le vôtre, et nous serions bien aises de savoir ce que vous avez à y répondre.
Votre troisième argument concluroit un peu mieux, s'il n'étoit point fondé sur une fausseté visible; car pour rendre cette Lettre suspecte de faux, vous dites que ceux qui en sont les auteurs a trouvent dans leur carte que la colonie appelée des Anges est la plus proche de la Chine, et celle qui reçoit plu> facilement les nouvelles de ce qui s'y passe. » Mais nous n'avons pas trouvé que cela fût ainsi dans cette Lettre. Voici tout ce qui y est dit sur ce sujet, au nombre 134 : « Comme je suis l'un des
Prélats les plus proches de ces peuples (de la Chine), je n'ai pas seulement reçu des Lettres de ceux qui les instruisent dans la foi, mais je sais au vrai tout ce qui s'est passé dans cette dispute. » Et au nombre l/i3 : « Étant Tun des Évoques, tant de TAmérique que de l'Europe, les plus proches de la Chine, j'avoue, etc. » Vous voyez qu'il ne dit point que « la colonie des Anges est la plus proche de la Chine, » comme vous lui faites dire; mais qu*il est « l'un des Prélats des plus proches de la Chine; » et, en second lieu, qu'il ne se compare pas môme avec tous les Prélats du monde en ce qui regarde la proximité de la Chine, et la facilité d'en avoir des nouvelles; mais seulement avec ceux « de l'Amérique et de l'Europe, » comme il dit expressément. Or, mon révérend père, vous êtes vous-même un fort mauvais géographe, si vous ne savez pas que cela est exactement vrai ; car consultez mieux votre carte, et vous trouverez que l'Amérique étant plus proche de la Chine que l'Europe, surtout pour ce qui est d'en recevoir des nouvelles, il n'y a point de lieu dans l'Amérique, possédé par les Catholiques, qui soit plus proche de la Chine, et qui entretienne un commerce plus ordinaire avec ce royaume, que la ville et le port d'Acapulco sur la mer Pacifique, qui est sur les confins de l'Évôché d'Angélopolis, et plus près même de cette ville-là que de celle de Mexique : de sorte que ce Prélat a eu raison de dire « qu'il étoit un des Évoques, tant de l'Amérique que de l'Europe, les plus proches de la Chine, et qui pouvoit plus facilement en avoir des nouvelles. » Ainsi la preuve de supposition que vous avez voulu fonder sur cette prétendue faute de géographie est une pure illusion; et vous ferez bien à l'avenir de mieux choisir vos sujets de railleries ou de vous en abstenir entièrement, car elles ne vous réussissent pas.
Voilà tout ce que vous avez dit sur ce sujet dans votre Premier Écrit. Dans le Second, qui porte pour titre : Faussetés et impostures, etc., vous y ajoutez deux autres preuves : l'une que l'on n'a pas fîiit imprimer le latin, ce qui est très foible; car outre que peut-être ceux qui ont fait imprimer cette Lettre, et qui nous sont inconnus, nous satisferont sur ce point, si c'étolt une supposition, il n'étoit pas plus difficile de la faire en latin qu'en françois.
La seconde est que des personnes qui ont été à Rome 9 avoient des copistes qu'ils payoient libéralement » pour faire copier semblables pièces, ce qui nous semble fort ma!, prouver qu'elle ail
été fabriquée à Paris; car pour cela il est clair qu'il n'est pis besoin d'avoir des copistes à Rome.
Ce sont, mon révérend père, toutes les preuves que vous all-^ guez pour persuader une chose aussi incroyable qu'est la suppcsition d'une Lettre si remplie de faits qui sont entièrement incc»nus en France, et sur lesquels il seroit impossible qu'on ne fut tombé en une infinité de contradictions que vous auriez biet su remarquer, puisque vous êtes si bien informé du détaii de cette affaire, et que vous en avez toutes les pièces entre Jt5 mains, comme vous le dites vous-même.
Mais on trouve étrange qu'ayant tant d'intérêt de déiruin* cette Lettre, au lieu de vous amuser à de si foibles raisonnemens, vous n'ayez pas eu recours à une voie naturelle qui étoit ce tirer un désaveu de cet Évêque même, qui, selon que vous nous l'apprenez, est maintenant en Espagne, où le roi catholique liî a donné un autre Évêché. Il n'y avoit rien de plus facile qte d'en écrire à vos Pères en Espagne, afin qu'ils obtinssent unr déclaration de ce prélat qu'il n'a jamais écrit cette Lettre au pape Innocent X, et que tous les faits qui y sont rapportes sont faux et inventés à plaisir. Il n'y a nulle apparence qu'un Évéqae à qui on au roi t fait une telle injure que de lui supposer une Lettre remplie de faussetés et de mensonges, comme vous îe prétendez, refusât une chose aussi juste que seroit celle de la désavouer publiquement, vu même que vous auriez droit de Tj contraindre par justice : et il est encore moins croyable que, pouvant tirer de lui cette déclaration, vous ayez négligé de le faire, puisqu'elle seroit, sans comparaison, plus importante pour l'honneur de votre Société que celle que vous avez obtenue àô M. le Nonce, pour montrer qu'il n'étoit pas chez M. le Chancelier, lorsque le P. de Lingendes y alla, ou de M. de Rodez, poar faire voir qu'il n'avoit point parlé à M. Gauquelin.
Vous paroissez donc fort mal fondé dans cette accusation de faux. Aussi, mon révérend père, ceux qui entendent votre langage ont assez jugé, par votre dernier Écrit, que si, d'une part, vous désiriez fort de persuader que cette pièce étoit fausse, vous craigniez aussi beaucoup de l'autre qu'on ne vous convainquit de mauvaise foi en vous prouvant qu'elle est véritable, et que c'est ce qui vous a obligé d'user de tant d'alternatives, « si elte a été écrite, si elle n'a pas été écrite ; si elle a été reçue, si elle n'a pas été reçue; si on impose à cet Évêque, si on ne lui impose point; » comme pour vous préparer à toute sorte d'événeoiens.
et pour trouver dans ces termes équivoques quelques excuses au dessein que vous avez eu de faire passer cette pièce pour fabriquée à plaisir.
Mais nous doutons, mon révérend père, que cet artifice diminue beaucoup Taversion que toutes les personnes sincères auront de la duplicité de votre Compagnie, quand ils sauront ce que nous avons appris depuis peu, qui est que cette Lettre que les Jésuites feignent leur être entièrement inconnue, et qu'ils veulent faire passer pour supposée, leur est tellement connue, qu'ils en ont fait des plaintes publiques dans des Écrits imprimés adressés au roi d'Espagne. C'est ce qu'on nous a fait voir dans un Livre espagnol qui contient, entre autres pièces, une réponse pour l'Évêque d'Angélopolls, au Mémorial des Religieux de la Compagnie du nom de Jésus de la Nouvelle-Espagne, dans laquelle réponse ce Mémorial des Jésuites est inséré par divers articles, en plusieurs desquels, comme dans le 5, le 13 et le 37, ils parlent de cette Lettre et s'en plaignent, marquant divers points comme y étant contenus, qui se trouvent tous dans celle qui est imprimée à Paris : de sorte, mon révérend père, que c'est une chose assez surprenante qu'après que vos confrères d'Espagne ont objecté plusieurs fois à l'Évêque d'Angélopolis d'avoir écrit cette Lettre, vous qui témoignez 'avoir lu tous les Écrits qui se sont faits sur ce sujet, ayez néanmoins entrepris de persuader à toute la France que cette Lettre est une pièce supposée et qui a été faite à Paris.
Mais on ne doit pas s'étonner de ce procédé, puisque, vous déclarant plus ouvertement et attaquant cet Évêque même, vous osez dire, dans votre Second Écrit, qu'il n'y a rien dans le Bref du Pape que cet Évêque a obtenu contre vous, « qui montre que les Jésuites fussent coupables, et que les résolutions de la Congrégation des Cardinaux qui y sont insérées sont toutes en faveur des Jésuites. » Pour juger, mon révérend père, quelle foi on doit ajouter à, ce que vous assurez de plus, il ne faut que le titre même de ce Bref, tel qu'il a été imprimé à Rome en 1653. Le voici : Brève S. D. N. Innocenta X, continens notinullas resolutiones ad favorem illuslrlssimi el reverendissimi domini episcopi Angelopolitani contra RR, PP, Socielatis Jesu provinciœ Mexicanœ in quatuor congregationibus habitis obtentas ; necnon intimalionem ejusdem reverendissimo Generali Jesuitarum, una cum responsione pro illius observations Romœ, ex typographia reverendœ camerœ apostoUcœ, 165S. »
49i APPENDICE.
Croyez-vous, mon père, que cela veuille dire, que les résolutions contenues dans ce Bref t sont toutes ea faveur des J*^ suites? B Pour nous, nous croyons que cela doit se traduire ainsi : t Bref de notre très saint père Innocent X^ contenant quelques résolutions en faveur de Pillustrissime et révérendissime Évêque d'Angélopolis, contre les révérends pères de la Société de Jésus de la province du Mexique, obtenues en quitrf congrégations, et la signification qui en a été faite au révéréedissime Général des Jésuites, avec sa réponse pour le faire observer. »
Mais de plus, mon père, si les résolutions de la Congrégatioc étoient toutes en votre faveur, pourquoi se trouve-t-îl, comme il est porté par le Bref même, que c'est PÉvêque d\Angélopoli> qui en a demandé la confirmation au Pape? Pourquoi aTez-vou> refusé si longtemps d*y obéir? Pourquoi Ta-t-il fallu renouveler en 1653, à Tlnstance de FÉvéque d'Angélopolis? Pourquoi, à l'iiistance du même Évêque, a-t-il fallu se servir d'un moyen noaveau, et qui seul a été capable de vous réduire, qui est de le faire signifier à votre Général, en lui ordonnant de le faire exécuter, sous peine de mille ducats d'amende, « sub pœna ducalorum mille auri de caméra ipsi camerœ apostolicœ appUcMdorum? »
N'est-ce pas la chose du monde la plus étrange, qu*après avoir résisté pendant cinq ans, par tout le crédit de votre Compagnie, à la réception d'un Bref, et n'avoir pu être forcés à le recevoir que par la crainte qu'eut votre Général de perdre ses ducats, vous vouliez nous persuader aujourd'hui que ce Bref étoit tout en votre faveur ?
Mais nous vous laissons, mon révérend père, ces prétentions imaginaires : elles ne nous regardent pas. C'est aux Évoques qui ont fait traduire et imprimer ce Bref comme leur étant favorable, à voir s'ils ont fait imprimer des décisions qui leur sont contraires. Pour nous, comme nous ne prenons intérêt que dans ce qui regarde plus particulièrement votre Politique et votre Morale, nous eussions été bien aise de voir dans votre nou\e! Écrit l'éclaircissement de trois points importans qui sont marqués dans cette Lettre de l'Évêque d'Angélopolis, et qui découvrent parfaitement l'esprit de votre Compagnie.
Le premier est la mascarade que l'on vous reproche d'avoir fait faire par vos écoliers le jour de la fête de saint Ignace, en 16Z|7, que cet Évoque décrit en ces termes :
« Sous prétexte de solenniser la fête de saint Ignace, leur fondateur, ils assemblèrent leurs écoliers pour rendre méprisable ma dignité, ma personne et tous les prêtres de mon diocèce par des danses criminelles, que les Espagnols appellent mascarades. Ces écoliers étant masqués, et sortant de la Maison même des Jésuites, coururent dans toute la ville en représentant les personnes sacrées vêtues d'une manière honteuse. Quelques-uns d'entre eux mêlant des chansons infâmes avec Toraison du Seigneur, au lieu de la finir en disant : Délivrez-nous du mal, ils disoient : Délivrez-nous de Pnlafox, Ils profanèrent aussi de la même sorte la Salutation angélique. D'autres faisoient sur eux, à la vue de tout le monde, comme des signes de croix avec des cornes de bœuf, en criant : Voilà les armes d'un véritable et parfait chrétien. Un autre portoit une crosse pendante à la queue de son cheval, et aux étriers une mitre peinte, pour marquer comme ils la fouloient aux pieds. Ils répandirent ensuite parmi le peuple, contre le Clergé et les Évoques, des vers satiriques, et plusieurs épigrammes espagnoles, dont voici Tune : Vois la Sociélé choisie s^opposer courageusement à cette formelle Hérésie. »
11 faut vous pardonner, mon révérend père, si vous tâchez de persuader que cette Lettre est supposée, quand ce ne seroit que pour empêcher qu'on ne croie de votre Société une action si indigne de religieux, et qui nous donne entre autres choses un exemple signalé du procédé ordinaire de votre Compagnie contre tous ceux qui s'opposent à ses désordres, qui est de les traiter d'hérétiques, comme vous fites ce prélat, parce qu'il n'avoit pu souffrir vos prétentions sacrilèges contre la puissance épiscopale, de pouvoir confesser et prêcher sans l'approbation des Évêques, et l'attentat horrible que vous aviez commis contre sa personne, en le faisant excommunier par vos prétendus conservateurs. 11 vous seroit donc fort avantageux de faire passer une histoire si peu honorable à votre Société, et qui en fait si bien connoître l'esprit, pour une fable inventée à Paris par ceux que vous prétendez avoir fabriqué la Lettre où elle est représentée. Mais ce seroit une entreprise bien difficile; car on nous a encore fait voir un Livre imprimé en espagnol, intitulé : Defensa canonica, dedicada al rey N. segnor, por la dignidad episcopal de la puebla de los Angeles, qui contient diverses pièces touchant cette affaire, et eutre autres deux Lettres, l'une de votre Provincial de la Nouvelle-Espagne à l'Évêque d'Angélopolis , et l'autre, la Réponse de cet Évêque à votre Provincial, dans laquelle cette his-
toire étant rapportée tout de même que dans sa Lettre au Pape, il est impossible que vous puissiez la faire passer pour un cociê fait à plaisir « par ceux qui ne revinrent jamais du Mexique, > comme vous dites dans votre Recueil. Voici les paroles de c^t Évoque tirées de la page 329 (n. 29), avec la traduction françoise :
« V. P. R. se queja, de que algunos de sus discipulos, que a<%' den à sus estudios, no los he querido ordenar : es verdad; ptr^ ha sido â los que hicieron aquella infâme mascara, que salio de sus coleyios et dia de San Ignacio anno i647 en la ctial en eslaiua infamaron la diynidad episcopalj con lan feas y abomiué' blés circunstancias, que tal no se liavisto en provincias calùikns, 7ii aun herëticas, llevando à la colade los cavallos un vaculo pmloral, y la mitra en los estrivos, y adulterando la Ora^ion dominica, y angelica : cantando infâmes copias conlra mi perso^m ; dignidad: esparciendo saiiricos moles, y tan escafidafosos, coim* llamarme herege, y decir que era formai heregia el defender el santo Concilio de Trento : diciendo los palabras sigaienles en papelés, que leyeron con gran dolor, y guardaron los zeiosos dei servicio de Dios, para que bolviesse por su Iglesia, con esperanza constante que no la habia de desamparar : a Oy con gallardo de- « nuedo se opone la Compania à la formai Heregia. d
« Votre Révérence se plaint de ce que je n'ai pas voulu conférer les ordres sacrés à quelques-uns de vos écoliers. J^en demeure d'accord, mais c'est à ceux qui firent cette infâme mascarade qui sortit de votre collège le jour de Saint-Ignace de Tannée 16Û7, dans laquelle, par une honteuse représentation, ils déshonorèrent d'une manière si abominable la dignité épiscopale, qu'il ne s'est jamais rien vu de pareil, ni dans les provinces catholiques, ni même dans celles des Hérétiques. Car on y voyoit une crosse pendue à la queue des chevaux, et la mitre auï étriers. L'Oraison dominicale et la Salutation angélique y fureni profanées par un mélange impie. On y chanta des chansons infamantes contre ma personne et ma dignité. On répandit contre moi des vers satiriques et scandaleux, que j'y étois appelé hérétique et qu'on y faisoit passer pour une hérésie formelle de défendre le saint concile de Trente. C'est ce qu'ils firent par les paroles suivantes, écrites dans des billets que ceux qui avoiem quelque zèle pour le service de Dieu lurent avec une grande douleur et conservèrent avec soin, ayant toujours une feraie espérance que Dieu n'abandonneroit pas son Église, mais qu'il
prendroit enfin sa défense : Aujourd'hui la Compagnie s'oppose avec une vigoureuse résolution à la formelle Hérésie. »
Le second fait, qui est rapporté dans la Lettre de l'Évêque d'Angélopolis au Pape, n'est pas de moindre importance. C'est ce qu'il dit au nombre 121 :
« Toute la grande et populeuse ville de Séville est en pleurs, très-saint père. Les veuves de ce pays, les pupilles, les orphelins, les vierges abandonnées de tout le monde ; les bons prêtres et les séculiers se plaignent avec cris et avec larmes d'avoir été trompés misérablement par les Jésuites, qui, après avoir tiré d'eux plus de quatre cent mille ducats et les avoir dépensés pour leurs usages particuliers, ne les ont payés que d'une honteuse banqueroute. Mais ayant été appelés en justice et convaincus, au grand scandale de toute l'Espagne, d'une action si infâme et qui seroit capitale dans la personne de quelque particulier que ce pût être, ils firent tous leurs efforts pour se soustraire à la juridiction séculière par le privilège de l'exemption de l'Église, et nommèrent pour leurs juges des conservateurs, jusqu'à ce que l'affaire ayant enfin été portée au Conseil royal de Castille, il ordonna que, puisque les Jésuites exerçoient le commerce qui se pratique entre les laïques, Ils dévoient être traités comme laïques et renvoyés par-devant des juges séculiers. Ainsi cette grande multitude de personnes qui sont réduites à l'aumône demande aujourd'hui avec larmes, devant les tribunaux séculiers, l'argent qu'ils ont prêté aux Jésuites, qui étoit aux uns tout leur bien, aux autres leur dot, aux autres ce qu'ils avoient en réserve, aux autres ce qui leur restoit pour vivre, et ils déclament en même temps contre la perfidie de ces Religieux et les couvrent de confusion et de déshonneur dans le public, n
11 n'y a rien, mon révérend père, de plus scandaleux pour vous dans toute cette Lettre et qui puisse mettre votre Compagnie en plus mauvaise odeur. On n'aime point les Banqueroutes; mais des Religieux Banqueroutiers ont encore je ne sais quoi de plus odieux. Cependant il ne vous sera pas aisé de montrer qu'une si honteuse affaire n'est pas véritable, puisque nous avons entre les mains les pièces bien imprimées en espagnol, et non seulement les plaintes des créanciers, mais la sentence même rendue contre vous, que ce bon Évoque n'avoit pas encore vue. En voici le titre : Traslado de la senlencia de revisla, que diô loto el consejo suprême de justicia, en el pleito de acresodores de la quiebra que hizo el colegio de la Compaiiia de Jésus
de San Hermenegildo de la ciudad de Sevilla. Ce qui signifie mot à mot : « Copie de la sentence de revision rendue par tout k Conseil suprôme de la justice, dans le procès des créancière de la Banqueroute faite par le collège de la Compagnie de Jésas de Saînt-Hermenigilde, en la ville de Séville. »
En vérité, cela est fort surprenant, et Ton n'auroit jamais cm que vous eussiez quelque intérêt dans les maximes de vos Cisuistes eu faveur des Banqueroutiers, pour lesquels vous aves tant travaillé. Mais Ton voit à présent que vous avez grand ï>esoin pour vous-mêmes de cette maxime de votre P. Tamboorli (Llb. VIIÏ, tr. IV, cap. i, S 9, n. 9) : « Les femmes et les enfaiis dont les maris et les pères ont mal fait leurs affaires (il vous sen facile de mettre en ce même rang les Religieux que les Supérieurs ont endettés), s'ils se trouvent après leur mort n'avoir jms de quoi payer, ils peuvent soustraire et cacher des bieos laissés autant qu'il sera jugé nécessaire pour conserver leur vie ec leor état honnêtement : ^Passant ex bonis relictis tantum subtraAert atque occultare, quantum satis judicetur ad vitam suumque smtum honeste conservandum. » Que si on les appelle en justi<^, ib peuvent jurer, avec une Équivoque convenable, œquivocationt congrua, qu'ils n'ont rien caché, en sous-en tendant qui ne kar fût dû ; et, pour la même raison, ils n'encourront point FexcoDmunication qui pourroit être fulminée contre ceux qui auroieoi caché ces biens. »
Cette Banqueroute de Séville étoit l'un de ces faits sur Ifâquels nous aurions désiré d'être éclaircis, et il sembloit assez considérable pour vous obliger d'en dire un mot. Cependant nous le voyons éclipsé dans un grand dénombrement que vous faites des autres, qui tient trois ou quatre pages : ce qui a donné sujet de croire que vous avez eu peur qu'en le contestant, vous ne donnassiez la curiosité à tant de personnes qui peuvent bientôt aller en Espagne de s'en informer plus particulièrement.
Le dernier point est ce qui est dit dans la même Lettre touchant la conduite de vos Pères de la Chine dans V Instruction des ?iéophytes, dont cet Évèque parle ainsi (n. 133) :
oc Toute l'Église de la Chine gémit et se plaint publiquement, très saint-père, de ce qu'elle n'a pas été tant instruite que séduite par les instructions que les Jésuites lui ont données touchant la pureté de notre croyance; de ce qu'ils l'ont privée de toute li juridiction ecclésiastique, de ce qu'ils ont caché la croix de notre Sauveur et autorisé des coutumes toutes païennes; de ce qu'ils
ont plutôt corrompu qu'ils n'ont introduit celles qui sont véritablement chrétiennes; de ce qu'en faisant, si Ton peut parler ainsi, christianiser les Idolâtres, ils ont fait idolâtrer les Chrétiens ; de ce qu'ils ont uni Dieu et Bélial en môme table, en mômes temples, en mêmes autels et en mêmes sacrifices. Et enfin cette nation voit avec une douleur inconcevable que, sous le masque du Christianisme, on révère les Idoles, ou, pour mieux dire, que sous le masque du Paganisme on souille la pureté de notre sainte Religion.
a J'ai, très saint-père, un volume tout entier des Apologies des Jésuites, par lesquelles non seulement ils confessent avec ingénuité cette très pernicieuse manière de catéchiser et d'instruire les néophytes chinois, dont les religieux de Saint-Dominique et de Saint- François les ont accusés devant le Saint-Siège; mais môme Didaque de Moralez, recteur de leur collège de Saint- Joseph de la ville de Manille, qui est métropolitaine des Philippines, soutient opiniâtrement, par un ouvrage de trois cents feuilles, presque toutes les choses que Votre Sainteté a très justement condamnées, le 12 septembre 16Zi5, par dix-sept décrets de la congrégation De Propaganda Fide; et s'efforce par des argumens qu'il pousse autant qu'il peut, mais qui ne sont en effet que de fausses subtilités, de renverser la très sainte doctrine contenue dans tous ces décrets. J'ai donné, très saint-père, une copie de ce traité au R. V. Jean-Baptiste de Moralez, dominicain, homme savant, fort zélé pour l'avancement de la foi dans la Chine, et qui, à l'exemple des premiers martyrs, a été cruellement battu et a souffert plusieurs mauvais traitemens pour la Religion, afin qu'il répondit, ainsi qu'il a fait, doctement, sincèrement et en peu de paroles, aux faits contenus dans l'Écrit de ce jésuite. J'ai l'un et l'autre entre mes mains. »
Ce récit, mon révérend père, est merveilleusement circonstancié, et il est difficile qu'il ait été fait à Paris, où l'on ne sait pas seulement s'il y eut jamais un jésuite nommé Moralez, ou si vous avez un collège en la ville de Manille. Mais, pour le fond de l'accusation, il s'accorde parfaitement avec d'autres pièces imprimées, et particulièrement avec le Livre d'un Religieux espagnol, nommé Thomas Hurtado, docteur et professeur en théologie, intitulé : Resolutiones orlhodoxo-tnorales, imprimé à Cologne en 1655.
On voit dans ce Livre un grand traité pour expliquer le décret de la Congrégation De Propaganda Fide, du 12 septembre 1645, II. 32
qui fut doooé sar la requête que le P. Morilez, dominicain, pr-> senta à cette Coogrégatioa au nom des Ordres de SaiDt-Domînique et de Saint-François contre la mauraise doctrine de ti? Pères de la Ciiine. Dans ce décret, toat ce qae ces Reliideux reprochoient à vos Pères, et que rÉvèqoe d'Angélopolis nuu\y^ dans sa Lettre, est expressément condamné, et Thomas Bonad-. fait voir sur chaque article, par un mémorial présenté an Bc>: d*Espagne par les Religieux déchaussés de Saint-François des îles Philippines, dont foi, dit-il (page &27), «n exemplaire autkef^tique, que vos Pères ont véritablement pratiqué dans la Giice tous ces abus, et particulièrement celui d^avoir craché la croii de notre Sauveur et d'autoriser des coutumes toutes païennes. Voyez, s'il vous plaît, mon révérend père, les pages i27, 475. USO, ^86, à88. Pour éviter la longueur, nous n^en rapporterons qu'un seul cas qui regarde Tldolàtrie et qui est dans la page iSl ff H a été demandé, dit la Congrégation dans son décret (art 91 si la coutume des Chinois, introduite par le philosophe appek Keumphuco, doit être observée, qui est qu'ils érigent des teaples à leurs pères, aïeux, bisaîeux; qu'ils leur font des sacrifices de diverses choses, comme de chair, de vin , de fleurs, de parfums; lesquels sacrifices ont pour fin parmi ces nations de leur rendre grâces, honneurs et respect pour les bienfaits qu'ils on: reçus d'eux. La Sacrée Congrégation a répondu à cette demanik qu'il n'étoit nullement permis aux Chrétiens Chinois d^assisto*, par feinte et extérieurement, aux sacrifices de leurs Ancêtres, fil à leurs prières, ni à toute autre cérémonie superstitieuse des Païens, et encore moins sera-t-il permis d'exercer quelque ministère au regard de ces choses. »
Sur quoi Thomas Hurtado fait cette réflexion : « 11 paroit, ptr le quatrième point du Mémorial présenté au Roi Philippe 1V\ qiK les missionnaires dont il a parlé auparavant, c^est-à-dire lei Jésuites, enseignoient aux Chrétiens de la Chine cette doctrine cobdamnée par la Congrégation. C'est pourquoi l'article 3 de ces missionnaires porte que ce n'est pas un péché mortel de servir ou d'assister à ces sortes de sacrifices faits pour ses Ancêtres, ni de prendre et d'apporter avec soi de ces viandes sacrifiées; et les Religieux qui envoyèrent ce Mémorial au Roi Catholique, avec une information faite juridiquement, le prouvent par cette Infor mation et par les Lettres mêmes de ces missionnaires, cest-inlù^ des Jésuites. »
Il eût été important, mon révérend père, que vous eu^s
bien éclairci ces points, qui sont de grande conséquence, et qui semblent être assez bien liés avec votre Doctrine des Équivoques. Mais parce que vous paroissez être disposé à donner de temps en temps quelque nouvelle pièce au public, ainsi qu'il parott par votre privilège général, nous vous avertissons charitablement qu'il y a un Livre à Paris sur lequel il seroit bon que vous préparassiez quelque réponse. Vous ne pourrez pas dire qu'il a été fait en France ; car il est très bien imprimé en Espagne, et il pourrolt bien prendre envie à quelqu'un de le traduire. C'est la plus belle histoire du monde, et la plus propre pour confirmer celle d'Angélopolis ; car elle fait paroître les Jésuites du Mexique fort modérés, en comparaison de ceux du Paraguay, qui est encore une autre province du Nouveau Monde ; et les persécutions de M. de Palafox, très médiocres, en comparaison de celles de TÉvèque de la ville de TAssomption, capitale du Paraguay. C'étolt un bon religieux de l'Ordre de Saint-François, nommé Bernardino de Cardenas, grand prédicateur de TÉvangile, et qui avolt fait des merveilles pour la conversion des Indiens. Le Roi d'Espagne le choisit pour cet Évéché, lorsqu'il avolt déjà près de cinquante années de profession. Vos Pères vécurent près de trois ans en fort bonne intelligence avec lui, et lui donnèrent de grands éloges : car vous n'en êtes pas avares envers ceux qui ne vous Incommodent point. Mais ayant voulu visiter quelques provinces où ils dominent absolument, et où sont leurs plus grandes richesses, ce qu'ils ne veulent pas que l'on connoisse, il n'est pas imaginable quelles persécutions ils lui ont faites, et quelles cruautés Ils ont exercées contre lui. On y volt qu'ils Pont chassé plusieurs fois de sa ville épiscopale, qu'ils ont usurpé son autorité, qu'ils ont transféré son siège dans leur église, qu'ils ont planté des potences à la porte pour y pendre ceux qui ne voudrolent pas reconnoître cet autel schismatique. Mais ce qui doit en plaire davantage à ceux d'entre vous qui ont l'humeur martiale, c'est qu'on y voit de merveilleux faits d'armes de vos Pères: on les volt à la tète des bataillons d'Indiens levés à leurs dépens, leur apprendre l'exercice, faire des harangues militaires, donner des batailles, saccager des villes, mettre les ecclésiastiques à la chaîne, assiéger l'Évêque dans son église, le réduire à se rendre pour ne pas mourir de faim, lui arracher le saint sacrement d'entre les mains, l'enfermer ensuite dans un cachot, et l'envoyer sur une méchante barque à deux cents lieues de là, où il fut reçu par tout le pays comme un martyr et un apôtre; ce qui mit vos
Pères si fort en colère contre le peuple et plusieurs bons religieux qui soutenoient la cause de ce saint Prélat, que, cûmiC'' vous avez des poètes en tout pays, il y en eut qui fireol coaiT^ eux des vers pleins de vanité, où ils rele voient la force de lear Compagnie, et traltoientde canaille les ecclésiastiques et les Religieux qui suivoient TÉvôque, quUls appellent une fourmi. Voici ces vers espagnols qui se trouvent au feuillet 55 de ce Livre, areila traduction françoise :
« ?Vulgo loco, y desatento, Ya tu pagas de mentiras?
Pues coo mas afecto miras Lo que menos te es>à à cuento, La en.senanza, y documente Nos deves, si, que es tu guia, Porque, aunque toto d porfia Te acude de polo à polo, Vas ciego, perdido, y solo, Cuendo vas sin Compania.
Totos nos han menoster, Frailes, cabildos, y audiencia,
Y totos en competencia Tiemblan de nuestro poder :
Y pues hemos de venoer Esta canalla enemiga, Toto este pueblo nos siga,
Y no quieran inconstantes Porder amigos gigantes Por un Obispo hormiga.
« Peuple fou et étourdi,
Est-ce ainsi que tu te payes de mensonges?
Puisque tu fais plus d*état
De ce qui t*est un moindre appui.
Nous sommes tes maîtres et tes docteurs.
Et c*est par nous que tu dois te conduire.
Quand d'un bout de l'univers à Pautre
Chacun seroit de ton parti,
Tu es aveugle, perdu et abandonné,
Si tu es sans la Compagnie.
Tout le monde a besoin de nous
Moines, chanoines, parlemens;
Et (ous, sans exception,
Tremblent sous notre pouvoir.
Puis donc que nous sommes assurés
De vaincre cette canaille ennemie.
Tout ce peuple ne doit-il pas nous suivre? Et n*y auroit-il pas de l'imprudence De perdre Tamitié des géans Pour une fourmi d'Évôqueî »
C'est un petit abrégé de cette histoire, qui est fort étrange, et en même temps fort autorisée; car elle est comprise dans un Mémorial présenté au Roi d'Espagne par un Religieux de Saint- François, agent de cet Évêque, qui contient des informations fort juridiques, et dont quelques-unes sont signées par plus de deux cents témoins. Et ce qui est remarquable, c'est qu'il est dit dans ce Livre que c'est le troisième Évoque du Paraguay que vous traitez de la sorte.
Nous savons néanmoins que vous avez une réponse générale à tout ce qu'on peut alléguer contre vous, qui est qu'on ne doit pas croire que votre Société soit coupable de rien, parce que l'on ne voit point qu'on la punisse. Et il est certain que, si l'impunité étoit une preuve d'innocence, on devroit vous tenir pour les plus innocens du monde. Mais, mon révérend père, ne vous flattez pas de vous voir en cet état : car Dieu n'est jamais plus en colère que quand il pardonne de la sorte, « magis irasciiur quum pareil », et le dernier degré de son abandonnement est quand il laisse sans punition ceux qui la méritent davantage. Ainsi, si vos attentats contre la Morale de Jésus-Christ demeurent impunis, nous ne vous en croirons que plus misérables; mais nous n'en perdrons pas le courage d'en poursuivre la condamnation par toutes les voies ecclésiastiques el canoniques.
A Paris, le 25 juin 1659.