‹ Lettres écrites a un provincial (volume 2)Chapitre 58 sur 73 · DIXIÈME FACTUM · texte numérisé non relu

DIXIÈME FACTUM

Des Curés de Paris, présenté le iO d'octobre de Vannée i659 à MW. les Vicaires Généraux de M, VÈminentxssime Cardinal de Retz, Archevêque de Paris, pour demander la condamnation du Livre du P. Thomas Tambourin, jésuite.

Supplient humblement les Curés de Paris, disant que le jugement solennel rendu par vous sur notre requête, contre VApo-

logie des Casuisles, et tout ce grand nombre de Censures juridiques de tant d'illustres Archevêques et Évêques, et de ia Faculté de théologie de Paris, et même le décret de notre Saint- Père le Pape, contre les pernicieuses maximes de ce mécliaiit Livre, seroient entièrement inutiles à TÉglise, et au bien des âmes dont Dieu nous a commis la conduite, sMl est permis de publier et de produire ces mêmes maximes avec la même hardiesse, en changeant seulement le nom de Fauteur. Cest néaiH moins ce que les Jésuites ont prétendu faire, par IMmpresBoo toute récente qu'ils ont procurée à Lyon du Livre d'un de leurs Pères, nommé Thomas Tambourin, dont 11 est déjà venu à Paris plusieurs exemplaires, où Ton ne voit pas seulement les erreurs de V Apologie soutenues et autorisées, mais où l'on en rencontre un grand nombre d'autres encore plus étranges et plus crizoînelles : de sorte qu'il semble que cet Auteur a entrepris de faire voir jusques à quel excès l'esprit humain étoit capable de » porter, lorsque, ayant quitté les lumières de la foi et de la tradition, il s^abandonne à ses vains raisonnemens. Vous Terrez, messieurs, par l'extrait attaché à cette requête, qu'il n'attotjoc pas seulement quelque partie de la Heliglon, mais qu'il la ruine tout entière dans l'intérieur, qui en est comme Tesprit, et dan* l'extérieur, qui en est comme le corps, dans tous les devoirs de piété envers Dieu, et dans tous les offices de charité, de justice et de fidélité envers le prochain ; qu'il ne reconnott aucun vrai précepte de croire en Dieu, d'espérer en Dieu, de prier Dieu, ui d'adorer Dieu ; qu'il réduit celui de l'aimer qui forme l'essoice de la loi nouvelle, et le culte spirituel qui fait les chrétiens adorateurs de Dieu en esprit et en vérité, à un cas si extraordinaiiw que presque tous les Fidèles sont par là dispensés, durant tonte leur vie, de l'amour de Dieu, c'est-à-dire du plus saint, du plus heureux et du plus indispensable de tous leurs devoirs. Vous verrez, messieurs, que tout l'ordre de )a justice civile, que tous les liens de la société humaine, que toute la paix, tout l'honneur et toute la sûreté des familles sont absolument renversés par les homicides, les calomnies, les infidélités, les vols, les usures, les mariages déréglés et scandaleux, que cet Auteur soutient comme licites, sous divers prétextes et sous divers noms; qu^il se jooe de toutes les lois ecclésiastiques, et particulièrement de celle du jeûne, par des chicaneries honteuses et ridicules; et qu'enfin les principes généraux qu'il établit pour autoriser ces corruptions sont si vastes et si étendus, qu'il n'y a point de désordres et de

déréçlemeDs si horribles qu'on ne puisse introduire et défendre en les suivant. Ainsi nous pourrons dire, en demeurant dans les bornes d*une exacte vérité, que cette étrange Morale que l'on s'efforce de répandre en notre temps, n*est point chrétienne, puisqu'elle anéantit Tesprit du Christianisme; qu'elle n'est pas seulement judaïque et pharisaîque, puisqu'elle renverse la lettre de la loi et les préceptes extérieurs; qu'elle n'est pas môme humaine et philosophique, puisqu'elle ruine la justice, l'équité naturelle, la sincérité, la bonne foi et le sens commun; qu'elle n'est point civile et politique, puisqu'elle détruit tellement tous les fondemens sur lesquels la société humaine est établie; que, si on en suivoit les maximes, les États et les Républiques ne seroient que des assemblées pleines de confusion, sans foi, sans loi, sans ordre, sans sûreté; où l'on ne feroit que se tromper, se piller et se massacrer les uns les autres; mais que c'est proprement cette fausse sagesse dont l'Apôtre saint Jacques dit : « Non est ista sapieniia sursum descendens, sed terre?in, animalis, didbolica. » Quand il ne s'agiroit ici, messieurs, que de l'honneur de l'Église qui est si blessée par cette mauvaise doctrine qu'on lui attribue, ce motif ne seroit que trop suffisant pour obliger ceux qui ont entre leurs mains son autorité à s'opposer à l'outrage qu'on lui fait : mais il s'agit de plus du salut d'une infinité de chrétiens que l'on infecte et que l'on corrompt, dont Dieu demandera compte à ceux qui n'auront pas fait tous leurs efforts pour bannir de l'Église ce poison mortel que l'on y répand. 11 est d'autant plus nécessaire de le faire maintenant, et de s'animer d'un nouveau zèle pour réprimer cette licence, que l'on voit que ceux qui s'en sont déclarés les protecteurs, s'animent et se fortifient tous dans la résolution de les soutenir avec une hardiesse encore plus grande qu'auparavant. Car au lieu de s'humilier sous tant de jugemens que l'Église a rendus contre eux, au lieu de se corriger au moins en quelque chose dans les Nouveaux Livres de Morale qu'ils produisent; pour faire paroître,au contraire, à tout le monde combien ils méprisent l'autorité des Évêques, le jugement des Facultés de théologie, et même celui de Sa Sainteté, et combien ils sont fermes dans le dessein de n'abandonner jamais aucune de ces opinions condamnées, ils ont fait imprimer aux yeux de toute la France, dans une des principales villes du Royaume, avec approbation de leur Compagnie et le nom de l'Auteur, l'un des plus pernicieux et d^s plus abandonnés de leurs Casuistes, comme pour dire à tous les Évô-

ques, à tous les Docteurs, à tous les Curés de France, et mt'me i Sa Sainteté : a Voilà la doctrine que nous soutenons et que nous soutiendrons toujours, malgré toutes yos Censures et tous to« efforts. » C*est ainsi, messieurs, qu'ils ont véritablement justifié leur Apologie, mais en la manière que TÉcriture dit que Jérusalem a justifié Sodome et Samarie, en surpassant leurs iniquités : « Non fccit Sodoma sictU tu, et Samaria dimidiutn peccalantm lnorum non peccavit; vicisti eas scelerilms tuU , et justi^casli sorores tuas. » Que s'ils se trouvoient dans les ministres de l'Église autant de zèle et de fermeté pour s'opposer à fétablis»ment de leur méchante Morale qu'ils ont d'opini&treté et de hardiesse à la publier et à la défendre, qui ne voit, messieurs, qu'ils viendroient à bout de cette malheureuse entreprise; qui? vos jugemens seroient anéantis et abolis; que ces corruptioDs cesseroient de passer pour condamnées, et qu'ainsi elles serriroient de pièges à un grand nombre d'âmes, à qui ils ne manqueroient pas de les inspirer? C'est pourquoi, messieurs, encore que les poursuites que nous avons été obligés de faire auprès de vous sur le sujet de VApologie aient aitiré sur nous une infinité d'outrages et de calomnies scandaleuses de la part de ceux qui l'ont soutenue, dont il nous est impossible de tirer aucune satisfaction, nous avons cru néanmoins qu'il n'étoit pas temps, dans un si grand péril de TÉglise, de penser à nos intérêts particuliers, et que la crainte de leur violence, de leurs calomnies et de leur injustice, ne devoit pas nous empêcher de rendre à l'Église ce que nous lui devons en une occasion si importante, qui est de nous rendre Dénonciateurs contre le Livre de Tambourin, comme nous avons fait contre VApologie des Casuistes, Nous espérons, messieurs, que nos poursuites auront le même succès, et qu'après avoir vu que les maximes dont nous vous demandons la condamnation sont encore plus détestables que celles que vous avez déjà censurées, vous jugerez sans doute qu'il est encore plus nécessaire de les condamner par une Censure juridique. Ce considéré, messieurs, et vu l'extrait ci-attaché, il vods plaise de procéder à Texamen et condamnation dudit Livre de Thomas Tambourin, jésuite, qui contient en soi plusieurs ouvrages séparés, savoir : un grand traité sur le Décalogue, intitulé: Explicalio Decalogi, in qua omnes fere conscientiœ casus min brevitalCj clarilale, et quantum Ucet benignitate declarentur; uo autre ^r la confession, intitulé : Methodus expeditae confessUmnis; un autre sur la communion, intitulé : De sacratissima corn-

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munionc expedite peragenda; et le dernier ; De sacrificio Missœ expedite celebrando; Lugduni, sumpliùus Joan. Ant, Huguelan, et Mar. Ant, Ravauda M, DC. LIX : comme contenant plusieurs propositions fausses, erronées, scandaleuses, contraires aux lois divines, ecclésiastiques et civiles; exposant la religion catholique aux insultes des hérétiques et aux blasphèmes des impies; et détruisant TÉvangile, les bonnes mœurs et môme la société humaine : Faire défenses à toutes personnes du Diocèse de Paris de le vendre, de Tacheter, de le débiter, de le lire, ni de le retenir, sous telles peines et Censures canoniques qu'il vous plaira ordonner. Et vous ferez bien.

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