FACTUM
Pour les Curés de Rouen, contre un Livre intitulé : » ApdogU pour les Casuisles contre les calomnies des Jansénistes : à Paris, i(i57;a et contre ceux qui, Payant composé, imprimé et publie, osent encore le défendre.
Nous continuons* de combattre pour Ja Morale chrétienne, contre ceux qui ne cessent point de la corrompre, et qui sont assez téméraires pour en défendre publiquement toute la corruption. Le même Dieu qui nous a mis Jes armes en maîo, et de qui nous avons reçu la grâce de nous déclarer les premiers entre tous les Curés de France, pour soutenir la cause de son Évangile contre les nouvelles opinions des Casuistes, qui ne tendent qu'à Tanéantir, nous engage tout de nouveau dans une milice dont nous ne saurions être les déserteurs que par une lâcheté criminelle. Nous implorons l'autorité de TÉglise et les tribunaux des magistrats contre ces faux théologiens, qui em[K)isonnent, par leur doctrine contagieuse, les enfans de cette mère si sainte, et qui troublent la société des hommes, en justifiant les crimes les plus énormes. Et comme Ils viennent de rassembler, dans un seul volume, toutes les erreurs qu'ils avoient répandues sur cette matière dans tout le reste de leurs Écrits, nous espérons que Dieu fortifiera notre foiblesse, et nous donnera autant de zèle pour soutenir sa vérité, qu'ils ont d'opiniâtreté et d'ardeur pour défendre leurs imaginations et leurs mensonges.
Jamais l'aveuglement et l'orgueil des hommes ne montèrent à un plus haut point. Il y a un an et demi que nous nous trouvâmes réduits à une pressante nécessité de porter nos plaintes devant le tribunal ecclésiastique de M. l'Archevêque de Rouen, et d'implorer la plus grande et la plus sacrée autorité de ce diocèse, pour nous opposer aux nouveautés dangereuses de ces Casuistes. Ce grand Prélat, qui a autant de zèle pour conserver la pureté de la morale évangélique dans toute sa primatîe, que Dieu lui a donné de science et d'efficace pour la prêcher dans
i. Les curés de Rouen avaient déjà publié contre les Jésuites deui requête» adressées, Tune à leur Archevêque, Tautre à rOflîcial.
des chaires qu'il remplit si dignement, nous reçut avec toute la bonté qui règne au fond de son cœur, et qui reluit sur son visage. Mais comme sa modestie est égale à sa sagesse, il considéra que cette matière étant de la dernière importance pour toute TÉglise, elle seroit digne de la piété de tout le Clergé de France, qui étoit assemblé à Paris depuis plusieurs mois ; et ce fut ce qui le porta à envoyer nos plaintes à cette Assemblée Générale, afin que tant de Prélats, dont elle étoit composée, joignissent leurs lumières et leur zèle pour découvrir ces erreurs pernicieuses, et pour prononcer sur ce sujet un jugement plus solennel.
Mais nous reconnûmes, en celte rencontre, que ceux qui altèrent la loi de Dieu et de son Église par des inventions humaines n'ignorent rien de la science du siècle, et savent éluder, par leurs intrigues, les plus justes ch&timens qu'ils ont mérités. Ils eurent l'adresse de faire former des incidens artificieux qui consumèrent le temps, et empêchèrent le principal effet de la délibération : de sorte que le Clergé, étant enfin convaincu de l'innocence de notre conduite et de la justice de nos plaintes, ne put presque faire autre chose, sinon de laisser à toute la postérité des marques publiques et un monument éternel du déplaisir qu'il ressentoit de ne pas avoir tout le loisir qui lui étoit nécessaire pour porter son jugement sur les extraits qui lui avoient été présentés par l'un des Vicaires Généraux de M. notre Prélat. Le Clergé donc, pour ne pas autoriser, par son silence, les entreprises de ceux qui croient que l'impunité les rend innocens, jugea que le moyen le plus court, et le remède le plus prompt dont on pouvoit se servir dans une occasion de cette importance, étoit d'opposer le nom vénérable de saint Charles Borromée à cette licence prodigieuse de tant de Nouveaux Écrivains, qui empoisonnent les sources publiques des vérités chrétiennes ot morales, par les inventions et les songes de leur esprit. Ce fut pour cela que cette Assemblée ordonna que l'on imprimeroit tout de nouveau les Instructions de ce saint Archevêque de Milan aux confesseurs de sa ville et de son diocèse, avec la manière d'administrer le sacrement de pénitence; et un recueil que ce grand Cardinal avoit dressé des canons pénitentiaux, suivant l'ordre du Décalogue. Car, comme une des plus pernicieuses maximes de ces théologiens humains est « qu'il ne faut consulter les anciens Pères que bur les matières de la foi, et qu'il faut puiser la science des mœurs dans les ouvrages des docteurs modernes, » on ne
sauroît détruire cette fausse opinion par des preuves plus ctalres et plus convaincantes, que par la conduite de saint Charles, qui n*auroit pas obligé ses confesseurs de s'instruire des anciens canons de la pénitence, s'il n'eût jugé que TÉglise conserve toojours au fond de son cœur la révérence et Tamour de ces rè^le salutaires, et que ceux qu'elle a établis pour être les dispensateurs des saints mystères de notre religion doivent les connoicre exactement, non pas, à la vérité, pour les observer dans tonte l'étendue de leur première sévérité, mais pour se conduire, dans ces terribles fonctions, par la considération continuelle des Térîtables désirs de leur mère sainte, et par la vue de la foiblesse de ses enfans.
Nous avons sujet de louer Dieu de ce que Nosseigneurs du Clergé de France, qui ont ordonné cette nouvelle édition des Instructions de saint Charles pour l'usage de tout le Royaume, l'ont publiée avec une sage et judicieuse préface, qui approoTC d'une part nos justes plaintes, et qui déplore de l'autre les fanestes égaremens de ces Casuistes charnels, qui sont autant de guides trompeurs et de malheureux corrupteurs de la conscience des peuples. Car, après que ces Prélats ont parlé avw une vigueur véritablement épiscopale contre une sciejnce « qui apprend à tenir toutes choses problématiques, qui justifie les mauvaises habitudes des hommes, au lieu de les exterminer, et qui accommode les préceptes et les règles de Jésus-Christ aux plaisirs et aux passions des hommes, pour flatter leur ambitloii et leur avarice, et pour leur prescrire des moyens de commettre les plus grands crimes en sûreté de conscience >, ils brisent Je front d'airain de ces lâches approbateurs de toutes les passions humaines, par ces paroles éclatantes qui confondent leurs vaines subtilités. « Autrefois, disent ces Archevêques et ces Évêques, le Fils de Dieu disoit : Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume du ciel est à eux. Mais aujourd'hui, par la subtilité de ces nouveaux docteurs, il n'y a plus que des gens d'esprit qui puissent prétendre d'entrer eu ce royaume : suffisant, pour ne pas pécher, si on veut les croire, de bien dresser son intention, et de ne pas se proposer certaines fins mauvaises, que tout homme de bon sens n'a garde d'avoir, quand, sans cela, il peut faire en conscience ce qu'il a envie de faire. »
Et parce que ces vaines spéculations des Casuistes, qui ost fait dégénérer les règles des mœurs en probabilités, en problèmes, en Directions frivoles d'Intention, ne tendent qu'à la
destruction générale de la discipline de l'Église, et à rendre entièrement inutile la fréquentation du tribunal de la pénitence et l'approche de nos autels : le Clergé de France a cru devoir déclarer son ressentiment sur un abus si public et si déplorable. « Outre cette corruption de doctrine, disent ces Prélats, qui se glissera aisément dans tous les esprits, si on n^en arrête le cours, nous avons été sensiblement touchés de douleur, voyant la facilité malheureuse de la plupart des confesseurs à donner Tabsolution à leurs pénitens, sous les prétextes pieux de les retirer peu à peu du péché par cette douceur, et de ne pas les porter dans le désespoir, ou dans un entier mépris de la Religion. Car nous ne voulons pas croire qu'il y en ait d*assez méchans pour considérer leur intérêt particulier, ou celui de leurs communautés, en la conduite de certaines personnes qui s'approchent souvent du bain de la pénitence, et ne s'y lavent jamais; et qui, au lieu de se fortifier par la fréquente manducation de la chair de Jésus-Christ, en deviennent plus foibles, et paroissent toujours autant remplis de Tamour du monde et d'eux-mêmes que s'ils étoient encore assis à la table des idoles. »
U y avoit sujet d'espérer que cette conduite du Clergé qui a approuvé nos plaintes, et qui a laissé au public des marques sensibles du redoublement de sa douleur après les avoirs reçues, seroit une digue et une barrière puissante pour arrêter la témérité de ces Écrivains, qui n'ont évité la Censure particulière des Évoques qu'à cause du grand nombre des erreurs dont leurs Livres sont remplis, et du peu de loisir de l'Assemblée. Mais Ils viennent de faire voir aux yeux de l'Église et de l'État que rien n'est capable de retenir leur insolence, et que ceux qui veulent épargner leur honte par une indulgence plus que paternelle, leur inspirent, sans y penser, une nouvelle témérité. On en a vu depuis quelques mois un exemple scandaleux, qui doit faire avouer à tout le monde que les remèdes les plus doux ne servent qu'à irriter les plus grands maux, et qu'il faut employer quelque chose de plus fort que les exhortations et les remontrances, pour guérir ceux qui ne se contentent pas de périr s'ils n'entraînent avec eux plusieurs personnes dans la ruine et le précipice. L'impudence n'est pas capable de rougir quand elle est parvenue jusqu'aux dernières extrémités; et lorsque la présomption des hommes superbes est autorisée par la licence, il n'y a rien où ils ne portent l'élévation de leur science ruineuse.
Ces Écrivains, qui traitoient autrefois d'imposteurs et de ca-
lomniateurs des Auteurs très Catholiques, et des Universités entières qui les accusoient de ces sentimens abominables, ïraitt-u: maintenant dHgnorans les pasteurs qui ont découvert de si grands emportemens, et qui ont été obligés, par la sainteté de leur ministère, de s'en rendre les dénonciateurs devant les Prélats eî devant les Juges. Il ne reste plus aucune question du fait à examiner. Ce qui étoit détestable par leur propre confession est devenu en peu d'années très innocent et très ligitime, à roesore qu'ils ont fait de nouveaux progrès dans la Doctrine de la Probabilité : ils font passer pour la règle de toute TÉglise des opinions qui étoient la juste horreur de tous les Fidèles; et ajooum des erreurs nouvelles à celles dont on les avoit accusés très justement, ils ont consommé tous leurs excès par la plus insoleLCf et la plus insoutenable de toutes les Apologies.
Ce Libelle, qu'ils ont écrit avec du fiel et du sang, et qu'i's odi intitulé : Apologie pour les Casuistes contre les Calomnies det Jansénistes, a été reçu avec une aversion générale par tous ceui qui ont encore dans le cœur quelque instinct de religion et quelque sentiment d'humanité. Mais s'il y a eu quelque vOleea France qui ait dû ouvrir les yeux pour se défendre d'un poiscMi si pernicieux et si mortel, c'est sans doute notre ville de Rooeo, qui a été obligée plus que nulle autre de se garantir de ce veoifi qu'on lui a offert avec un extrême empressement. Car nous savons qu'il a été ici exposé en venie chez Richard Laiiemaad, libraire; qu'il a été distribué à des personnes qualifiées de h ville et de la province, par le P. Brisacier, recteur du collège des Jésuites; que dans le réfectoire de sa Maison, où on ne doit lire que des Livres saints et remplis d'édification et de piété, il i fait lire publiquement ce code infâme des Nouvelles Maximes de leurs Casuistes, et qu'il n'a pas eu de honte de s'adresser à un des principaux magistrats pour obtenir la permission de le réiinprimer. Quoique nous sussions toutes ces circonstances particulières dès que nous présentâmes notre requête, nous eûmes assez de modération et de retenue pour l'épargner encore sur ce point; mais au lieu de rentrer en lui-même par la considération de noue manière d'agir, qui nous a fait renoncer à nos propres avanta^ pour le gagner par cette douceur chrétienne et ecclésiastique, il n'en a été que plus ardent et plus emporté dans les soUicications qu'il a faites ouvertement auprès des Juges pour soutenir cet Ouvrage de Ténèbres, et pour en empêcher la condamnation : ce qui nous a réduits à ne pouvoir plus taire sans
crime ce que nous n'avions supprimé que par Tesprit de charité.
Certes, comme un des plus Anciens Auteurs de l'Église a dit autrefois que c'est savoir toutes choses que de ne rien savoir contre la règle de l'Évangile, aussi Nosseigneurs les Prélats ont eu très grande raison d'écrire en cette rencontre <r qu'une profonde ignorance seroit beaucoup plus souhaitable qu'une telle science, qui apprend à tenir toutes choses problématiques». Mais quand ils verront que ces problèmes et ces Opinions Probables sont devenus des règles constantes et des aphorismes indubitables dans ce nouveau Livre, qui est comme la sentine et l'égout de toutes les saletés et les ordures des autres productions de ceux qui le soutiennent, peut-être qu'ils auront regret d'avoir usé de trop de clémence envers ces Docteurs Corrompus, et qu'ils prendront à l'avenir la résolution de réprimer leur témérité par quelque chose de plus ferme et de plus humiliant que ne sont des instructions et des préfaces.
Personne ne pourroit croire un si grand renversement de tous les principes de notre Religion pour la conduite des mœurs, si cette monstrueuse Apologie n'étoit répandue par toute la France. Après que le Clergé de France a parlé si nettement dans sa préface contre la science de ces Théologiens Modernes, qui apprend à tenir toutes choses problématiques, cet Écrivain ne laisse pas de soutenir le principe ruineux de la Probabilité, depuis la page 80 jusqu'à la 86, et de condamner comme Jansénistes ceux qui soutiennent le contraire après saint Thomas. Il emploie même six pages entières, depuis la 75 jusqu'à la 81, pour prouver que les papes, les empereurs, les rois, les juges, les avocats, et enfin l'Église et TÉtat, doivent prendre la protection des Probabilités, avec lesquelles les Casuistes renversent les plus saintes et les plus certaines règles des mœurs des chrétiens, et exterminer ceux qui les combattent; parce que dans la conduite des choses humaines, et dans les jugemens des particulier:», on est souvent obligé de se contenter de raisons probables. Ainsi les Puissances ecclésiastiques et séculières seront obligées, selon cet Auteur, d'embrasser la protection de cette Théologie Pyrrho nienne; la répréhension du Clergé passera pour une plainte sans fondement; comme si MM. nos confrères de Paris n'avoient pas reconnu dans les Extraits qu'ils ont présentés à l'Assemblée « que la question n'est pas s'il y a des Opinions Probables dans la Morale, personne ne doutant qu'il n'y en ait, quoique le nombre en soit infiniment plus petit que ne s'imaginent ces Théologiens II. 33
problématiques d'est et non est, licel et non licel, peccat et li&i peccat, tenetur et non tenelur, sufficil et non sufficU, »
Sans considérer que la vérité incarnée nous a obligés d'arracher rœil qui nous scandalise, ce Iftche flatteur de la cupidité des hommes dit en la page 87 : « Que les Théologiens eoseigneat que Ton n'est pas obligé de renoncer à une profession où Fou est en danger d'oflFenser souvent Dieu, et même où Ton coarî risque de se perdre, si on ne peut pas facilement s^en défaire. » Et pour prouver une si horrible fausseté, il ajoute aussitôt après ces paroles : « La pratique de TÉglise sert de preuve à ma prcposition. Car non seulement TÉglise souffre, mais elle approcve des Ordres Militaires qui font vœu de pauvreté, chasteté et obéissance, encore que les occasions fassent succomber plusieurs d€ ces religieux. La même Église oblige au célibat ceux qui s'engagent aux Ordres Sacrés, quoiqu'elle n'ignore pas que ces Ordres servent à plusieurs d'occasion d'offenser Dieu. »
Le Clergé de France s'étant plaint de la facilité malheurcus? de la plupart des confesseurs à donner l'absolution à leurs pénitens, « sous des prétextes pieux de les retirer peu à peu de péché par cette douceur, et de ne pas les porter dans le désespoir », cet Écrivain téméraire accuse ceux qui gardent quelque discipline dans le sacrement de pénitence de suivre « une doctrine qui tend au désespoir, et qui ruine le sacrement de la omfession >•, comme si toute* la pénitence étoit réduite à la confession seule, et que le sacrement de la réconciliation des pécheurs n'eût que cette seule partiel « Le prêtre, dit-il (p. 288;, doiî absoudre le pénitent, quoiqu'il suppose qu'il retournera à soo péché. Les Théologiens vont plus avant, et disent que quini même le pénitent jugeroit qu'il est pour retomber bientôt en sa faute, il est toutefois en état de recevoir Tabsolutioo, pourvu que le péché lui déplaise au temps de la confession. 1 11 approuve, en la page 279, le sentiment du P. Bauny, qui enseigne que hors de certaines occasions qui n'arrivent que rarement, le confesseur n'a pas droit de demander si le péché dont on s'accuse est un péché d'habitude; et toute la restriction qu'il j apporte est que « le confesseur peut interroger le pénitent sur riiabitude, jusqu'à ce qu'il témoigne de la répugnance à répondre; mais après il ne faut pas le presser, beaucoup moins refuser l'absolution ». Enfin pour détruire entièrement l'obligation que nous avons de nous convertir à Dieu par amour, il veut que la crainte des châtimens temporels soit capable de nous justifier
d'elle-même dans le tribunal de la pénitence. « 11 est vrai, dil-il <p. 289), que quelques Casuistes et Jésnites ont enseigné que la crainte des châtimens temporels dont Dieu nous menace si souvent dans l'Ancien et le Nouveau Testament suflftt pour recevoir l'absolution, quand le pécheur est résolu de se corriger de ses crimes; et vous auriez bien de la peine à montrer pourquoi la crainte des peines de l'enfer dont Dieu menace, suffit pour le sacrement, et la crainte des pestes, des guerres et pertes de biens dont Dieu nous menace pour châtier les péchés, n'est pas suffisante. »
Mais, outre ces principes généraux, il n'y a presque point dé crime qu'il ne justifie en particulier, et il ne tient pas à lui que les hommes ne s'apprivoisent aux meurtres comme à des actions innocentes; car il emploie douze pages, depuis la 158 jusqu'à la 170, pour soutenir au moins comme Probables les maximes dont on s'étoit plaint dans les Extraits qui ont été fournis au Clergé, comme : « Qu'on peut tuer une personne pour éviter un soufflet ou un coup de bâton; qu'il est permis, selon les uns, dans la spéculation, et, selon les autres, dans la pratique, de blesser et tuer celui qui a donné un soufflet, quoiqu'il s'enfuie. » Tout le monde ayant vu avec horreur les Extraits de cette Damnable Théologie, qui met les épées entre les mains de ceux dont le cœur ne respire que la vengeance, Nosseigneurs les Prélats ont condamné ces excès, en avertissant, dans leur préface, de fuir ces auteurs nouveaux, « qui se montrent ingénieux à donner des ouvertures aux hommes pour se venger de leurs ennemis, et pour conserver le faux honneur que le monde a établi, par des voies toutes sanglantes ». Mais ce qui a été détesté par tous ceux qui ont quelque sentiment d'humanité, paroît raisonnable à cet Apologiste. Il dit généralement de tous ces chefs (p. 162) : • En toute cette doctrine qui regarde l'Homicide, un homme de bon sens jugera qu'il n'y a rien qui choque la raison. » Et en la page 151 : « Si l'on parle de l'actuelle violence qu'on fait ou qu'on veut faire pour ravir les biens, l'honneur ou la réputation, le père jésuite vous a prouvé que les lois civiles et canoniques permettent de tuer l'agresseur, lorsqu'on ne peut autrement conserver son bien (ce qu'il étend aussi à l'honneur et à la réputation), quoique la personne qui tue ne soit pas en danger de sa vie. » Et en la page 162 : « Plusieurs de ces Théologiens jugent autrement de l'honneur que du bien; car ils croient qu'on peut tuer un homme qui s'enfuit après avoir donné un soufflet ou un coup de
bàion, parce qii^, selon leur sentiment, Thonneur ne se soiui*^Dt que par cette voie. » Et enfin que cette doctrine sanguinaire, quj ne peut avoir de fondement dans l'Écriture et dans les saint; IVires de TÉglise, soit aussi commune qu'elle lui paroît probab!^ et tout à fait sûre en conscience, il veut que la seule raison naturelle soit capable de faire voir à tous les particuliers en queJ cas il est permis quelquefois d'ôter la vie à un homme: « Si c'est, dit-il (p. 153), la seule lumière de la raison qui a conduit les grandes monarchies qui ont gouverné tout le monde dans la punition des malfaiteurs, souffrez que nous nous servions de h "même raison naturelle pour juger si une personne particulière peut tuer celui qui l'attaque, non seulement en sa vie, mais encorv en son honneur et en ses biens. » Ainsi, il veut que la raisoa naturelle nous soit une règle suffisante pour en faire le discernement, comme si elle n'avoit jamais reçu aucune blessure. Mai? il continue encore de cette sorte : a Vous exceptez de ce commandement fait à ^oé ceux qui veulent nous tuer ou nous rar:r la pudicité; et nous croyons aussi avoir raison d'exempter de c^ précepte ceux qui tuent pour conserver leur honneur, leurn^putation et leur bien. » Et pour comble d'abomination, il porte ce raisonnement pernicieux jusqu'à dire : « Faites-nous voir que Dieu veut qu'on épargne la vie des voleurs et des insolens, qui outragent indignement un homme d'honneur; faites-nous voir que cette défense de tuer n'est pas un précepte qui est né avec nous, et que nous ne devons pas nous conduire par la lumièiv naturelle pour discerner quand il est permis ou quand il est défendu de tuer son prochain. Il faut un texte exprès pour cela. Celui dont vous vous éles servi ne défend autre chose, sinon de ne point tuer sans cause légitime. » Qui pourroit se dispenser, en conscience, de s'élever contre des maximes si dangereuses, et qui tendent à détruire généralement toute la loi de Dieu, toute la tradition de l'Église, le consentement universel de tons les Conciles et de tous les Pères, et tout ce qu'il y a de plus clair et de plus indubitable dans notre Religion, pour donner à tous les particuliers le droit de discerner, par la lumière de la raison, s'il leur est permis do tuer leurs ennemis? Qui pourroit souffrir que l'on abolisse ainsi la Loi Nouvelle, qui est une loi d'amour, un esprit de croix et une école de souffrances, pour approuver le ressentiment des injures, flatter la haine et la fureur des hommes vindicatifs, et leur faire trouver, dans la dépravation de leurs esprits et de leurs cœurs, le tempérament et la règle de h
vengeance et de rhomicide? Qui pourroit lire sans indignation, dans leurs ouvrages sanglans, ces principes diaboliques qui auroient été en exécration à des philosophes païens? Et depuis quand les Chrétiens, qui sont arrosés du sang de TAçneau, ontils appris ces abominables leçons qui leur enseignent à verser le sang de leurs frères? Nous espérons que les Lois Civiles ne dormiront pas en cette rencontre, et que les Magistrats useront de toute leur autorité pour arrêter Tinsolence et la fureur de ces Docteurs de Meurtres et d'Homicides, qui confondent les Juges avec les moindres particuliers, et qui égalent les particuliers aux juges, pour donner indifféremment à tout le monde la malheureuse licence de répandre le sang de ceux pour qui le Sauveur du monde a donné jusques à la dernière goutte du sien. Certes, comme nous faisons gloire d'une part, avec saint Paul, et de ne pas avoir d'autre science que celle de Jésus-Christ crucifié », aussi, d'un autre côté, avons-nous appris de cet Apôtre que « ceux qui sont élevés en autorité et en puissance n'ont pas inutilement en leurs mains Tépée qu'ils portent; et qu'étant les ministres de Dieu même, ils ont droit de faire ressentir les effets de leur colère et de leur juste vengeance à ceux qui commettent des crimes ». Mais ces nouveaux Apôtres ne se mettent pas en peine des sentimens de l'Apôtre des nations, pourvu qu'ils flattent les passions des hommes furieux et sanguinaires. Et c'est ici où les Juges doivent particulièrement ouvrir les yeux, puisque les personnes les plus sacrées ne seront pas en sûreté, si ces dogmes inhumains s'enseignent impunément, une triste et funeste expérience n'ayant déjà fait voir que trop souvent que les plus horribles parricides n'ont été commis que par des hommes à qui la raison avoit fait juger qu'ils avoient une cause légitime de tremper leurs mains dans le sang des personnes les plus augustes.
Nous n'osons faire de plus particulières réflexions sur une matière si horrible; mais nous espérons que les Magistrats en découvriront toutes les suites, et qu'étant les conservateurs des lois, ils étoufferont dès leur naissance ces sentimens si barbares et si monstrueux. L'État y est trop visiblement intéressé, comme l'Église l'est aussi à ne pas souffrir que la Simonie ayant été appelée une Hérésie par les Conciles et par les Pères, cet Apologiste du P. Bauny ne reconnoisse plus pour Simoniaques que ceux qui seroient assez stupides pour ne pas bien diriger leur intention; puisque, selon ces Auteurs de Relûchement, on
peut, sans commettre de vraie Simonie, entrer dans toutes les charges de TÉgllse, en promettant et donnant de Targent, poumi qu'on le donne comme motif et non comme prix. Où en soiniDesnous réduits par les vaines subtilités des hommes ? Et n^est-il pas déplorable que, selon ces distinctions frivoles, Simon le Blagicien, qui est le chef malheureux de tous les Simoniaques^ adroit été innocent quand il offrit de l'argent à saint Pierre, étant certain qu'il ne Tofifrolt que comme un motif qui le portât à lui donner la puissance de conférer le Saint-Esprit ? On voit par là combien Nosseigneurs les Prélats ont eu de raison de condamner particulièrement, dans ces Nouveaux Auteurs, • k dessein qu'ils paroissent avoir de flatter Tavarice et l'^ambition des hommes en leur donnant des ouvertures pour entrer dans les dignités ecclésiastiques par toutes sortes de voies». Et la connoissance qu'ils ont de tous les ridicules retranchemens de la subtilité de tous ces Écrivains a porté ces mêmes Prélats à remarquer expressément dans leur préface, « combien c'est une chose éloignée de l'Esprit du Fils de Dieu, de prétendre qu il suffit, pour ne pas pécher, de bien dresser son intention ». Mais l'autorité du Clergé de France n'a pas eu la force d'arrêter Timpétuosité de cet Écrivain, ni de l'empêcher d'entreprendre la défense de cette méchante doctrine, comme il fait depuis la page 109 jusqu'à la 116. Et surtout ses paroles sont remarquables page 109, où il répond d'une manière insupportable à l'objection qu'il se fait, qu'il n'y aura plus de Simonie : a 11 n'y aura donc plus de Simonie, dit-il; car qui sera assez malheureux que de vouloir contracter pour une messe, pour une profession, pour un bénéfice, sous cette formalité de marchandise et de prix? Je réponds que tout homme qui seroit actuellement dans cette disposition (je n'ai garde de vouloir jamais égaler une chose spirituelle à une temporelle, ni de croire qu'une chose temporelle puisse être le prix d'une spirituelle) ne commettroit pas une Simonie contre le droit divin, en donnant quelque chose spirituelle en reconnoissance d'une temporelle qu'il auroit reçue. Je dis plus : que la disposition habituelle suffit pour empêcher qu'on ne tombe dans le péché de Simonie. » Ainsi tous les Canons que les Conciles ont fulminés contre les Simoniaques n'ont frappé que des hommes imaginaires ; et quand les Papes et les Pères ont usé de si nettes et si fortes expressions pour condamner le trafic des choses saintes, et cette entrée criminelle dans la maison du Seigneur, ils n'ont condamné que ceux qui n'avoient pas
assez d^esprit pour faire cette distinction de prix et de motif I Après avoir corrompu le sanctuaire de l'Église par ces palliations de la Simonie, il viole celui de la Justice, en prétendant qu'un juge peut retenir en conscience, comme bien acquis, ce qu'il a reçu pour rendre uue sentence injuste. « Il est vrai, dit-il (page 123), que ce juge n'est pas obligé à rendre ce qu'il a reçu de l'une des parties pour donner une sentence injuste en sa faveur. Lessius a de bonnes raisons contre Cajétan, que vous deviez réfuter, si vous prétendez que ce juge soit obligé à restituer ce qu'il a reçu de la partie qui a profité de son injustice. »
Nous n'avons pas pu lire aussi sans rougir ce que ce théologien charnel a écrit en faveur du plaisir des sens; et comme s'il avolt oublié ce que saint Paul a dit : « que ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec tous ses vices et tous leurs mauvais ■désirs », il soutient que la volupté corporelle peut ôtre recherchée pour elle-même, et condamne d'ignorance ceux qui trouvent à redire à cette maxime brutale rapportée en la page 239^ savoir : a Qu'il est permis de manger tout son soûl sans nécessité ^t pour la seule volupté, pourvu que cela ne nuise point à la santé. » A quoi il répond ainsi en la page 2/iO : c Je dirai que plusieurs bons théologiens enseignent qu'il n'y a pas plus de mal à rechercher sans nécessité le plaisir du goût, qu'à procurer la satisfaction de la vue, de l'ouïe et de l'odorat ; et plusieurs, tant philosophes que théologiens, tiennent que ces contentemens des sens sont indififérens, et qu'ils ne sont ni bons ni mauvais. Que si vous aviez la première teinture des sciences, vous n'auriez pas condamné ces opinions qui sont probables. » Voilà des paroles plus dignes d'Apicius que d'un théologien, et qui paroissent plutôt avoir été apprises dans la secte de Jovinien que dans l'école d'un Dieu qui nous enseigne à porter tous les jours notre croix, et à renoncer à nous-mêmes. Ce n'est pas que nous ne sachions que la volupté corporelle peut se rencontrer innocemment dans nos actions; mais si elle les accompagne, elle ne doit jamais en être le motif; et ce mélange importun qui se glisse sous le voile des plus naturelles nécessités est une matière de gémissement pour les justes, et ne peut être un sujet de joie que pour les âmes brutales.
Cet Apologiste juge si bassement de la sainteté du sacrifice de la messe, qu'il approuve, en la page 271, l'opinion des Casuistes, qui enseignent qu'on satisfait au commandement d'entendre la messe, lorsqu'on l'entend avec un respect extérieur, quoiqu'on
même temps on considère une femme avec de mauvais désin. Et comme le sentiment d'Escobar, qui estime que c'est enteDdH* la messe, que d'en entendre quatre quarts en même temps à quatre divers autels, a paru ridicule à tout le monde, ce défenseur de toutes les faussetés rapporte Topinion d'Escobar coœœ^ véritable, quoiqu'il la reconnoisse inutile ; et comparant le plus ridicule de tous les auteurs à saint Augustin, qu'il prétend ircir proposé quelquefois des questions inutiles, il fait voir, par ceû»* comparaison, que sa seule crainte a été de voir diminuer la reputation d'Escobar, qui est son oracle.
Il n'a pas moins de zèle pour la Doctrine du P. Bauny, qii autorise le Vol Domestique, en approuvant les compensations se crêtes des Valets qui se plaignent de leurs gages, quoiqu'on les paye comme on est convenu avec eux; et il est même assez t*»méraire pour vouloir rendre saint Ambroise et saint Augost n les complices de ces maximes préjudiciables à la sûreté et an repos des familles chrétiennes. Il soutient aussi l'opinion de même P. Bauny, qui avoit écrit que « les femmes peuvent prendî^ à leurs maris de quoi jouer »; et toute la modération qu'il y apporte est seulement en disant que « la femme doit être de tell" condition que le jeu honnête puisse être mis au rang des al:mens et do l'entretien ». Il approuve aussi ce qu'a écrit ce ùsuiste en la page 8i de la Somme des péchés, que, « lorsqu'une fille, qui est en la puissance de son père et de sa mère se lai^ corrompre, ni elle ni celui à qui elle se prostitue ne foct aucun tort au père et à la mère, et ne violent point la justk^ pour leur égard, parce qu'elle est en possession de sa viipoit^* aussi bien que de son corps, dont elle peut faire ce que bon Im semble, à l'exclusion de la mort ou du retranchement àe^ membres ». Et cet Apologiste (p. 2/i9) soutient, par une insigo*^ fausseté, que cette opinion est véritdble et commune. Et, quoiqu*^ le P. Bauny ne soit pas plus corrompu en quelque matière qo^ ce soit que dans celle de l'Usure, il le défend néanmoins sur c|^ sujet, avec tant d'artifice et tant de chaleur, depuis la pag<? ^''^ jusqu'à la page 211, que les Lois Ecclésiastiques et les Ordonnances de nos Rois ne condamnent que des usuriers cbif^^" riques, si ces nouvelles subtilités sont recevables.
Ce même zèle de l'iïyustice porte cet Auteur à montrer, «^ puis la page 225 jusqu'à la page 231, que l'on a eu tort de ^ plaindre de la doctrine de Caramuel et de celle des jésuites Ho'"* tado et Dicastillus, qui disent que ce n'est point violer le D^'
logue, mais au plus un péché véniel, que d'imposer de faux crimes à ceux qui nuisent à notre réputation, soit en nous calomniant, soit en nous reprochant de véritables crimes, dont ils n'^ont pas droit de nous accuser; et il prétend qu'il n'y a rien en cela qui ne soit au moins Probable. « Tout homme de bon sens, dit-il, trouvera que Dicastillus est bien plus doux et plus humain envers les calomniateurs et ceux qui perdent injustement la renommée de leur prochain, que beaucoup d'excellens théologiens, qui, dans les circonstances où Dicastillus permet de médire et détracter, disent qu'on peut les tuer. »
Voilà une partie des excès de cet Avocat des Casuistes corrompus, qui est Tennemi le plus déclaré que Ton ait jamais vu s'élever, sans retenue et sans honte, contre toutes les importantes vérités de la Morale chrétienne. Mais entre toutes ses prétentions, il n'en est pas de moins juste ni de plus insoutenable que ce qu'il avance, en plusieurs pages de son Livre, comme une chose indubitable : Que les Bulles des l^apes contre les Cinq Propositions sont une approbation générale de la Doctrine des Casuistes. Car il est malaisé de dire s'il y a plus de témérité que d'impertinence dans cette prétention ; et nous ne croyons pas que l'on puisse jamais commettre une plus grande indignité que d'attribuer au Saint-Siège l'approbation publique de ces maximes pernicieuses, sous prétexte que Cinq Propositions, que tout le monde condamne et que personne ne soutient, ont été censurées par les Constitutions de deux Papes. Cependant, c'est sur ce fondement ruineux qia'il déchire, comme Jansénistes, ceux qui ne peuvent souffrir que les règles de nos mœurs soient corrompues par des nouveautés, qui seroient môme en horreur aux peuples les plus barbares ; comme si, par exemple, il étoit permis de tuer un détracteur, ou d'acheter un bénéfice, parce que le feu pape Innocent X, et celui qui est maintenant assis sur le siège de saint Pierre, ont condamné Cinq Propositions qui n'ont nul rapport avec ces opinions monstrueuses, et qui sont entièrement détachées de toutes les autres matières dans la Morale, dont l'étrange corruption nous touche sensiblement, aussi bien qu'une infinité d'autres ecclésiastiques du royaume, et même plusieurs qui n'ont jamais examiné les questions de la grâce. Quoi donc ! les plus pernicieux sentimens, que les Jésuites rejetoient en apparence comme d'horribles calomnies, seront devenus des vérités toutes constantes, depuis que les Papes nous ont envoyé deux Bulles que nous avons reçues avec respect ; et ceux qui
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auront quelque reste de fidélité dans le cœur, pour ne {wiiTOlr souffrir, sur tous les points de la Morale chrétienne, une corniption universelle des vérités de l'Évangile, seront décriés par ^ prêtres, seront déchirés par des religieux, sous des noms odjeti de parti et de faction ! Certes, quand nous serions assez lâcte ei assez indifférens à notre réputation pour souffrir une injere a atroce, nous avons trop de zèle envers le Saint-Siège pour pouvoir souffrir que ceux qui s'en disent, en toutes rencontres, les plus véritables défenseurs, le déshonorent par une iicp^feffe également noire et insolente, et qu'ils donnent occasion wii ennemis de l'Église de concevoir une opinion si désavanu^easc du Père de tous les Fidèles. Comme l'Église romaine est unenu^e dépositaire de la pureté de la foi, qui lui est venue par une sécession apostolique, aussi sera-t-elle à jamais la conservairic? des maximes de TÉvangile, qui sont les règles des mœurs. E*^ puisque c'est une vérité catholique que les œuvres ne sont pâ? moins nécessaires pour le salut que la foi, nous espérons que !•* Saint-Siège n'aura pas moins de soin de conserver la pureté df h doctrine dans la conduite des actions des Chrétiens, qu'il i toujours eu de zèle pour maintenir les principes spéculatifs de notre Religion. I^t, afin que ces faiseurs d'Apologie ne croient pas p« avoir éblouir ou épouvanter les simples par leurs imaginations eî par leurs spectres, nous avons su que l'Ordre très célèbre à^ Dominicains a ordonné à tous les particuliers qui se sont trooré^ dans le chapitre général qui se tint à Rome l'an 1656 , de fair*; savoir à leurs provinces que notre Saint-Père ne pouvoit souffrir qu'on eilt introduit, depuis quelques années, dans la Théolosk morale, une nouveauté d'opinions licencieuses qui ne tenden' qu'au relâchement de la discipline chrétienne et ecclésiastiqae. et que, pour y apporter un prompt remède, Sa Sainteté jugeoU nécessaire que les Théologiens de cet Ordre dressassent au plo^ tôt des sommes de cas de conscience sur les plus certains et les plus sûrs principes de la doctrine de saint Thomas. 'Nous avons entre nos mains les certificats qu'en ont donnés depuis peu deui définiteurs de l'Ordre, qui sont supérieurs de deux célèbres maisons dans ce royaume. De sorte que ceux qui imposent au Saint- Siège l'approbation publique de leurs plus grands relâchemens, se déclarent, par cet attentat, les ennemis publics de la dignité du Saint-Siège.
Nous laissons néanmoins de très bon cœur aux défenseurs de V Apologie l'avantage de cette malheureuse Impunité dont ils s^
flattent, et qui leur fait croire que le Pape approuve positivement en leur personne tout ce qu'il n*y censure pas, à cause qu'ils ont peut-être eu l'adresse d'empêcher jusqu'ici que Sa Sainteté en ait été avertie. Mais s'il reste encore quelque équité dans ces personnes qui ne flattent les plus signalés pécheurs que pour se donner plus de licence d'outrager les prêtres et les pasteurs de l'Église, nous leur demandons, comme une grâce, la permission de considérer que nous avons à rendre compte à Jésus-Christ, le souverain prêtre et le premier de tous les pasteurs, des âmes qu'il a acquises par le prix inestimable de son sang, et quMl nous a confiées. Dieu nous oblige, par un prophète, « de crier sans cesse, d'élever hautement notre voix, d'annoncer à Israël les crimes qu'il a commis, et à la maison de Jacob les péchés dont elle est coupable. » Et parce que nous ne sommes pas des « chiens muets qui n'ont pas la force d'aboyer », ces personnes, en la page 311, nous traitent « d'ignorans, qui ne méritent pas d'être mis au nombre des chiens qui gardent le troupeau de rÉglise, qui sont pris de plusieurs pour les vrais pasteurs, et sont suivis par les brebis qui se laissent conduire par ces loups ». Si les hommes ne nous font pas raison de ces injures, qui blessent moins nos personnes que la sainteté de notre ministère et les intérêts de toute l'Église, du moins nos ennemis ne nous arracheront pas du fond du cœur la consolation secrète de vouloir imiter la douceur de notre Maître commun, qui, selon saint Augustin, « est un agneau que les loups ont fait mourir, et qui a changé en agneaux ces loups mêmes qui l'ont fait mourir ». Ils n'effaceront pas de l'Évangile les marques du discernement des loups d'avec les brebis; et leurs artifices n'empêcheront pas l'effet des paroles de celui qui a averti les peuples de « se donner de garde des faux prophètes qui se présentent à eux avec des peaux de brebis » c'est-à-dire sous le voile et la couverture d'une doctrine accommodante, « quoiqu'au fond du cœur ce soient des loups ravisseurs^ comme on peut connoître par leurs fruits », et par la suite de leurs actions. Ils soufiriront que nous nous plaignions publiquement à M. notre Archevêque et aux Magistrats Séculiers de ce qu'au même temps que notre Auguste Monarque fait observer avec une piété véritablement royale les Ordonnances que Sa Majesté a faites sur le sujet des Duels, il se trouve des Religieux qui parlent du faux honneur, comme les amateurs du monde qui en sont les esclaves et les idolâtres, et permettent d'accepter ces combats sanglans
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et inhumains qui perdent Tâme avec le corps, sous préteiîe l-» conserver une vaine réputation.
Mais, quoi quMl en soit à leur égard, il nous suffira de q*>l> être rendus, comme nous faisons, les dénouciateurs publics dr leurs excès, dont nous ne saurions être complices sans muperdre d'honneur et de conscience devant Dieu et deiant l*s hommes. Nous n'avons ouvert la bouche que pour faire ou^Tir les yeux aux Puissances ecclésiastiques et séculières qui j ont le principal intérêt. Nous nous en déchargeons sur leur prudenc»?, et nous attendons toutes choses de leur justice. >ous le? primseulement de considérer que la dernière inondation qui a fiit tant de ravages partout le royaume, et particulièrement eac*^iî«? ville, nVst que Timage de Tinondation de toutes sort^ de %iotqu'il faut attendre de cette corruption publique des règles d^mœurs ; car si lorsqu'il ne se forme qu'un seul torrent d'une in finité de torrens, il ne faut attendre de son impétuosité que W renversement et la rupture des plus fortes digues, la désolatioD des villes, la stérilité des campagnes et la submersion des peuples : ainsi, lorsqu'un seul Auteur, qui fait V Apologie des Autear^ de sa faction, et qui est autorisé par une conspiration géoérale, ramasse dans un Seul Ouvrage toute l'écume de Bauny, de Sanchez, de Mollna, d'Escobar, et d'une infinité d'autres Casuistes. il n'y a point d'impiété contraire à ce qu'il y a de plus sacni dans l'Écriture, de plus saint dans les Conciles, de plus solidement établi dans les Ouvrages des saints Pères, et de plus in\iolable dans toute notre Religion, que cet Apologiste ne publie avec insolence, ne justifie pas le torrent de la coutume, ne soutienne comme une vérité constante, et n'appuie sur le grand nombre do ceux qui, ne Tayaut avancé d'abord qu'en tremblant, sont intrépides dans leurs erreurs, quand ils y ont apprivoisé les espriu* intéressés et corrompus.
A Rouen, le 15 février 1658.