‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 17 sur 89 · SUR LES PROVINCIALES XIX · texte numérisé non relu

SUR LES PROVINCIALES XIX

quarante ans sans oser y répondre en forme ; car eux-mêmes comptoient pour rien la mauvaise réplique publiée par le père Annat, sous ce titre : La bonne foi des jaménistes. Depuis on prétend qu'ils avoient eu recours à la plume de Bussi-Rabutin^ qui après avoir essayé cette entreprise, jugea qu'il étoit impossible d'y réussir. En 1694, le père Daniel, aidé, à ce qu'on dit, de Bouhours et d'un autre, hasarda ses Entretiens de Cléandre et d'Eudoxe sur les Lettres au Provincial : le père Jouvenci les traduisit en latin ; mais les jésuites se hâtèrent de supprimer ce livre, qui venoit, après coup, rallumer des querelles non encore assoupies. Daniel avoit voulu réfuter Perrault, qui, dans son hrallèle des anciens et des modernes, avoit donné de grands éloges aux Lettres Provinciales. D'autres voulurent réfuter Daniel ; et, dès 1 696, il parut une apologie victorieuse des Prowncio/es, par Matthieu Petit Didier, bénédictin de Lorraine. Ainsi tout le fruit de Touvrage du jésuite Daniel fut de réveiller raltention en faveur ôê celui de Pascal, de faire réimprimer les Lettres qu'on vouloit combattre, et de leur procurer en quelque sorte un nouveau succès et une seconde existence.

Ce n*est pas que Ton eût cherché, du vivant de Pascal même, à lui inspirer quelques alarmes, ou du moins quelques scrupules sur la nature satirique et hardie de cette immortelle production, llmanqueroit quelque chose à l'histoire de ces Lettres, si nous De rapportions ici les réponses que Pascal fit lui-même à ces objections, dans une conversation qu'il eut un an avant sa mort, et dont on nous a conservé le récit.

On m'a demandé, dit-il, si je ne me repens pas d'avoir fait les P'"Oïi)iaate«. J*ai répondu que, bien loin de m'en repentir, si j'étois * les faire, je les ferois encore plus fortes.

On m'a demandé pourquoi j'ai mis le nom des auteurs où j'ai pris *Oïites ces propositions abominables que j'y ai citées. J'ai répondu ^Qe si j'étois dans une ville où il y eût douze fontaines, et que je susse certainement qu'il y en eût une d'empoisonnée, je serois obligé d'avertir tout le monde de n'aller point puiser de l'eau à cette fon- ^e; et, comme on pourroit croire que c'est une pure ima^iuaLtiou de ma part, je serois obligé de nommer celui i\u\ Y a. çm^o\&Wi\!vfe.^, P^mqae d'exposer toute une ville à s'empoisouueï.

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