Ce fut encore M. Nicole qui revit cette lettre
POUR LES JUGES lil
11 est bien pénible de voir renverser toute la morale cbrétienne par des égarements si étranges, sans oser y contredire ouvertement. Mais, après avoir tant enduré pour votre satisfaction, je pense qu'à la fin j'éclaterai I pour la mienne, quand il n'aura plus rien à me dire. Cependant je me retiendrai autant qu'il me sera possi- , ble; car plus je me tais, plus il me dit de choses. U l m'en apprit tant la dernière fois, que j'aurai bien de la peine à tout dire. Vous verrez des principes bien commodes pour ne point restituer. Car, de quelque manière qu'il pallie ses maximes, celles que j'ai à vous dire ne vont en effet qu'à favoriser les juges corrompus, les usuriers, les banqueroutiers, les larrons, les femmes perdues et les sorciers^ qui sont tous dispensés assez largement de restituer ce qu'ils gagnent chacun dans leur métier. C'est ce que le bon père m'apprit par ce discours.
Dès le commencement de nos entretiens, me dit-il, ^ru| je me suis engagé à vous expliquer les maximes de nos j^l auteurs pour toutes sortes de conditions. Vous avez déjà J vu celles qui touchent les bénéficiers, les prêtres, les religieux, les domestiques et les gentilshommes : parcourons maintenant les autres, et commençons par les juges.
Je vous dirai d'abord une des plus importantes et des >ra^t plus avantageuses maximes que nos pères aient ensei- \f gQ^es en leur faveur. Elle est de notre savant Castro ijr^f Palao, l'un de nos vingt-quatre vieillards. Voici ses mots : (( Un juge peut-il, dans une question de droit, «juger selon une opinion probable, en quittant Topi- « nion la plus probable ? Oui, et môme contre son « propre sentiment : imo contra propriam opinionem* »
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Et c'est ce que notre père Escobar rapporte aussi aa tr. 6, ex. 6, n. 45. mon père ! lui dis-je, voilà un beau commencement 1 les juges vous sont bien obligés : et je trouve bien étrange qu'ils s'opposent à vos probabilités, comme nous l'avons remarqué quelquefois, puisqu'elles leur sont si favorables. Car vous leur donnez par-là le même pouvoir sur la fortune des hommes que vous voa» êtes donné sur les consciences. Vous voyez, me dit-il, que ce n'est pas notre intérêt qui nous fait agir, nous n'avons ^u égard qu'au repos de leurs consciences, ^ c'est à quoi notre grand Molina a si utilement travaillé, sur le sujet des présents qu'on leur fait. Car, pour lever les scrupules qu'ils pourroient avoir d'en prendre en de certaines rencontres, il a pris le soin de faire le dénombrement de tous les cas où ils en peuvent recevoif en conscience, à moins quMl n*y eût quelque loi particulière qui le leur défendît. C'est en son t* I, tr. % d. 88, n. 6. Les voici : «Les juges peuvent recevoir des c< présents des parties, quand ils les leur donnent ou r « par amitié, ou par reconnoissance de la justice qu'ils ' « ont rendue, ou pour les porter à la rendre à l'avenir, (( ou pour les obliger à prendre un soin particulier de (t leur affaire, ou pour les engager à les expédier promp- « tement. » Notre savant Escobar en parle encore au tr. 6, ex. 6, n. 43, en cette sorte : « S'il y a plusieurs (( personnes qui n'aient pas plus de droit d'être expé- « diés l'un que l'autre, le juge qui prendra quelque c( chose de l'un, à condition, ex pacûo, de l'expédier le (( premier, péchera-t-il? Non certainement, selon Lay- « man : car il ne fait aucune injure aux autres selon le « droit naturel, lorsqu'il accorde à l'un, par la consi- « dération de son présent, ce qu'il pouvoit accordera