‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 59 sur 89 · SENTIMENTS DES JÉSUITES SUR LES BANQUEROUTIERS · texte numérisé non relu

SENTIMENTS DES JÉSUITES SUR LES BANQUEROUTIERS

Pour celle-ci, mes pères, il n'y a rien de plus groser. Vous me traitez d'imposteur sur. le sujet d'un intiment de Lessius , que je n'ai point cité de moilôme, nais qui se trouve allégué par Escobar, dans n pasjsage que j'en rapporte ; et ainsi , quand il seroit rai que Lessius ne seroit pas de l'avis qu'Escobar lui Itribue , qu'y a-t-il de plus injuste que de s'en pren- Ire à moi? Quand je cite Lessius et vos autres auteurs le moi-même, je consens d'en répondre. Mais comme Sscobar a ramassé les opinions de vingt-quatre de vos )ères, je vous demande si je dois être garant d'autre Aose que de ce que je cite de lui ; et s'il faut, outre cela, (jneje réponde des citations qu'il fait lui-même dans les passages que j'en ai pris. Cela ne seroit pas raisonnable. Or , c'est de quoi il s'agit en cet endroit. J'ai rapporté dans ma lettre ce passage d'Escobar, tr. 3, ex. 2, n. 163, traduit fort fidèlement, et sur lequel aussi vous ne dites rien : « Celui qui fait banqueroute « peut-il en sûreté de conscience retenir de ses biens « autant qu'il est nécessaire pour vivre avec honneur , « ne indecore vivat ? » Je réponds que oui avec Lessius, ^mLessio asseroposse, etc. Sur cela vous me dites que Lessius n'est pas de ce sentiment. Mais pensez un peu où vous vous engagez. Car, s'il est vrai qu'il en est> on vous appellera imposteurs, d'avoir assuré le contraire; et s'il n'en est pas, Escobar sera l'imposteur : ^e sorte qu'il faut maintenant , par nécessité , que Quelqu'un de là Société soit convaincu d'imposture, ^oyez un peu quel scandale I Aussi vous ne savez prévoir la suite des choses. Il vous semble qu'il n'y a qu'à ^ire des injures aux personnes , sans penser sur qui ^Ues retombent; Que ne faisiez-vous sa\o\t no\x^. ^\^^\-

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culte à EscobarS avant de la publier? il voiis ett sir tis&dt. Il n'est pas si malaisé d'avoir dés nottirellfis de Vallàdolidy où il est en parfaite santé, et oii il acUfe sa grande Théologie morale en six volomev >v la premiers desqaels je vous pourrai dire un jour quelque chose. On lui a envoyé les dix premières lettres ; tov pouviez aussi lui envoyer votre objection, et je mteare qu'il eût bien répondu : car il a vu sans doute dan Lessius ce passage , d'où il a pris le ne mdèeore wM, Lisez*le bien/ mes pères , et vous l'y trouverez comme moi, iib. II, cb. xvi, n. 45 : Idem eolUgiÊw aperte ev juribm citatUy maxmequoad eabona qwB poeteesmim acquirity de quibus is qui dtlntor eH etiam ex deUdOiP^ test retmere quantum neces9arium eit\^ ui pro «va eeM' tioM NON iNDSciORB VIVAT. Pt^ ofi lege$ id, pemdtM de bonis quœ iempore instantù cesnonis, hoMatt Iti videtur colligi ex DD.

Je ne m'arrêterai pas à vous montrer que Lessius, pour autoriser cette maxime , abuse de la loi qui n'accorde que le simple vivre aux banqu^t>utienf et non pas de quoi subsister avec honneur. 11 suffit d'avoir justifié Ëscobar contre une telle accusation, c'est plus que je ne devois faire. Mais vous, mes pères, vous ne faites pas ce que vous devez: car il est question de répondre au passage d'Escobar, dont

1. ËSCOBAR. Far tout ce qu'Alegambe rapporte da p^ Antoiiie paroit que c'étoit ua bon homme, laborieux, et déyiot à sa façon. OnaBonfÂ^ quand il apprit combien il étoit cité dans les Lettres Provinciales, {1 «Beiii|it une joie extrême; il s'en estimoit beaucoup plus, et croyoit xaloir plei fB^ paravant. Nous avons son portrait qui est singulier, et qui le lepfénnte eoHtf un homme qui ne doutoit de rien, tant il avoit l'air rés^n et déeliii. n aouvt à Va/iadolid eo Espagne, le 4 iuVWc^ V%^%^^;jb^<b^^\xvda<;!taa

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les décisions sont commodes, en ce qu'étant indépendantes du devant et de la suite , et toutes renfermées en de petits articles , elles ne sont pas sujettes à vos distinctions. Je vous ai cité son passage entier, qui permet « à ceux qui font cession de retenir de leurs « biens, quoique acquis injustement, pour faire sub- « sister leur famille avec honneur. » Sur quoi je me suis écrié dans mes lettres : « Gomment ! mes pères , « par quelle étrange charité voulez-vous que les biens <c appartiennent plutôt à ceux qui les ont mal acquis « qu'aux créanciers légitimes ? » C'est à quoi il faut répondre : mais c'est ce qui vous met dans un fâcheux embarras , que vous essayez en vain d'éluder en détournant la question, et citant d'autres passages de Lessius, desquels il ne s'agit point. Je vous demande donc si cette maxime 4'Escobar peut être suivie en conscience par ceux qui font banqueroute ? Et prenez garde à ce que vous direz. Car si vous répondez que non , que deviendra votre docteur , et votre doctrine dé la probabilité? Et si vous dites que oui, je vous renvoie au parlement.

Je vous laisse dans cette peine, mes pères; car je n'ai plus ici de place pour entreprendre l'imposture suivante sur le passage de Lessius touchant l'homicide; ce sera pour la première fois , et le reste ensuite.

Je ne vous dirai rien cependant sur les avertissements pleins de faussetés scandaleuses par où vous finissez chaque imposture : je repartirai à tout cela dans la lettre où j'espère montrer la source de vos calomnies. Je vous plains, mes -pères, d'avoir recours à de tels remèdes. Les injures que vous me d\les w'^ichirciront pas nos différents , et les meuace^ c\v3iÇ^ n wv^

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me faites en tant de façons ne m'empôcberont pas de me défendre. Vous croyez avoii^la force et l'i^lpllmté, mais je crois avoir là Térité et l'innocence. C'est jane étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d'opprimer la vérité. Tous les efforts de la \iolenee se peuvent affoiblir la vérité, et ne servent ^'à larele?» davantage. Toutes les lumières de Ja vérité ne peofeot rien pour arrêter la violence , et ne font que l'irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre ; quand on oppose les discours aux discours, ceuk qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n'ont que la vanité et le mensonge : mais la^ violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur Taotre. Ou'on ne prétende pas de là néanmoins que les cboses soient égaies; car il y a cettA extrême différence, que la violenee n'a qu'un cours borné par l'ordre de Dieu, qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu'elle attaque : au lieu que la vérité subsiste éternellement, et triomphe enfin de ses ennemis ,* parcequ'elle est ét^ lîelle et puissante comme Dieu même.

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