FOI DE PORT-ROYAL SUR L'EUCHARISTIE
signalé service que vous puissiez rendre à TÉglise, puisque alors le Port-Royal ne sera pas d'intelligence avec Genève, mais Genève d'intelligence avec le Port-. Royal et toute TÉglise.
En vérité, mes pères, vous ne pouviez plus mal choisir que d'accuser le Port-Royal de ne pas croire l'Eucharistie; mais je veux faire voir ce qui vous y a engagés. Vous savez que j'entends un peu votre politique. Vous l'avez bien suivie en cette rencontre. Si M. Pabbé de Saint-Gyran et M. Arnauld n'avoient fait que dire ce qu'on doit croire touchant ce mystère, et non pas ce qu'on doit faire pour s'y préparer, ils auroient été les meilleurs catholiques du monde, et il ne se seroit point trouvé d'équivoques dans leurs termes de présence réelle et de transsubstantiation. Mais, parcequ'il faut que tous ceux qui combattent vos relâchements soient hérétiques, et dans le point môme où ils les combattent, comment M. Arnauld ne le seroit-il pas sur l'Eucharistie, après avoir fait un livre exprès contre les profanations que vous faites de ce sacrement ? Quoi, mes pères ! il auroit dit impunément : « Qu'on ne doit point donner le corps de Jésus-Christ à ce ceux q,ui retombent toujours dans les mêmes crimes, «c et auxquels on ne voit aucune espérance d'amende- «ment; et qu'on doit les séparer quelque temps de <( l'autel, pour se purifier par une pénitence sincère, « afin de s'en approcher ensuite avec fruit! » Ne souffrez pas qu'on parle ainsi, mes pères; vous n'auriez pas tant de gens dans vos confessionnaux. Car votre père Brisacier dit a que, si vous suiviez cette méthode, vous « n'appliqueriez le sang de Jésus-Christ suy ^^T^oxvwfc. ^^ U vaut bien mieux pour vous qu'on suvve \a ^\^NÀn^^^^
votre société, que votre père Mascarenhas rapporte dans un livre approuvé par vos docteurs, et même pèf votre révérend père général, qui est : « Que toute sorte de pc^ <c sonnes, et môme les prêtres, peuvent recevoir le coips « de Jésus-Christ le jour même qu'ils se sont souillés « par des péchés abominables; que, lûen loinqullyait « de l'irrévérence en ces communions, on est louable ai^ a contraire d'en user de la sorte; que les confesseun <c ne les en doivent point détourner, et qu'ils doivent a au contraire conseiller à ceux qui viennent de comte mettre ces crimes de communier à l'heure même, <c parceque encore que l'Église l'ait défendu, cette déa fense est abolie par la pratique universelle de tonte «c la terre. » Mascar. tr. 4, disp. 5, n. 384,
Voilà ce que c'est, mes pères, d'avoir des jésuites par a toute la terre. Voilà la pratique universelle que vous y lavez introduite et que vous y voulez maintenir. Il n'imî porte que les tables de Jésus-Christ soient remplies *) j d'abominations, pourvu que vos églises soient pleines de monde. Rendez donc ceux qui s'y opposent hérétiques sur le saint Sacrement : il le faut, à quelque prix que ce soit. Mais comment le pourrez-vous faire après tant de témoignages invincibles qu'ils ont donnés de leur foi ?N'avez-vous point de peur que je rapporte les quatre grandes preuves que vous donnez de leur hérésie? Vous le devriez, mes pères, et je ne dois point vous en épargner la honte. Examinons donc la première.
(( M. de Saint-Cyran, dit le père Meynier, en conso-
« lant un de ses amis sur la mort de sa mère, tom. h
« lett. XIV. dit que le plus agréable sacrifice qu'on
a puisse offrir h. Dieu datvs c^?» veucontres est celui de
« la patience : donc \\ e^l cîiWvvvvsXfc. ^^v:.^^ ^\^\^^
subtil, mes pères, et je ne sais si personne en voit la raison. Apprenons-la donc de lui. « Parce, dit ce grand « controversiste, qu'il ne croit donc pas le sacrifice de a la messe. Car c'est celui-là qui est le plus agréable è a Dieu de tous. » Que l'on dise maintenant que les jésuites ne savent pas raisonner. Ils le savent de telle sorte, qu'ils rendont hérétique tout ce qu'ils voudront, et même * l'Écriture sainte. Car ne seroit-^e pas une hérésie de dire, comme fait l'Ecclésiastique : « Il n'y a « rien de pire que d'aimer l'argent, nihil est iniquius « quant amare pecuniam ; » comme si les adultères, les homicides et l'idolâtrie n'étoient pas de plus grands crimes? Et à qui n'arrive-t-il point de dire à toute heure des choses semblables ; et que, par exemple, le sacrifice d'un cœur contrit et humilié est le plus agréable
1. M. Pascal avoit en vue sans doute le père Théophile Raynanld, jésnite savoyard, qui s'avisa de faire une censnre du symbole des Apôtres, par laquelle il préteud prouver que cette première confession de foi du christianisme est hérétiqne dans tons les ^chefs. Elle partit pour la première fois dans le livre latin de ce jésuite, intitulé : Erotemata de bonis ac malts Ubris, in-4o, LugâU' vif 1653, et réimprimée depuis comme une impiété en plusieurs ouvrages. Je sais bien qoe c'est une raillerie dn père Théoihile Raynauld pour se moquer des censures de la Sorbonne. Mais pouvoit-il se permettre la raillerie sur un des actes les plus essentiels du christianisme ? Voici le premier article de cette singulière censure : Erotemata, page 294, in-4o : ■ Credo in Deum patrem omnipotentem, c creatorem cœli et terra. Frimus iste articulus, si iutelligatur, quasi sol us pater « sit De us, et omnipotens et creator ; Filins autem et Spiiitus sanctus solum créa- « turs sint. Ideoqne nec Filius vere ac substantialilor dici possit Deus, et omui- ■ potens et creator : similiterque Spirilus sanctus; propositio et blasphéma, c individus Trinitatis destructiva, et piidem in sacro et œcumenico Nicsino c concilio trecentorum decem et octo episcoporum, adversus Arii impietatem, c damnata. Quatenus autem soli Patri creationem attribuit, nova est, temeraria, c erronea, contra communem Ecclesis patrum ac tbeologorum omnium sensum, c probata; cum hactenus receptum sit tanquam inviolabile d^cretum, omnes c Trinitatis actiones ad extra esse indivisibiliter toti Trinitali communes. • Le reste àe h pièce est sur Je même ton. (Note àt VWU, àt V^V^-^
aux yeux de Dieu ; parcequ'en ces discours on ne pense qu'à comparer quelques vertus intérieures les unes ànx autres, et non pas au sacrifice de lA messe, qui est d'un ordre tout différent et infiniment plus relevé? N'êtes- Vous donc pas ridicules, mes pères? et fàut-il, pour achever de vous confondre, que je vous représente lei termes de cette même lettre oh M. de Saint-Gynn parie du sacrifice de la messe comme du pbu excellait de toiyi^ en disant : « Qu'on offre à Dieu tous les jours et « en tous lieux le sacrifice du corps de son fils, qui n'a a point trouvé de plus excelleet motem que celui-4à ce pour honorer son père? » Et ensuite : « Que Jésusce Christ nous a obligés de prendre en mourant soa 0, corps sacrifié, pour rendre plus agréable à Dieu le ce sacrifice du nôtre, et pour se joindre à nous lorsque c( nous mourons, afin de nous fortifier en sanctifiant par c( sa présence le dernier sacrifice que nous faisons à Dieu « de notre vie et de notre corps. » Dissimulez tout cela, mes pères, et ne laissez pas de dire qu'il détournoit de communier à la mort, comme vous faites, page 33, et qu'il ne croyoH pas le sacrifice de la messe : car rien n'est trop hardi pour des calomniateurs de profession. Votre seconde preuve en est un grand témoignage. Pour rendre calviniste feu. M. de Saint-Cyran, à qui vous attribuez le livre de Petrus Aurelius, vous vous servez d'un passage où Aurélius explique, page 89, de quelle manière l'Église se conduit à l'égard des prêtres, et môme des évêques qu'elle veut déposer ou dégrader. « L'Église, dit-il, ne pouvant pas leur ôter la puissance « de l'ordre, parceque le caractère est ineffaçable, elle « fait ce qui est en elle ; elle ôte de sa mémoire ce ca- « ractève qu'elle ne peul ^ler de V^tcv^è. ^<è. ç,^\x3L^V^\îi
« reçu : elle les considère comme s'ils n'éloient plus (( prêtres ou évêques; de sorte que, selon le langage or- « dinaire de l'Église, on peut dire qu'ils ne le sont plus, a quoiqu'ils le soient toujours quant au caractère : Ob « indelebilitatem characteris. »- Vous voyez, mes pères, que cet auteur, approuvé par trois assemblées générales du clergé de France, dit clairement que le caractère de la prêtrise est ineffaçable, et cependant vous lui faites dire tout au contraire, en ce lieu même, « que le carac- « tère de la prêtrise n'est pas ineffaçable. » Voilà une insigne calomnie, c'est-à-dire, selon vous, un petit péché véniel. Car ce livre vous avoit fait tort, ayant réfuté les hérésies de vos confrères d'Angleterre touchant l'autorité épiscopale. Mais voici une insigne extravagance; c'est qu'ayant faussement supposé que M. de Saint-Cyran tient que ce caractère est ineffaçable, vous en concluez qu'il ne croit donc pas la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie.
N'attendez pas que je vous réponde là-dessus, mes pères. Si vous n'avez point de sçns commun, je ne puis pas vous en donner. Tout ceux qui en ont se moqueront assez de vous aussi bien que de votre troisième preuve, qui est fondée sur ces paroles de la Fréq. Comm., 3® partie, chap. xi : « que Dieu nous donne' (( dans l'Eucharistie ta même viande qu'aux saints dans « le ciel, sans qu'il y ait d'aàtre différence, sinon qu'ici «il nous en ôte la vue et le goût sensible, réservant .« l'un et l'autre pour le ciel. » En vérité, mes pères, ces paroles expriment si naïvement le sens de l'Église, que j'oublie à toute heure par où vous vous y prenez pour en abuser. Car je n'y vois autre, sinon ce que le conciJe de Trente enseigne, sess. 13, c. \iii, c^''A ^î^'^ ^
point d'aulre différeace entre Jésus-Christ dans l'Eucharistie et Jésus-Christ dans le ciel, sinon qu'il est ici voilé, et non pas là. H. Amauldjie dit pas qu'il n'y a point d'autre différence en la manière de recevoir Jésus- Christ, mais seulement qu'il n'y en a point d'autre ea Jésus-Christ .que l'on reçoit. Et cependant vous voules, contre toute raison, lui faire dire par ce passage qa'cA ne mange ncm plus ici Jésus^Sirist de bouche que dans le ciel : d'où vous concluez son hérésie.
Vous me faites pitié, mes pères. Faut-il vous eiq^quer cela davantage? Pourquoi confondez-vous cette nourriture divine avec la manière de la recevoir? Il n*j a qu'une seule différence, comme je le viens de dire, dans cette nourriture sur la terre et dans le ciel, qui est qu'elle est ici cachée sous des voiles qui nous en ftteoi la vue et le goût sensible : mais il y a plusieurs différences dans la manière de la recevoir ici et là, dont la principale est que, comme dit M. Arnauld, 3* part., ch. XVI, « il entre ici dans la bouche et dans la poitrine, (( et des bons et des méchants ; » ce qui n'est pas dans le ciel.
Et si vous ignorez la raison de cette diversité, je vous dirai, mes pères, que la cause pour laquelle Dieu a établi ces différentes manières de recevoir une même viande, est la différence qui se trouve entre Télal des chrétiens en cette vie et celui des bienheureux dans le ciel. L'état des chrétiens, comme dit le cardinal Du Perron après les pères, tient le milieu entre l'état des bienheureux et l'élat des Juifs. Les bienheureux possèdent Jésus-Christ réellement, sans ligure et sans voiJe. Les Juifs n'eut possédé de Jésus-Christ que les figures et les voUes, comm^ (iVo\V.\î)L Tûaxwv^ ^x.^i'wçAau
pascal. Et les chrétiens possèdent Jésus-Christ dans TEucharistie véritablement et réellement, mais encore / couvert de voiles. « Dieu, dit saint Eucher, s'est fait trois a tabernacles : la synagogue, qui n*a eu que les ombres « sans vérité; TÉglise, qui a la vérité et les ombres; et « le ciel où il n'y point d'ombres, mais la seule vérité. » Nous sortirions de l'état où nous sommes, qui est l'état de foi, que saint Paul oppose tant à la loi qu'à la claire vision^ si nous ne possédions que les figures sans Jésus- Christ, parceque c'est le propre de la loi de n'avoir que l'ombre, et non la substance des choses. Et nous en sortirions encore, si nous le possédions visiblement; parceque la foi, comme dit le même apôtre, n'est point des choses qui se voient. Et ainsi TEucharislie est parfaitement proportionnée à notre état de foi, parcequ'elle enferme véritablement Jésus-Christ, mais voilé. De sorte que cet état seroit détruit, si Jésus-Christ n'étoit pas réellement sous les espèces du pain et du vin, comme le prétendent les hérétiques : et il seroit détruit encore, si nous le recevions à découvert comme dans le ciel; puisque ce seroit confondre notre élat, ou avec l'état du judaïsme, ou avec celui de la gloire. Voilà, mes pères, la raison mystérieuse et divine de ce mystère tout divin. Voilà ce qui nous fait abhorrer les calvinistes, comme nous réduisant à la condition des Juifs; et ce qui nous fait aspirer à la gloire des bienheureux, qui nous donnera la pleine et éternelle jouissance de Jésus-Christ. Par où vous voyez qu'il y a plusieurs difTérences entre la manière dont il se communique aux chrétiens et aux bienheureux, et qu'entre autres on le reçoit ici de bouche, et non dans le ç.vç.l\ mais qu'elles dépendent toutes de \a ç^evA^ ^\^^\^^^^
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qai est entre Téiat de la foi où nous sommes et l'iU de la claire visioa où ils sont Et c'est, mes pères, ce . que M. Arnanld a dit si clairement en ces termes: « qu'il faut qu'il n'y ait point d'autre différence entn « la pureté de ceux qui reçoivent Jésus-Christ du» «l'Eucharistie, et celle des bienheureux, qu'autant « qu'il y en a entre la foi et la claire vision de Dieu, de <K laquelle seule dépend la différente numiëre dont en « le mange sur la terre et dans le ciel. » Vous defrio, mes pères, avoir révéré dans ses paroles ces saintes vérités, au lieu de les corrompre pour y trouver une hérésie qui n'y fût jamais, et qui n'y sauroit être; qui eit qu'on ne mange Jésus-Christ que par la foi, et non psr la bouche, comme le disent malicieusement vos pèni Annat et Meynier, qui enjont le capital de leur aiccosation. -
Vous voilà donc bien mal en preuves, mes pères ; et c'est pourquoi vous avez eu recours à un nouvel artifice, qui a été de falsifier le concile de Trente, afin de faire que M. Arnauld n'y fût pas conforme, tant vous avez de moyens de rendre le monde hérétique. C'est ce que fait le père Meynier en cinquante endroits de son livre, et huit ou dix fois en la seule page 54, où il prétend que, pour s'exprimer en catholique, ce n'est pas assez de dire : Je crois que Jésus-Christ est présent réellement dans l'Eucharistie; mais qu'il faut dire :«Je « crois, AVEC LE CONCILE, qu'il y est présent d'une vraie oc PRESËNCE-LOGM^-o^ localement. » Et sur cela il cite le concile, sess. 13, can, 3, can. 4, can. 6. Qui ne croi- 1 roit, en voyant le mot de présence locale cité de trois I canons d'un concile universel, qu'il y seroit effectivement ? Cela vous a pu semt a\a»X.m^^\3al\Vini^Nsîî^\
:iais à présent, mes pères, on ne s'y prend plus. On va oir le concile, et on trouve que vous êtes des imposîurs; car ces termes de présence locale, localement, locaté^ n'y furent jamais : et je vous déclare de plus, mes ères, qu'ils ne sont dans aucun autre lieu de ce concile, i dans aucun autre concile précédent, ni dans aucun ère de l'Église. Je vous prie donc sur cela, mes pèreis, B dire si vous prétendez rendre suspects de calvinisme »us ceux qui n'ont point usé de ce terme? Si cela est,
concile de Trente en est suspect, et tous les saints ^res sans exception. N'avez-vous point d'autre voie )ur rendre M. Arnauld hérétique, sans offenser tant \ gens qui ne vous ont point fait de mal, et entre autres int Thomas qui est un des plus grands défenseurs de ' î^ucharistie, et qui s'est si peu servi de ce terme, qu'il i rejeté au contraire, 3 p. quœsi. 76, a. 5, où il dit : / ullo modo corpus Christi est in hoc sacramento localiter ? ai êtes-vous donc, mes pères, pour imposer, de votre / ), itorité, de nouveaux termes, dont vous ordonnez de \ servir pour bien exprimer sa foi : comme si la prossion de foi dressée par les papes, selon l'ordre du mcile, où ce terme ne S0. trouve point, étoit défeceuse, et laissoit une ambiguité dans la créance des ièles, que vous seuls eussiez découverte ? Quelle télérité de prescrire ces termes aux docteurs mêmes ! nelle fausseté de les imposer à des conciles généraux! L quelle ignorance de ne savoir pas les difficultés que »s saints les plus éclairés ont ftiit de les recevoir I Rouissez y mes pères, de vos impostures ignorantes , comme it l'Écriture aux imposteurs ignorants comme vous : )e mendacio ineruditionis tuœ confundere,
H^' entreprenez donc plus de faire \es T£\^\Vv^'à\ \wy'?>
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n*avez ni le caractère ni la suffisance pour cela. Hais, si vous voulez faire vos propositions plus modesteoiADt on pourra les écouter ; car« encore que ce mot de jorétenee locale ait été rejeté par saint Thomas, comme wa$ avez TU, à cause que le corps de Jésus-Christ n'est pu en l'Eucharistie dans l'étendue ordinaire des corps en leur lieu, néanmoins ce terme a été reçu par quelque» nouveaux auteurs de controverse, parcequ'ils entendent seulement par-l& que le corps dé Jésus-Christ est vraiment sous les espèces, lesquelles étant eu un lieu particulier, le corps de Jésus-Christ y est aussi. En ce sens H. Arnauld ne fera point de difficulté de l'admettre, puisque M. de Saint-Cyran et lui ont déclaré tant de fois que Jésus-Christ, dans l'Eucharistie j est véritable ment en un lieu particulier, et miraculeusement en plusieurs lieux à-la-fois. Ainsi tous vos raffinements tombent par terre, et vous n'avez pu donner là moindre apparence à une accusation qu'il n'eût été permis d'avancer qu'avec des preuves invincibles.
Mais à quoi sert, mes pères, d'opposer leur innocence h vos calomnies? Vous ne leur attribuez pas ces erreurs dans la croyance qu'ils les soutiennent, mais dans la croyance qu'ils vous nuisent. C'en est assez, selon voire théologie,. pour les calomnier sans crime; et vous pouvez, sans confession ni pénitence, dire la messe en môme temps que vous imputez à des prêtres qui la disent tous les jours de croire que c'est une pure idolâtrie : ce qui seroit un si horrible shcrilége, que vous-mêmes avez fait pendre en effigie votre propre père Jarrigue^ sur
1. Jésuile fameux, qui se fit huguenot, et qui publia dans son apostasie no livre intitulé le Jésuite sur rèchofoud, ov\ VV \ft^i<Mih« aux jésuites les faits les pins odieux.
;e qu'il avoit dit la messe au temps oh il ètoit d'intelliifence avec Genève,
Je m'étonne donc, non pas de ce que vous leur im- )Osez avec si peu de scrupule des crimes si grands et \\ faux, mais de ce que vous leur imposez avec si peu le prudence des crimes si peu vraisemblables : car ^ous disposez bien des péchés à votre gré ; mais pensez- ^ous disposer de même de la croyance des hommes? Sn vérité, mes pères, s'il falloit que le soupçon de cal- /inisme tombât sur eux ou sur vous, je vous trouverois 3Q mauvais termes. Leurs discours sont aussi catholijues que les vôtres; mais leur conduite confirme leur foi, et la vôtre la dément : car, si vous croyez aussi bien qu'eux que ce pain est réellement changé au corps de Jésus-Christ, pourquoi ne demandez-vous pas comme eux que le cœur de pierre et de glace de ceux à qui vous conseillez de s'en approcher soit sincèrement changé en un cœur de chair et d'amour? Si vous croyez que Jésus-Christ y est dans un état de mort, pour apprendre à ceux qui s'en approchent à mourir au monde, au péché et à eux-mêmes, pourquoi portezvous à en approcher ceux en qui les vices et les passions criminelles sont encore toutes vivantes? Et comment jugez-vous dignes de manger le pahi du ciel ceux qui ne le seroient pas de manger celui de la terre?
grands vénérateurs de ce saint mystère, dont le zèle s'emploie à persécuter ceux qui l'honorent par tant de communions saintes,* et à flatter ceux qui le déshonorent par tant de communions sacrilèges I Qu'il est digne de ces défenseurs d'un si pur et si adorable sacrifice de faire environner la table de Jésus-Ghiist de pécheurs envie/Jlis tout sortant dfe \e\vc VcvVàXsv\^> ^V
SlIZIÈMB LITTRS
de placer aq milieu d*eux un prêtre qae son confetsenr même envoie de ses impudicités à l'autel, poury oflHr, eu la place de Jésus-Christ, cette victime toute sainte au Dieu de sainteté, et la porter de ses mains souilléei en ces bouches toutes souillées ! Ne sied-ii pas bien i ceux qui pratiquent cette conduite par ftwle la taret selon des maximes approuvées de leur [uropre gfotel, d'imputer à Vauteur de la Fréquente Communion et aux Filles du Saint-Sacrement de ne point croire le saint Sacrement ? ,
% Cependant cela ne leur suffit pas encore ; il fini, pour satisfaire leur passion, qu'ils les accusent eniio d'avoir renoncé à Jésus-Christ et à leur baptême. Ce ne sont pas là, mes pères, des contes en l'air comme les vôtres; ce sont les funestes eipportements par oA vous avez comblé la mesure de vos calooinies. Une à insigne fausseté n'eût pas été en des mains dignes de la soutenir en demeurant en celles de votre bon ami Filleau, par qui vous l'avez fait naître : votre société se l'est attribuée ouvertement; et votre père Meynier vient de soutenir, comme une vérité certaines, que Port-Royal forme une cabale secrète depuis trente- cinq ans, dont M. de Saint-Cyran et M. d'Ypres ont été les chefs, « pour ruiner le mystère de l'incarnation, faire passer « l'Évangile pour une histoire apocryphe, exterminer « la religion chrétienne, et élever le déisme sur les « ruines du christianisme. » Est-ce là tout, mes pères? Serez-vous satisfaits si l'on croit tout cela de ceux que vous haïssez? Votre animosité seroil-el le enfin assouvie, si vous les aviez mis en horreur non seulement à tous ceux qui sont dans l'Église, par VintelUgence avec Genève^ dont vous les accusex, xivm ^Tvtwfe VVso,^ ^^\s3l vsçL
croient en Jésus-Christ, quoique hors l'Église, par le déisme que vous leur impuiez?
Mais à qui prétendez-vous persuader, sur votre seule parole, sans la nSoindre apparence de preuve, et avec toutes les contradictions imaginables, que des prêtres qui ne prêchent que la grâce de Jésus-Christ, la pureté de l'Évangile et les obligations du baptême, ont renoncé à leur baptême, à TÉvangile et à Jésus-Christ? Qui le croira, mes pères? Le croyez -vous vous-mêmes, misérables que vous /êtes? Et à quelle extrémité êtes-vous réduits, puisqu'il faut nécessairement ou que vous prouviez qu'ils ne croient pas en Jésus-Christ, ou que vous passiez pour les plus abandonnés calomniateurs qui furent jamais I Prouvez-le donc, mes pères. Nommez cet ecclésiastique de mérite, que vous dites avoir assisté à cette assemblée de Bourg-Fontaine en 1621, et avoir découvert à votre Filléau le dessein qui y fut pris de détruire la religion chrétienne; nommez ces six personnes que vous dites y avoir formé cette conspiration; nommez celui qui est désigné par ces lettres A. A., que vous dites, page 15, nêtre pas Antoine Amauldy parcequ'il vous a convaincus qu'il n'avoit alors que neuf ans, « mais un autre que vous dites être ce encore en vie, et trop bon ami de M. Arnauld pour «lui être inconnu.» Vous le connoisse» donc, mes pères ; et par conséquent, si vous n'êtes vous-mêmes sans religion , vous êtes obligées de déférer cet impie au roi et au parlement, pour le faire punir comme il le mériteroit. Il faut parler, mes pères ; il faut le nommer, ou souffrir la confusion de n'être plus regardés que comme des menteurs indignes d'être jamais crus. C'est en cette manière que le bon père \a\èmwivow^^^V$^\^
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qu*il falloit mettre à la gêne et pousser à bout de tels imposteurs. Votre silence là-dessus jsera une pleine et entière conviction de cette calomnie diabolique. Les plus aveugles de vos amis seront contraints d'avouer c qoe ce ne sera point un effet de votre vertu, mais de votre « impuissance, n et d'admirer que vous ayez été si méchants que de l'étendre jusqu'aux religieuses de Port- Royal, et de dire, comme vous faites, page 14, que k Chapekt secret du saint Sacrement^ composé par l'une d'elles, a été le premier fruit de cette conspiraticm contre Jésus-Christ; et dans la page 95, a qu'on leur a « inspiré toutes les détestables maximes de cet écrit, > qui est, selon vous, une instruction de déisme. On a d^ ruiné invinciblement vos impostures sur (;et écrit, daos la défense de la censure de feu M. l'archevêque de Paris contre votre père Brisacier. Vous n'avez rien à j repartir; et vous ne laissez pas d'en abuser encore d'une manière plus honteuse que jamais, pour attribuer à des filles d'une piété connue de tout x le monde le comble de l'impiété. Cruels et lâches persécuteurs, faut-il donc que les cloîtres les plus retirés ne soient pas des asiles contre vos calomnies I Pendant que ces saintes vierges adorent nuit et jour Jésus-Christ au saint Sacrement, selon leur institution, vous ne cessez nuit et jour de publier qu'elles ne croient pas qu'il soit ni dans l'Eucharistie, ni même à la droite de son Père; et vous les retranchez publiquement de l'Église, pendant qu'elles prient dans le seeret pour vous et pour toute l'Église. Vous calomniez celles qui n'ont point d'oreilles pour vous ouïr, ni de bouche pour vous répondre. Mais Jésus-Christ, en qui elles sont cachées ' pour ne parolUe (\u'\m \ov\t v^^c lui^ vous écoute, et
répond pour elles. On Tentend aujourd'hui celle voix sainte et terrible qui étonne la nature, et qui console l'Église. Et je crains, mes pères, que ceux qui endurcissent leurs cœurs, et qui refusent avec opiniâtreté de Touïr quand il parle en Dieu, ne soit forcés de Touïr avec effroi quand il leur parlera en juge. .
Car enfin, mes pères, quel compte lui pourrez-vous rendre de tant de calomnies lorsqu'il les examinera non sur les fantaisies de vos pères Dicastillus, Gans et Pennalossa, qui les excusent, mais sur les règles de sa vérité éternelle et sur les saintes ordonnances de son Église, qui, bien loin d'excuser ce crime, Tabhorre tellement qu'elle Ta puni de même qu'un homicide volontaire? Car elle a difl'éré aux calomniateurs, aussi bien qu'aux meurtriers, la communion jusqu'à la mort, par le pretaier et deuxième concile d'Arles. Le concile de Latran a jugé indignes de l'état ecclésiastique ceux qui en ont été convaincus, quoiqu'ils s'en fussent corrigés. Les papes ont même menacé ceux qui auroient calomnié des évoques, des prêtres ou des diacres, de ne leur point donner la communion à la mort. Et les auteurs d'un écrit diffamatoire, qui ne peuvent prouver ce qu'ils ont avancé , sont condamnés par le pape Adrien à être fouettés ^ mes révérends pères, flagellentur : tant l'Église a toujours été éloignée des erreur» de votre société si corrompue qu'elle cxetise d'aussi grands crimes qi^e la calomnie, pour les commettre elle-inôme avec plus de liberté.
Certainement, mes pères, vous seriez capables de produire par là beaucoup de maux, si Dieu n'avoit per- • mis que vous ayez fourni vous-mêmes les moyens de les empêcher et de rendre toutes vos iiupo^lvite^ ^^xv-Si ^Si^V\
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car il ne Suit qae publier cette étrange maxime qm les exempte de crime, pour vous ôter tonte créance. U calomnie est inutile, si elle n'est jointe à une grande réputation de sincérité. Un médisant ne peut rémiiri s'il n'est en estimé d'abhorrer la médisance comme on crime dont il est incapable. Et ainsi, mes pères^ TOtre propre principe vous trahit Vous l'ayez rempli pmir assurer votre conscience ; car vous vouliez médire sans être damnés, et être de cei saints et pieux calommatem dont parle saint Athahase. Vous avez donc embrassé, pour vous sauver de l'enfer, cette maxime, qui vous en sauve sur la foi de vos docteurs : mais cette maxime même, qui vous garantit, selon eux, des maux que vous craignez en l'autre vie, vous ôte en celle-ci l'utilité que vous en espériez : de sorte qu'en pensant éviter le vice de la médisance vous en avez perdu le fruit : tant le niai est contraire à soi-même, et tant il s'embarrasse et se détruit par sa propre malice.
Vous calomnierez donc plus utilement pour vous, en faisant profession de dire avec saint Paul que les simples médisants, malediciy sont indignes de voir Dieu, ^ puisque au moins vos médisances en seroient plutôt crues, quoique à la vérité vous vous condamneriez vousmêmes. Mais en disant, comme vous faites, que la calomnie contre vos ennemis n'est pas un crime, vos médisances ne seront point ctues, et vous ne laisserez pas de vous damner : car il est certaip, mes pères, et que vos auteurs graves n'anéantiront pas la justice de Dieu, i et que vous ne pouviez donner une preuve plus certaine que vous n'êtes pas dans la vérité qu'en recourant au mensonge. Si la vérité étoit pour vous, elle combattroit pour \o\xs>> e\\^ N^vaictwii ^our vous; et,
3lques ennemis que vous eussiez, la vérité vous en dé- 'erotty selon sa promesse. Vous n'avez recours au nsonge que pour soutenir les erreurs dont vous tez les pécheurs du monde, et pour appuyer les Garnies dont vous opprimez les personnes de piété qui
opposent. La vérité étant contraire à vos fins, il a u mettre votre confiance au mensonge, comme dit un iphète, Isaî.^ xxviii. Vous avez dit : « Les malheurs ui affligent les hommes ne viendront pas jusques
nous : car nous avons espéré au mensonge, et le lensonge nous protégera. » Mais que leur répond le »phète, ch. XXX? a D'autant, dit-il, que vous avez mis otre espérance en la calomnie et au tumulte, sperastis n calumnia et in tumultu^ cette iniquité vous sera imlutée, et votre ruine sera semblable à celle d'une laute muraille qui tombe d'une chute imprévue, et . celle d'un vaisseau de terre qu'on brise et qu'on icrase en toutes ses parties par un effort si puissant t si universel qu'il n'en restera pas un test avec equel on puisse puiser un peu d'eau ou porter un )eu de feu : parceque (comme dit un autre prophète, ^zéch,, xiii) vous avez affligé le cœur du juste, que e n'ai point affligé moi-môme ; et vous avez flatté et brtifié la malice des impies. Je retirerai donc mon jeuple de vos mains, et je ferai connoître que je suis eur Seigneur et le vôtre; » '" Ouij mes pères, il faut espérer que, si vous ne chan- K d'esprit, Dieu retirera de vos mains ceux que vous )mpez depuis si long-temps, soit en les laissant dans irs désordres par votre mauvaise conduite, soit en j empoisonnant pj^r vos médisances. Il fera concevoir X uns que les fausses règles de vos casvx\^Vfc^ w^V.*^
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mettront point à couvert de sa colère, et il impriment dans l'esprit des autres la juste crainte de se perdre en vous écoutant et en ajoutant foi à vos impostures, comme vous vous perdez vous-mêmes en les inventaDt et en les semant dans le monde. Car il ne s'y faut pu tromper : on ne se moque point de Dieu, et on ne viole point impunément le commandement qu'il nous a M dans rÉvangile, de ne point condamner notre prochain sans être bien assuré qu'il est coupable. Et ainsi, qodque profession de piété que fassent ceux qui se rendent faciles à recevoir vos mensonges, et sous quelque piétexte de dévotion qu'il le fassent, ils doivent appréhender d'être exclus du royaume de Dieu pour ce seul crime, d'avoir imputé d'aussi grands crimes que l'hérésie et le schisme à des prêtres catholiques et à de sainlei religieuses, sans autres preuves que des impostures aussi grossières que les vôtres. « Le démon, dit M. de (( Genève S est sur la langue de celui qui médit, et dans (( Toreille de celui qui l'écoute. Et la médisancfe, dit « saint Bernard, serm, xxiv incanL, est un poison qui tt éteint la charité en Tun et en l'autre. De sorte qu'une « seule calomnie peut être mortelle à une infinité « d'ames, puisqu'elle tue non seulement ceux qui la «publient, mais encore tous ceux qui ne la rejettent c( pas. »
P. S, Mes révérends pères, mes lettres n'avoient pas accoutumé de se suivre de si près, ni d'être si étendues. Le peu de temps que j'ai eu a été cause de l'un et de l'autre. Je n'ai fait celle-ci plus longue que parceque
i. M. de Genève. Saint ¥caacpvs de Sales , évëgue et prince de Geoèfe, étoit ainsi nommé avant sa canouisaXioiv^ qpi w%X «av^^'î»^
je n'ai pas eu le loisir de la faire plus courte. La raison qui m'a obligé de me hâter vous est mieux connue qu'à moi. Vos réponses vous réussissoient mal. Vous avez bien fait de changer de méthode ; mais je ne sais si vous avez bien choisi, et si le monde ne dira pas que vous avez eu peur des bénédictins.
Je viens d'apprendre que celui que tout le monde faisoit auteur de vos apologies les désavoue, et se fâche qu'on les lui attribue. Il a raison, et j'ai eu tort de l'en avoir soupçonné ; car, quelque assurance qu'on m'en eût donnée, je devois penser qu'il avoit trop de jugement pour croire vos impostures, et trop d'honneur pour les publier sans les croire. 11 y a peu de gens du monde capables de ces excès qui vous sont propres^ et qui marquent trop votre caractère , pour me rendre excusable de ne vous y avoir pas reconnus. Le bruit commun m'avoit emporté : mais cette excuse, qui seroit trop bonne pour vous, n'est pas suffisante pour moi, qui fais profession de ne rien dire sans preuve certaine, et qui n'en ai dit aucune que celle-là. Je m'en repens, je la désavoue, et je souhaite que vous profitiez de mon exemple.
816 DIX-8BFTIÈ1IB LBTTmB
icaiiB AU 1. p. ARVAT, jisuin
On fait Tolr^ en lavant rôqoiToqne dn mm de JaaaéDiiiSy qiifUn*y a aucune hérMe dmi FÉglîM. On montre, par le consentantil mUnime de tons les théologiens^ et -principalement dea JMtai^ que ranUnitô des papes et des conciles OBComéniqnes n'est poiDl infladllible dans les questions de &it.
D« tt janvitr 1157.
Mon RÉviBEND pjsrb.
Vôtre procédé m'avoit fait croire que vous desiricï que nous demeurassions en repos de part et d'autre, et je m*y étois disposé. Mais vous avez depuis produit tant d'écrits en peu de temps, qu'il paroît bien qu'âne paix n'est guère assurée quand elle dépend du silence des jésuites. Je ne sais si cette rupture vous sera fort avantageuse ; mais pour moi, je ne suis pas fâché qu'elle me donne le moyen de détruire ce reproche ordinaire d'hérésie dont vous remplissez tous vos livres.
Il est temps que j'arrête une fois pour toutes cette hardiesse que vous prenez de me traiter d'hérétique, qui s'augmente tous les jours. Vous le faites dans ce livre que vous venez de publier d'une manière qui ne se peut plus souffrir, et qui me rendroit enfin suspect, si je ne vous y répondois comme le mérite un reproche