MONTALTE ACCUSÉ D'HÉRÉSIE
de cette nature. J'avois méprisé cette injure dans les écrits de vos confrères, aussi bien qu'une infinité d'autres qu'ils y mêlent indifféremment. Ma quinzième lettre y avoit assez répondu ; mais vous en parlez maintenant d'un autre air, vous en faites sérieusement le capital de votre défense ; c'est presque la seule chose que vous y employez. Car vous dites a que, pour toute ré- (' ponse à mes quinze lettres, il suffit de dire quinze a fois que je suis hérétique ; et qu'étant déclaré tel, je « ne mérite aucune créance, d Enfin vous ne mettez pas mon apostasie en question, et vous la supposez comme un principe ferme, sur lequel vous bâtissez hardiment. C'est donc tout de bon, mon père, que vous me traitez d'hérétique ; et c'est aussi tout de bon que je vais vous y répondre.
Vous savez bien, mon père, que cette accusation est si importante, que c'est une témérité insupportable de l'avancer, si on n'a pas de quoi la prouver. Je vous demande quelles preuves vous en avez. Quand m'a-t-on vu à Charenton? Quand ai-je manqué à la messe et aux devoirs des chrétiens à leur paroisse? Quand ai-je fait quelque action d'union avec les hérétiques, ou de schisme avez l'Église? Quel concile ai-je contredit? Quelle constitution de pape ai-je violée? 11 faut répondre, mon père, ou.... Vous m'entendez bien.» Et que répondez-vous ? Je prie tout le monde de l'observer. Vous supposez premièrement c< que celui qui écrit <c les lettres est de Port-Royal. » Vous dites ensuite « que le Port-Royal est déclaré hérétique; » d'où vous concluez « que celui qui écrit les lettres est déclaré hé- « relique. » Ce n'est donc pas sur moi, mon père, que tombe le fort de cette accusation, mais sur le Port-
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Royal; et tous ne m'en chargei que ptrceqoe fom supposez que j'en sais. Ainsi je n'aurai pas grande peine à m'en défendre» puisque je n'ai qu'à tous dire que je n'en suis pas, et à tous renvoyer à mes leltres, où j'ai dit « que je suis seul, » et en propres termes, c que je ne suis point de Port-Royal, » comme j'ai bit dans la seisiôme lettre qui a précédé TOtre livre.
Prouvez donc d'une autre manière que je suis hérétique, ou tout le monde reconnottra votre impuissance. Prouvez par mes écrits que je ne reçois pas la coMtitution. Ils ne sont pas en si grand nombre; il n'y a que seize lettres à examiner, où je vous défie, et vous, et toute la terre, d'en produire la moindre marque. Hiis je vous y ferai bien voir le contraire. Car, quand j'ai dit, par exemple , dans la quatorzième : « Qu'en tuant, « selun vos maximes, ses frères en péché mortel, on a damne ceux pour qui Jésus-Christ est mort, » n'ai-jc / pas visiblement reconnu que Jésus-Christ est mort pour ces damnés, et qu'ainsi il est faux « qu'il ne soit « mort que pour les seuls p rédestinés, » ce qui est condamné dans la ciJîquièmeproposnîon? Il est donc sûr, mon père, que je n'ai rien dit pour soutenir ces propositions impies, que je déteste de tout mon cœur. Et quand le Port-Royal les tiendroit, je vous déclare que vous n'en pouvez rien conclure contre moi, parcequc, grâces à Dieu^ je n'ai d'attache sur la terre qu'à lasenlo Église catholique, apostolique et romaine, dans laquelle je veux vivre et mourir, et dans la communion avec le pape son souverain chef, hors de laquelle je suis très persuadé qu'il n'y a point de salut
Que ferez-vous à une personne qui parle de cette sorte, et par où m'attaquerez-vous, puisque ni mes dis-
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cours ni mes écrits ne donnent aucun prétexte à vos accusations d'hérésie, et que je trouve ma sûreté contre vos menaces dans l'obscurité qui me couvre? Vous vous sentez ft>appé par une main invisible, qui rend vos égarements visibles à toute la terre ; et vous essayez en vain de m'attaquer en la personne de ceux auxquels vous me croyez uni. Je ne vous crains ni pour moi, ni pour aucun autre, n'étant attaché ni à quelque communauté, ni à quelque particulier que ce soit. Tout le crédit que vous pouvez avoir est inutile à mon égard. Je n'espère rien du monde, je n'en appréhende rien, je n'en veux rien ; je n'ai besoin, par la grâce de Dieu, ni du bien, ni de l'autorité de personne. Ainsi, mon père, j'échappe à toutes vos prises. Vous ne me sauriez prendre de quelque côté que vous le tentiez. Vous pouvez bien toucher le Port-Royal, mais non pas moi. On a bien délogé des gens de Sorbonne, mais cela ne me déloge pas de chez moi. Vous pouvez bien préparer des violences contre des prêtres et des docteurs, mais* non pas contre moi, qui n'ai point ces qualités. Et ainsi peut-être n'eûtes-vous jamais affaire à une personne qui fût si hors de vos atteintes, et si propre à combattre vos erreurs, étant libre, sans engagement, sans attachement, sans liaison, sans relation, sans affaires; assez instruit de vos maximes, et bien résolu de les pousser autant que je croirai que Dieu m'y engagera, sans qu'aucune considération humaine puisse arrêter ni ralentir mes poursuites.
A quoi vous sert-il donc, mon père, lorsque vous ne pouvez rien contre moi, de publier tant de calomnies contre des personnes qui ne sont point mêlées dans nos différents, comme font tous vos pères? Vous
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n'échapperei pas par ces fuites: vous sentirez la fcffçe de la vérité que je voas oppose. Je vous dis que tou aoéantisses la morale chrétieaiie en la séparant de l'amour de Dieu, dont vous dispenaei les hommes; et vous me parles de Ia mort du pire Mmter^ que je nU vu de ma vie. Je fous dis que vos auteur permettent de tuer pour une pomme, quand il est honteux de fat laisser perdre ; et vous me dites « qu'on a ouvert on t tronc à Saint-Merri. » Que vonlex-voos dire de même, de me prendre tous les jours à partie sur le livre et la Sainte- Virginité ^^ fiiit par an père de l'Oratoire qoe je ne vis jamais, non plus que son livre? je vous admire, mon père, de considérer ainsi tous ceux qui vous sont contraires comme une seule personne. Votre haine les embrasse tous «ensemble» et en forme comme un corps de réprouvés, dont vous voulex que chacun réponde pour les autres.
Il y â bien de la différence entre les jésuites et ceux qui les combattent. Vous composez véritablement un corps uni sous un seul chef; et vos règles, comme je Tai fait voir, vous défendent de rien imprimer sans Taveu de vos supérieurs, qui sont rendus responsables des erreurs de tous les particuliers, « sans qu'ils puisce sent s'excuser en disant qu'ils n'ont pas remarquées « erreurs qui y sont enseignées, parcequ'ils les dpivent « remarquer» selon vos ordonnances, et selon les lettres
1 . Ce livre de la Sainte-Virginité est une traduction que le père Segnenot, prêtre de l'Oratoire, avoit faite d'un livre de saint Augustin. Jusque-là il n'y ayoit rien à reprendre : mais ce père y joignit quelques remarques bizarres et singulières, qui ont mérité une juste censure; et comme ce livre veuoit d'an père de TOratoire, dont la congrégation a toujours été attachée à la doctrine de saint Augustin, on chercha k en iaita leXomlb^t \ft \i\l\ûfe «ot \»& ^ansémstes.
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