‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 79 sur 89 · JÉSUITES CONTRAIRES AUX CONCILES · texte numérisé non relu

JÉSUITES CONTRAIRES AUX CONCILES

donc pas ici une queslion de fait de même nature que les précédentes? La pape a déclaré que l'erreur des cinq propositions est dans Jansénius, de même que ses prédécesseurs avoient déclaré que l'erreur des nestç^ii^, riens et des monothélites étoit dans les écrils de Théodoret et d'Honorius. Sur quoi vos pères ont écrit qu'ils condamnent bien ces hérésies, /mais Qu'ils ne demeurent pas d'accord que ces auteurs les aient tenues : de môme que vos adversaires disent aujourd'hui qu'ils condamnent bien ces. cinq propositions, mais qu'ils ne sont pas d'accord que Jansénius les ait enseignées. En vérité, mon père, ces cas-là sont bien semblables : et s'il s'y trouve quelque différence, il est aisé de voir combien elle est à l'avantage de la question présente, par la comparaison de plusieurs circonstances particulières qui sont visibles d'elles-mêmes, et que je ne m'arrête pas à rapporter. D'où vient donc, mon père, que, dans une même cause, vos pères sont catholiques, et vos adversaires hérétiques? Et par quelle étrange exception les privez-vous d'une liberté que vous donnez à tout le reste des fidèles?

, Que direz-vous sur cela, mon père ? « Que le pape a « confirmé sa constitution par un bref?» Je vous répondrai que deux conciles généraux et deux papes ont confirmé la condamnation des lettres d'Honorius. Mais quel fond prétendez-vous faire sur les paroles de ce bref? par lesquelles le pape déclare « qu'il a condamné « la doctrine de Jansénius dans ces cinq propositions?» Qu'est-ce que cela ajoute à la constitution? et que s'ensuit-il de là? sinon que comme le sixième concile condamna la doctrine d'Honorius, parcequ'il croyoit qu'elle étoit la même que celle des moivoVlvfeV\\.ç^s»\ ^<è.\svCt.\ss&\ft.

niI-SEPTlÈME LETTRE

pape il (lit qu'il a comlamné la doctrine de Jansétiius dan« (.Ts cJag propositions, parce qu'il a suppose qu'elle étoit la infime que ces cinq propositions. Et

Il i^eommenl ne IVùl-il pas cru? Votre société ne publie autre chose; el vous-mOme, mon père, qui avez dil qu'elles y sont mot ri mot, vous étiez à Home au temps de la censure; car je vous rencontre par-tout. Se fût-il défié de la sincérité ou de la sufllsance de tant de religieux graves? Et comment n'eflt-il pas cru que la doctrine de Jansénius étoit la même que celle des cinq propositions, dans ra:isucance que vous lui aviez donnée qu'elles étoient mot à mot de cet auteur? H est donc visible, mon père, que, s'il se trouve que Jansénius ne les ait pas tenues, il ne Taurlra pas dire, comme vos pères ont Fiiit dans leurs e.wmplcs, que le pape s'est trompé en ce point de fait, ee qn'il «st tott> jours fïcheuiE de pnblier : mais il be faudra que dire que vous avez trompé le pape; ce qui n'apporte

"'' plus de scandale, tant on vous connolt maintenant. Ainsi, mon père, toute cette matière est bien éloignée de pouvoir former une hérésie. Mais comme vous voulez en faire une à quelque prix que ce soil, vous avez essayé de détourner la question du point de fait pour la mettre en un point de foi ; et c'est ce que vous faites en cette sorte ; « Le pape, dites-vous, déclare « qu'il a condamné la doctrine de Jansénius dans ces a cinq propositions : donc il est de foi que la doctrine « de Jansénius touchant ces cinq propositions est héré- H tique, telle qu'elle soit, » Voilà, mon père, un point de foi bien étrange, qu'yne doctrine est hérétique telle qu'elle puisse Sire. Eh quoil si, selon Jansénius, on peut résister à la grâce intérieure, e.\, %'\\ ft^\. ^wt., f;bVsj&

lui, que Jésus-Christ ne soit mort que pour les seuls prédestinés, cela sera-t-il aussi condamné, parceque c'est sa doctrine? Sera-t-ii vrai, dans !a constitution du pape, que ton a la liberté de faire le bien et le mal? et cela serat-il faux dans Jansénius? Et par quelle "fatalité serat-il si malheureux, que la vérité devienne hérésie dans son livre? Ne faut-il donc pas confesser qu'il n'est hérétique qu'au cas qu'il soit conforme à ces erreurs condamnées ? puisque la question du pape est la règle à laquelle on doit appliquer Jansénius pour juger de ce qu'il est selon le rapport qu'il y aura ; et qu'ainsi on résoudrai cette question, savoir si sa doctrine est hérétique, par cette autre question de fait, savoir si elle est conforma au sens de ces propositions; étant impossible qu'elle ne soit hérétique , si elle y est conforme; et qu'elle ne soit catholique, si elle y est contraire. Car enfin, puisque, selon le pape et les évéques, les propositions sont condamnées en ieur sens propre et naturel, il est impossible qu'elles soient condamnées au sens de Jansénius, sinon au cas que le sens de Jansénius soit le même que le sens propre et naturel de ces propositions, ce qui est un point de fait. La question demeure donc toujours dans ce point de fait, sans qu'on puisse en aucune sorte l'en tirer pour la mettre dans le droit. Et ainsi on n'en peut faire une matière d'hérésie; mais vous en pourriez bien faire un prétexte de persécution, s'il n'y afoit sujet d'espérer qu'il ne se trouvera point de personnes qui entrent assez dans vos intérêts pour suivre un procédé si injuste, et qui veuillent contraindre de signer, comme vous le souhaitez, que l'on condamne ces propositions au sens de Jansénius, sans exç\\G^v\e,T ç,^ k^^ ^^'^

que ce sons de Jansénius. Peu de gens sont disposés à signer une confession de foi en blanc Or, ce serait en signer une en blanc, que vous rempliriez ensuite de tout ce qu'il vous plairoit ; puisqu'il vous seroit libre d'interpréter à votre gré ce que c'est que ce sens de , Jansénius qu'on n'auroit pas expliqué. Qu'on l'explique donc auparavant, autrement vous nous feriez encore ici un pouvoir prochain, abstrahendo ab omni sensu. Vous savez que cela ne réussit pas dans le monde. On y hait l'ambiguité» et surtout en matière de foi, où il est bien juste d'entendre pour le moins ce que c'est que l'on condamne. Et comment se pourroit-il faire que des docteurs, qui sont persuadés que Jansénius n'a point d'autre sens que celui de la grâce efficace, consentissent à déclarer qu'ils condamnent sa doctrine sans l'expliquer, puisque dans la créance qu'ils en ont, et dont on ne les retire point, ce ne seroit autre chose que condamner Ja grâce efficace, qu'on ne peut condamner sans crime? Ne seroit-ce donc pas une étrange tyrannie de les mettre dans cette malheureuse nécessité, ou de se rendre coupables devant Dieu, s'ils signoient cette condamnation contre leur conscience, ou d'être traités d'hérétiques, s'ils refusoient de le faire?

Mais tout cela se conduit avec myslère. Toutes vos démarches sont politiques. 11 faut que j'explique pourquoi vous n'expliquez pas ce sens de Jansénius. Je n'écris que pour découvrir vos desseins, et pour les rendre inutiles en les découvrant. Je dois donc apprendre à ceux qui l'ignorent que votre pricipal intérêt dans cette dispute étant de relever la grâce suffisante de votre Molina, vous ne le pouvez faire sans ruiner la grncc efficace,, qui y eç>l VouV ç^v^oç^^e» Mais comme

VOUS voyez celle-ci aujourd'hui autorisée à Rome, et parmi tous les savants de l'Église, ne la pouvant combattre en elle-même, vous vous êtes avisés de l'attaquer sans qu'on s'en aperçoive, sous le nom de la doctrine de Jansénius. Ainsi il a fallu que vous ayez recherché de faire condamner Jansénius sans l'expliquer; et que, pour y réussir, vous ayez fait entendre que sa doctrine n'est point celle de la grâce efficace, afin qu'on croie pouvoir condamner Tune sans l'autre. De là vient que vous essayez aujourd'hui de le persuader à ceux qui n'ont aucune connoissance de cet auteur. Et c'est ce que vous faites encore vous-même, mon père, dans vos Cavill. p. 23, par ce fin raisonnement : « Le pape a « condamné la doctrine de Jansénius; or, le pape n'a a pas condamné la doctrine de la grâce efficace : donc (( la doctrine de la grâce efficace est différente de celle « de Jansénius. » Si cette preuve était concluante, on montreroit de même qu'Honorius et tous ceux qui le soutiennent sont hérétiques en cette sorte. Le sixième concile a condamné la doctrine d'Honorius; or, le concile n'a pas condamné la doctrine de l'Église : donc la doctrine d'Honorius est différente de celle de l'Église; donc tou)s ceux qui le défendent sont hérétiques. 11 est visible que cela ne conclut rien : puisque le pape n'a condamné que la doctrine des cinq propositions, qu'on lui a fait entendre être celle de Jansénius.

Mais il n'importe; car vous ne voulez pas vous servir longtemps de ce raisonnement. Il durera assez, tout foible qu'il est, pour le besoin que vous en avez. Il ne vous est nécessaire que pour faire que ceux qui ne veulent pas condamner la grâce efficace condamnent Jansénius sans scrupule. Quand cela «>eT^lô\V^ ç^w ^\JçX\<e^'is.

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bient6t votre argument, et les signatares demeurant en témoignage étemel de la condamnation de Jansénius, vous prendrei l'occasion d'attaquer directement la grâce efficace, par cet autre raisonnement bien plos solide, que vous formerec en son temps : « La doctrine « de Jansénius, direz- vous, a été condamnée par les « souscriptions universelles de toute l'Église; or, cette « doctrine est manifestement celle de la grâce efficace; • et vous prouverai cela bien facilement : « Donc la doe- « trine de la grâce efficace est condamnée par l'aven « môme de ses défenseurs. »

Voilà pourquoi vous proposez de çigner cette condamnation d'une doctrine sans l'expliquer. Voilà l'avantage que vous prétendez tirer de ces souscriptions. Mais si vos adversaires^ y résistent, voQs tendez un autre piège à leur refus. Car ayant joint adroitement la question de foi à celle de fait, sans vouloir permettre qu*ils Ten séparent, ni qu'ils signent l'une sans l'autre, comme ils ne pourront souscrire les deux ensemble, vous irez publier partout qu'ils ont refusé les deux ensemble. Et ainsi, quoiqu'ils ne refusent en effet que de reconnoître que Jansénius ait tenu ces propositions qu'ils condamnent, ce qui ne peut faire d'hérésie, vous direz hardiment qu'ils ont refusé de condamner les propositions en elles-mêmes, et que c'est là leur hérésie.

Voilà le fruit que vous tirerez de leur refus, qui ne vo'is sera pas moins utile que celui que vous tireriez de leur consentement. De sorte que si on exige ces signatures, ils tomberont toujours dans vos embûches, soit qu'ils signent, ou qu'ils ne signent pas; et vous aurez votre compte de pari ow àl^xxVc^ •. vsvx!»Xnw>& w<kl

eu d'adresse à mettre les choses en état de vous être toujours avantageuses, quelque pente qu'elles puissent prendre.

Que je vous connois bien, mon père! et que j'ai de douleur de voir que Dieu vous abandonne, jusqu'à vous faire réussir si heureusement dans une conduite si malheureuse ! Votre bonheur est digne de compassion, et ne peut être envié que par ceux qui ignorent quel est le véritable bonheur. C'est être charitable que de traverser celui que vous recherchez en toute celte conduite; puisque vous ne l'appuyez que sur le men- ^ songe, et que vous ne tendez qu'à faire croire l'une de ces deux faussetés : ou que l'Église a condamné la grâce efficace, ou que ceux qui la défendent soutiennent les cinq erreurs condamnées.

Il faut donc apprendre à tout le monde, et que la grâce efficace n'est pas condamnée par votre propre aveu, et que personne ne soutient ces erreurs; afin qu'on sache que ceux qui refuseroient de signer ce que vous voudriez qu'on exigeât d'eux ne le refusent qu'à cause de la question de fait; et qu'étant prêts à signer celle de foi, ils ne sauroient être hérétiques par ce refus; puisque enfin il est bien de foi que ces propositions sont hérétiques, mais qu'il ne sera jamais de foi qu'elles soient de Jansénius. Us sont sans erreur, cela suffît. Peut-être interprètent-ils Jansénius trop favorablement ; mais peut-être ne l'interprétez- vous pas assez favorablement. Je n'entre pas là-dedans. Je sais au moins que, selon vos maximes, vous croyez pouvoir sans crime publier qu'il est hérétique contre votre propre connoissance ; au lieu que, seloti les le\y;:^^\l% ne pàurroient sans crime dire qu'il esl e^Ûic:X\Q^^^ '^^'^

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n'en étoient persuadés. Ds sont donc plos sincàres qoe voos, mon père ; ils ont plus eianiiné Jansénius qae yfoon; ils ne sont pas moins intelligents que tous; ils ne sont dose pas moins croyables qae vous. Mais quoi qu'il en soit- de ce point de fait, ils^ sont ce^ tainement catholiques, pdsqull n*est pas nécessaire, pour Tétre, de dire qu'on autre ne l'est pas, et que, sans charger personne d'erreur, c'est assez de s'en décharger soi-mAme.

A la fimàê cette kttre, dam la première éditimi^ » iromfeiU cei moti :

Mon révérend père, si vous avez peine à lire cette lettre, pour ne pas être en assez beau caractère, ne vous en prenez qu'à vous-même. On ne me donne pas des privilèges comme à vous. Vous en avez pour combattre jusqu'aux miracles; je n'en ai pas pour me défendre. On court sans cesse les imprimeries. Vous ne me conseillerez pas vous-même de vous écrire davantage dans celte difficulté; car c'est un trop grand embarras d'être réduit à l'impression d'Osnabruck.

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