DE EA FAUSSE DÉVOTION
]>ratiquant tou.s les jours la dévotion de saluer les images de la Vierge, vécut toute sa vie en péché mortel , et mourat enfin en cet état, et qui ne laissa pas d’être sauvée p>ar le mérite de cette dévotion. Et comment cela? m’écriai-je. C’est, dit-il, que notre Seigneur la fit ressusciter exprès. Tant il est sûr qu’on ne peut périr quand on pratique quelqu’une de ces dévotions.
En vérité , mon père , je sais que les dévotions à la Vierge sont un puissant moyen pour le .salut, et que les moindres sont d’un grand mérite, quand elles partent d’un mouvement de foi et de charité , comme dans les saints qui les ont jtratiquées. Mais de faire croire à ceux qui en usent sans changer leur mauvaise vie , qu’ils se convertiront à la mort , ou que Dieu les ressuscitera , c’est ce que je trouve bien plus propre à entretenir les pécheurs dans leurs désordres , par la fausse paix que cette confiance téméraire apporte, qu’à les en retirer par une véritable conversion que la grâce seule peut produire. « Qu’iin- « ftorte, dit le père , par où nous entrions dans le pa- « radis, moyennant que nous y entrions?» comme dit sur un semblable sujet notre célébré père fiinet, qui a été notre provincial , en son excellent livre De la marque de prédesiinalion , n. 3 1 , page 1 3o de la quinzième édition. « .Soit de bond ou de volée, que * nous en chaut-il , pourvu que nous prenions la ville* « de gloire? » comme dit encore ce père au même lieu. J’avoue , lui dis-je , que cela n’importe ; mais la question est de .savoir si on y entrera. I.a Vierge , dit-
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il , en répond ; voyez-lc dans les dernières lignes du livre du père Barry : « S’il arrivoit qu’à la mort l’en- « neini eût quelque prétention sur vous, et qu’il y n eût du trouble dans la petite république de vos pen- « secs , vous n’avez qu’à dire que Marie répond pour , « vous , et que c’est à elle qu’il faut s’adresser. »
Mais, mou père, qui voudroit pousser cela vous embarrasseroit; car enfin qui nous a assure que la , Vierge en répond? Le père Barry, dit-il , en répond pour elle, page 465: «Quant au profit et bonheur « qui vous en reviendra, je vous en réponds, et me « rends pleige pour la bonne mère. » Mais , mon père, qui répondra pour le père Barry? Comment! dit le père, il est de notre compagnie. Et ne savezvous pas encore que notre société répond de tous les livres de nos pères ? Il faut vous apprendre c-ela ; il est bon que vous le sachiez. Il y a un ordre dans notre société , par lequel il est défendu à toutes sortes de libraires d’imprimer aucun ouvrage de nos pères sans l’approbation des théologiens de notre compagnie, et sans la permission de nos supérieurs. C’est un réglement fait par Henri III, le 10 mai i583, et confirmé par Henri IV, le 20 décembre 1 6o3 , et par Louis XIII, le i4 février 1612: de sorte que tout notre corps est responsable des livres de chacun de nos pères. Cela est particulier à notre compagnie ; et •de là vient qu’il ne sort aucun ouvrage de chez nous qui n’ait l’esprit de la société. Voilà ce qu’il étoit à l propos de vous apprendre. Mon père, lui dis-je,
vous m’avez fait plaisir, et je suis fâché seulement de
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DE LA FAUSSE DÉVOTION. 173 ne l’avoir pas su plus tôt; car cette connoissance eiifpiyeàavoir bien plus d’attention pour vos auteurs. Je l’eusse fait, dit-il, si l’occasion s’en fut offerte; mais proKtcz-en à l’avenir, et continuons notre sujet.
Je crois vous avoir ouvert des moyens d’assurer son .salut assez faciles , assez sûrs et en assez grand nombre : mais nos pères souhaiteroient bien qu’on n’en demeurât pas à ce premier degré , où l’on ne fait (jue ce qui est exactement nécessaire pour le salut. Comme ils aspirent sans cesse à la plus grande gloire de Dieu , ils voudroient élever les hommes à une vie plus pieuse. Et pareeque les gens du monde sont d’ordinaire détournés delà dévotion par l’étrange idée qu’on leur en a donnée , nous avons cru qu’il étoit d’une extrême importance de détruire ce premier obstacle ; et c’est en quoi le père Le Moine a acquis beaucoup de réputation par le livre de la Dévotion aisée, qu’il a fait à ce dessein. C'est là qu'il fait une peinture tout-à-fait charmante de la dévotion. Jamais personne ne l’a connue comme lui. Aj> prencz-le par les premières paroles de cet ouvrage : « La vertu ne s’est encore montrée à personne ; on « n’en a point fait de portrait qui lui ressemble. Il n’y * a rien d’étrange qu’il y ait eu si peu de presse à « grimper sur son rocher. On en a fait une flicheuse « qui n’aime que la solitude; on lui a associé la dou- « leur et le travail ; et enfin on l’a faite ennemie des « divertissements et des jeux , qui sont la fleur de la «> joie et l'assaisonnement de la vie. » C'est ce qu’il dit, page ga.
Mais, mon père, je sais bien au moins qu'il y a de ('rands saints dont la vie a été extrêmement austère. Cela est vrai , dit-il ; mais aussi « il s’est toujours O vu des saints polis, et des dévots civilisés, » selon ce père, page 191; et vous verrez, page 86, que la différence de leurs mœurs vient de celle de leurs humeurs. Écoutcz-le. • Je ne nie pas qu'il ne se voie O des dévots qui sont pâles et mélancoliques de leur « complexion , qui aiment le silence et la retraite , et
> qui n'ont que du flegme dans les veines, et de la « terre sur le visage. Mais il s’en voit assez d’autres « qui sont d’une complexion plus heureuse, et qui O ont abondance de cette humeur douce et chaude, « et de ce sang bénin et rectifié qui fait la joie. •
Vous voyez de là que l’amour de la retraite et du silence n'est pas commun à tous les dévots ; et que , comme je vous le disois, c'est l'effet de leur complexion plutôt que de la piété. Au lieu que ces mœurs austères dont vous parlez sont proprement le caractère d’un sauvage et d'un farouche. Aussi vous les verrez placées entre les mœurs ridicules et brutales d’un fou mélancolique, dans la description que le père Le Moine en a faite au septième livre de scs Peintm-es morales. En voici quelques traits. « Il est
> sans yeux pom' les beautés de l’art et de la nature. O II croiroit s’être chargé d’un fardeau incommode , « s’il avoit pris quelque matière de plaisir pour soi. « Lcsjoui-s de fêtes, il se retire parmi les morts. Il « s'aime mieux dans un tronc d’arbre ou dans une « grotte que dans un jKilais ou sur un trône. (Jiiant