‹ Lettres écrites a un provincial (volume 4)Chapitre 21 sur 47 · DÉVOTION AISÉE · texte numérisé non relu

DÉVOTION AISÉE

•aux affronts et aux injures , il y est aussi insensible « que s’il avoit des yeux et des oreilles de statue. « L’honneur et la gloire sont des idoles qu’il ne con- !■ noit point, et pour lesquelles il n’a point d’encens « à offrir. Une belle personne lui est un spectre. Et « ces visages impérieux et souverains , ces agréables 0 tyrans qui font par-tout des esclaves volontaires et « sans chaînes , ont le même pouvoir sur ses yeux que « le soleil sur ceux des hiboux , etc. »

Mon révérend père , je vous assure que , si vous ne m’aviez dit que le père Le Moine est l’auteur de cette peinture , j'aurois dit que c’eut été quelque impie qui l'auroit faite à dessein de tourner les saints en ridicule. Car, si ce n’est là l’image d’un homme toutà-fait détaché des sentiments auxquels l’Evangile oblige de renoncer, je confesse que je n’y entends rien. Voyez donc, dit-il, combien vous vous y connoissez peu ; car ce .sont là « des traits d’un esprit • foible et sauvage, qui n’a pas les affections lion- « nétes et naturelles qu’il devroit avoir, » comme le père Le Moine le dit à la fin de cette desciiption. C’est par ce moyen qu’il « enseigne la vertu et la phi- « losophie chrétienne, » selon le dessein (ju’il en avoit dans cet ouvrage , comme il le déclare dans l’avertissement. Et en effet, on ne peut nier que cette méthode de traiter de la dévotion n’agrée tout autrement au monde que celle dont on se servoit avant nous. Il n’y a point de comparaison , lui dis-je , et je commence à espérer que vous me tiendrez parole. Vous le verrez bien mieux dans la suite, dit-il ; je ne

vous ai encore parlé de la pieté qu’en général. Mais^ pour vous faire voir en détail combien nos pères en ont ôté de peines , n’est-ce pas une chose bien pleine de consolation pour les ambitieux , d’apprendre qu’ils peuvent conserver une véritable dévotion avec un amour désordonné pour les grandeurs? Eh quoi! mou père , avec quelque excès qu’ils les recherchent? Oui , dit-il ; car ce ne seroit toujours que péché véniel , à moins qu’on ne désirât les giandeurs pour offenser Dieu ou l’état plus commodément. Or les péchés véniels n’empéchent pas d’étre dévot, puisque les plus glands suints n’en sont pas exempts. Écoutez doncEscobar, tr. 2, ex. 2, n. 17. « L’ambition, qui <■ est un appétit désordonné des charges et des gran- « deurs , est de soi-même un péché véniel : mais , « quand on désiré ces grandeurs pour nuire à l'état , « ou pour avoir plus de commodité d’offenser Dieu, « ces circonstances extérieures le rendent mortel. » Cela est assez commode, mon père. Et n’est-ce pas encore, continua-t-il, une doctrine bien douce pour les avares de dire, comme fait Escobar, au tr. 5, ex. 5, n. 154^“ sais que les riches ne péo chent point mortellement quand ils ne donnent ■ point l'aumône de leur superflu dans les grandes « nécessités des pauvres ; Scio in gravi pauperum ne- « cessitate diviles non dando sujjerJlua , non fteccarc mor- « taliier? O En vérité, lui dis-je, si cela est, je vois bien que je ne me connois guère en péchés. Pour vous le montrer encore mieux, dit-il, ne pensezvous pas que la bonne opinion de soi-même , et la

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