DE L’ENVIE
complaisance <|u’on a poui- .ses ouvrajjes , est un pcclié des [dus dangereux? Et ne serez-vous pas hieu surpris si je vous fois voir qu'encore niêrue que cette bonne opinion soit sans fondement, c'est si peu un péché , que c’est au cUtitrairc un don de Dieu? Est-il possible , mon père? Oui , dit-il , et c'est ce que nous a appris notre grand père Garasse, dans son livre françois intitulé : Somme des vérilés capitales de la religion, part. II, p. 4'9- “C’est un efl’et, dit-il, de la «justice commutative, que tout travail bonnéte soit «récompensé ou de louange, ou de satisfaction.. . «Quand les bons esprits font un ouvrage excellent,
« ils sont justement récompensés par les louanges « publiques. Mais quand un pauvre esprit travaille « beaucoup pour ne rien faire qui vaille , et qu’il ne « peut ainsi obtenir des louanges ptibliques , aKn que « son travail ne demeure jtas sans récompense , Dii;u « lui en donne «une satisfaction personnelle qii’oti « ne peut lui envier sans une injustice plus que bar- « Eare.* C'est ainsi que Dieu, qui est juste, donne • aux grenouilles de la satisfoction de leur chant. » Voilà, lui di.s-je, de belles décisions en faveur de lu vanité, de l’ambition, et de l’avarice. Et l’envie, mon père, sera-t-elle plus difficile à excuser? Ceci est délicat, dit le père. 11 faut user de la distinction ^ du père Bauny , dans sa Somme des péchés. Car sou sentiment, c. vu , p. 1 2.1, de la cinquième et sixième édition, est Hl|ne l’envie du bien spirituel du pro- « chain est mortelle , mais que l’envie du bien tem- « porel n’est que vénielle. » Et par quelle raison, mon
père? Ecoutcz-la, inu dit-il. « Ciir le bien qui se trouve « ès choses temporelles est si mince, et de si peu de >1 conséquence pour le ciel , qu’il est de nulle consio dêralion devant Dieu et ses saints.» Mais, mon père , si ce bien est si mince etfle si petite considération , comment permettez-vous de tuer les hommes j)our le conserver? Vous prenez mal les choses , dit le père ; on vous dit que le bien est île nulle considération devant Dieu , mais non pas devant les hommes. Je ue pensois pas à cela, lui dis-je; et j’espère que, par ces distinctions-là, il ne restera plus de péchés mortels au monde. Ne pensez pas cela , dit le père, car il y en a qui sont toujours mortels de leur nature , comme par exemple la paresse.
O mon père ! lui dis-je , toutes les commodités de la vie sont donc perdues ? Attendez , dit le père , quand vous aurez vu la définition de ce vjee iju’Escohar en donne, tr. a, ex. a, n. 81, peut-étre*eu jugerez-vous autrement; écoutez-la. « La paresse est une tris^^^e « de ce que les choses spirituelles sont spirituelles ,
O comme seroit de s’affliger de ce que les sacrement^ O sont la source de la grâce ; et c'est un péché nior- ' a tel. » O mon père ! lui dis-je , je ne crois pas que personne se soit jamais avisé d’etre paresseux en cette sorte. Aussi, dit le père, Escobar dit ensuite, n. lo.T : " J’avoue qu’il est bien rare que personne a tombe jamais dans le péché de paresse. » Comprenez-vous bien par-là com])ien il imporfl^de bien définir les choses? Oui, mon père, lui di.s-je, et je me souviens sitr cela de \ os autres définitions de l’assas-
DE LA PARESSE , DE I.A GOURMAND. 1 79 sinat, du guet-apciis, et des biens superflus. Et d’où vient, mon père, que vous n’étendez pas cette mé- Üiode à toutes sortes de cas , pour donner à tous les» pécliés des définitions de votre façon, afin qu’on ne péchât plus en satisfaisant ses plaisirs?
Il n’est pas toujours nécessaire, me dit-il , de changer pour cela les définitions des choses. Vous l’allez voir sur le sujet de la bonne chère, qui passe pour un des plus grands plaisirs de la vie, et qu’Escobar permet en cette sorte, u. 102, dans la Pratùpie selon notre société: « Est-il permis de boire et de manger « tout son soiil sans nécessité, et pour la seule vo- « lupté? Oui certainement, selon Sanchez, [loni vn « que cela ne nuise point à la santé , parccqu’il est « permis à l’appétit naturel de jouir des actions qui « lui sont propres: an co.mf.deke, et bibere usque ad « salietatein absque necessitate ob solam volujilatein, sil • peccatum? Cum Sanctio négative respondeo, modo U non obsit valetudini , quia licite jwtest appetitus natu- 0 jolis suis aelibus Jrui. » O mon père! lui dis-je, voilà le passage le plus complet, et le principe le plus achevé de toute votre morale , et dont on peut tirer d’aussi cymraodes conclusions. Eh quoi I lagourtnandise n’est donc pas même un péché véniel? Non pas, dit-i|, eu la manière que je viens de dire; mais elle seroit péché véniel selon Escobar, n. 56, « si, .saus . « aucune nécessité, on se gorgeoit du boire et du « manger jusqu’à vomir : si quis se usque ad j’oniitum « ingurgitet. »
Cela suffit sur ce sujet ; et je veux maintenant vous
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parler des facilités que nous avons apportées pour faire éviter les péchés dans les conversations etdan.s • les intrigues du monde. Une chose des plus embarrassantes qui s’y trouve est d’éviter le mensonge, et sur-tout quand on voudrait bien faire accroire une chose fausse. C’est à quoi sert admirablement notre doctrine des équivoques, par laquelle « il est permis O d'user de termes ambigus , en les luisant entendre « en un autre sens qu’on ne les entend soi-mëme , » comme dit Sanchez, Op. mor. p. 2, liv. III, ch. vi, n. 1 3. Je sais cela, mon père, lui dis-je. Nous l’avons tant publié, continua-t-il, qu’à la fin tout le monde en est instruit. Mais savez-vous bien comment il faut faire quand on ne trouve point de mots équivoques? Non, mon père. Je m’en doutois bien, dit-il; cela est nouveau : c’est la doctrine des restrictions mentales. Sanchez la donne au même lieu : « On peut jurer, « dit-il, qu’on n’a pas fait une chose, quoiqu’on l’ait « faite effectivement, en entendant en soi-uiéme qu’on • ne l'a pas faite un certain jour ou avant qu’on fïit « né, ou en sous-entendant quelque autre circon- « stance pareille , sans que les paroles dont on se « sert aient aucun sens qui le puisse faire cgnnoitre; O et cela est fort commode en beaucoup de renaiii- « très, et est toujours très juste quand cela est né- • « ccssaire ou utile pour la .santé, l’honneur ou le « bien. »
Comment! mon père, et n’est-ce pas là un mensonge, et même un parjure? Non , dit le père : Sanchez le prouve au meme lieu, et notre père Filiutius
DES RESTRICTIONS MENTALES. i8i uu.ssi, tr. a5, ch. xi, n. 33 1 ; parce, dit-il, que « c’est « l'intention qui régie la qualité de l'action. « Et il y donne encore, n. 3a8, un autre moyen plus sûr d’é-, viter le mensonge ; c’est qu’après avoir dit tout haut, Je jure que je n'ai j>otn( fait cela, on ajoute tout bas , aujourd'hui; ou qu’après avoir dit tout haut. Je jure , on dise tout bas, que je dis , et que l'on continue ensuite tout haut, que je n’ai point fait cela. Vous voyez bien que c’est dire la vérité. Je l’avoue, lui dis-je; mais nous trouverions peut-être que c’est dire la vé- rité tout bas, et un mensonge tout haut: outre que je craindrois que bien des gens n’eussent pias assez de présence d’esprit pour se servir de ces méthodes. Nos pères , dit-il , ont enseigné au même lieu , en laveur de ceux qui ne sauroient p;is user de ces restrictions, qu’il leur suffit, pour ne point mentir, de dire simplement quiU nônt point fait ce qu’ils ont fait, pourvu «qu’ils aient en général l'intention de « donner à leurs discours le sens qu’un habile homme « y donnerait. »
Dites la vérité, il vous est arrivé bien des fois d’être embarrassé, manque de cette connoissance? Quelquefois, lui dis-je. Et n’avouerez-vous pas de même, continua-t-il , qu’il seroit souvent bien commode d’être dispensé en conscience de tenir de certaines paroles qu’on donne? Ce seroit, lui dis-je, mon père, la plus grande commodité du monde! Écoutez donc Escobar au traité 3 , ex. 3 , n. 48 , où il donne cette règle générale : « Les promesses n’o- • bligent point , quand on n’a point intemion de
i8a NEIÎVlfîMR LKTTÜE.
0 s’obliger en les ibisant. Or, il n’arrive guère qu'on « ait cette intention, à moins que l’on les confirme « par serment ou par contrat : de sorte que , quand « on dit simplement : Je le ferai , on entend qu’on « le fera si on ne change de volonté: car on ne veut « pas sc priver par-là de sa liberté. » Il en donne d’autres que vous y pouvez voir vous-même ; et il dit à la fin , O que tout cela est pris de Molina et de nos i< autres auteurs ; Omnia ex Molina et aliis. Et ainsi « on u’en peut pas douter. »
O mon père ! lui dis-je, je ne savois pas que la direction d’intention eût la force de rendre les promesses nulles. Vous voyez, dit le père, que voilà une grande làcilité pour le commerce du monde : mais ce qui nous a donné le plus de peine, a été de régler les conversations entre les hommes et les femmes ; car nos pères sont plus réservés sur ce qui regarde la chasteté. Ce n’est pas qu’ils ne traitent des questions assez curieuses et assez indulgentes , et principalement pour les personnes mariées ou fiancées. J'appris sur cela les questions les plus extraordinaires qu’on puisse s’imaginer; il m’en donna de quoi remplir plu.sieurs lettres : mais je ne veux pas .seulement en marquer les citations, pareeque vous laites voir mes lettres à toutes sortes de personnes , et je ne vondrois pas donner l’occasion de cette lecture à ceux qui n’y chercheroient que leur divertissement.
La seule chose que je puis.se vous* marquer de ce qu’il mamontra dans leurs livres, même françois ,
UK LA CHASTETK. i83
est ce que vous pouvez voir dans la Somme des péfilés du père Dauny, p. 1 65 , de certaines petites privautés qu’il y explique , pourvu qu'on dirige bien son intention , comme à passer pour ijalant : et vous serez surpris d’y trouver, p. 148, un principe de morale touchant le pouvoir qu’il dit que les filles ont lie disposer de leur virginité sans leurs parents. Voici ses termes: « Quand cela se fait du consente- « ment de la fille , quoique le père ait sujet de s’en « plaindre, ce n’est pas néanmoins que ladite fille , U ou celui à qui elle s’est prostituée, lui aient fait «aucun tort, ou violé pour son égard la justice; car « la fille est en possession de sa virginité aussi bien O que de son corps ; elle en peut faire ce que bon lui O semble , à l’exclusion de la mort ou du retranclie- «ment de ses membres. » Jugez par-là du reste. Je me souvins sur cela d’un passage d’un poète |iaïen , qui a été meilleur casuiste que ces pères, puisqu’il a dit : « Que la virginité d’une fille ne lui appartient « pas tout entière; qu’une partie appartient au père, n et l’autre à la mère , sans le.squels elle n’en peut « tlisjjoser même pour le mariage. » Et je doute qu’il y ait aucun juge qui ne prenne pour une loi le contraire de cette maxime du père lîauny.
Voilà tout ce que je puis dire de tout ce <jue j’etitcudis, et qui dura si long-temps, que je fus obligé de prier enfin le père de changer de matière. Il le fit, et m’entretint de leurs réglements pour les habits des femmes en cette .sorte. Nous ne parlerons point, dit-il, de celles qui auroient l’intention im—
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pure ; mais pour les autres , Escobar dit au tr. i , ex. 8 , n. 5 : >i Si on se pare sans mauvaise intention, a mais seulement pour satisfaire l’inclination natu- « relie qu'on a à la vanité , ob natwalem fastus in- « clinationem , ou ce n’est qu’un péché véniel , ou ce n’est point péché du tout. » Et le père Bauny, en « sa Somme des péchés , ch. xlvi , pag. 1 094 , dit : n Que bien que la femme eut connoissance du mau- « vais effet que sa diligence à se parer opèreroit et «au corps et en l’anie de ceux qui la contemple- « roieut ornée de riches et précieux habits , qu’elle « ne pécheroit néanmoins en s’en servant. » Et il cite entre autres notre père Sanchez pour être du meme avis.
Mais , mon père , que répondent donc vos auteurs aux passages de l’Écriture , qui parlent avec tant de véhémence contre les moindres choses de cette sorte? Lessius, dit le père, y a doctement sati.sfàit. De Just. livre IV, c. tv, d. i4, n- i i4i en disant: O Que ces passages de l’Ecriture n’étoient des « préceptes qu’à l’égard des femmes de ce temps-là , « pour donner par leur modestie un exemple d’édifi- « cation aux païens. » Et- d’où a-t-il pris cela, mon père? Il n’importe pas d’où il l’ait pris ; il suffit que les sentiments de ces grands hommes -là sont toujours probables d’eu.v-mémes. Mais le père Le Moine a apporté une modération à cette permission générale ; car il ne le veut point du tout souffrir aux vieilles : c’est dans sa Dévotion aisée, et, entre autres, pages 127, i57, if>3. « La jeunesse, dit-il, peut être
DU LUXE DES FEMMES. i85 « parée de droit naturel. Il peut être permis de se O parer en un âge qui est la fleur et lu verdure des n ans. Mais il en faut demeurer là : le contre - temps «seroit étrange de chercher des roses sur la neige. 0 Ce n’est qu'aux étoiles qu’il appartient d’être tou- « jours au hal, parcequ’elles ont le don de jeunesse n perpétuelle. Le meilleur donc en ce point seroit de • prendre conseil de la raison et d’un bon miroir; de « se rendre à la bienséance et à la nécessité, et de se « retirer quand la nuit approche. » Cela est tout-àfait judicieux , lui di.s-jc. Mais, continua- 1- il , afin que vous voyiez combien nos pères ont eu soin de tout, je vous dirai que , donnant permission aux femmes de jouer, et voyant que cette permi.ssion leur seroit souvent inutile, si on ne leur donnoit aussi le moyen d’avoir de quoi jouer, ils ont établi une autre maxime en leur faveur, qui se voit dans Escobar, au chap. du Larcin, tr. i , ex. 91 , n. i3. «Une femme, dit-il, peut jouer, et prendre pour « cela de l’argent à son mari. »
En vérité , mon père , cela est bien achevé. Il y a bien d’autres choses néanmoins , dit le père ; mais il faut les laisser pour parler des maximes plus importantes , qui facilitent l'usage des choses saintes , comme , par exemple , la manière d’assister à la messe. Nos grands théologiens , Gaspard Huntado , De iSacr. tome II , d. 5, dist. a, etConinck, q. 83, a. 6, n. 197, ont enseigné sur ce sujet, « qu’il « suffit d’être présent à la messe de corps , quoi- » qu’on soit aljsent d’esprit, pourvu qu’on demeure
i8(i NEUVIÈME LETTRE.
« dans une contenance respectueu.se extérieure- 0 ment. « Et Vasquez passe plus avant , car il dit « qu’on sali.sfaitau précepte d’ouïr la mes.se, encore n même qu’on ait l'intention de n’en rien faire. » Tout cela est aussi dans Escobar, tr. i , ex. 1 1 , n. 74 et 107 ; et encore au tr. 1 , ex. i , n. 116, où il l’explique par l'exemple de ceux qu’on mène à la messe par force , et qui ont l’intention expresse de ne la point entendre. Vraiment , lui di.s-je, je ne le croirois jamais , si un autre me le disoit. En effet , dit-il , cela a quelque besoin de l’autoritc de ces grands hommes ; aussi bien que ce que dit fiscobar, au tr. I , ex. 11, n. 3i : « Qu’une méchante inten- « tion , comme de regarder des femmes avec un de- • sir impur, jointe à celle d’ouïr la messe comme «il faut, n'empêche pas qu’on n’y satisfasse : Nec « obest alla prava intentio, ut as pciendi lihidinose fe- H minas. »
Mais on trouve encore une chose commode dans • notre savant Turrianus, Select, p. a, d. 16, dub. 7 : « Qu’on peut ouïr la moitié d’une messe d’un pré- «tre, et ensuite une autre moitié d’iin autre, et «même <ju’on peut ouïr d’abord la fin de l’une, et « ensuite le coinmenceinent d’une autre. » Et je vous dirai de plus qu’ou a permis encore « d’ouïr deux « moitiés de messe en même temps de deux diffé- « rents prêtres , lorsque l uii commence la messe « quand l’autre en est à l’élévation ; pareequ’on « peut avoir l’attention à ces deux côtés à-la-fois , et « que deux moitiés de messe font une messe entière :
DK LA MESS K. 187
« Duæ medietates unnm missam constituunt. « C'est ce qu’ont décidé nos pères Bauny, tr. 6, q. 9, p. 3ia ; Hurtado , De Sacr. t. II, De Missâ , d. 5, dilF. 4i Azorius , p. I , liv. VII , cap. ni , q. 3 ; EscoI>ar, tr. I , ex. Il, 11. 73 , dans le chapitre « De la l’ra- « tique pour ouïr la messe selon notre société. » Et vous verrez les conséquences qu'il en tire dans ce même livre , des éditions de Lyon, d A années 1644 et 1646, en ces termes : « De là je conclus que vous « pouvez ouïr la messe en très peu de temps : si, par «exemple, vous rencontrez quatre messes à-la-fois . 0 qui soient tellement assorties , que , quand l’une « commence, l’autre soit à l’évangile, une autre à l,a « consécration , et la dernière à la communion. » Certainement, mon père, on entendra la messe dans Notre-Dame en un instant par ce moyen. Vous voyez donc, dit-il, qu’on ne pouvoit pas mieux faire pour faciliter la manière d’ouïr la messe.
Mais je veux vous faire voir maintenant comment on a adouci l’usage des .sacrements , et sur- tout dé celui de la pénitence ; car c’est là où vous verrez la dernière bénignité de la conduite de nos pères ; et vous admirerez que la dévotion qui étonnoit tout le monde , ait pu être traitée par nos pères avec une telle prudence , « qu’ayant abattu cet épouvantail «que les démons avoient mis à sa porte, ih Paient « rendue plus facile que le vice , et plus aisée que la « voliipti; ; en sorte que le simple vivre est incompa- « rablement plus maKai.sé que le bien vivre, » pour user des termes du père Le Moine, pages î44 ^9'
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de sa Dévotion aisée. N'est-ce pas ià un merveilleux . changement? En vérité, lui dis-je, mon père, je ne puis m'empêcher de vous dire ma pensée. Je crains que vous ne preniez mal vos mesures , et que cette indulgence ne soit capable de choquer plus de monde que d'en attirer. Car la messe , par exemple , est une chose si grande et si sainte , qu'il suffiroit , pour faire pei^re à vos auteurs toute créonce dans l'esprit de plusieurs personnes , de leur montrer de quelle manière ils en parlent. Cela est bien vrai, dit le père , à l’égard de certaines gens : mais ne savezvous pas que nous nous accommodons à toute sorte de pei-sonnes? Il .semble que vous ayez perdu la mémoire de ce que je vous ai dit si souvent sur ce sujet. Je veux donc vous en entretenir la première fois à loisir, en différant pour cela notre entretien des adoucissements de la confession. Je vous le ferai si bien entendre, que vous ne l’oublierez jamais. Nous nous séparâmes là-dessus ; et ainsi je m'imagine que notre première conversation sera de leur politique. Je suis , etc.
Depais que j'ai écrit cette lettre^ j’ai vu le livre du Paradis ouvert par cent dévotions aisées a pratiifuer, par le pèreBarry; et celui de la Marque de prédestination, par le père Binet: ce sont de.< pièces dq;nes d’être vuen.
Adoucissements que Ifrs jésuites ont apportés au sacrement de pénitence, par leurs maximes touchant la confession, la satisfaction, l’absolution, les occasions prochaines de pécher, la contrition et l’amour de Dieu.
De Paria r ce i aoài
Monsiedb,
Ce n'est pas encore ici la politique de la société , mais c’en est un des plus grands principes. Vous y verrez les adoucissements de la confession , qui sont assurément le meilleur moyen que ces pères aient trouvé pour attirer tout le monde et ne rebuter personne. Il falloit savoir cela avant que de passer outre ; et c’est pourquoi le père trouva à propos de m’en instruire en cette sorte.
Vous avez vu , me dit-il , par tout ce que je vous ai dit jusques ici, avec quel succès nos pères ont travaillé à découvrir, par leurs lumières , qu’il y a un grand nombre de choses permises qui passoient uutæfoi.s pour défcndflcs ; mais, pareequ’il reste encore des péchés qu’on n’a pu excuser, et que l’unique remède en est la confession , il a été bien néces.saire d’en adoucir les difficultés par les voies que j’ai main-
* Cette lettre fut fnite de concert avec .M. Ainauld.
lÿo DIXIÉME LETTRE,
tenant à vou.s dire. Et aiu.si , aprè.s vous avoir montré , dans toutes nos conversations précédentes , comment on a soula^jé les scrupules qui troubloient les consciences, en faisant voir que ce qu’on croyoit mauvais ne l’est pas , il reste à vous montrer en celle-ci la manière d’expier facilement ce quitst véritableiuent péché , en rendant la confession aussi aisée qu’elle étoit difficile autrefois. Et par quel moyen , mon père ? C’est , dit - il , par ces subtiadmirables qui sont propres à notre compagnie , et que nos pères de Elandre appellent , dans l’Image de notre premier siècle, liv. III, or. i , p. 4" ‘ > et liv. I , c. Il , « de pieuses et saintes fines- « ses , et un saint artifice de dévotion ; pinm et re- « Ugiosam calliditatem , et pietatis solertiam , » au liv. 111 , ch. VIII. C’est par le moyen de ces inventions » que les crimes s’expient aujourd’hui a/acn’ùs, « avec plus d’alégresse et d’ardeur qu’ils ne se com- « mettoient autrefois ; en sorte que plusieurs per- « sonnes cffiicent leurs taches aussi promptement « qu’ils les contractent : plurimi vix citius macuta.s « contrahunt , quam eluunt , « comme il est dit au incmclieu. Apprenez-moi donc, je vous prie, mon père, ces finesses si salutaires,. Il y en a plusieurs, me dit-il ; car, comme il se trouve beaucoup de choses pénibles dans la confession , on a apporté des adoucissements à chacune ; et pareeque les principales peines qui s’y rencontrent sont la honte de confe.sser de certains péchés , le soin d’en exprimer les circonstances , la pénitence qu’il en faut faire , la rt-
Uü SACRKMRNT DE PÉNITENCE. i <j i solution de n’y plus tomber, la fuite des occusinus prochaines qui y enjjagent, et le regret de les avoir commis ; j’espère vous montrer aujourd’hui qu’il ne i-este presque rien de fâcheux en tout cela , tant on a eu soin d’ôter toute l’amertume et toute l’aigreur d’un remède si nécessaire.
Car, pour commencer par la peine qu’on a de confesser de certains péchés, comme vous n’ignorez pas qu’il est souvent assez important de se conserver dans l’estime de son confesseur, n’est-ce pas une chose bien commode de permettre, comme font nos pères, et entre autrc.s Escohar, qui cite encore Suarez , tr. 7, a. 4 , n. 1 35 , « d’avoir deux confesseurs , «l’un pour les péchés mortels, et l’autre |)our les « véniels , afin de se maintenir en bonne réputation ^ O auprès de son confesseur ordinaire, uti bonam fait titain apud ordinarium tuealur, pourvu ([U on ne « prennt; j)as de là occasion de demeurer dans le péoché mortel? « Et il donne ensuite un autre subtil moyen pour se confesser d’un pçché , même à son confesseur ordinaire , sans qu’il s’aperçoive qu’on l’a commis depuis la dernière confession. « C'est , dit-il , «de faire une confession générale, et de confondre « ce dernier péché avec les autres dont on s’accuse « eu gros. » Il dit encore la même chose, princ. ex. a, n. 73. Et vous avouerez, je m’assure , que cette décision du père Bauny , Théol. mor. ir. 4> Tp. I 3f, soulage encore bien la honte qu’on a de confesser ses rechutes : « (^ue , hors de certaines occa- .1 sions qui n’arrivent que rarement, le confesseur
lÿa DIXIÈME LETTllE.
« n'a pas droit de demander si le péché dont on s'ac- « cuse est un péché d'Iiabitude , et qu'on n’est pas « obligé de lui répoudre sur cela , parcequ’il n’a • point droit de donner à son pénitent la honte de « déclarer ses rechutes fréquentes. »
Comment, mon père ! j’airaerois autant dire qu’un médecin n’a pas droit de demander à son malade s’il y a long -temps qu’il a la fièvre. Les péchés ne sont-ils pas tous différents selon ces diflérentes circoustances ? et le dessein d’un véritable pénitent ne doit-il pas être d’exposer tout l’état de sa conscience à son confesseur, avec la même sincérité et la même ouverture de cœur que s’il parloit à Jésus-Christ, dont le prêtre tient la place? Or, n’est-on pas bien éloigné de cette disposition quand on caclie ses rechutes fréquentes , pour cacher la grandeur de sou péché? Je vis le bon père embarrassé là-dessus: de sorte qu’il pensa à éluder cette difficulté plutôt qu’à la ré.soudre , en m apprenant une autre de leurs régies, qui établit. seulement un nouveau désordre, sans justifier en aucune sorte cette décision du père liautiy, qui est, à mou sens, une de leurs plus pernicieuses maximes, et des plus propres à entretenir les vicieux dans leurs mauvaises habitudes. Je demeure d’accord, me dit-il, que l'habitude augmente la malice du péché; mais elle n’eu change |)as la nature ; et c’est pourquoi on n’est pas obligé à s’en confesser, selon la règle de nos pères , qu’EscobA- rapporte, princ. ex. a, n. 3q : « Qu’on n’est obligé de « confesser que les circonstances qui changent l’cs-
DU SACREMENT DE PÉNITENCE. i g3 0 péce du péché , et non pas celles qui l’aggravent. »
C’est selon cette régie que notre père Granados dit , in 5 part. cont. 7, tome IX , d. 9 , n. 22 , « que « si on a mangé de la viande en carême , il suffit de O s’accuser d’avoir rompu le jeûne , sans dire si c’est «en mangeant de la viande, ou en faisant deux re- « pas maigres. » Et selon notre père Rcginaldus , tr. I , liv. VI, c. IV, n. 114: “ Un devin qui s’est « servi de l’art diabolique n’est pas obligé à décla- «rer cette circonstance; mais il suffit de dire qu'il « s’est mêlé de deviner, sans exprimer si c'est par la «chiromancie, ou par un pacte avec le démon. «Et Fagundez, de notre .société, p. 2, liv. IV, c. iii , n. 17, dit aussi ; « Le rapt n’est pas une circonstance « qu’on soit tenu de découvrir quand la fille y a con- « senti. > Notre père Escobar rapporte tout cela au même lieu, n. 4* » 61 1 > avec plusieurs autres
decisions assez curieuses des circonstances qu’on n’est pas obligé de confesser. Vous pouvez les y voir vous-même. Voilà , lui dis-je, des artifices de dévotion bien accommodants.
Tout cela néanmoins , dit-il , ne serait rien , si ou n’avoit de plus adouci la pénitence , qui est une des choses qui éloignoit davantage de la confession. Mais maintenant les plus délicats ne la sauraient plus appréhender, après ce que nous avons soutenu dans nos thèses du collège de Clermont : « Que si le con- « fesseur impose une pénitence convenable , conve- « nientem , et qu’on ne veuille pas néanmoins l’ac- « cepter, on peut se retirer en renonçant à l’absolu-
ig4 DIXIÈME LETTRE.
> tion et à la pénitence imposée. » Et Escobar dit encore dans la Pratique de la pénitence , selon notre société, tr. 7, ex. 4. n. 188 : « Que si le pénitent « déclare qu’il veut remettre à l'autre monde à faire O pénitence, et souffrir en purgatoire toutes les pei-
> nés qui lui sont dues , alors le confesseur doit « lui imposer une pénitence bien légère pour l’inté- «grilé du sacrement , et principalement s’il recon- « noît qu’il n'en accepteroit pas une plus grande. » Je crois , lui dis-je , que si cela ctoit , on ne devrait plus appeler la confession le sacrement de pénitence. Vous avez tort , dit-il ; car au moins on en donne toujours quelqu’une pour la forme. Mais , mon père , jugez-vous qu’un homme soit digne de recevoir l’absolution quand il ne veut rien faire de pénible pour expier ses offenses ? Et quand des personnes sont en cet état , ne devriez-vous pas plutôt leur retenir leurs péchés que de les leur remettre? Avez-vous l'idée véritable de l’étendue de votre ministère ? et ne savez-vous pas que vous y exercez le pouvoir de lier et de délier? Croyez-vous qu’il soit permis de donner l’absolution indifféremment à tous ceux qui la demandent , sans reconnoître auparavant si Jésus-Christ délie dans le ciel ceux que vous déliez sur la terre? Eh quoi! dit le père, pensez-vous que nous ignorions « que le confesseur « doit se rendre juge de la disposition de son péni- « tent , tant pareequ’il est obligé de ne pas dispen- « ser les sacrements à ceux qui en sont indignes , • Jésus-Christ lui ayant ordonné d’étre dispensateur