DE LA CONFESSION. 19J
«fidèle, et de ne pas donner les choses saintes aux « chiens, que parcequ’il est juge , et que c’est le de- « voir d’un juge de juger justement , en déliant ceux qui en sont dignes , et liant ceux qui en sont indi- « gnes , et aussi parcequ'il ne doit pas absoudre «ceux que Jésus -Christ condamne? « De qui sont ces paroles-là , mon père? De notre père Filiutius , répliqua-t-il, t. I, tr. 7,0. 354- Vous me surprenez , lui dis-je ; je les prenois pour être d’un des pères de l’Église. Mais , mon père , ce passage doit bien étonner les confesseurs , et les rendre bien circonspects dans la dispensation de ce sacrement, pour reconnoitre si le regret de leurs pénitents est suffisant, et si les promesses qu’ils donnent de ne plus pécher à l’avenir sont recevables. Cela n’est point du tout embarrassant , dit le père ; Filiutius n’avoit garde de laisser les confesseurs dans cette peine ; et c’est pourquoi , ensuite de ces paroles , il leur donne cette méthode facile pou4len sortir : « Le confes- « seur peut aisément se mettre en repos touchant « la disposition de son pénitent; car s’il ne donne « fws des signes suffisants de douleur, le confesseur « n’a qu’à lui demander s’il ne déteste pas le péché « dans son arae ; et s’il répond que oui , il est obligé « de l’en croire. Et il faut dire la même chose de la « résolution pour l'avenir, à moins qu’il y eut quel- « que obligation de restituer ou de quitter quelque « occasion prochaine. » Pour ce passage, mon père, je vois bien qu’il est de Filiutius. Vous vous trom pez, dit le père : car il a pris tout cela mot à mot de
Suarez, iii 3 part., t. IV, disp. 3a , sect. 1, n. 2. Mais , mon père , ce dernier passage de Filiutius détruit ce qu’il avoit établi dans le premier ; car les confesseurs n'auront plus le pouvoir de se rendre juges de la disposition de leurs pénitents , puisqu'ils sont obligés de les en croire sur leur parole , lors même qu'ils ne donnent aucun signe suffisant de douleur. Est-ce qu’il y a tant de certitude dans ces paroles qu'on donne , que ce seul signe soit convaincant? Je doute que l'expérience ait fait connoltre à vos pères que tous ceux qui leur font ces pi-oinesses les tiennent , et je suis trompé s'ils n'éprouvent souvent le contraire. Cela n'importe , dit le père ; on ne laisse pas d’obliger toujours les confesseurs à les croire : car le père Bauny, qui a traité cette question à fond dans sa Somme des péchés , c. XLVi, p. 1090 , 1091 et 1092, conclut que « tou- « tes les fois que ceux qui récidivent souvent, sans « qu'on y voie aucun amendement , se présentent O au confesseur, et lui disent qu'ils ont regret du
* passé et bon dessein pour l'avenir, il les en doit « croire sur ce qu'ils le disent, quoiqu'il soit à présu- « mer telles résolutions ne passer pas le bout des « lèvres. Et quoiqu'ils se portent ensuite avec plus
• de liberté et d'excès que jamais dans les memes « foutes , on peut néanmoins leur donner l'absolu- « tion selon mon opinion. ■> Voilà, je m’assure, tous vos doutes bien résolus.
Mais , mon père , lui dis-je , je trouve que vous imposez une grande charge aux confesseurs , en les