‹ Lettres écrites a un provincial (volume 4)Chapitre 24 sur 47 · DE L'ABSOLUTION · texte numérisé non relu

DE L'ABSOLUTION

obligeant de croire le contraire de ce qu’ils voient. Vous n’entendez pas cela , dit-il ; on veut dire parla qu’ils sont obligés d'agir et d’absoudre , comme s’ils crovoient que cette résolution fût ferme et constante , encore qu'ils ne le croient pas en effet. Et c’est ce que nos pères Suarez et Filiutius expliquent ensuite des pas.sages de tantôt. Car , après avoir dit « que le prêtre est obligé de croire son pé- « nitent sur sa parole, » ils ajoutent « qu'il n’est pas B nécessaire que le confesseur se persuade que la B résolution de son pénitent s’exécutera , ni qu’il le « juge même probablement ; mais il suffit qu'il pense « qu’il en a à l'heure même le dessein en général , « quoiqu’il doive retomber en bien peu de temps. Et « c’est ce qu’enseignent tous nos auteurs , ita docent « omnes auctores. » Douterez-vous d’une chose que nos auteurs enseignent? Alais, mon père, que deviendra donc ce que le père Pétau a été obligé de reconnottre Ini-méme dans la préface de la Pén. publ. , page 4 : « Que les saints pères, les docteurs et les conciles « sont d’accord , comme d’une vérité certaine , que la B pénitence qui prépare à l’Eucharistie doit être vé- B ritable, constante, courageuse, et non pas lâche et « endormie, ni sujette aux rechutes et aux reprises?» Ne voyez-vous pas, dit-il , que le père Pétau parle de Vancienne Église? Mais cela est maintenant si peu de saison, pour user des termes de nos pères, que, selon le père Bauny, le contraire est seul véritable ; c’est au tr. 4» q. p- gS. B 11 y a des auteurs qui disent B qu’on doit refuser l’absolution à ceux qui retombent

i<j8 DIXIÈME LETTRE.

« souvent dans les mêmes péchés , et principalement « lorsque , après les avoir plusieurs fois absous , il O n’en parolt aucun amendement ; et d'autres disent « que non. Mais la seule véritable opinion est qu'il « ne faut point leur refuser l'absolution : et encore

• qu'ils ne profitent point de tous les avis qu'on leur « a souvent donnés, qu’ils n’aient pas gardé les pro-

• messes qu’ils ont faites de changer de vie, qu'ils « n'aient pas travaillé à se purifier, il n’importe : et « quoi qu’en disent les autres , la véritable opinion , « et laquelle on doit suivre, est que, même en tous

• ces cas, on les doit absoudre. » Et tr. 4, q- aa, p. 1 00 : <■ Qu’on ne doit ni refuser, ni différer l’abso- « lution à ceux qui sont dans des péchés d’habitude « contre la loi de Dieu, de nature, et de 1’Ègli.se, « quoiqu’on n’y voie aucune espérance d’aiuende- « ment : Etsi emendationisfuturœ nulla spes appareat. »

Mais, mon père, lui dis-je, cette assurance d'avoir toujours l'absolution pourrait bien porter les pécheurs Je vous entends, dit-il en m’interrompant;

mais écoutez le père Bauny , q. i5 ; «On peut absou- « dre celui qui avoue que l’espérance d'être absous « l’a porté à pécher avec plus de facilité qu’il n’eût « fait sans cette espérance. » Et le père Caussin , défendant cette proposition, dit, page an de sa Rép. à la Théol. mor., «Que si elle n’étoit véritable, « l’usage de la confession serait interdit à la plupart « du monde; et qu’il n’y aurait plus d'autre remède « aux pécheurs , qu’une branche d'arbre et une « corde. • O mon père! que ces maximes-lâ attire-

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