‹ Lettres écrites a un provincial (volume 4)Chapitre 39 sur 47 · VINGTIÈME LETTRE. DE L’INQÜISIT · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LETTRE. DE L’INQÜISIT

comaie d'abus qu'ils en firent au parlement ; ce qui a ruiné tous ces desseins.

Gir il n'y a rien si bon contre l'inquisition que les appels comme d'abus. Aussi ils le savent bien , et ils ne manquent pas de fermer cette porte quand ils veulent tyranniser quelqu'un à leur aise. C'est ainsi qu'ils en ont use contre le curé de Libourne en Guienne , qu'ils firent accuser de jansénisme par des récollets , et le citèrent devant des commissaires qu'ils lui firent donner par les gens du conseil de M. l’archevêque de Rordeaux. Mais , comme ils n’étoient pas scs juges naturels , et qu'ils paroissoient tfailleurs fort passionnés, il en appela, et demanda d’étre renvoyé par-devant les grands -vicaires, ou par-devant l'official de M. de Bordeaux , ce qu'on lui refusa. De sorte qu’il en appela à M. de Bordeaux même , et enfin au pape , sans que ces commissaires aient voulu se désister de sa cause. Mais il en appela enfin comme d'abus au parlement, qui lui donna des défenses, par où il alloit leur échapper, quand ils obtinrent un arrêt du conseil qui défendit au parlement de connoitre de cette afi'aire , et le remit entre les mains de ces premiers- commissaires. De sorte qu’ils l’ont maltraité durant plus de six mois , pendant lesquels il a été obligé de quitter sa cure, et de venir à Paris avec beaucoup de peine et de dépense, pour en demander justice au roi et à son archevêque; d'où j’ai appri.s (|u’il s’en étoit retourné depuis peu de jours dans sa cure après toute cette fatigue , que ses

QU’ON VEUT ÉTAULIR EN FRANCE. 45y accusateurs ont eu le plaisir de lui causer, sans s'exjiuser eux-tnémes à aucun péril.

Ne trouvez-vous donc pas que l'inquisition est une manière bien sûre et bien commode pour travailler ses ennemis, quelque innocents qu’ils soient? Car celui-ci n’a pu être accusé d’aucune faute, non plus que le curé de Pomeyrol, encore enGuienne, qu’ils firent mettre d’abord en prison et dans un cacl)ot , sans information précédente , et sans lui dire pourquoi , selon le style de l’inquisition romaine. Ensuite de quoi ils cherchèrent des preuves pour le convaincre de jansénisme. Mais les juges qui travailloicnt à son procès furent bien surpris de voir, par l’information qu’ils en firent , l’innocence de ce bon homme, et les superstitions incroyables de ses paroissiens ; car un des plus grands chefs de leur accusation , et où ils insistoient le plus , étoit celui-ci ; « Qu’il leur avoit O prêché que Jésus-Christ étoit dans le Saint-Sacre- « ment , et non pas dans leur bannière ; » pareequ’il les avoit repris de ce que, lorsqu’on levoit la sainte hostie , iis se tournoient vers leur bannière où Jésus- Christ étoit peint , et non pas vers le Saint-Sacrement pour l’adorer. Ce qui combla tellement les juges de confusion , qu’ils le firent sortir incontinent de la prison où il avoit été deux mois ; et quelque demande qu’il lit qu’on achevât son procès, et qu’on punit ou lui, ou ses arx:usateurs, il ne put avoir aucune raison de tant de mauvais traitements.

En vérité , monsieur, cela n'est [>as tant mal pour des inquisiteurs qui ne fout encore que commencer :

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