‹ Lettres écrites a un provincial (volume 4)Chapitre 40 sur 47 · VINGTIÈME LETTRE. DE L INQUISIT · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LETTRE. DE L INQUISIT

et s'ils ont bien usé de ces violences sur des constitutions et des brefs qui n’ont pas été reçus au parlement, que ne feroient-ils point sur une bulle qui y auroit été reçue ! Car on me fait mourir de rire quand on me dit que la déclaration du roi pour l'enregistrement de la bulle portera que ce sera sans établir d’inquisition , et sans préjudice de nos libertés. J'aimcVois autant qu'on nous Rt mourir sans préjudice de notre vie. Ce n'est pas le mot d'inquisition qui nous fait peur, mais la chose même. Or, de quelque mot qu’on l’appelle, c’en est bien une effective, et un véritable violement de nos libertés , que de nous traiter comme le clergé le prétend.

Et ne ti-ouvez-vous pas de même que c’est aussi une fbiblc consolation de nous dire que le parlement sera toujours maître des appels comme d'abus, puLsqn’en recevant la bulle, il ôteroit l’un des plus grands moyens d’appeler comme d'abus , qu’on auroit , si elle avoit été refusée? Mais, quoiqu’on pût toujours en appeler, combien persécuteroit-on de gens dans les provinces éloignées qui ne pourroient se servir de ce remède ! Car, que ne souffriroit point un pauvre curé du Lyonnois ou du Poitou plutôt que de venir ù Paris !

Ils sont donc assez forts si cette bulle est reçue , encore que les appels comme d'abus soient permis. De sorte que je trouve qu’ils ont été mal conseillés de ])rendre la délibération qui se voit dans leur dernier [iroc.ès-verbal imprimé cliez Vitré , page a ; «Que « le roi sera très humblement supplié d’envoyer à

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QU’ON VEUT ÉTABLIR EN FRANCE. 4 5t,

• tous les parlements une défense p,énérale de con- « iioltre des appels comme d'abus qu'on pourrait ■ (aire à raison de ces signatures. • Qu’ont-ils gagné par-là, sinon de témoigner qu’ils sentent bien cuxmémes l’injustice de leur dessein, puisqu'ils ont craint les parlements , et qu’ils ont pensé à leur lier les mains pour le faire réussir? Pouvoient-ils mieux marquer la passion qu’ils ont d’agir en maîtres et en souverains inquisiteurs ? Ils ne sont donc pas adroits d’avoir ainsi averti tout le monde de leur intention. Car ce n’étoit pas le moyen d’obtenir l’enregistrement qu’ils demandent , que de montrer ainsi par avance à quoi ils s’en veulent servir. Aussi l'ont-ils bien reconnu , mais trop tard. Car, après avoir laissé courir ce procès-verbal imprimé , dont ils ont même envoyé aux évêques des exemplaires en forme , et signés par les agents du clergé; quand ils se sont aperçus que cela leur faisoit tort , ils se .sont avisés d’essayer de le supprimer, ce qui ne fait que montrer de mieux en mieux leur artifice. Cependant ils^ s'imaginent que , parcequ’ils ne demandent maintenant qu’une simple attache , la plus douce du monde en apparence , le parlement se prendra à ce piège , et ne s’arrêtera qu’à considérer simplement cette bulle qu’on lui présente, sans prendre garde à la fin à laquelle on la destine, et qu’ils ont fait paraître si ' à découvert dans des pièces authentiques. Ils .sont admirables de vouloir prendre le |>arlement pour dupe. Mais je suis trompé , .s’ils n e sont trompés eux-mêmes. Je vois assez l’air que cette affaire

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|)rend. Je parle tous les matins à des conseillers au sortir du palais , et il n'y en a point qui ne voie clair en tout cela. Votre rappoSeur me disoit encore ce matin qu'il ne regardoit ]>a5 cette affaire comme une affaire ordinaire, et qu'on ne devoit pas considérer cette bulle comme une simple bulle qui décide quelque point contesté , ce qui seroit de peu de conséquence , mais comme le fondement d'une nouvelle inquisition qu'on veut former, et à laquelle il ne manque que le consentement du parlement pour être achevée.

J'ai été bien aise de voir que le ' parlement prend ainsi les choses à fond. Et en effet, quand il n'y auroit rien en cette bulle qui la rendît rejetable p>ar elle-même, au lieu qu'elle est toute pleine de nullités essentielles, neanmoins le parlement nepourroit la recevoir aujourd’hui, dans la seule vue des suites qu'on en veut faire dépendre. Car combien y a-t-il de choses que l’on peut recevoir en un temps , et nou pas en ^ln autre? C’est ce que la Sorbonne représenta fort bien lorst|u’on voulut obliger tous les docteurs de protester « qu'ils ne diroient rien de contraire aux n décrets des papes , sans restriction, et sans ajouo ter que ce seroit sauf les droits et les libertés du « royaume ; » à quoi on essayoit de les porter par l’exemple de qiiel(|ues docteurs anciens que l’on di- .soit l’avoir fait. Mais ils déclarèrent , dans l’examen

' Lc' cl les «:véi|aeâf joignutis-y même Ic.s jésui(c8, n’ap-

préhendoient rien tant que le parlement de Paris.

QU’ON VEUT ÉTABLIR EN FRANCE. 46 1 lie cette matière, que M. Fillesac, doyen de Sorbonne, fit imprimer alors en i6a8, premièrement, « que si quelques uns avoient fait cette protestation « autrefois, c'étoit une chose extraordinaire qui ne « leur imposoit point de loi ; et de plus , qu’on pour- « roit l’avoir Hiitcn d’autres temps en conscience sans « qu'on pût le Faire aujourd’hui , à cause de la nou- « velle disposition des choses. » Et les raisons qu’ils eu donnent , page 89 , sont : <■ Que depuis quelques « siècles les papes ont fait un grand nombre de dé- 0 crets , de dccrctales , de bulles et de constitutions « contraires aux anciens décrets , et même à l’Écria ture sainte , » dont ils donnent plusieurs exemples, tant de ceux qui sont contre l’Écriture^ que de ceux qui sont contre les libertés de l’Église gallicane , et l’autorité de nos rois, et entre autres celui du pape Bonifacc VllI, qui déclara hérétiques ceux qui ne croiront pas que le roi de France lui est soumis , même dans les choses temporelles, et qui déhnit , dans sa bulle Unam sanctam , « qu'il est de nécessité O de salut de croire que le pape est maître de l’tm et « de l’autre glaive , tant spirituel que temporel , et « que toute humaine créature lui est sujette. » fie sorte que c’est être hérétique , selon ce pape , que de dire le contraire. A quoi ces docteurs joignent la bulle Cum ex apostnlatus , qui déclare « que « toutes sortes de personnes , rois et particuliers , « qui tombent dans l’hérésie , ou qui favorisent , reti- « rent, ou recèlent des hérétiques, sont déchus et » pour jamais rendus incapables de tous honneurs.

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U dignités et biens , lesquels il expose au pi'etnier a qui s’en pourra emparer. • Ils témoignent donc sur cela que, dans l'air présent de la cour de Rome, il est impossible de s'obliger à leur obéir sans restriction ; et c’est ce qu’ils confirment jwr la disposition des esprits <le ce temps-là, comme ils disent, |)age 47i CH ces termes: « Nous sommes arrivés en « un temps où , depuis cinquante ans en çà, on a vu « publier )>lusieurs bulles semblables, et qui s’attri- « buent ce droit imaginaire de disposer des royauli mes. Nous avons vu en même temps plusieurs « livres de cette trempe, au grand préjudice de l'é- « tat, et de la vie même de nos rois; et entre autre.s « le livre exécrable intitulé ' y/dmonitio, et celui de « Sanctarel, jésuite, fait pour soutenir ces maximes

. * Ce livre impie parut en iGaS, sous le titre: G. B. Theoloÿi

ad Ludovicum XIII , Admonitio^ etc.f in-4** AuÿusUe f^indeiieorum, iGsS. — Idem f en ailemaml, iii-4*’t i6a5. — /^em , en fran* cois, in-4“* Frant'hevilU f 162". On Tauribua d’abonl à Jean Pou- I cher, fameux li^pieur, Jadis curé do Saint-Benoit àPari.s, et <iepiii;i

archidiacre de Tournai : mais on a su qu’il ctoit d'André-Kuda^ muii-Joh?imcs, jcsuile, qui vint en France avec le cardinal Barl»eriii, lé(*at du pape. Ce jésuite mourut à Borne le a4 décembre iCaS. Il attaque dans ce livre les alliances que le roi , pour la défense de son royaume, avoil faites avec des puissances protestantes. Ce jésuite a semé dans ce livre une inHnitc de maximes pernicieas«v«t en matière d’état, qui révoltèrent tou.'s les ordre.4 du royaume, il a été condamné plus d’une fois; mais aujourd’hui il est enlièrctnem oublié. Sanctarel fut un autre jésuite , dont les écrits, c^'aleinent dan^'creux pour le roi et pour l’état, ont été condamné,*» par la . Sorbonne. On doit voir ces coodacinatioBS dans le ColUctio judi^

eiorum tic M. Uar{;entri‘, évêque île Tulles.

QU’ON VEUT ÉTABLI!» EN FRANCE. 463 > contre le roi et scs états. D’où l'on voit clairement , « disent-ils , pag. 53 et 96, quel est le dessein de ceux

• qui poursuivent ces nouvelles protestations qu'on

• nous demande , qui n’est autre que de renverser « finement les maximes fondamentales de cet état ,

• qui sont ruinées par les décrets des paptes ; n’étant que trop évident et manifeste que les pratiques et

• menées qu'ils font pour cette nouveauté n'est pour « autre sujet et autre fin que pour autoriser les bulles « contraires à l'autorité du roi , et pour éluder les « censures des livres de î)anctarel et de Mariana , « jésuite ' , coiniiie aussi les arrêts du conseil et du « parlement, qui condamnent telle doctrine comme « détestable. » D'où ils concluent ce qu'ils avaient dit pag. 46 et 47, ■ que, quand il seroit vrai que depuis « long-temps on auroit consenti à faire ces protestan tiens , ce qui n’est pas , il seroit à présent nécc.s.saire « de les refuser. »

J’en dis de même sur notre affaire. Quand il seroit vrai, ce qui n’est pas, que cette bulle pourroit être reçue, en ne la regardant qu’en elle-même, on ne devrait pourtant point la recevoir maintenant, |>areeque ce seroit favoriser les desseins visibles de ceux (|ui n’en demandent la réception que pour en abuser.

' L« livre de Mdriaoa, jt^suite, de et Regis Institutione y fut aussi condamne au parlement, pour la maxime li dangereuse qu’il avance, en permettant aux peuples de tuer les rois qu’ils n*gardent comme des tyrans. C'est de celte école que sont sortis tant de (»arricide$ qui oui attenté à la vie de Henri IV, l'un de meilleurs princes.

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