‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 12 sur 97 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

rechercher les sujets scabreux. La pièce est intitulée : Pour une dame amoureuse d'un homme qui n'en savoit rien :

Imprudente divinité.

Injuste et f&cheuse chimère Dont le pouvoir imaginaire Tourmente une jeune beauté; Amour, que ton trait est nuisible £t que tu parois insensible A tant de plaintes et de vœux !

Alors qu'Amarante soupire, Tircis est exempt de tes feux Et ne connolt pas ton empire.

Tandis que ses yeux innocents Enchantent le cœur d'Amarante, Et que cette flamme naissante A déjà des effets puissants, Cette belle, pour une œillade, Montre qu'elle a Tesprit malade Et qu'elle chérit sa langueur. Mais ta rigueur inconcevable Rend cet adorable vainqueur Autant insensible qu'aimable.

La grâce qu'on voit en son port, Et sa douceur incomparable, Est un écueil inévitable Où sa raison perd son effort.

Son ardeur qui toujours augmente Devient enfin si véhémente, Qu'elle ne la peut plus cacher; Chacun de nous la voit parottre.

Et le seul qu'elle veut toucher, Seul ne sait pas la reconnoître, etc.

Ces variations durent encore plusieurs strophes. Victor Cousin en a recherché les variantes. Cela n*a d'intérêt que parce que ces vers sont d'une sœur de Pascal et d'une héroïne de Port-Royal. La sève qui coule de la plume de M"»« Périer, l'autre sœur de Pascal, a une odeur plus pénétrante. Pourtant la bonne volonté de Jacqueline eut sa récompense immédiate. Elle fut reçue à la cour et admise à l'honneur de « ser-

LA VIE ET LES ŒUVRES DE PASCAL. xxv

vir la reine quand elle mangeoit en particulier ». Ce ne devait pas être inutile aux siens. Richelieu, en butte à l'aversion de la Noblesse dont il coupait les têtes, recrutait des adhérents dans le Tiers État. Pendant l'hiver de 1639, il eut envie de voir jouer par des enfants V Amour tyrannique, tragi-comédie de Scudéry. Il recrutait aussi parmi les gens de lettres, et il est un de ceux qui ont fondé leur influence sociale en dehors de l'Académie, dont il est le père, et qui fut la consécration officielle de son entreprise. Sa nièce. M*"* d'Aiguillon, chargée par lui de choisir des acteurs et des actrices, sollicita le concours de Jacqueline par l'intermédiaire de M"*' Sainctot, femme du maître des cérémonies de la Cour. D'abord Gilberte, qui n'était pas encore M™*' Périer, mais qui était la maltresse de la maison en l'absence d'Etienne Pascal, répondit au gentilhomme envoyé par M"^ Sainctot : « Monsieur le Cardinal ne nous donne pas assez de plaisir pour que nous pensions à lui en faire. » Cette réponse à la Plutarque avait été faite sans réflexion. Gilberte se ravisa. Elle songea à la détresse de son père, contraint de se cacher en Auvergne, et acquiesça à la demande du Cardinal. Jacqueline joua à ravir, mais elle s'était préparée à tirer parti de son art. La pièce terminée, elle se présente elle-même au Cardinal qui la prend sur ses genoux. Là-dessus, elle lui récite, avec des larmes dans la voix, un compliment rimé :

Ne vous étonnez pas, incomparable Armand, Si J*ai mal contenté vos yeux et vos oreilles; Mon esprit, agité de frayeurs sans pareilles, Interdit à mon corps et voix et mouvement. Mais pour me rendre ici capable de vous plaire, Rappelez de Toxil mon misérable père :

C*e8t le bien que j'attends d'une in?«igne bonté. Sauvez cet innocent d'un péril manifeste; Ainsi vous me rendrez l'entière liberté De l'esprit et du corps, de la voix et du geste.

H est clair qu'on avait aidé Jacqueline à rédiger cette supplique habile, et on attribue toute cette négociation à l'acteur

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