‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 13 sur 97 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

Mondory, sous la direction duquel Jacqueline avait apprisson rôle, et qui était natif de Glermont. Richelieu n'avait pas demandé mieux que de se prêter à cette petite intrigue. 11 se laissa prier, pour la forme, par M"**^ d'Aiguillon, sa nièce, et par Séguier, qui était aussi de l'affaire. Biaise, âgé de seize ans, et Gilberte qui en avait dix-neuf, étaient là « tous deux parfaitement beaux », dit le Recueil d'Utrecht. Richelieu aimait les coups de théâtre : « Eh bien, mon enfant, dit-il, mandez à monsieur votre père qu'il peut revenir en toute assurance et que je suis bien aise de le rendre à une si aimable famille. » Etienne Pascal revint à Paris et se rendit à Rueil, résidence ordinaire de Richelieu, accompagné de ses enfants. Richelieu l'accueillit avec une bienveillance marquée, lui apprit qu'il n'était pas ignorant de son mérite et voulut bien ajouter, en désignant ses enfants du geste : « J'en ferai quelque chose de grand. » Ils devaient en effet être quelque chose de grand, mais non par lui. L^intendance des tailles de Normandie, qu'il offrit à Etienne Pascal, n'y fut pas inutile néanmoins.

A Rouen, l'intendant des tailles était un personnage en vue. La Noblesse et la Robe affluèrent chez lui. Pendant que Biaise inventait sa machine arithmétique, Jacqueline concourait au Puy. Ce puy {podium, théâtre) était une institution locale, importée de Caen où elle existait depuis le x\f siècle, au témoignage de Robert Wace, l'illustre auteur du Roman de Brut et du Roman de Rou, On y couronnait chaque année une poésie lyrique sur le sujet de l'Immaculée conception*» Jacqueline concourait sur l'invitation de Pierre Corneille. On lui apporta le prix au son du tambour et Corneille remercia en vers le Prince (président) du puy :

Une fiUe de douze ans (quinze, voyons) A seule de son sexe eu des prix sur ce Puy,

1. Voir notre introduction aux Poésies de MalfilAtre, un des lauréats du Puy de Caen. 1 yoL in-12. Paris, 1884. Qaantin.

LA VIE ET LES OEUVRES DE PASCAL, xxvii

« Cela sortait de la même bouche que le qu'il mourut », observe Sainte-Beuve. Sans doute; Corneille n'était pas tous les jours en haleine. Et puis, dans la circonstance, il parlait au nom de Mademoiselle l'Intendante, et dans ces occasions-là il n'avait pas de verve. Il n'était pas né flatteur; chaque fois qu'il essaye de ce rôle, et il essaya souvent, il balbutie : il tient du Cid. Aussi a-t-il une attitude pénible devant Jacqueline, qui n'est pourtant pas M"^ de Longueville. « M. Corneille, dit Sainte-Beuve^, si grand dans son théâtre et qui était un peu humble et disproportionné dans la vie, lui marquait une bonne grâce, j'imagine, où entrait quelque déférence. »

Biaise ne prit point garde à lui. Peut-être était-il déjà d'avis que s'il n'y avait pas de fleurs, les poètes manqueraient de preuves. On n'a pas de données précises sur ses occupations durant plusieurs années de son séjour à Rouen. 11 achève ses études, expérimente sur le Vide. D'autre part, il est malade, s'il est vrai que depuis l'âge de dix-huit ans il n'a pas passé un jour sans douleur. En 16/^7, il en a vingtquatre. Ses maux se sont aggravés. Il ne peut avaler que des liquides, au rapport de M"* Périer ; il faut qu'ils soient chauds, qu'il les prenne goutte à goutte. Il a en outre des chaleurs d'entrailles, la tête endolorie. Les médecins lui ordonnent de se purger durant trois mois, de deux jours l'un. C'était un supplice « qui faisoit mal au cœur de tous ceux qui étoient auprès de lui ». D'après le récit de Marguerite Périer*, « il tomba dans un état fort extraordinaire, qui étoit causé par la grande application qu'il avoit donnée aux sciences; car les esprits étant montés trop fortement au cerveau, il se trouva dans une espèce de paralysie depuis la ceinture en bas, en sorte qu'il fut réduit à ne marcher qu'avec des potences; ses jambes et ses pieds devinrent froids comme du marbre, et on étoit obligé de lui mettre tous les jours des chaussons

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