Cousin, Des Pensées de Pascal, p. 304 de la l'* èdit
xxnii INTllODUCTION.
trempés dans de Teau-de-vie, pour tâcher de lui faire revenir la chaleur aux pieds ».
11 se portait mieux à l'automne, à en juger par une lettre de Jacqueline à M"** Périer, du 25 septembre 1647. Il avait pu se rendre à Paris, où il vit Descartes qu'il n'avait pas encore vu et ne revit pas. Dans cette lettre, datée de Paris, Pascal et Descartes apparaissent au naturel.
« Ma chère sœur, écrit Jacqueline, j'ai différé à t'écrire parce que je voulois te mander tout au long l'entrevue de M, Descartes et de mon frère, et je n'eus pas le loisir hier de te dire que dimanche au soir M. Habert — Habert de Montmor, le Mécène des savants du temps — vint ici accompagné de M. de Montigny, de Bretagne, qui venoit dire, au défaut de mon frère, qui étoit à l'église, que M. Descartes, son compatriote et bon ami, avoit fort témoigné d'avoir envie de voir mon frère, à cause de la grande estime qu'il avoit ouï faire de Monsieur mon père et de lui, et que pour cet effet il l'avoit prié de venir voir s'il n'incommoderoit point mon frère, parce qu'il sçavoit qu'il étoit malade, en venant céans le lendemain à neuf heures du matin. Quand M. de Montigny me proposa cela, je fus assez empêchée de répondre, à cause que je sçavois qu'il — son frère — avoit peine à se contraindre et à parler, particulièrement le matin; néanmoins je ne crus pas à propos de le refuser, si bien que nous arrêtâmes qu'il viendroit à dix heures et demie le lendemain; ce qu'il fit avec M. Habert, M. de Montigny, un jeune homme de soutane que je ne connois pas, le fils de M. de Montigny et deux ou trois autres petits garçons. M. de Roberval, que mon frère en avoit averti, s'y trouva; et là, après quelques civilités, il fut parlé de l'instrument — instrument à mesurer la pesanteur de l'air, évidemment — qui fut fort admiré tandis que M. de Roberval le montroit. Ensuite, on se mit sur le Vuide et M. Descartes, avec un grand sérieux, comme on lui contoit une expérience et qu'on lui demanda [ce qu'il croyoit qu'il fût entré dans la
LA VIE ET LES ŒUVRES DE PASCAL. xxix
seringue, dit que c'étoit de la matière subtile; sur quoi mon frère lui répondit ce qu'il put, et M. de Roberval, croyant que mon frère auroit peine à parler, entreprit avec un peu de chaleur M. Descartes, avec civilité pourtant, qui lui répondit avec un peu d'aigreur qu'il parleroit à mon frère tant que Ton Youdroit, parce qu'il parloit avec raison, mais non à lui qui parloit avec préoccupation; et là-dessus, voyant à sa montre qu'il étoit midi, il se leva parce qu'il étoit prié à dîner au faubourg Saint-Germain, et M. de Roberval aussi; si bien que H. Descartes l'y mena dans un carrosse ou ils étoient tous deux seuls, et là ils se chantèrent goguettes, mais un peu plus fort que jeu, et à ce que nous dit M. de Roberval, qui revint ici Taprès-dînée, où il trouva M, Dalibray *.
a Tavois oublié de te dire que M. Descartes, fâché d'avoir été si peu céans, promit à mon frère de le venir revoir le lendemain à huit heures. M. Dalibray, à qui on Pavoit dit le soir, s'y voulut trouver et fit ce qu'il put pour y mener M. Le Pailleur, que mon frère avoit prié d'avertir de sa part; mais il fut trop paresseux pour y venir, et si, ils dévoient dîner, M. Dalibray et lui, assez proche d'ici. M. Descartes venoit ici en partie pour consulter le mal de mon frère, sur quoi il ne lui dit pas grand'chose; seulement il lui conseilla de se tenir tout le jour au lit jusqu'à ce qu'il fût las d'y être, et de prendre force bouillons. Ils parlèrent de bien d'autres choses, car il y fut jusqu'à onze heures; mais je ne sçaurois qu'en dire, car pour hier, je n'y étois pas et je ne le pus sçavoir; car nous fûmes embarrassés toute la journée à lui faire prendre son premier bain. Il trouva que cela lui faisoit an peu mal à la tête; mais c*est qu'il le prit trop chaud et je crois que la saignée au pied de dimanche au soir lui fit du bien ; car lundi, il parla fort toute la journée, le matin à M. Descartes et Paprès-dînée à M. de Roberval, contre qui il
1. Frère de M*"* de Sainctot, connu par différents ouvrages. Note de Vktor Cousin,