‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 32 sur 97 · G INTRODUCTION · texte numérisé non relu

G INTRODUCTION

TabaQdoDnent une à une; il tombe dans les pratiques ascétiques, use d'une ceinture garnie de pointes de fer : a 11 la mettoît à nu sur sa chair », dit M™® Périer. 11 la garda jusqu'à la fin comme si ses maux n'avaient pas été une mortiûcaticïi suffisante. Ils l'empêchaient de se livrer à ses travaux accoutumés, le réduisaient à Toisivetè. ÂGn d'échapper à l'oisiveté, il avait recours à des promenades quotidiennes, errait dans les églises et dans les carrefours comme une âme en peine. Son désir eût été de se priver de tout plaisir. Au point de vue matériel, il y réussissait assez, mais il était assailli de tentations intellectuelles. Le mathématicien s'éveillait en lui au moment où il ne l'attendait pas. Sa théorie de la Roulette (1658) est le fruit d'une de ces tentations. Ses douleurs névralgiques lui interdisaient souvent le sommeil. Ce fut durant une crise causée par elles, qu'il donna cours à son imagination sur le sujet de la Roulette. «Dans ses grandes veilles, dit j^me Périer, il lui vint une nuit, sans dessein, quelques pensées sur la proposition de la Roulette. Cette pensée étant suivie d'une autre, et celle-ci d'une autre, enfin une multitude de pensées qui succédèrent les unes aux autres lui découvrirent, comme malgré lui, la démonstration de toutes ces choses, dont il fut lui-môme surpris. Mais comme il y avoit longtemps qu'il avoit renoncé à toutes ces connoissances, il ne s'avisa pas seulement de les écrire. Néanmoins, en ayant parlé par occasion à une personne à qui il devoit toute sorte de déférences, — le duc de Roannez — et par respect et par reconnoissance de l'affection dont il l'honoroit, cette personne qui est aussi considérable par sa piété que par les éminentes qualités de son esprit et par la grandeur de sa naissance, ayant formé sur cela un dessein qui ne regardoit que la gloire de Dieu, trouva à propos qu'il en usât comme il fit, et qu ensuite il le fit imprimer. Ce fut seulement alors qu'il récrivit, mais avec une précipitation extrême, en huit jours; carc'étoit en même temps que les imprimeurs travailloient, fournissant à deux en même temps, sur deux différents traités, sans que

LA VIE BT LES ŒUVRES DE PASCAL, ci

jamais il ait eu d'autre copie que celle qui fut faite pour l'impression. »

Sa sœur essaye de l'excuser d'être retombé, comme dans un vieux péché auquel il avait renoncé, dans cette occupation profane de sa jeunesse, d'autant plus profane qu'il y a une idée de jeu qui s'y môle. Il l'a fait sans dessein, comme malgré lui. — Oui, mais il a fait imprimer. — Il a cédé aux instances d'uii homme à qui il était obligé. On a, d'ailleurs, considéré la gloire de Dieu : une découverte scientifique devait en imposer aux libertins; elle leur démontrait qu'une piété inquiète et scrupuleuse n'était pas incompatible avec les grands travaux de l'intelligence, qu'un ascète n'est pas nécessairement un sot. Soit; mais on publie un cartel, on offre le problème à résoudre aux spécialistes de tout pays, on offre un prix de quarante pistoles, un second de vingt pistoles, on institue un concours. Le père Lallouère, jésuite, échoue dans la solution du problème et on se moque de lui; l'Anglais Wallis se plaint des chicanes qu'on lui oppose, car il a mieux réussi, s'il n'a pas tout à fait répondu au programme d*Amo$ Dettonville (anagramme de Louis de Montalte). La vérité est que, dans l'intervalle d'une crise à l'autre, Pascal aime à s'amuser un peu; la géométrie lui sourit une heure et il répond à ses avances.

Quant au travail auquel il s'était livré, Sainte-Beuve insisinue* qu'il aurait bien pu vouloir vérifier l'aphorisme d'Hippocrate : duobus laboribus simul obortis, non in eodem loco, vehementior obscurat alterum, — quand deux efforts simultanés ont lieu sur des points différents de l'organisme, le plus énergique tue l'autre. — Les médecins pratiquent fréquemment le conseil d'Hippocrate : ils fomentent une affection nouvelle chez leur patient afin d'écarter une affection plus grave. L'énergie intellectuelle de Pascal arrivant à paralyser la douleur physique est une preuve de force morale, qui, d'ailleurs, n'avait pas besoin d'être faite chez lui.

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