‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 33 sur 97 · Port-Royalf t. ni, p. 314 de la 4« édition · texte numérisé non relu

Port-Royalf t. ni, p. 314 de la 4« édition

en INTRODUCTION,

D'ordinaire, il est courbé sur PÉcriture Sainte, sur les Pères, sur la morale chrétienne; il prépare les matériaux de son Apologie du Christianisme. On lui a entendu répéter que dix ans de bonne santé lui auraient été nécessaires à Tachèvement de son œuvre. On n'en a que des fragments épars, qui n'en laisseraient pas soupçonner e plan si Etienne Pèrier, son neveu, dans la préface de l'édition de 1670 des Pensées, n'avait entrepris de le résumer d'après une conversation de Pascal avec ses amis de Port-Royal et qui aurait duré deux ou trois heures. Les dires de la Préface et ceux de Nicole ne concordent pas. Pascal avait l'habitude d'écrire les pensées qui lui venaient sur toutes sortes de sujets, avance Nicole. D'autres témoignages et le manuscrit actuel des Pensées confirment l'assertion de Nicole. Il écrivait peu, affirme la préface. Il mûrissait sa pensée, cherchait Tordre dans lequel il la produirait, aûn d'assurer l'effet qu'il en attendait, et comme il disposait de sa mémoire à son gré, il ne craignait pas de lui confier son travail, comme Crébillon le tragique faisait de ses pièces qu'il n'écrivait qu'après les avoir terminées. Sa santé languissante le rendait, en outre, incapable d'application. 11 attendait dans l'espoir qu'elle deviendrait meilleure. De sorte qu'on n'a presque rien. «Tout cela étoit tellement gravé dans son esprit et dans sa mémoire, dit Etienne Périer, qu'ayant négligé de l'écrire, lorsqu'il Tauroit peut-être pu faire, il se trouva, lorsqu'il l'auroit bien voulu, hors d' estât d'y pouvoir du tout travailler. »

Alors d'où viennent le volume de Pensées, publié en 1670, et le manuscrit autographe conservé à la Ribliothèque nationale ? Victor Cousin a émis, à ce propos, une conjecture très vraisemblable : on n'aurait pas le livre des Pensées; Arnauld, Nicole et Etienne Périer ne se fussent pas aventurés à recueillir, sous cette forme et sous ce titre, les papiers de l'auteur des Provinciaks, si cette forme et ce titre n'eussent été consacrés par le retentissement des Maximes de La Rochefoucauld, et par la mode qui s'était introduite de maximer dans

LA YIE ET LES ŒUVRES DE PASCAL. cm

les salons, et en particulier dans celui de M™^ de Sablé, établie à Port-Royal. Victor Cousin va plus loin. Pascal etM^^^'Périer, sa sœur, allaient chez W^ de Sablé qui habitait probablement dt^jà Port-Royal en 1655 et, dans tous les cas, en 1659. Eh bien, Pascal a évidemment écrit une partie de ce qu'on appelle les Pensées à l'intention de la compagnie qui se réunissait chez M"® de Sablé. Puisqu'il y allait, pourquoi n'aurait-il pas payé tribut au goût de la maison? Qu'on examine ces feuilles volantes de l'Autographe collées depuis sur da papier uniforme; il y a là une foule de maximes, de réflexions qui ne touchent ni de près ni de loin à Touvrage projeté de Pascal. Ce sont des maximes écrites pour le salon de M""^ de Sablé. Si on rencontre çà et là, dans les Pensées, des morceaux inachevés et souvent incorrects qui sont des premiers jets, il y en a d'autres, et en grand nombre, qui sont d'une facture laborieuse et raffinée, qu'on a dû remettre plusieurs fois sur le chantior. Ils ne répondent pas à Tidée qu'on a de leur origine. D'autre part, dans ces quatre années qui vont de 1658 à 1662, où Pascal est censé avoir écrit les Pfnsc«. M"® de Sablé habitait précisément Port-Royal. 11 allait chez elle : « Comment, dit Victor Cousin S M™** de Sablé ne lui aurait-elle pas aussi demandé des sentences, des maximes, et pourquoi lui en aurait-il refusé ? » Enfin, le portefeuille de Valant, médecin et ami de M""^ de Sablé, contient des pensées de Pascal qu'on retrouve dans ÏAutographe^ mais plus développées, sans doute d'après les conversations de Pascal. Plusieurs ont le tour et relTet dramatique qu'on recherchait dans le salon de W^ de Sablé, par exemple le Gravier de Cromwell et le Nez de Cléopâtre. Comment la pensée qui a trait aux causes et aux effets de l'amour se rattacherait-elle à l'Apologie du Christianisme ? « Qui veut connoître à plein la vanité de Thomme n'a qu'à considérer les causes et les effets de Tamour. La cause en est un je ne sais quoi, si peu de chose

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