‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 40 sur 97 · CLX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLX INTRODUCTION

la grâce était l'essentiel du débat engagé entre Port-Royal et les adversaires de la doctrine de Jansènius; Pascal ne pouvait pas ne pas l'employer. Les autres vétilles signalées par Condorcet n'ont été remarquées par personne. On ne sait même sur quoi ses observations portent : « Mais je vois qu'elle ne fera point d'autre mal que de rendre la Sorbonne moins considérable par ce procédé qui lui ôtera l'autorité qui lui est si nécessaire en d'autres rencontres... Le bon père se trouvant aussi empêché de soutenir son opinion, au regard des justes, qu'au regard des méchants, ne perdit pourtant pas courage..» Comme je fermois la lettre que je vous ai écrite, je fus visité par M. N..M notre ancien ami, le plus heureusement du monde pour ma curiosité, car il est très informé des questions du temps; il sait parfaitement le secret des Jésuites,, chez qui il est à toute heure et avec les principaux. » L'accusation porte sur la Sorbonne mmns œnsidérable^ au regard des justes, je fus visité par. Que n'accuse-t-on l'auteur des Provinsciales l'emploi de Yo au lieu de l'a dans les imparfaits? Mais c'est ailleurs que Pascal manque de bon goût et de bon sens; ce sont les expressions dont se sert Condorcei. L'auteur des Provinciaks demande aux Jésuites « si leurs textes sont des inspirations de l'Agneau ou des abominations suggérées par le Dragon ». Cette langue d'Apocalypse choque Condorcet. Ceci le choque davantage : u Cette comparaison vous paroîtelle fort chrétienne dans une bouche qui consacre le corps adorable de Jésus-Christ? » Il est certain que ce langage n'avait pas cours à Ferney ; mais Pascal croit à la présence réelle. Condorcet ne serait pas choqué de l'entendre nier l'existence de Dieu. Il s'excuse du reste de la Uberté qu'il prend : a Le respect superstitieux qui ne voit pas les fautes des grands hommes, dit-il, ou qui les dissimule, ne peut convenir qu'à des esprits petits et froids » ... comme le sien. Ce ne sont pas là d'ailleurs des observations sur la langue. La pureté du goût de Pascal échappe à Condorcet ; la simplicité de son style le lui fait croire familier, trivial, dépourvu

LA VIE ET LES ŒUVRES DE PASCAL. clxi

d'élégance. Il leur préfère l'emphase de Thomas et sa propre emphase, et La cour polie et délicate de Louis XIV, dii-il, ne sentit pas ce défaut, — la triviahté de Pascal, — et l'on voit par beaucoup d'écrits postérieurs à Pascal que les auteurs se plaisoient a!ors à placer dans leurs ouvrages ces tournures familières comme un moyen de ne point passer pour pédants et pour se donner un air cavalier. Depuis on a senii que le style devoit être plus élevé et plus soutenu que la conversation, puisque l'auteur a plus de temps pour écrire et le lecteur plus de temps pour juger. La conversation môme a pris an ton plus noble sans cesser d'être naturelle. » Cette manière de voir montre que Condorcet est un auteur; Pascal préférait un homme : a Ceux qui ont le goût bon» dit-il ^ et qui en voyant un livre croient trouver un homme, sont tout surpris de trouver un auteur. »

L'opinion de Condorcet n'a pas de valeur par elle-même ; il n'a pas d'autorité. Mais il est un écho du xvm*' siècle. Le XVIII* siècle est Fennemi intime de Pascal ; Condorcet est 50D interprète. C'est comme interprète des sentiments du ivm* siècle à l'endroit de l'auteur des /Vovincta/w qu'il mérite d'être consulté. Si Pascal n'avait pas été un géomètre, il ne voudrait pas l'entendre nommer. Mais Pascal a fait des découvertes en physique, en géométrie; il s'impose à Condorcet qui le loue en grinçant des dents. Il le hait et il a honte de l'avouer. Il n'a aucune des qualités d'un juge. II est un sectaire, un terroriste avant la lettre, à l'âme étroite et fanatique. Il juge Pascal et les Provinciales en fanatique. A l'entendre, la plaisanterie des Provinciales n'a pas de sel; elle ne lait rire que les Théologiens qui sont une poignée de misérables et qui exercent sur Pascal une intimidation constante. « La crainte d'être accusé d'impiété et de profanation l'oblige d'émousser ses plaisanteries et de les resserrer dans un cercle trop étroit... 11 parle souvent des hérésies des Jésuites

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