L\\ INTRODUCTION
daisit Lucrèce semble tout d'un coup devenu pareil à lai de plainte et d'accent, en présence du grave solitaire. Chose remarquable! à chaque pas d'abord que fait Fentretien, ces deux hommes sont d'accord : Molière parle et s'ouvre amèrement ; Pascal écoute et approuve ; et tome la misère et la contradiction de la nature avec ses générosités manquées et ses sottes rechutes, ce faux sens commun qui n'en est pas un et qui n'est que le trompe-l'œil du grand nombre; cette soidisant liberté et volonté souveraine qui, chez les Alexandre •comme chez les Sganarelle, s'en va trébucher à son plus beau moment et se casse le nez dans sa victoire^ ; toute cette déception inûnie se déroule et défile en mille saillies grima- <;antes; toujours ils semblent d'accord, jusqu'à ce point où Molière ayant tout dit et terminant dans le silence ou par quelque éclat de dérision, Pascal, à son tour, reprend et continue. Il reprend et repasse chaque misère, mais dans un •certain sens suivi ; et de tout ce marais immense, de cette immersion universelle où nage, comme elle peut, la pauvre nature humaine naufragée, il arrive au bas de Tunique colline. Il y prend pied et la gravit en insistant : il monte dans son discours, il monte avec une sorte d'effroi qui perce dans ses paroles, il monte sous le poids de toutes ces misères cette rude pente du Golgotha ; et, à mesure qu'il s'y élève, il fait voir de là comment tout s'y range et l'ordonnance que cela prend; tant qu'enfin saisissant et serrant d'un violent amour le pied de la Croix qui règne au sommet, il crie le mot saliU et force son interlocuteur étonné à reconnaître, du moins de là, aux choses de notre univers le seul aspect qui ne soit pas risible ou désolé. »
Molière s'en va rêveur, trouvant qu'un si grand esprit a des idées singulières. £h bieni non, Molière ne s* en va pas ainsi, ne trouve pas que Pascal est singulier. Il aurait plutôt •envie d'en faire Alceste; Tartufe n'en est que l'épreuve à