Pmtéen, 1. 1«', p. 202-203 de rédilion Faugère
2. Vico copiera cela : Corsi e ricorsi, mais c'est Viius et reditut de Pascal qui est l'original. . •"•
LA VIE ET LES (JEUVRES DE PASCAL, clxxv
trompent également sur l'opinion de PascaL Dans sa disserta* tion sur l'autoriié en matière philosophique, Pascal considère de préférence les inventions des hommes, leurs expériences scienliûques, leurs moyens d'améliorer leur con«lition vis-àvis de la nature et des êtres vivants qu'ils exploitent et dominent. En Morale, il a la même doctrine; il ne pense pas que (c la bonté et la malice du monde en général restent les mêmes»; il pense au contraire que le bien croît avec les siècles et le mal aussi, qu'ils ont un progrès parallèle.
Quel rapport la Morale des honnêtes gens peut-elle avoir avec cette doctrine? Elle en a un qui est évident. La Morale des honnêtes gens est la morale bourgeoise. Elle s'est un peu abaissée depuis le xvii* siècle parce qu'elle s'est étendue à des millions d'hommes qui n'y avaient point de part et qui y sont maintenant associés parleur condition et leur éducation. Elle est de beaucoup antérieure au xvn® siècle. Elle était à cette époque confinée dans la haute bourgeoisie. Celle d'en bas y aspirait; elle était encore confondue à beaucoup d'égards avec la classe des artisans. Mais la haute bourgeoisie avait acquis un rang et une indépendance qui la rendaient fière et lui donnaient le désir d'être digne de ces avantages. Elle emplissait les parlements, l'église, la fmance, l'administration. Ce qu'il y avait de commerce et d'industrie était dans ses mains. Elle était instruite et se croyait appelée à une grande destinée. Port-Royal en est l'organe par le but qu'il se propose et la condition des membres qui le recrutent. C'est lui qui a éduqué, discipliné, formé, armé en guerre cette bourgeoisie des villes, embryon des classes parlementaires du xix« siècle, qui ont essayé, elles aussi, d'avoir un Port-Royal dans l'école doctrinaire, et un Saint-Cyran dans la personne de M. Royer- Gollard. Port-Royal a collaboré à la formation de la Morale des honnêtes gens, avec le théâtre, la littérature, la vie de salon et dix autres causes qui échappent à une nomenclature» Ce n'est pas que la Morale des honnêtes gens soit la morale de Port-Royal. Il demandait plus; il a obtenu beaucoup moins
cLxxvi INTRODUCTION.
qu'il ne demandait. L'auteur des Provinciales a-t-il sa part à revendiquer dans l'élaboratiun de la Morale des honnêtes gens? Oui, certes. Il y était hostile par tempérament et en aurait eu horreur s'il avait prévu qu'on lui attribuerait quelque chose de la paternité de cette Morale des honnêtes gens. Mais il est descendu un jour jusqu'à elle dans un intérêt de propagande. C'est une complicité de fait, contraire à son in* tention. II n'est pas l'homme des compromis ei des moyennes entre Tesprit du monde et l'esprit évangélique.
La Morale des honnêtes gens est en pratique un progrès immense : elle a élargi le champ de la civilisation, agrégé à celle-ci des classes entières restées de temps immémorial, non à l'état de nature, mais à ce demi-état de nature qui est l'état rural, ou bien au-dessous de l'état rural, celui de la plèbe urbaine.
La Morale des honnêtes gens a acquis l'empire. Sainte- Beuve, qui lui appartenait d'une manière si complète, en augure mal : « Cette Morale des honnêtes gens, dit-il ^ rentre plutôt dans les inventions des hommes, et si elle est un progrès en ce sens, elle va peu au delà; elle n'affecte guère le fonds général de bonté ou de malice humaine. Quand survient quelque grande crise, quand quelque grand fourbe, quelque criminel heureux, s'empare de la Société pour la pétrir à son gré, cette Morale des honnêtes gens devient insuffisante; elle se plie et s'accommode, trouvant mille raisons de colorer ses cupidités et ses bassesses; on en a eu des exemples. » Pascal en avait eu plusieurs sous les yeux. 11 avait assisté à une crise : c'était la Fronde. De ces grands fourbes qui pétrissent la Société au gré de leur ambition, il en avait vu poser dix devant lui. Il avait vu Richelieu. 11 était jeune et Richelieu avait l'avantage de servir l'intérêt public. Après lui il en avait surgi d'autres, dans le jeu desquels il était plus aisé de voir clair. Il y avait eu Retz, il y avait eu