ibid
CLXXXVi INTRODUCTION.
De Maistre, doivent à une cause différente encore leur popularité. Cette cause existe. Il convient de n'en pas surfaire l'importance ; il serait puéril de ne pas reconnaître qu'il y a une part à lui faire dans la gloire survivante du livre, a Je dis de plus, écrit De Maistre qui vient de prétendre que Pascal est un géomètre et un physicien médiocre qu'une faction a fait valoir S je dis de plus que le mérite littéraire de Pascal n'a pas été exagéré. Aucun homme de goût ne saurait nier que les Lettres Provinciales ne soient un fort joli libelle et qui fait époque même dans notre langue, puisque c'est le premier ouvrage véritablement français qui ait été écrit en prose. Je n'en crois pas moins qu'une grande partie de la réputation dont il jouit est due de même à l'esprit de faction» intéressé à faire valoir Touvrage, et encore plus peut-être à la qualité des hommes qu'il attaquait. C'est une observation incontestable et qui fait beaucoup d'honneur aux Jésuites, qu'en leur qualité de Janissaires de FÈglise catholique, ils ont toujours été l'objet de la haine de tous les ennemis de cette Église. Mécréants de toute couleur, protestants de toutes les classes, jansénistes surtout n'ont jamais demandé mieux que d'humilier cette fameuse société ; ils devaient donc porter aux nues un livre destiné à lui faire tant de mal. Si les Lettres Provinciales, avec le même mérite littéraire, avaient été écrites contre les Capucins, il y a longtemps qu'on n'en parlerait plus. Un homme de lettres français de premier ordre, mais que je n'ai pas le droit de nommer', me confessait un jour, tête à tête, qu'il n'avait pu supporter la lecture des Petites Lettres. La monotonie du plan est un grand défaut de l'ouvrage : c'est toujours un Jésuite qui dit des bêtises et qui
1. De V Église gaîlicanef dans son rapport aTec le Souverain Pontife pour servir de suite à Touvrage intitulé : Du Pape, p. 76 et suivantes de Tédition de Lyon, 1844, 1 vol. in-8*. De Maistre confond à dessein l'Église gallicane de Bossuet avec le Jansénisme, afin d'en avoir plus facilement raison.
2. C'est son éditeur de Lyon qui, dans ane note, confirme modestement la vérité de Tassertion de M. de Maistre.
LA VIE ET LES ŒUVRES DE PASCAL, clxxxvii
a lu tout ce que son ordre a écrit. M*"** de Grignan, au milieu même de reffervescence contemporaine, disait déjà en bâillant : Cest toujours la mime chose, et sa spirituelle mère l'en grondait*. L'extrême sécheresse des matières et l'imperceptible petitesse des écrivains attaqués dans ces Lettres achèvent de rendre le livre assez difficile à lire. Au surplus, si quelqu'un veut s'en amuser, je ne combats de goûts contre personne ; je dis seulement que l'ouvrage a dû aux circonstances une grande partie de sa réputation, et je ne crois pas qu'aucun homme impartial me contredise sur ce point. »
Que les Provinciales aient dû aux circonstances une grande partie de leur réputation, on n'en saurait disconvenir. La durée de leur réputation a une cause analogue, la haine des Jésuites. Ils étaient trop puissants ; on ne les aimait pas. Les Provinciales étaient un acte d'accusation dressé contre eux. Cette qualité leur a servi de passeport. Ce sont les Provinciales qui, après les avoir humiliés et tenus en échec durant cent ans, ont fait prononcer leur arrêt de mort en ilùk. Leur omnipotence dans l'État était-elle une présomption téméraire? Non ; à la veille de disparaître, ils font encore peur à Montesquieu, qui est un homme modéré et peu enclin à se forger des chimères. 11 affirme qu'il a peur des Jésuites : « Si, écrit-il, j'offense quelque Grand, il m'oubliera, je l'oublierai; je passerai dans une autre province, dans un autre royaume; mais si j'offense les Jésuites à Rome, je les trouverai à Paris; partout ils m'environnent; la coutume qu'ils ont de s'écrire sans œsse entretient leurs inimitiés. » 11 y a quelque perfidie dans ces paroles; ce sont des paroles de polémiste, d'ennemi, non d'observateur qui est neutre. Mais l'universalité de l'ordre, sa cohésion, son esprit de suite, sa situation auprès des pouvoirs le rendaient redoutable en effet. 11 est possible que cette considération ait agi sur Pascal, qui est le type de l'esprit particulier, tandis que la Compagnie de Jésus est le type