‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 49 sur 97 · Lettre du 21 décembre · texte numérisé non relu

Lettre du 21 décembre

axxxTni IXTIODUCTIOH.

de Fesprit de corpc, de Fabseace d'optnioo penooneUe, de la fioamiièloa passire axx scpénecis à qui chaque membre de la Société oôéit perim^ie occadartr.CeSi le sens indiiidualisie qa? pourrait De Maisire dans les Prorinciaies ; c'est le principe d'aatohté qo*û défend dans les Jésuites : il est antoritaire, nourri da lait de la Raison d'Eue Pascal et les Jansénistes sont des ennemis personnels, mais il a raison d'affirmer qae la baioe des Jésuites fat et demeure ime caose efficace de la réputation que les Pratindaies ont consenrée.

Lear action a disparu. Si les Pmities de Pascal n*existaient pas, scn nom ne serait désormais qn*un souvenir. Par les Pensées, il reste un écrivain moderne et on peut lui préjuger un long avenir. Voltaire n*existe plus guère que dans lliistoire littéraire, quoiqu'on n'ait pas entièrement cessé de le rééditer. Montesquieu et Rousseau sont presque aussi vieux que lui : les Pensées de Pascal subsistent. Elles possèdent la saveur acre qu'elles avaient au sortir de la plume du maître. Il y a quarante ans, la découverte du manuscrit autographe des Pensées a été un événement public. Quel autre ouvrage composé il y a deux cents ans provoquerait aujourd'hui une émotion comparable à celle que produisit la découverte du manuscrit autographe des Pensées f Jusqu'en 18/i/i, on n*en avait que le spectre. Pascal était mort en 1662, au fort de la persécution contre les Jansénistes. On ne songea point tout de suite à recueillir les fragments de son Apologie de la Religion chrétienne* Le moment eût été mal choisi. Avancer qu'on n'y songea pas tout de suite est peut-être aller un peu loin : on consulta; il est probable qu'on ne savait que résoudre. Cependant la vie de Pascal par M"^ Périer est de 1667. Comme elle devait figurer en tête des Pensées^ la résolution de les publier était donc déjà prise.

LA VIB BT LES ŒUVRES DE PASCAL, clxxxix

L'année suivante (1668), un comité de publication fut réuni sous les auspices du duc de Roannez. On y avait placé Arnauld, Nicole, Tréville, Dubois de la Chaise. ÉiiennePérier, neveu de Pascal, y représentait la famille, au nom de M. Périer, son père, à peine convalescent d'une maladie grave. Le Père Brienne, de l'Oratoire, remplissait la fonction de secrétaire du Comité. Lai paix de PÉglise était proche. Elle eut, en effet, lieu en 1669. La nécessité de n'y porter aucune atteinte, au lendemain de sa conclusion, rendait la tâche du Comité malaisée. D'abord le classement des pièces était presque impossible, l'entente à établir sur les remaniements à faire presque aussi impossible. La famille apportait des scrupules à ne point vouloir qu'on entamât la pensée du mort ; elle ne consentait qu'aux suppressions indispensables. Les membres jansénistes du comité, toujours sur le qui-vive, entendaient refondre tout à leur convenance. C'était leur méthode accoutumée ; d'autre part, il y avait à sauvegarder la cause de Port-Royal de plusieurs côtés à la fois, du côté de l'Autorité attentive et soupçonneuse, du côté du Public qu'il fallait ménager, enfin du côté de Pascal lui-même, inégal, contradictoire, écrivant a par humeur », absorbé par la préoccupation unique d'exprimer son idée actuelle. « M. de Ruannez, écrit Brienne (16 novembre 1668) à M^ Périer, est très content et assurément on peut dire que lui et ses amis ont extrêmement travaillé... Nous allons encore faire une revue, monsieur votre très cher fils et moi, après laquelle il n'y aura plus rien à refaire. » M»* Périer est inquiète ; elle est fidèle à la mémoire de son frère ; elle craint qu'on ne défigure sa pensée de façon à la rendre méconnaissable. Brienne la rassure — lettre du 7 décembre 1668 — ; on ne touchera à rien d'essentiel. La mémoire de Pascal lui est dans une telle vénération que, quand il n*y aurait que lui tout seul, il ferait prévaloir les intentions de M** Périer : « Si M. de Roannez et ceux qui ont pris la peine de revoir ces fragments avoient prétendu substituer leurs pensées à la place de celles de notre saint ou les changer de

cxc INTRODUCTION.

manière à ce qu'on ne pût pas dire sans mensonge ou sans équivoque qu'on les donne au public telles qu'on les a trouvées, sur de petits méchants morceaux de papier, après sa mort », il n'y consentirait pas. On ne modiûe pas le sens; on se contente d'éclaircir, d'embellir. Si l'auteur était vivant, il approuverait l'opération. D'ailleurs, le comité tout entier est d'accord, ratifie les quelques changements qui étaient nécessaires. Brienne envoie un spécimen de la manière dont on s'y est pris ; on ne pouvait pas faire moins. 11 avait fait de l'opposition à quelques modifications proposées; mais quoi? Il a fallu s'y résoudre. 11 tient autant que M"** Perler au souvenir du cher défunt : on n'a rien ajouté, on n'a que retranché. Cependant Éiienne Périer avait résisté : c'est un Auvergnat opiniâtre. On voit la chose d'ici. La famille est absente, du moins elle n'est représentée que [par un jeune homme de vingt-six ans. Port-Royal était à même de faire ce qu'il voulait, sauf à subir le contrôle du duc de Roannez, ami de Pascal certes, mais inexpérimenté et inféodé à ces Messieurs. On est sincère au point de vue chrétien, sinon au point de vue littéraire, et l'infidélité littéraire n'est pas une pure infidélité de forme : on éteint les hardiesses et on défigure le style de Pascal, qui chez lui emporte le fond comme chez la plupart des écrivains de race.

Le but à atteindre étant de propagande religieuse et janséniste, l'approbation des évoques et des docteurs était indispensable. Le Camus, depuis évoque de Grenoble et cardinal, avait manifesté des scrupules, signalés dans une lettre d'Antoine Arnauld du mois de novembre 1669, alors que le livre était déjà imprimé, car il fut mis en vente à la fin de l'année. La lettre d'Arnauld est à M. Périer, qui paraît avoir eu du regret de ce qu'on avait fait sans son aveu. 11 y a des nécessités regrettables. « Souffrez, Monsieur, dit Arnauld, que je vous dise qu'il ne faut pas être trop difficile ni si religieux à laisser un ouvrage tel qu'il est sorti des mains de l'auteur, quand on le veut exposer à la censure publique ; on ne sau-

LA VIE ET LES ŒUVRES DE PASCAL. cxu

roit être trop exact, trop respectueux de la stricte orthodosHe ^ quand on a affaire à des ennemis d'aussi méchante humeur que les nôtres. » Âmauld évite de faire allusion à l'usage constant de Port-Royal et emprunté à divers ordres religieux, notamment aux Jésuites. Pascal explique dans les Provinciales que la moindre opinion d'un membre de l'Institut des Jésuites engage toute la Compagnie. Elle revise et approuve les livres, avant qu'ils soient livrés à l'impression : donc elle prend la responsabilité de tout ce qu'ils contiennent. Ce raisonnement lui avait servi à démontrer que la Morale des Casuistes était celle de la Compagnie. L'argument était sans réplique. Les livres publiés sous les auspices de Fort-Royal étaient dans un cas identique, bien que la Maison ne se crût pas responsable des sentiments de chacun de ses membres : on les revisait. C'était de principe. Les Pensées ne pouvaient être soustraites à la règle. Seulement elles appartenaient à la famille. 11 fallait obtenir son consentement et, comme on attendait beaucoup de l'ouvrage, on parlementait, on faisait des concessions, quitte à les éluder en détail. Amauld et Nicole étaient les reviseurs attitrés de Port-Royal. Ce sont eux qu'on emploie dans l'affaire des Pensées; les autres membres du comité sont des adjoints dont l'office est de ménager les susceptibilités de la famille Pascal. Puis, dans la circonstance, on était guetté par des ennemis acharnés. On désirait n'être pas contraint plus tard de recourir à des apologies. Cest l'inconvénient des livres qui engagent la responsabilité d'autres personnes que l'auteur ; il est rare qu'ils arrivent intacts au lecteur.

La mémoire de Pascal n'a pas à rougir de ces précautions, continue Ârnauld : « C'est la conduite que nous avons tenue touchant les Considérations sur les dimanches et les fétes^ de

1. Le manoscrit autographe, conservé à la Bibliothèque nationale, explique cette réflexion mystérieuse d*Amauld. On avait retranché ou détourné du sens fourni par le manuscrit les morceaux qui auraient pu exposer Port-Royal à l'accusation d'hérésie formeUe.

cxcii INTRODUCTION.

M. de Saiat-Gyran» que feu Savreux a imprimées ; quelquesuns de nos amis les avoient revues avant l'impression, et M. Nicole, qui étoit fort exact ^, les ayant encore examinées .depuis l'impression, lui avoit fait faire beaucoup de cartons, i Ce n'était pas une discipline propre aux ordres religieux; c'était dès lors une politique commune aux partis et aux sectes politiques qui ont besoin de maintenir parmi leurs adhérents l'unité de direction, sans laquelle il est impossible de poursuivre un dessein commun. La Censure en est issue. On y a renoncé sous la pression du sens individuel blessé. Un auteur moderne mourrait plutôt que de laisser déchiqueter son œuvre, fût-ce par un comité d'amis intéressés comme lui au succès de cette œuvre. Il est certain que cela nuit au talent, à la forme littéraire d'un livre. Jadis on préférait l'utile à la vaniié de l'auteur. 11 n'était pas non plus entendu comme aujourd'hui qu'une œuvre littéraire, comme un tableau, n'aspire à autre chose qu'à la qualité de monument artistique. Le fond a disparu ; la façon est tout. On veut arriver avec elle tout entière aux yeux ou à l'oreille de l'amateur, car il est <X)nvenu qu'il n'y a plus que des amateurs. Port-Royal était étranger à cet excès d'amour-propre né sur les tréteaux delà publicité. Tout le monde s'alignait dans l'intérêt commun. Mais aligner l'originalité de Pascal, ce n*était pas commode. Aussi Arnauld en est-il pour ses frais ; il tue la pensée du maître, aûn de la contraindre à passer sous le joug. Il n'y a pas de justice absolue, professe Pascal. Alors on est obligé de s'arranger de celle qui existe et qui est un à peu près. Celle qui existe, c'est la Coutume, et la pratique de cette justice est la loyauté. Cette doctrine est fort au-dessus de la médiocrité d' Arnauld. Il distingue aGn de faire passer l'énormité de l'assertion de Pascal. Ehl Pascal n'entend pas parler de la justice qui est une vertu : celle-là est absolue. 11 veut parler du Droit, de la justice quxjus est. Encore Arnauld s'en déOe ;

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