‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 50 sur 97 · Fort attentif à De pas donner pri^e à l'ennemi · texte numérisé non relu

Fort attentif à De pas donner pri^e à l'ennemi

LA VIE ET LES ŒUVRES DE PASCAL, cxcin

il craint bien que ce ne soit une réminiscence de Montaigne, ëebappée à Pascal par inadvertance, ce qui est contraire à la pensée intime de Pascal exprimée sans équivoque. Le texte modifié d'Arnauld sur la Justice avait été admis à grand'peine. Il figure dans un exemplaire des Pensées portant la date de 1669 et acquis récemment par la Bibliothèque nationale. On le chercherait en vain dans les exemplaires de la première édition des Pensées avec la date de 1670. Dans l'intervalle de l'impression et de la publication, on avait supprimé le passage et c'était juste. Dans le manuscrit autographe, en eiïet^, il y a bien cette ébauche informe : — V, Yeri juris. Nous n'en avons plus : si nous en avions, nous ne prendrions pas pour règles de justice de suivre les mœurs de son pays. — C'est là que, ne pouvant trouver le juste, on a trouvé le fort, etc. — On aurait pu insérer le fragment confirmé ailleurs plus en détail. Ce n'est pas là-dessus que portait l'objection d'Arnauld ; c'était sur les deux passages suivants du manuscrit : —J'ai passé longtemps d^^ ma vie en croyant qu'il y avoit une Justice et en cela je ne me trompois pas, car il y en a une selon que Dieu nous Ta voulu révéler. Mais je ne le prenois pas ainsi et c'est en quoi je me trompois ; car je croyois que notre Justice étoit essentiellement juste et que j'avois de quoi la connoltre et en juger. — Mais je me suis trouvé tant de fois en faute de jugement droit, qu'enfin je suis entré en défiance de moi et puis des autres. J*ai vu tous les pays et hommes changeants ; et ainsi après bien des changements de jugement touchant la véritable justice, j'ai connu que notre nature n'étoit qu'un continuel changement et je n'ai plus changé depuis , et si je changeois, je confirmerois mon opinion. — Eh bien, ces deux morceaux sont barrés dans l'Auto-* graphe, et les membres du Comité, si frappés qu'ils pussent être de la valeur de l'idée de Pascal, ont pu croire qu'ils se conformaient à son intention en la retranchant *•

Page 1