‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 52 sur 97 · ibidem · texte numérisé non relu

ibidem

LA VIE ET LES ŒUVRES DE PASCAL, cxcvu

corriger et à tout altérer. » A la rigueur, Port-Royal en avait le droit; il disposait de l'un des siens avec la tolérance, sinon l'aven de la famille. Condorcet, au rmf siècle, a achevé de corrompre le texte déjà si maltraité, cette fois dans un intérêt malhonnête et grossier, celui de faire dire à Pascal qu'il était de l'école de Condorcet.

Le petit in-12 de Port-Royal parut au commencement de l'année 1670. L'achevé d'imprimer est du 2 janvier. On avait écarté comme inopportune la vie de Pascal, écrite par M"*' Périer, qu'on remplaça par une préface de l'abbé Périer. Port- Royal n'est pas nommé. Quand la préface mentionne que Pascal, après sa conversion de 1654, s'est retiré à Port-Royal des Champs, elle énonce simplement qu'il s'est retiré à la campagne. Malgré des précautions infinies, il y eut des obstacles à tourner. Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris et historien d'Henri IV, insistait auprès de l'éditeur pour qu'on insérât dans le volume un mensonge, c'est-à-dire que Pascal, à son lit de mort, avait répudié les Provinciales. La mise en vente avait eu lieu déjà. Desprez ne vit d'autre moyen de s'en tirer, que de mettre seconde édition sur les exemplaires qu'il avait encore en magasin. De cette façon, le public étant désormais en possession de toute une édition, il était inutile d'opérer des changements nouveaux.

Le succès fut immédiat. Ce n'était pas un succès d'aujourd'hui. Le nombre de ceux qui étaient en état de lire les Pensées était restreint. Il y en eut tout de suite trois éditions néanmoins. On était à l'heure des Moralistes et des grandes oeuvres du règne. On avait deux éditions des Maximes de La Rochefoucauld et on était à la veille de la troisième (1671); Le Tartufe et le Misanthrope étaient récents; La Fontaine avait donné les premiers livres de ses Fables; Racine, Britannicus; Boileaa était en pleine floraison ; au-dessus d'eux tous, Rossuet avait inauguré la série de ses Oraisons funèbres. 11 n'y avait pas de mois qui ne vît éclore un chef-d'œuvre. L'admiration qu'avaient excitée les Provinciales changea de physiono-

cxcviu INTRODUCTION.

mie. On avait applaudi l'ardent polémiste; on s'inclina devant le Moralistes une noie plus grave fut imprimée à sa gloire. Tillemont, dans une lettre à M"^ Perler, met Pascal à côté de saint Augustin. Tillemont est de Port-Royal dont saint Augustin est le patriarche. La comparaison de Tillemont témoigne de Timpression exercée sur lui par les Pensées. Elle n'est pas moindre chez les profanes. Le concert est unanime. M"® de La Fayette dit que « c'étoit un méchant signe pour ceux qui ne goûteroient pas ce livre ». Six mois après, dans son Éducaiion dun prince^, Nicole inséra les Trois discours sur la condilion des grands, considérés depuis comme une partie intégrante des Pensées. Elles devaient attendre jusqu'en 1728', un autre complément, la conversation entre Pascal et M. de Sacy sur Épictète et Montaigne. L'année précédente (1727), les Fragments sur les miracles avaient été publiés dans la troisième lettre de Colbert, évoque de Montpellier ', à Tévôque de Soissons. Quelques autres morceaux avaient paru çà et là. Le livre existait ou à peu près tel qu'il devait rester, sauf les altérations de Gondorcet et quelques additions de Bossut (1779), jusqu'à la publication du manuscrit autographe par M. Prosper Faugère (1844).

Un fait étrange est qu'au xvn® siècle, ni dans la chaire ni ailleurs, les orateurs et les écrivains catholiques ne citent l'auteur des Pensées comme apologiste du Christianisme. Il l'était, mais on ne l'avouait pas volontiers. Dans les rangs da Clergé, le souvenir des Provinciales pesait sur sa mémoire. On avait conscience de son autorité, mais on aurait craint d'être accusé d'être un janséniste, et, jusqu'en 176ili, les Jésuites veillaient au maintien de cette tradition salutaire. Plus

1. De l'éducation d'un prince, divisée en trois parties, dont la dernière contient divers traités utiles à tout le monde (sans nom d*auteur). 1 vol. in-12. Paris, veuve Charles Savreux, 1670. Il y en eut une réimpression en 1671 sous le pseudonyme de Chanteresne,

2. Au t. V, 2' partie, dos Mémoires de littérature et d'histoire du pèrs Des Molcts.

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