NOTICE SUR LES LETTRES
a joint un grand nombre de pièces divisées en cinq parties avec une pagination différente de celle du livre. H n*est pas sûr, d'ailleurs, que toutes les modifications introduites dans cette édition soient de Pascal. L'abbé Goujet avance, dès la sixième provinciale, que « cette lettre a été revue par M. Nicole». Nicole en a peut-être revu d*autrfô; il est possible encore que plusieurs reviseurs de Port-Royal Faient aidé. Pascal aura acquiescé aux modifications du fond, ne se résenant que les corrections de style. Ce n'est qu'une supposition, mais elle est vraisemblable. Pascal n'avait pas de prétention à l'exactitude du côté de la Théologie. Par contre, il n'y avait pas à lui apprendre les règles du style. Il atténue souvent, dans cette édition de 1659, les mots crus qui lui ont échappé dans l'ardeur de la composition. La sobriété ordinaire de sa langue l'engage, d'autre part, à supprimer les mots exagérés, comme atroces, détestables, horribles; il remplace vertement par fortement qui est moins sémillant. Il élimine aussi quelques traces de l'ancienne langue du XVI* siècle : je vas vous dire, avoir accoutumé. Il en laisse quelques-unes, non par affectation, mais parce que ce qui nous parait maintenant avoir été déjà vieux en 1659 ne le semblait pas alors et n'est devenu visible que depuis. Les vieux mots et l'Académie française le font également sourire. Au commencement de la troisième provinciale, II se fait répondre par son provincial : a Voicy ce que m'en écrit (des deux premières provinciales) uu de Messieurs de l'Académie, des plus illustres entre ces hommes tous illustres. » Si le provincial était membre de l'Académie, « je condamncrois, dit-il, d'autorité, je bannirois, je proscrirois, peu s'en faut que je ne die, j'exterminerois de tout mon pouvoir ce pouvoir prochain qui fait tant de bruit pour rien >.
L'histoire des Provinciales, parallèle à celle de la lutte des Jésuites et des Jansénistes, serait presqu'une histoire des opinions religieuses en Europe aux xvii» et xviii® siècles. Elles n'avaient d'abord remué les passions qu'en France. Pourtant dès 1657 on en publiait une traduction anglaise à Londres, par J. G. (pour Royston, 1 vol. in-12), avec un frontispice gravé par Vaughan et où figurent les portraits de Loyola, Lessius, Molina et Escobar, dans la seconde édition également in-12 de 1658. Cette môme année 1658, la traduction latine de Nicole, sous le nom de Wil-
Ilam Wendrock (1 vol. petit in-S®, Coloniœ apud Nie. Schouten), avec des notes et plusieurs dissertations, les répandit partout avec un succès supérieur à celui qu'elles avaient eu en Franco. « On assure, dit Sainte-Beuve S que Nicole avait relu plusieurs fois Térence avant de la commencer ; c'était du moins comprendre la difficulté en homme d'esprit. Cette traduction popularisa véritablement le victorieux pamphlet en Europe. Les universités des Pays-Bas et les savants en us de toute langue purent désormais goûter à leur manière, et sous une forme un peu plus compacte, ce qui avait si fort charmé M"« de Sablé. Aussi les attaques contre Montai te, doublé de Wendrock, en vinrent-elles aux dernières extrémités. »
Les Jésuites, qui jusque-là avaient parlementé en français avec Pascal, parlementèrent aussi en latin avec Wendrock (Bernardi Stubrockii — Honorati Fabri — Soc. Jcsu notae in notas Will. Wendrockii ad Montalti litteras in disquisitiones Pauli Irenaei ', Coloniœ, loan, Busaens, 1659, in-8*»). L'intervention de plus en plus active des puissances venait au secours de leurs arguments. Le 18 octobre 1657 on avait affiché sur les murs de Paris les mesures édictées contre les Provincwles parla congrégation romaine ùqV Index; le parlement d'Aix les avait condamnées au feu. Il est vrai qu'on n'avait mis sur le bûcher qu'un Almanach, c'est-à-dire une biche à la place d'Iphigénie. Sainte-Beuve' cite à ce sujet des paroles de M. de Rémusat*, qui sont déjà de circonstance sous le règne de Louis XIV : a La liberté plaisait à la bonne compagnie, la première puissance de cette époque. Les livres qui flattaient son esprit furent donc accueillis avec empressement. Tel qui en requérait la lacération eût rougi de ne pas les avoir dans sa bibliothèque ; et plus d'un lisait par goût la page qu'il faisait brûler par convenance. » Le Parlement de Bordeaux refusa môme de brûler par convenance