W aurait été plus correct d'écrire : j'avois pensé
2. A un duc et pair qui était le duc de Luyncs (10 juillet 1055). On Taccusait d'avoir, dans cette seconde lettre : !•» entrepris de justifier les doctrines exposées par Jansénius dans VAugustinus et contesté que les Cinq Propositions, condamnées comme étant dans le livre de Jansénius, s'y trouvassent; 2° d'avoir reproduit la première des Cinq Propositions de Jansénius en disant que « l'Évangile et les Pères nous montroient dans la personne de saint Pierre un juste à qui la Grâce nécessaire pour agir avoit manqué ».
3. Jansénius (Corneille Jansen, — fils de Jean — , dit), auteur célèbre de la doctrine sur la Grâce et la Prédestination contenue dans son livre intitulé: Augustinus et qui a donné son nom au Jansénisme, Théologien, évêquc d'Ypres (Belgique), il est né en 1585 à Acquoi, petit village situé près de Leerdam (Hollande), et mort de la poste le 6 mai 1638. L'abbé de Saint- Cyran (Jean Duvergicr de Haurannc), ami et protecteur de Jansénius, esi à bien meilleur titre que lui le chef de l'École janséniste sur qui a déteint la grandeur de son caractère.
trouvé les propositions condamnées par le feu pape; et néanmoins que, comme il condamne ces propositions en quelque lieu qu'elles se rencontrent, il les condamne dans Jansénius, si elles y sont. »
La question sur cela» est de savoir s'il a pu, sans témérité, témoigner par là qu'il doute que ces propositions soient de Jansénias, après que Messieurs les Évêques ont déclaré qu'elles sont ^ de lui.
On propose l'affaire en Sorbonne. Soixante et onze docteurs entreprennent sa défense et soutiennent qu'il n'a pu répondre autre chose à ceux qui, par tant d'écrits, lui demandoient s'il tenoit que ces propositions fussent dans ce livre, sinon qu'il ne les y a pas vues, et que néanmoins il les condamne, si elles y sont.
Quelques-uns même, passant plus avant, ont déclaré que, quelque recherche ils en aient faite, ils ne les y ont jamais trouvées, et que même ils y en ont trouvé de toutes contraires. Ils ont demandé ensuite avec instance que% s'il y avoit quelque docteur qui les y eût vues, il voulût les montrer*; que c'étoitune chose si facile, qu'elle ne pouvoit être refusée, puisque c'étoit un moyen sûr de les réduire
a Sur cela n'est pas dans le texte ia-A: C'est la leçon in-^o (1059). ^ Qu'elles y sont, lit-on daos le texte in-4«.
e En demandant avec instance que, dans le texte ia-4» oCi la phrase n'est pas coupée.
1. Les cinq propositions ne sont pas en toutes lettres dans VAugustiniis, mais elles sont r&me du livre, au sentiment de Bossuet qui s'y connaissait. En Toici le texte :
« l^' n y a des commandements que l'homme juste ne peut observer, Dieu no lui accordant pas une grâce suffisante; 2** dans Tétatde nature et de péché, la Grâce est irrésistible ; 3° pour acquérir quelque mérite devant Dieu, il n*est pas besoin que l'homme soit affranchi de la nécessité d'agir; il suffit qu'il ne soit pas contraint d'agir; 4° dire que r homme dans Tétat de nature peut résister à la Grâce prévenante ou y céder est semi-pélagien; «^ dire que le Christ est mort pour tous est semi-pélagien. »
tous, et M. Arnauld même ; mais on le leur a toujours refusé. Voilà ce qui s'est passé* de ce côté-là.
De Tautre part se sont trouvés quatre-vingts docteurs séculiers, et quelque quarante Religieux mendiants**, qui ont condamné la proposition de M. Arnauld sans vouloir examiner si ce qu'il avoit dit étoit vrai ou faux, et ayant même déclaré qu'il ne s'agissoit pas de la vérité, mais seulement de la témérité de sa proposition.
Il s'en est de plus trouvé*' quinze qui n'ont point été pour la Censure, et qu'on appelle indifférents.
Voilcà comment s'est terminée la question de fait, dont je ne me mets guère en peine; car, que M. Arnauld soit téméraire ou non, ma conscience n'y est pas intéressée. Et si la curiosité me prenoit de savoii* si ces propositions sont dans Jansénius, son livre n'est pas si rare, ni si gros que je ne puisse le lire tout entier pour m'en éclaircir, sans en consulter la Sorbonne.
Mais, si je ne craignois aussi d'être témèraii-e, je crois que je suivrois l'avis de la plupart des gens que je vois, qui» ayant cru jusqu'ici, sur la foi publique, que ces pi*opositions sont dans Jansénius, commencent à se défier du contraire, par le refus bizarre qu'on fait de les montrer, qui est tel, que je n'ai encore vu personne qui m'ait dit les y avoir vues. De sorte que je crains que cette Censure ne fasse plus de mal que de bien, et qu'elle ne donne à ceux qui en sauront Thistoire une impression tout opposée à la conclusion; car, en vérité, le monde devient méfiant et ne croit les choses que quand il les voit. Mais, comme j'ai déjà dit, ce point-là est peu important, puisqu'il ne s'agit point de la Foi.
* Se pasia, dans le texte m-4*.
^ Moines, dans ria-4«, aa lieu de religieux,
« Trouvé de plus, daot rin-4%
Pour la question de droit, elle semble bien plus considérable, en ce qu'elle touche la Foi. Aussi j'ai pris un soin particulier de m'en infomaer. Mais vous serez bien satisfait de voir que c'est une chose aussi peu importante que la première,
II s'agit d'examiner ce que M. Arnauld a dit dans la même lettre : «Que la Grâce, sans laquelle on ne peut rien, a manqué à saint Pierre, dans sa chute. » Sur quoi nous pensions, vous et moi, qu'il étoit question d'examiner les plus grands principes de la Grâce, comme si elle n'est pas donnée à tous les hommes, ou bien si elle est efficace ; mais nous* étions bien trompés. Je suis devenu grand théologien en peu de temps, et vous en allez voir des marques.
Pour savoir la chose au vrai, je vis M. N., docteur de Navarre, qui demeure près de chez moi, qui est, comme vous le savez, des plus zélés contre les Jansénistes; et comme ma curiosité me rendoit presque aussi ardent que lui, je lui demandai" s'ils ne décideroient pas formellement que u la Grâce est donnée à tous** », afin qu'on n'agitât plus ce doute. Mais il me rebuta rudement et me dit que ce n'étoit pas là le point; qu'il y en avoit de ceux de son côté qui tenoient que la Grâce n'est pas donnée à tous ; que les examinateurs mêmes avoient dit en pleine Sorbonne que cette opinion est problématique ^ et qu'il étoit lui-même dans ce sentiment : ce qu'il me confirma par ce passage, qu'il dit être célèbre, de saint Augustin : c Nous savons que la Grâce n'est pas donnée à tous les hommes. »
• Je lui demandai d'abord, dans ria-4<» et les éditioas in-lS d« 1657. ■* A tous Ut homme», dans le texte in-4o.
i. On dirait maintenant : « nous notfs étions ».
Je lui lis excuse d'avoir mal pris son sentiment et le priai de me dire s'ils ne condamneroient donc pas au moins cette autre opinion des Jansénistes qui fait tant de bruit, « que la Grâce est efficace, et qu'elle détermine notre volonté à faire le bien ». îl^is je ne fus pas plus heureux en cette seconde question. Vous n'y entendez rien, me dit-il. Ce n'est pas là une hérésie ; c'est une opinion orthodoxe : tous les Thomistes* la tiennent; et moi-même je l'ai' soutenue dans ma Sorbonique*.
Je n'osai** lui proposer mes doutes; et même'^ je ne savois plus où étoit la difficulté, quand, pour m'en éclaircir, je le suppUai de me dire en quoi consistoit ^ donc l'hérésie de la proposition de M. Arnauld. C'est, me dit-il®, en ce qu'il ne reconnoît pas que les Justes aient le pou-
■ L*ai au lieu de je l*a(, dans rin-40.
•> Pi\is, dan» rin-l«.
e Même, qui figure dans rin-4o et les in-12 de 1637, est retranché dans Via-9» de 1659.
<* Donc n'est pas dans rin-4«.
• Ce nie dit-il, dans rin-4<» et les in- 12. Dans rin-8<», Pascal a écarté ce me dit-il comme une locuiion vieillie.
1. Partisans de la doctrine de saint Thomas d'Aquin, considérée surtout au point de vue do la Grâce et de la Prédestination.
2. Sorbonique, une des trois thèses que les bacheliers en théologie étaient obligés de soutenir en personne, au cours de leur licence. Le candidat argumentait pendant douze heures consécutives contre tout venant. « L'origine des Sorboniques vient d'un certain cordelier qui, ayant été refusé a une thèse, demanda à entrer en lice et à soutenir la discussion contre tout venant et sur toutes sortes de sujets, depuis huit heures du matin jusqu'à huit heures du soir. Depuis ce temps, tout candidat est obligé de subir cet exercice, très convenable à une poitrine de cordelier, mais qu'on adoucit par ce qu'on appelle le bouillon : ce sont deux heures d'intervalle qu'on accorde au soutenant pour diner. Mais alors quelqu'un monte en chaire et dispute pour tenir en haleine l'assemblée. Cette espèce de gymnastique théologique se renouvelle tous les deux ans par un discours d'apparat. » Bachaumont, Mémoires secrets ^ au 6 juillet 1770.
Cette pratique s'est perpétué dans l'examen des thèses de doctorat, notamment de doctorat es lettres et de doctorat en théologie. C'est ce qu'on appelle la sotUenance.
voir d'accomplir les commandements de Dieu en la manière que nous l'entendons.
Je le quittai après cette instruction; et, bien glorieux de savoir le nœud de raffaire, je fus trouver M. N., qui se portoit de mieux en mieux, et qui eut assez de santé pour me conduire chez son beau-frère, qui est janséniste, s'il y en eut jamais, et pourtant fort bon homme. Pour en être mieux reçu, je feignis d'être fort des siens et lui dis : Seroit-il bien possible que la Sorbonne introduisît dans l'Église cette erreur, que « tous les Justes ont toujours le pouvoir d'accomplir les commandements » ? Comment parlez-vous? me dit mon docteur. Appelezvous erreur un sentiment si catholique, et que les seuls Luthériens et Calvinistes combattent? Eh quoil lui dis-je, n'est-ce point votre opinion? Non, me dit-il; nous l'anathématisons comme hérétique et impie. Surpris de cette réponse, je connus bien que j'avois trop fait le janséniste, comme j'avois Tautre fois été trop moliniste; mais no pouvant m'assurer de* sa réponse, je le priai de me dire confidemment s'il tenoit que « les Justes eussent toujours un pouvoir véritable d'observer les préceptes ». Mon homme s'échauffa là-dessus, mais d'un zèle dévot, et dit qu'il ne déguiseroit jamais ses sentiments pour quoi que ce fût : que c'étoit sa créance ; et que lui et tous les siens la défendroient jusqu'à la mort, comme étant la pure doctrine de saint Thomas et de saint Augustin, leur maître.
11 m'en parla si sérieusement, que je n'en pus douter; et sur cette assurance, je retournai chez mon premier docteur, et lui dis, bien satisfait, quej'étois sûr** que la paix seroit bientôt en Sorbonne : que les Jansé-
■ Sur &a liea de de dans Tin-lS et dans quelques exemplaires de l'in-4o, mais la leçon de est dans la plupart des exemplaires de rin-4o. *> Certain, dans rin-4o et l'in-12.
nistes étoient d'accord du pouvoir qu'ont les Justes d'accomplir les préceptes ; que j'en étois garant, et que je le * leur ferois signer de leur sang. Tout beau! me dit-il; il faut être Théologien pour en voir la fin. La différence qui est entre nous est si subtile, qu'à peine pouvonsnous la marquer nous-mêmes; vous auriez trop de difficulté à l'entendre. Contentez-vous donc de savoir que les Jansénistes vous diront bien que tous les Justes ont toujours le pouvoir d'accomplir les commandements : ce n'est pas de quoi nous disputons; mais ils ne vous diront pas que ce pouvoir soit procliain^ ; c'est là le point*
" Le manque dans Vin-A^ et l'in-12.
1. «Il est constant que les termes de pouvoir prochain et de puîssancf prochaine sont très équivoques. Les Thomistes, quand ils parlent de la Grâce, entendent par ces termes une certaine vertu intérieure qui ne produit jamais Faction si elle n'est aidée d'un secours efficace de Dieu (c'est le terme in potentia de saint Thomas d'Aquin, exprimant une simple possibilité). Les Molinistes, au contraire, entendent un pouvoir qui renferme tout ce qui est nécessaire pour agir (le possible et le désir de réaliser ce possible). Alvarez distingue avec soin ces deux sens et, s^attacbant à celui des Thomistes, il rejette celui des Molinistes et soutient que sans la grâce efficace (la piété actuelle) il ne peut y avoir de pouvoir prochain en ce dernier sens. Mais parce que le sens des Molinistes est plus naturel et plus conforme à la notion commune de pouvoir, M. Arnauld avoit dit simplement dans sa lettre que la Grâce sans laqtielle nous ne pouvons vaincre les tentations avoit manqué à saint Pierre; ce qu'il entendoit du pouvoir prochainf comme il l'a protesté lui-même. Cependant ses ennemis forment le dessein de condamner cette proposition. Mais, se voyant divisés en deux partis, les uns voulant passer pour Thomistes et les autres se déclarant ouvertement pour Molina, ils eurent peur que cette division ne fût un obstacle au dessein qu'ils avoient d'opprimer M. Arnauld. C'est pourquoi ils feignirent pour un temps une union qui ne consistoit qu'en des mot» équivoques qu'on n'expliquoit point et que chacun interprétoit difTéremment. Ils choisirent les termes de pouvoir prochain. Tous s'en servoient également, mais un parti les entendoit dans un sens et Tautre dans un autre. C'est ce malicieux artifice et non le pouvoir prochain en lui-même^ que notre auteur, également éloquent et enjoué, tourne en ridicule sans s'écarter dans ses railleries de l'exactitude qu'on doit garder quand on traite de matières théologiques. Il dépeint toute cette fourberie avec les
Ce mot me fut nouveau et inconnu. Jusque-là j'avois entendu les affaires ; mais ce terme me jeta dans Tobscurité, et je crois qu'il n'avoit été inventé que pour brouiller. Je lui en demandai donc l'explication ; mais il m'en fit un mystère et me renvoya, sans autre satisfaction, pour demander aux Jansénistes s'ils admettoient ce pouvoir pro^ chain. Je chargeai ma mémoire de ce terme, car mon intelligence n'y avoit aucune part. Et, de peur de l'oublier", je fus promptement retrouver mon janséniste, à qui je dis incontinent, après les premières civilités : Dites-moi, je vous prie, si vous admettez le pouvoir prochain? Il se mit à rire et me dit froidement : Dites-moi vous-même en quel sens vous l'entendez, et alors je vous dirai ce que j'en crois. Comme ma connoissance n'alloit pas jusque-là, je me vis en terme ^ de ne pouvoir lui ré-
» D'oublier, dans le texte io-S» de 1659.
couleurs les plus agréables, mais sans rien outrer. \\ soutient qu'on ne doit point regarder comme des termes consacrés pour exprimer la Foi, ni exiger des personnes de recevoir avec un respect religieux, des mots nouveaux et barbares, qui ne sont établis par aucun endroit de l'Écriture, des Conciles ou des Pères. Mais il est bien éloigné de vouloir condamner quelques théologiens célèbres qui s*en sont quelquefois servis dans un bon sens, c'est-à-dire dans le sens des Thomistes et avec les précautions nécessaires, car ils n'auroient pas voulu en user indifféremment en toutes rencontres, moins encore en parlant au peuple. » Note de Nicole.
L'étude des motifs de la volonté, si familière aux Casuistes catholiques et aux Jurisconsultes, est une des plus nobles occupations auxquelles les moralistes puissent se livrer. C'est elle qui a fait le Droit et créé l'idée de Justice, mais elle est fort délicate, réservée à quelques spécialistes. Le ridicule est de vouloir en disputer dans une chaire ou dans une assemblée, et surtout de vouloir imposer une opinion particulière en une matière ondoyante où tout dépend des circonstances, souvent do l'état de conscience de ceux qui en parlent : non gemmas ante porcos.
1. En terme. Sur le point de, en condition de, à comparer avec le passage suivant de la 2" Provinciale : « En quels termes sommes-nous réduits, n*il n*y a que les Jansénistes qui ne se brouillent ni avec la Foi ni avec U Raison ? »
pondre; et néanmoins pour ne pas rendre ma visite inutile, je lui dis au hasard : Je l'entends au sens des Molinistes. A quoi mon homme, sans s'émouvoir : Auxquels des Molinistes, me dit-il, me renvoyez-vous? Je les lui offris tous ensemble, comme ne faisant qu'un même corps et n'agissant que par un même esprit.
Mais il me dit : Vous êtes bien peu instruit. Ils sont si peu dans les mêmes sentiments, qu'ils en ont de tout contraires. Mais% étant tous unis dans le dessein de perdre M. Arnauld, ils se sont avisés de s'accorder à employer ce terme de prochain^ que les uns et les autres diroient ensemble, quoiqu'ils l'entendissent diversement, afin de parler un même langage, et que, par cette conformité apparente, ils pussent former un corps considérable, et composer un plus grand nombre, pour l'opprimer avec assurance.
Cette réponse m'étonna; mais, sans recevoir ces impressions des méchants desseins des Molinistes, que je ne veux pas croire sur sa parole, et où je n'ai point d'intérêt, je m'attachai seulement à savoir les divers sens qu'ils donnent à ce mot mystérieux de prodiain. Il ** me dit : Je vous en éclaircirois de bon cœur; mais vous y verriez une répugnance et une contradiction si grossière, que vous auriez peine à me croire. Je vous serois suspect. Vous en serez plus sûr en l'apprenant d'euxmêmes, et je vous en donnerai les adresses. Vous n'avez qu'à voir séparément un nommé M. Le Moine * et le père
» Le mai», retranché dans les éditions modernes, se trouve dans rin-4«. 11 est nécessaire au sens, quoiqu'il soit une répétition. ^ Il y a mais dans le texte in-4o.
i. Le père Le Moine, docteur de Sorbonnc. « M. Le Moine est un docteur de la maison de Sorbonne que le cardinal de Richelieu engagea à ae déclarer contre Jansénius, quMI n'avoit jamais lu, non plus que saint Augustin. Ce docteur, pour se débarrasser plus facilement des passages de
Nicolaï*. Je ne connois ni Tun ni l'autre", lui dis-je. Voyez donc, me dit-il, si vous ne connoîtriez point quelqu'un de ceux que je vous vas* nommer; car ils suivent les sentiments de M. Le Moine. J'en connus en effet quelquesuns. Et ensuite il me dit : Voyez si vous ne connoissez point des dominicains qu'on appelle Nouveaux Thomistes, car ils sont tous comme le père Nicolaï. J'en connus aussi entre ceux qu'il me nomma ; et, résolu de profiter de cet avis et de sortir d'affaire, je le quittai et allai *^ d'abord chez un des disciples de M. Le Moine.
Je le suppliai de me dire ce que c'étoit "^ q\x*avoir le pouvoir prochain de faire quelque chose. Cela est aisé,
« Je n'en connois pas un, dans le texte in-4». k FuSf dans le t<»xte in-4*.
« Celait est la bonne leçon, colle du texte in>4o et in-12 que n'adopte pas l'abbé Maynard qui préfère le texte incorrect c'est donné par l'édit. in-8o de 1(559.
saint Augustin, a voulu dans notre siècle se faire Tauteur d*un nouveau système sur la Grâce. Il distingue la gr&ce d'action d'avec celle de prière. n soutient que celle-ci n'est que suffisante et que la grâce d'action est toujours efficace. Cette opinion a fait quelque bruit dans la Sorbonne. l\ a eu même la hardiesse de la mettre dans un livre qu'il a fait imprimer; mais ayant été repoussé fortement par des écrits latins et françois «t surtout par VApologie pour les saints Pères, où il est fort maltraité, il a pris depuis le parti de cabaler en secret, au lieu de répondre. C*est lui qui, avec quelques docteurs de sa sorte, a excité la tempête contre M. Arnauld, dont il est ennemi déclaré et qu'il croit auteur de VApologie, et ceux de sa faction l'ayant fait nommer député et juge dans sa propre cause, il s'est vengé de VApologie pour les saints Pères par la censure de la lettre de M. Arnauld. » Note de Nicole.
1. Le père Nicolaï, dominicain, n'était pas Thomiste comme la plupart de ses confrères chez qui c'était une grâce d'état, saint Thomas ayant été dominicain. « On dit qu'il remplit les commentaires qu'il fait sur la Somme de saint Thomas, de ses réponses ou pour mieux dire de ses rêveries... S'il ne peut s'empêcher d'écrire, il a grande raison de le faire d'une manière que ce qu'il écrira ne soit lu de personne, et il en a assurément trouvé le secret par le moyen qu'il a choisi. » Note de Nicole.
2. Vas pour vaiSy qui revient fréquemment sous la plume de Pascal, est une des rares expressions qui laissent quelquefois apercevoir que son style a vieilli.
me dit-il : c'est avoir tout ce qui est nécessaire pour la faire, de telle sorte qu'il ne manque rien pour agir. Et ainsi, lui dis-je, avoir le pouvoir prochain de passer une rivière, c'est avoir un bateau, des bateliers, des rames, et le reste, en sorte que rien ne manque. Fort bien, me dit-il. Et avoir le pouvoir prochain de voir^ lui dis-je, c'est avoir bonne vue et être en plein jour, car qui auroit bonne vue dans l'obscurité n'auroit pas le pouvoir prochain de voir, selon vous, puisque la lumière lui man^ queroit, sans quoi on ne voit point. Doctement, me dit-41. Et par conséquent, continuai-je, quand vous dites que tous les Justes ont toujours le pouvoir prochain d'observer les commandements, vous entendez qu'ils ont toujours toute la grâce nécessaire pour les accomplir ; en sorte qu'il ne leur manque rien de la part de Dieu. Attendez, me dit-il ; ils ont toujours ce qui est nécessaire pour les observer, ou du moins pour prier Dieu*. J'entends bien, lui dis-je ; ils ont tout ce qui est nécessaire pour prier Dieu de les assister, sans qu'il soit nécessaire qu'ils aient aucune nouvelle grâce de Dieu pour prier. Vous l'entendez, me dit-il. Mais il n'est donc pas nécessaire qu'ils aient une grâce efficace pour prier Dieu? Non, me dit-il, suivant M. Le Moine.
Pour ne point perdre de temps, j'allai aux Jacobins * et demandai ceux que je savois être des Nouveaux Thomistes. Je les priai de me dire ce que c'est que pouvoir pro-
■ Les éditions modernes portent pour le demander à Dieu. L'in-4» a pour prier Dieu. C'est la vraie leçon comme l'indique le contexte : « J'entends bien, lui dis-je; ils ont tout ce qui est nécessaire pour prier Dieu de les assister sans qu'il soit nécessaire qu'ils aient une nouvelle grâce de Dieu pour prier. » Cette phrase est le commentaire de « pour prier Dieu » et commenterait mal c pour le demander à Dieu ». Le texte in-8o porte au lieu de pour prier Dieu, c pour la demander à prier Dieu •, ce qui offre une différence de sons considérable.