‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 77 sur 97 · On dirait maintenant : elle aurait péri · texte numérisé non relu

On dirait maintenant : elle aurait péri

votre ordre, maintenue » par tant de vos Pères, et si glorieusement défendue par vos Religieux sous les papes Clément et Paul : cette Grâce efficace, qui avoit été mise comme en dépôt entre vos mains, pour avoir, dans un saint ordre à jamais durable, des Prédicateurs qui la publiassent au monde jusqu'à la fin des temps, se trouve conmie délaissée pour des intérêts si indignes. Il est temps que d'autres mains s'arment pour sa querelle ; il est temps que Dieu suscite des disciples intrépides au docteur de la Grâce, qui, ignorant les engagements du siècle, servent Dieu pom" Dieu. La Grâce peut bien n'avoir plus les Dominicains pour défenseurs, mais elle ne manquera jamais de défenseurs, car elle les forme elle-même par sa force toute-puissante. Elle demande des cœurs purs et dégagés ; et elle-même les purifie et les dégage des intérêts du monde, incompatibles avec les vérités de l'Évangile. Pensez-y bien*», mon père, et prenez garde que Dieu ne change ce flambeau de sa* place , et qu'il ** ne vous laisse dans les ténèbres et sans couronne, pour punir* la froideur que vous avez pour une cause si importante à son Église *.

* Appuyée, dans rin-4o et l'in-U. Ces deux textes ayant déjà maintenue deux lignes plus haut, ont évité une répétition.

*» Au lieu de pensez-y bien, le texte in-4* porto prévenez ce$ menaces.

0 « Oo place > dans rio-4o, au lieu de c de sa place i qui est la leçon in-8«.

<* Qu*H est omis dans rin-4<».

* fl Pour punir la froideur que vous aves pour une caose si importante à son Église » est un membre de phrase ajouté dans les éditions postéheores à l'in-4«, où il n'existe pas.

1. « Par cette distinction quMl fait de lui et de Tanii janséniste, Pascal se donne le moyen de rester léger ci badin qoand il veut, tout en devenant éloquent par la voix de son second, et de façon indirecte, en avertissant de la chose éloquente, ce qui n*cst Jamais inutile près du public. Tout ce qu'il met dans la bouche de cet ami plus sérieux que lui pourrait être signé Saint-Cyran. Mais il ne s'abandonne pourtant pas au delà des bornes, et quand cet ami s^échauffe un peu trop, il tourne court et lève la séance, laissant le trait enfoncé à point et assaisonné au bout, du sel habituel. » Sainte-Beuve, Port-Royal, t. UI, p. 65 de la 4* édition.

11 en eût bien dit davantage, car il s'échauffoit de plus en plus ; mais je rinterrompis, et dis en me levant : En vérité, mon père, si j'avois du crédit en France, je ferois publier à son de ti'ompe : « On fait a savoir^ que quand les Jacobins disent que la grâce suffisante est donnée à tous, ils entendent que tous n'ont pas la grâce qui suffit effectivement. » Après quoi vous le diriez tant qu'il vous plairoit, mais non pas autrement. Ainsi finit notre visite.

Vous voyez donc par là que c'est ici une suffisance politique pareille au pouvoir prochain. Cependant je vous dirai qu'il me semble qu'on peut sans péril douter du pouvoir prochain^ et de cette grâce suffisante^ pourvu qu'on ne soit pas Jacobin.

En fermant ma lettre, je viens d'apprendre que la Censure est faite ; mais comme je ne sais pas encore en quels termes, et qu'elle ne sera publiée que le 15 février, je ne vous en parlerai que par le premier ordinaire *.

Je suis, etc.

1.0^ fait à savoir était une formule consacrée qui est encore en usage dans plusieurs de nos provinces.

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