XVIII INTRODUCTION
Cet effrayant génie s'appeloit Biaise Pascal ^. » Chateaubriand, qui n'a pas pratiqué les sciences exactes, qui n'y a pas d'aptitude, qui flaire en elles un ennemi de l'idéal, qui les voit en crédit et aux mains de l'ennemi, use sans scrupule de cet argument indirect en faveur de la cause qu'il défend. Des scrupules, les Jansénistes n'en avaient pas eu, les Apologistes du Christianisme n'en avaient pas eu davantage. Ils jugeaient de bonne guerre d'attaquer leurs adversaires sur leur propre terrain. Il était inutile de vouloir surfaire Pascal dans l'intérêt d'un ordre de choses qui suffit à se défendre lui-môme. Mais Descartes, d'Alembert et Condorcet régnaient. Il semblait adroit de leur opposer quelqu'un des leurs. Quand ce n'était pas Leibniz, c'était Pascal.
Le père de celui-ci lui permit désormais la lecture des Éléments d'Euclide et l'autorisa à assister aux conférences périodiques qui se tenaient dans sa maison. On ne lui accorda néanmoins le droit de s'occuper de géométrie qu'à ses moments de loisir. Le Traité des Sections Coniques, qui esde 1639, est son début dans la carrière des sciences. Descartes soupçonne qu'il a fait des emprunts à Desargues *. « En général, dit Sainte-Beuve •, Descartes semble, à deux ou trois traits de ses lettres, observer le jeune Pascal, géomètre ou physicien, avec cette vigilance, cette surveillance inquiète et jalouse qui s'appliquerait de loin à un rival naissant, à un successeur possible et déjà dangereux. » Il n'est pas à ce point susceptible vis-à-vis d'Arnauld. Arnauld est son disciple depuis les Méditations. Il admire, discute et n'invente pas. Descartes pratique d'avance la maxime émise quelques années après par M">« de Sablé : « On aime beau-