Port-Royal, livre III, ch. iv
LA VIE ET LES ŒUVRES DE PASCAL. xix
coup mieux ceux qui teadent à nous imiter que ceux qui tâchent à nous égaler; car Timitation est une marque d'estime. » Descartes est jaloux de Pascal, qui n'imite personne. Pascal n'est pas fier : il est original. On lui conseillait de liyrer à l'impression son traité des sections coniques. La circonstance que l'auteur n'avait que seize ans aurait ajouté à la réputation de l'ouvrage. Il n'y consentit pas, par dédain de la réputation, affirme sa sœur^
Pascal a-t-il toujours méprisé la réputation? Non; il ne l'a même méprisée tout à fait à aucune période de sa vie. Après sa seconde conversion (165/|), il s'efforçait de la mépriser sans y parvenir. A Port-Royal, c'était la consigne ; le modèle à suivre était l'avis de l'auteur de Vlmitation : « Ama nesciri et pro nihilo reputari. » On s'y conformait le plus qu'on pouvait. On enseignait aux enfants des petites écoles la modestie et l'humilité. C'étaient des vertus à acquérir plutôt que des vertus acquises. Au fait, il n'y a pas un grand amour du silence et de l'obscurité chez Arnauld; il y en a un moindre chez Nicole. Sacy refuse d'entrer à l'Académie française. Cependant il n'est pas aisé d'admettre que Port-Royal ait entièrement réussi dans cette partie de la doctrine de la eoie étroite. Pascal mathématicien ne met pas d'enseigne à sa porte : il n'est pas ennemi de la réputation ; Pascal mondain a de l'ambition. Or Tambition trouve dans la réputation un moyen précieux. L'auteur des Provinciales n'est pas, à beau-
1. Dans uae lettre écrite ea latio, et qui est de 165i, Pascal annonce riotention qa*il a de publier plusieurs écrits parmi lesquels, dit-il, « un Traité complet des coniques que j*ai conçu avant d'avoir atteint Tàge de seize ans, et que J'ai rédigé ensuite ». ï\ est perdu, bien qu'il existe dans l'ôdiUon de Tabbé Bossut des Œuvres de Pascal, un fragment intitulé : Smoi pour les coniqueSf qui aurait été imprimé en 1610. On ne connaît «acon exemplaire de cette prétendue édition de 16i0. Si elle existait, Pucal en ferait mention dans la lettre de 1654; ce n'est d'ailleurs qu'un programme dans lequel on lit : « Nous démontrerons aussi la propriété suivante dont le premier inventeur est M. Desargues, Lyonnois, un des grands etprits de ce temps et des plus versés aux mathématiques, et entre autres aox Coniques. » Il aTOue donc devoir quelque chose à Desargues.