‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 82 sur 97 · Confucius · texte numérisé non relu

Confucius

2. Gravina ( Dominique ), de Tordre de saint Dominique, maître du sacré palais^ fonction pontificale empruntée au souvenir du bas-empire, né en 1573, mort en 1643. Il était entré chez les frères prêcheurs dès 1596. C*était un casuiste estimé. On a de lui, outre divers opuscules, une série de traités sous le titre commun de De catholicis prœscriptionibusy 4 vol. in-folio.

3. Thomas Hurtado, clerc régulier, mineur, casuiste et controversiste espagnol, né à Tolède vers la fin du xvi* siècle, mort en 1659. l\ fut professeur de théologie à Rome, à Alcala et a Salamanque, et Jouissait au xvii* siècle d'une grande réputation. L'ouvrage le plus connu qu'il ait laissé est son ResoltUionum moralium libri /V. Un opuscule de lui intitulé : Resolutiones de unico martyrio et dirigé contre le De Martyrio per pestem du père jésuite Théophile Rainaud, excita une longue polémique. Elle n'était pas terminée à l'époque où parurent les Provinciales,

de permettre des adorations d'idoles* sous aucun prétexte, et de cacher le mystère de la Croix à ceux qu'ils instruisent de la Religion, leur commandant expressément de n'en recevoir aucun au baptême qu'après cette connoissance, et leur ordonnant** d'exposer dans leurs églises l'image du Crucifix, comme il est porté amplement dans le décret de cette congrégation, donné le 9* juillet 1646, signé par le cardinal Capponi^

• Texte in-40 : i d'idole •, au ftingalier.

i> c Leur ordonnant » manque dans le» textes in-4« et in-18.

1. Il est avéré que les Jésuites missionnairos en Chine aux wn* et xvu* siècles autorisèrent les néophytes indigènes à conserver les usages et les cérémonies locales qui n*étaient pas contraires au Christianisme. Cette tolérance allait-elle trop loin ? On le leur a reproché. L*aflD&ire des Cérémonies Chinoises flt beaucoup de bruit à Rome et en France à la fin da xvii*^ siècle. Les Jésuites, à cette occasion, imitèi*ent TÉglise primitive, qai s'accommoda des cérémonies païennes et dans les provinces, des usaees locaux, en les appropriant au nouveau culte. En Gaule, où les fontaines étaient des lieux de pèlerinage, on construisit des chapelles près de ces fontaines, afin de détourner la dévotion traditionnelle des indigènes. Dans réconomie générale du culte, on adopta les cérémonies et une foule de noms propres à Tancien culte. Le titre de souverain pontife est un emprunt à la hiérarchie païenne. Leponlifex maximw est devenu le souverain pontife; le curalus des quartiers de Rome est devenu le curé; le bâton augurai, la crosse épiscopale; l'eau lustrale, qui succédait elle-même au s&ng des victimes, est devenue Teau bénite ; les fêtes de Cérès avec les processions dans les champs sont devenues les Rogations. On adopta jusqu'aux autels, jusqu'aux costumes sacerdotaux, jusqu'à l'encens qu'on brûle durant les offices. 11 fallait concéder quelque chose aux traditions populaires, afin d'attirer les classes inférieures (pagani, paysans) au Christianisme. L'Évangile est au-dessus de ces détails matériels et personne, sauf les puritains de la Réforme, n'a songé à faire un crime à l'Église d'avoir agi de cette manière si politique. Les Jésuites de Chine n'ont pas eu plus de répugnance qu'elle n'avait eu jadis. Les pères Ruggieri et Ricci, qui débarquèrent au Céleste Empire en 1581, étudièrent la situation. Hs virent les Chinois très attachés à leurs cérémonies, au culte des Ancêtres, de leurs grands hommes, notamment de Confucius. Ils respectèrent ce qu'ils ne pouvaient empêcher et obtinrent ainsi des résultats qu'une tolérance moindre a fait perdre ensuite. Les Jésuites travaillaient en paix depuis cinquante ans, lorsqu'on 1633, il leur vint des concurrents de divers ordres, concurrents

Voilà de quelle manière" ils se sont répandus par toute la terre à la faveur de la Doctrine des Opinions Probables, qui est la source et la base de tout ce dérèglement. C'est

■ Texte in-4» : sorte au lieu de manière.

qui voulurent faire du zèle et compromirent les fruits du labeur des Jésuites. Ceui-ci furent dénoncés par les Dominicains comme des fauteurs de Tidolatrie. Le mémoire à Philippe IV est l'œuvre d'un faussaire du nom de Die^ Collado, qui le présenta comme venant des Cordeliers des Philippines^ puis le Dominicain Moralez soumit à la Propagande la question suivante : « Est-il permis de se prosterner devant l'idole Chin-chouan et de sacrifier à Confucius? » La Congrégation de la Propagande répondit que non. Le décret est do i6fô, non de I6i6. Il est signé du cardinal Ginetti, non du cardinal Capponi qui n'existait pas. Pascal parle donc para peu près comme on fait souvent dans un journal, et ses Lettres provinciales étaient un journal. n en travaillait le style avec effort. Ses informations ne sont pas toujours sûres. La prohibition n'est pas prononcée contre les missionnaires Jésuites en particulier; elle concerne les autres missionnaires au môme titre. Le décret est adressé: omnibus et singulis missionariis cujuscunque ordinis^ religionis et institut i, etiam societatis Jcsu. Il fut rapporté en 1656) sur une communication du pèro Martini, jésuite, qui revenait de Chine et déclara que les honneurs décernés à Confucius étaient dos honneurs civils. La controverse continua, compliquée de la question des rites indigènes tolérés dans rinde comme en Chine, jusqu'à ce qu*en 168i, Maigret, évêque de Conon, fut envoyé en Chine en qualité de vicaireapostolique. Quelques années après, le cardinal de Tournon, légat du saint-siège dans l'inde, se brouilla avec les Jésuites de Pondichéry, à propos des usages locaux. Le saint-siège lui donna raison (170i) et l'envoya voir ce qui se passait en Chine. Les Jésuites le présentèrent à l'Kmpereur, qui, mécontent de ses hauteurs, le fit expulser do Chine. Il avait eu le temps de publier (1707) un mandement qui interdisait les Cérémonies Chinoises. Alors Maigret fut renvoyé et le cardinal de Tournon remis aux Portugais, dans les mains desquels il mouiut. Le saint-siège soutenait ses légats par des bulles de prohibition; les Jésuites résistaient. La guerre entre eux et la Cour romaine finit par les deux bulles de Benoît XIV: ex qtw singulari (1742) et omnium sollicitudinum (174i) qui interdisaient définitivement les Cérémonies Chinoises. La ruine des travaux accomplis par les Jésuites en Chine depuis près de deux cents ans en fut la conséquence immédiate. C'est un événement historique aussi important que la destruction d'un empire, et dans le détail duquel il n'y a pas à entrer ici. Les Jésuites avaient fait de grandes choses dans l'extrême Orient. L'intolérance étroite des congrégations romaines fit avorter leur entreprise qu'admirait Leibnitz, dont les paroles méritent d'être citées : « On travaille en Europe... à procurer aux Chinois l'avantage inestimable

ce qu'il faut que vous appreniez d'eux-mêmes ; car ils ne le cachent à personne, non plus que tout ce que vous venez d'entendre, avec cette seule" différence, qu'ils couvrent leur prudence humaine et politique du prétexte d'une prudence divine et chrétienne; comme si la Foi, et la Tradition qui la maintient, n'étoit^ pas toujours une et invariable dans tous les temps et dans tous les lieux ; comme si c'étoit à la règle à se fléchir pour convenir au sujet qui doit lui être conforme; et comme si les âmes n'avoîent, pour se purifier de leurs taches, qu'à corrompre la loi du Seigneur; au lieu « que la loi du Seigneur, qui est sans tache et toute sainte, est celle qui doit convertir les âmes » et les conformer à ses salutaires instructions !

Allez donc, je vous prie, voir ces bons pères, et je m'assure que vous remarquerez aisément, dans le relâchement de leur Morale, la cause de leur doctrine touchant la Grâce. Vous y verrez les vertus chrétiennes si inconnues et si dépourvues de la charité, qui en est l'âme et la vie ;

• Seule est ajouté dans rin-8*.

b c N'étuit » devrait ôtre mis au pluriel puisque la Foi et la Tradition sont éaa> mérées. Mais comment dire que la Foi et la Tradition sont toujours une et htva^ riablr? Du reste, l'incorrection de la forme couvre une incorrection du fond beaucoup plus sérieuse. Pascal presse l'argument janséniste de l'immutabilité de la Foi et de la Tradition, ce qui est la négation pure et simple de l'histoire qui tient une ti grande place dans le passé de TÉglise.

de connoltre et de professer la Religion chrétienne. Ce sont principalement les Jésuites qui s'en occupent, par reflet d*une charité très estimable et que ceux mêmes qui les regardent comme leurs ennemis Jugent digne des plus grands éloges. Je sais qu'Antoine Arnauld, personnage qu^on peut compter parmi les ornements de ce siècle et qui était au nombre de mes amis, emporté par son zèle, a fait à leurs missionnaires des reproches que Je crois n'avoir pas toujours été assez sages, car il faut, à l*exemple de saint Paul, se faire tout à tou« et il me semble que les honneurs rendus par les Chinois à Gonfncius et tolérés par les Jésuites ne devroient pas être pris pour une adoration religieuee. »

VOUS y verrez tant de crimes palliés, et tant de désordres soufierts, que vous ne trouverez plus étrange qu'ils soutiennent que tous les hommes ont toujours assez de Grâce pour vivre dans la piété de la manière qu'ils l'entendent. Comme leur Morale est toute païenne, la Nature suffit pour l'observer. Quand nous soutenons la nécessité de la grâce efficace, nous lui donnons d'autres vertus pour objet. Ce n'est pas simplement pour guérir les vices par d'autres vices; ce n'est pas seulement pour faire pratiquer aux hommes les devoirs extérieurs de la Religion ; c'est pour une vertu plus haute que celle des Pharisiens et des plus sages du Paganisme. La loi et la raison sont des grâces suffisantes pour ces effets. Mais, pour dégager l'âme de l'amour du monde, pour la retirer de ce qu'elle a de plus ■cher, pour la faire mourir à soi-même, pour la porter et l'attacher uniquement et invariablement à Dieu, ce n'est l'ouvrage que d'une main toute-puissante. Et il est aussi peu raisonnable de prétendre que l'on a toujours un plein pouvoir, qu'il le seroit de nier que ces vertus, destituées d'amour de Dieu, lesquelles ces bons Pères confondent avec les vertus chrétiennes, ne sont pas en notre puissance.

Voilà comme'* il me parla, et avec beaucoup de douleur ; car il s'afflige sérieusement de tous ces désordres. Pour moi, j'estimai ces bons Pères de l'excellence de leur Politique, et je fus, selon son conseil, trouver un bon Casuiste de la Société. C'est une de mes anciennes con noissances, que je voulus renouveler exprès. Et comme j 'et ois instruit de la manière dont il « les ^ » falloit** traiter,

• Textes in-4» et in-12 : c<nnment,

* Terte« in-4o et in-ia : faut.

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