D'UNE DIX-NEUVIÈME LETTRE PROVINCIALE ADRESSÉE AU PÈRE ANNAT
Mon révérend père,
Si je vous ai donné quelque déplaisir par mes autres lettres, en manifestant rinnoeence de ceux qu'il vous importoit de noircir, je vous donnerai de la joie par celle-ci, en vous y faisant paroître la douleur dont vous les avez remplis. Consolez-vous, mon père; ceux que vous haïssez sont affligés; et si MM. les évèques exécutent dans leurs diocèses les conseils que vous leur donnez, de contraindre à jurer et à sii^ncr qu'on croit une chose de fait qu'il n'est pas véritable qu'on croie, et qu'on n'est pas obligé de croire, vous réduirez vos adversaires dans la dernière tristesse, de voir l'Église en cet état. Je les ai vus, mon père (et je vous avoue que j'en ai eu une satisfaction extrême), je les ai vus, non pas dans une générosité philosophique, ou dans cette fermeté irrespectueuse qui fait suivre impérieusement ce qu'un croit être de son devoir; non aussi dans ette lâcheté molle et timide qui empêche, ou de voir la vérité, ou de la suivre, mais dans une piété douce et bolide, pleins de défiance d'eux-mêmes, de respect