‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 13 sur 109 · SUR LES PROVINCIALES IV · texte numérisé non relu

SUR LES PROVINCIALES IV

également d'admiration et de respect, qui sont l'atitorité souveraine et la science solide. Car j'ai une vénération toute particulière pour ceux qui sont élevés au suprême degré, ou de puissance, ou de conuoissance. Les derniers peuvent, si je ne me trompe, aussi bien que les premiers, passer pour des souverains. Les mêmes degrés se ren. contrent entre les génies qu'entre les conditions; et le pouvoir des rois sur leurs sujets n'est, ce me semble, qu'une image du pouvoir des esprits sur les esprits qui leur sont inférieurs, sur lesquels ils exercent le droit de persuader, ce qui est, parmi eux, ce que le droit de commander est dans le gouvernement politique. Ce second empire me paroît même d'un ordre d'autant plus élevé, que les esprits sont d'un ordre plus élevé que les corps; et d'autant plus équitable, qu'il ne peut être départi et conservé que par le mérite, au lieu que l'autre peut l'être par la naissance ou la fortune. Il faut donc avouer que chacun de ces empires est grand en soi : mais, madame, que 'Votre Majesté me permette de le dire, elle n'y est pas blessée ; l'un sans l'autre me paroît défectueux. Quelque puissant que soit un mouarque, il manque quelque chose casa gloire s'il n'a la prééminence de l'esprit ; et quelque éclatant que soit un sujet, sa condition est toujouis rabaissée par sa dépendance. Les hommes, qui désirent nalorellement ce qui est le plus parfait, avoieut jusqu'ici coulinuellemeut aspiré à rencontrer ce souverain par excellence. Tous lês rois et tous les savants en étoient autant d'ébauches, qui ne remplisioient qu'à demi leur attente; ce chef-d'œuvre étoit réservé à notre siècle. Et afin que cette grande merveille parût accompagnée de tous les sujets possibles d'élonne^ ment, le degré où les hommes n'avoient pu atteindre est rempli par une jeune reine dans laquelle se rencontrent ensemble l'avantage de l'expérience avec la tendresse de l'âge », le loisir de l'étude avec l'occuiation d'une royale naissance, et Témineuce de la science avec la foibbsse du sexe. C'est Votre Majesté, madame, qui fournit à l'univers cet exemple unique qui lui manquoit ; c'est elle en qui la puissance est dispensée par les lumières de la scifuce, et la science relevée par l'éclat de l'autorité. C'est cette union si merveilleuse qui fait que, comme Votre Majesté ne voit rien qui soit au-dessus de sa puissance, elle ne voit rien aussi qui soit au-dessus de sou esprit, et qu'elle sera l'admiration "^ie tous les siècles. Régnez donc, incomparable princesse, d'une manière toute nouvelle; que votre génie vous assujettisse tout ce qui n'est pas soumis à vos armes ; réguef par le droit de la naissance, pendant une ionç:ue suite d'années, sur tant de triomphantes provinces ; mais régnez toujours par la force de voue

1. Christine, flUe de GusUve-Adolpha. roi de Suède, et de Marie-ÉIéonore de Drandebonrg. éloit née eu lo:;'». Elle saccé-la à son père en 163i. Elle ivoil vioet-qualre an lorsque Pascal lui adressoil celle leUre tout à U fou elegjuiie, reâpeclûeu&ti et fière.

Page 1