IVI OBSERVATIONS
mérite sur toute l'étendue de la terre. TDur moi, n'étant pas né sous le premier de vos empires, je veux que tout le moDde sache que je fais gloire de vivre sous le second; et c'est pour le témoigner que j'ose lever les yeux jusqu'à ma reine, en lui donnaiit cette première preuve de ma dépendance. Voilà, madame, ce qui me porte à faire à Votre Majesté ce présent, quoique indigne d'elle. Ma foiblesse n'a pas arrêté mon ambition. Je me suis figuré qu'encore" que le seul nom de Votre Majesté semble éloigner d'elle tout ce qui lui est disproportionné, elle ne rejette pas néanmoins tout ce qui lui est inférieur; autrement sa grandeur seroit sans hommages, et sa gloire sans éloges. Elle se contente de recevoir un grand effort d'esprit, sans exiger qu'il soit l'effort d'un esprit grand comme le sien. C'est par cette condescendance qu'elle daigne entrer en communication avec le reste des hommes ; et toutes ces considérations jointes me font lui protester, avec toute la soumission dont l'un des plus grands admirateurs de ses héroïques qualités est capable, que je ne souhaite rien avec tant d'ardeur, que de pouvoir être adopté, madame, de Votre Majesté, pour son très humble, très obéissant, et très fidèle serviteur.
Blaise Pascal.
Peu de temps après cette lettre, lorsque Pascal atteignoit l'âge de trente ans, il se fit dans sa vie un très grand changement. La cruelle maladie dont il est mort si jeune commençoit à le tourmenter. 11 avoit une sœur religieuse à Port-Roval des champs. A la persuasion de cette pieuse fille, il renonça aux sciences humaines pour ne s'occuper que de son salut- Il se lia spécialement avec les deux coryphées de Port-Royal, Antoine Arnauld et Pierre Nicole. Lorsque la Sorbonne fut soulevée contre Arnauld par l'influence du parti jésuitique, Pascal fut naturellement appelé à la défense de cet illustre docteur, son ami intime. Ce fut l'occasion de ces dix-huit Lettres, composées par Pascal, mais revues avec soin par Arnauld et par Nicole, qui lui en avoient aussi fourni les matériaux.
La perfection de ce chef-d'œuvre de notre langue s'explique aisément par le concours des efforts de ces trois grands collaborateurs; mais la perfection particulière du style de Pascal tient à la manière dont il travailloit. Nicole nous a mis dans la confidence de ce rare génie, par quelques mots de l'éloge latin qu'il lui a consacré. On y voit qu'il s'étoit fait un art et des règles
SUR LES PROVINCIALES XVll
au-dessus de l'art commun et des règles vulgaires qu'on trouve dans les livres ; qu'il en avoit trouvé les principes secrets dans la nature; qu'il se servoit heureusement de cette doctrine exquise pour jugt^r ses ouvrages et ceux des autres : aussi, quand il vouloit examiner à fond et à la rigueur certains écrits qui passoient alors pour avoir beaucoup d'élégance, il y montroit au doigt et à l'œil tant de taches, que ceux à qui ces mêmes écrits avoient paru si agréables se repentoient de leur indulgence, et rétracloient volontiers leur première approbation. Mais cette sévérité, qu'il déployoit rarement à l'égard des ou\Tages des autres, il ne manquoit jamais de l'exercer sur les siens; de manière que la même rédaction que tout le monde avoit jugée parfaite au premier coup d'oeil, Pascal, plus difficile pour lui-même, n'iiésitoit pas de la retravailler et de la recommencer entièrement jusqu'à six ou dix reprises : tant il sortoit à l'envi du sein de cette ame, si féconde, des pensées nouvelles qui se présentoient en foule, et qui étoient toutes plus fleuries et plus ornées les unes que les autres M
Nous ne nous flattons pas davoir rendu toute la force du latin de Nicole; mais en voilà le sens. Nicole dit aussi, en parlant des Provinciales ; « Il étoit souvent vingt jours entiers sur une « seule lettre. Il en recommençoit même quelques unes jusqu'à « sept ou huit fois, afin de les mettre au degré de perfection a que nous les voyons. » [Histoire des ProvincialeSj dans la préface de Wendrock.)
De tout ce que nous venons de dire on doit conclure que le
i. Nec deerant tameii arlis prœcepta, non illa quidem rvlyaria, ni(r in libris extant, »ed a'ia longe secreliora et rtcondiliora, quœ sibi ip^e ex ipsa nalura tipressa formai crat, quiliiix'iue in diiuiticaïKlis et Auis et aliorum tcrif/tis fclkiter utebatur. Mquc aiUo cum in nonnuliorum scripta quœ pro ele;janliOus lircumferuntur, seterius lidebal inquirere, lot in iLii nœios ad oculum demonitrabat, ut yidiciutn ullro suum rcprehenderent quibiis illa nvnium placuerunt. Sed quam rare in alienis operibus, hanc in suis semper adhibcbat seieriiaittn, ut eamdem s<rpe scriptionem, quam id initia absululam cateri judicairrant, sexifs ac decies {acere de intégra non cuntarelur, udto ex fecundiiuma: mcntin tinu norœ tub' i»de cogilalioncjt aliir a i<v orn.i/mres efflorcm (bant t
( Llogium D. Bksii Pasc^U a D. Mcola. )