‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 55 sur 109 · DE L'ENVIE · texte numérisé non relu

DE L'ENVIE

« vres : Scio in gravi povperum necessitate divites non « dundo superflua, non peccare mortalitev ? » Eq vérité, lui dis-je, si cela est, je vois bien que je ne me connois guère en péchés. Pour vous le montrer encore mieux, dit-il, ne pensez-vous pas que la bonne opinion de soimême, et la Complaisance qu'on a pour ses ouvrages, est un péché des plus dangereux? i^'t ne serez-vous pas bien surpris si je vous fais voir qu'encore même que celte bonne opinion soit sans fondement, c'est si peu un péché, que c'est au contraire un don de Dieu? Estil possible, mon père? Oui, dit-il, et c'est ce que nous a appris notre grand père Garasse, dans son livre françois intitulé : Somme des vérités capitales de la religion, part. II, p. 419. a C'est un effet, dit-il, de la justice com- « mutative, que tout travail honnête soit récompensé « ou de louange, ou de satisfaction. .. Quand les bons es- « prits font un ouvrage excellent, ils sont justement « récompensés par les louanges publiques. Mais quand « un pauvre esprit travaille beaucoup pour ne rien faire « qui vaille, et qu'il ne peut ainsi obtenir des louanges « publiques, afin que son travail ne demeure pas sans « récompense. Dieu lui en donne une satisfaction per- « sonnelle qu'on ne peut lui envier sans une injustice « plus que barbare. C'est ainsi que Dieu, qui est juste, a donne aux grenouilles de la satisfaction de leur « chant. ))

Voilà, lui dis-je, de belles décisions en faveur de la .anité, de l'ambition, et de l'avarice. Et l'envie, mon père, sewi-t-elle plus difficile à excuser? Ceci est délicat, dit le père. 11 faut user de la distinction du père Bauny, dans sii Somme des péchés. Car son sentiment, c. vil, p. 123, de la cinquième et bijkième édition, e^t

« que l'envie du bien spirituel du prochain est mor- « telle, mais que l'envie du bien temporel n'est que c( vénielle. » Et par quelle raison, mon père? Écoutezla, me dit-il. « Car le bien qui se trouve es choses c( temporelles est si mince, et de si peu de conséquence « pour le ciel, qu'il est de nulle considération devant a Dieu et ses saints. » Mais, mon père, si ce bien est si mince et de si petite considération, comment permettezvous de tuer les hommes pour le conserver? Vous prenez mal les choses, dit le père : on vous dit que le bien est de nulle considération devant Dieu, mais non pas devant les hommes. Je ne pensois pas cela, lui dis-je; et j'espère que, par ces distinctions-là, il ne restera plus de péchés mortels au monde. Ne pensez pas cela, dit le père, car il y en a qui sont toujours mortels de leur nature, comme par exemple la paresse.

0 mon père ! lui dis-je, toutes les commodités de la vie sont donc perdues? Attendez, dit le père, quand vous aurez vu la définition de ce vice qu'Escobar en donne, tr. 2, ex. 2, n. 81, peut-être en jugerez-vous autrement; écoutez -la. « La paresse est une tristesse « de ce que les choses spirituelles sont spirituelles, u comme seroit de s'affliger de ce que les sacrements « sont la source de la grâce ; et c'est un péché mor- « tel. » 0 mon père ! lui dis-je, je ne crois pas que personne se soit jamais avisé d'être paresseux en cette sorte. Aussi, dit le père, Escobar dit ensuite, n. 105 : « j'avoue qu'il est bien rare que personne tombe jamais « dans le péché de paresse. » Comprenez-vous bien par-là combien il importe de bien définir les choses? Oui, mon père, lui dis-je, et je me souviens sur cela de vos autres définitions de l'assassinat, du guet-apens,

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