‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 60 sur 109 · DE L'ABSOLUTION · texte numérisé non relu

DE L'ABSOLUTION

« on peut néanmoins leur donner l'absolution selon (( mon opinion. » Voilà, je m'assure, tous vos doutes bien résolus.

Mais, mon père, lui dis-je, je trouve que vous imposez une grande charge aux confesseurs, en les obligeant de croire le contraire de ce qu'ils voient. Vous n'entendez pas cela, dit-il; on veut dire par-là qu'ils sont obligés d'agir et d'absoudre, comme s'ils croyoient que cette résolution fût ferme et constante, encore qu'ils ne le croient pas en effet. Et c'est ce que nos pères Suarez et Filiulius expliquent ensuite des passages de tantôt. Car après avoir dit « que le prêtre est obligé a de croire son pénitent sur sa parole, » ils ajoutent « qu'il n'est pas nécesaire que le confesseur se persuade « que la résolution de son pénitent s'exécutera, ni qu'il « le juge même probablement ; mais il suffit qu'il pense « qu'il en a k l'heure môme le dessein en général, quoi- « qu'il doive retomber en bien peu de temps. Et « c'est ce qu'enseignent tous nos auteurs, ita docent « omnes auctores. » Douterez-vous d'une chose que nos auteurs enseignent? Mais, mon père, que deviendra donc ce que le père Pétau a été obligé de reconnoître lui-même dans la préface de la Pén. publ., p. 4 : « Que «les saints pères, les docteurs et les conciles sont « d'accord, comme d'une vérité certaine, que la pénia tence qui prépare à l'Eucharistie doit être véritable, (( constante, courageuse, et non pas lâche et endormie, « ni sujette aux rechutes et aux reprises» ? Ne voyez-vous pas, dit-il, que le père Pétau parle de Vancienne Eglise? Mais cela est maintenant si fjeu de saison, pour user des termes de nos pères, que, selon le père Bauny, le contraire est seul véritable; c'est au tr. 4, q. 15, p. 95.

lo3 DIXIÈME LETTRE

« Il y a des auteurs qui disent qu'on doit refuser l'abc( solution à ceux qui retombent souvent dans les mô- (( mes péchés, et principalement lorsque, après les ft avoir plusieurs fois absous, il n'en paroît aucun amen- « dément: et d'autres disent que non. Mais la seule vé- « ritable opinion est qu'il ne faut point leur refuser « l'absolution: et encore qu'ils ne profitent point de « tous les avis qu'on leur a souvent donnés, qu'ils « n'aient pas gardé les promesses qu'ils ont faites de « changer de vie, qu'ils n'aient pas travaillé à se puri- (( fier, il n'importe : et quoi qu'en disent les autres, la « véritable opinion, et laquelle on doit suivre, est que, « même en tous ces cas, on les doit absoudre. » Et tr. 4, q. 22, p. 100 : « Qu'on ne doit ni refuser, ni différer « l'absolution à ceux qui sont dans des péchés d'habi- «tude contre la loi de Dieu, de nature, et de l'Église, « quoiqu'on n'y voie aucune espérance d'amendement : « Etsi emendationis futur œ nulla spes appareat. »

Mais, mon père, lui dis-je, cette assurance d'avoir toujours l'absolution pourroit bien porter les pécheurs... Je vous entends, dit-il en m'interrompant; mais écoutez le père Bauny, q. 15 : « On peut absoudre celui « qui avoue que l'espérance d'être absous l'a porté à « pécher avec plus de facilité qu'il n'eût fait sans cette « espérance. » Et le père Caussin, défendant cette proposition, dit, page 211 de sa Rép. à la Théol. mor., « Que si elle n'étoit véritable, l'usage de la confession < seroit interdit à la plupart du monde; et qu'il n'y <( auroit plus d'autre remède aux pécheurs, qu'une « branche d'arbre et une corde. » 0 mon père ! que ces maximes-là attireront de gens à vos confessionnaux ! Aussi, dit-il, vous ne sauriez croire combien il y en

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