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à néant, l'innocent a été sauvé. Mais ou seront les dédommagements qu'il recevra en compensation des maux incalculables qu'il eût pu souffrir? Ici-bas, tel est le sort de l'homme, que, livré à mille épreuves, souvent il succombe sous le poids des préventions, sous le glaive de l'injustice, de l'ignorance ou des présomptions... Et l'opprimé n'aurait pas un Juge suprême 5 qui en appeler!... il n'existerait pas une vie plus Fortunée ponr l'innocent injustement condamné I Qui oserait le nier?...
Sans connaître l'avocat qui venait de gagner une si belle cause, tout en mettant en évidence des talents anssi remarquables, je lui présentai mes félicitations et le priai de me faire l'honneur de dîner chez moi la semaine suivante, accompagné de son client. Il a accepté avec cette espèce d'hésitation assez naturelle entre personnes qui sont absolument étrangères les unes aux autres.
flous avons entendu plaider une autre cause, mais ici l'homicide avait été commis en présence de nombreux témoins, en sorte que les talents distingués du défenseur n'ont pu sauver le criminel. L'aspect de la mort, ordinairement si puissant sur un condamné, n'a arraché à celui-ci aucun indice de terreur. Après avoir tout avoué, il a demandé pour seule grâce d'être mené sans délai au supplice.
A mon avis, un homme doit tout voir, et j'ai conduit mes fils sur le lieu de l'exécution. Leur cœur a été saisi et brisé, des larmes de compassion ont coulé de leurs yeux... Voilà donc le dernier terme du dés-
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honneur -et de la carrière criminelle... Voila où aboutissent les forfaits. .. Voilà où une faute légère es apparence peut entraîner celui qui la commit... Ah ! combien un tel homme aurait été heureux de p'étre pas né!... Mais aussi voilà ce que des parents ont use reprocher lorsqu'ils ne préviennent pas le mal T.ous ceux qui ont vocation pour cela u'oni-iis pas le droit de s'écrier: Familles, et vous tous, membres qui en faites partie, unissez sans relâche vos efforts pour extirper les mauvaises inclinations des vôtres, si vous ne voulu pas qu'un jour ils vous abreuvent d'amertume et vous couvrent de confusion.
PUfree* à ©ijarlra.
Geuéve, mari.
La simple satisfaction de notre curiosité aurait été au moins indiscrète, si elle n'eut pas été coupable. Mais elle ne sera pas demeurée stérile pour quelques prisonniers. Mes lils, disposés à etteindre tout but louable,, furent le lendemain visiter les familles infortunées qui, privées de leur chef et de leur soutien, se trouvaient plus ou moins en proie aux besoins. La somme des dettes ne se trouva point être un capital
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nii -dessus de nos forces ; aussi nous empressamcs-nous de rendre à des Veuves et 3 des orphelins leurs maris ei leurs pères. L'occasion de le faire comme nous le désirions, ne pouvait se montrer plus favorable. Au jour convenu arrivèrent l'avocat et son client. Nous eûmes le plaisir de recevoir a noire table deux hommes recommandâmes, l'un par ses malheurs et Vautre par ses talents.
L'avocat, qui avait accepté si froidement mon invitation, se présenta avec toutes tes grâces d'un homme dn monde, et fut aussi enjoué qu'il nous avait paru réservé. Je ne puis démêler l'idée qu'il s'était formée de personnes qui sans le connaître le conviaient. Je suppose" qu'elle dut nous être un peu défavorable. En effet, de nos jours- il est si rare de rencontrer des cœurs touchés du malheur d'auirui, et ceux qui en font le semblant sont si peu sincères, que véritablement ce sont des billets chargés de représenter l'espèce, mais qui n'ont d'autre valeur que celle que la confiance veut bien leur accorder.
Le temps néanmoins s'était écoulé avec rapidité, et personne ne songeait qu'il fût six heures. Noire avocat ne s'en aperçut pas sans effroi ; il avait manqué une consultation. Il prit donc congé en nous priant de lui permettre de venir le lendemain nous faire agréer ses excuses. Nous gardantes le vieillard, qui no fut point trop fâché de passer encore quelques heures avec des personnes qui lui témoignaient beaucoup 'd'égards.
M. l'avocat G. vint en effet le lendemain. Cette fois
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(1 ilébnla par àefairft agréer sesexcihes pèui-h ma- ' nière dont il avait* accepte notre invitation, le jour du . plaidoyer; puis il me demanda comme une /aveur d'être admis;qu*lquef«is darts 'ma'oiaison. L'air de; reconnaissance avec lequel .'il" vécut* so'n : admission meV laissa apercevoir quel haut ifrix il y attachait. Il allait . eeTeiircr, lorêqu^à mon raal- je'Ie priai de me. rçudro un service.- Je lui remis la. liste des personnes que je. dés}rais tirer -de prison en satisfaisant leurs créanciers. Outré les tombes --due* , se 1 trouvait oçe.noie'de'se- ' cqdrs.qije je destinais* à remeure-cês familles, -sinon, àleur aise, au moins en étal de recommence*/ Je passai un mandat a son ordre et- le priai de ne. "pas -me faire connaître: ;i Après un instant de silence, pendant Tcqnel'ii'.me-considérait,.U s'écria": Homme... Je, t'interrompi? en te. suppliant de ne pas délruire par.dés éloges, la douceur .que j'é'pronvais.-Y.a-t-il tfn.eflet '.. {■Hejque chose de plus qu'un devoir, "étroit dans co que' je fis là, pHisqne là Providence, en .me comblant de-. biens, entendit que j'en devinssèle distributeur?-. M,- ' G., ajaotai-je, ne perdez pas un instant \ je né saurais ■ * goûter d'une bonne nuit, avant que. je sache Wùs ces infortunés rendus à leurs familles. Jecroirâiè manquer à «e qu-'H y.a.de-plus sacré, reprit-il, si je né'Eemplissais de suite vos désirs. Jamais célérité ne fut plus : grande que ta sienne; à quatre heures tout .était "ter- ■ miné. J'en suis persuadé, la jete'dé ces. personnes était loin d'égaler la ilotre, - ' * " '
Mîlord. est inconsolable-. La. lcUre-de.son fils nèT« •' point tranquillisé, Bien qu'il ait répondu- à .James T. II. 6
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avec les éloges -et les encouragements que mérite sa conduite après- un sacrifice aussi 'grand. 'Mrlord luimême, qui aurait dû être satisfaîl envoyant les choses prendre une -tournure favorable, nous parait encore bien triste. H a interrompu toutes les réparations projetées, ei sa lettre se ressent de l'ennui qui l'accable. Il n pris re parti de hâter la' visite de ses terres, où il ne- veut plus -faire qu'une apparition. Il nous en seta plus vile renduj et sous ce rapport j'en suis fort aise, parce que nous redonnerons à ce courage abattu,- à celte finie ébranlée,' toute leur force, toute' leur formel. Milonl, frappé de la tempêteV-sans appui, sans soutien, sans consolation, est en butte à tous les coups dû sort. Son çoâur'sensible n'est abreuvé que d'afflictions. La maladie de M -John n'a pas été pour lui d'une moindre alteinle; il n'est que trop vrai, tout semble l'accabler à la fois.
DHûi autre -côlë, James, qui pendant le jour s'occupe si utilement, qui ne donne au loisir aucun instant, passe les nuits dans l'insomnie. Cela ne se voit que trop. It est dans un étal de langueur qui épuise peu a peu ses forces. Nous nous plaignons quelquefois du peu de confiance qu'il a pour nous. Oh ! vous, le plus intimé ami du meilleur dés pères, pourquoi voulezvous que je vous afflige du récit de mes souffrances ? l'ai juré -de consommer le sacrifice et d'arracher de mon cœur avec l'image la plus chère toute lueur d'espoir; chaque jour je me répète mes engagements ; votre présence retrempe mon courage, mes forces sembïenrrenaitre avec le sentiment de mon devoir...
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Mais là' nuit, abandonné h mof- même, les instants du. bonheur de jadis viennent se retracer à mot)' souvenir avec phis de-charme qu'ils n'en eurent peut-être jamais... Cependant tout a fui, el je demeure malheureux... Espérance ne saurait m 'appartenir., la conduite criminelle de son père est là entre elle et moi... Je le sens- cruellement et ânes forces se perdent. Tous l'avouerai-je? je crois que je n'ai pas longtemps encore à vivre..". Ne me faîtes pas l'injure, ajoutà-l-îlavec vivacité, de me soupçonner d'aucune. intention criminelle ; mais que peut m'offrir ma carrière, si dès son début tonte jouissance est éteinte et toute joie empoisonnée pour moi?... Parente imprudente, pourquoi me, laissastu un Si libre accès auprès'de ta nièce?.,'...
Nous n'omettons rien de (Dut ce que nous pensons pouvoir, le consoler on le distraire de ces cruelles idées. Il voudrait nous prouver sa bonne volonté, il cherche à nous complaire, mais il ne* prend que peu ou pas de nourriture ; aussi est-il d'une pâleur el d'une maigreur. qui sont extrêmes. Ah'! combien Mîlord va être affligé! Il ne reconnaîtra' plus son Gis. Charles, sommes-nous assez à plaindre ! ■
Cette année la campagne est plus précoce que d'habitude. Le printemps semble avoir hâté son retour pour rendre'plus sensibles nos regrets, "fout s'embellit dans la nature. Nous touchons a l'époque où la joie se manifestait' vivement, parce qu'on allait se retrouver habitants du Grand-Rocher, asile de paix et de charmes, retraite de fleurs et -de verdure, centre do jeux animés et dé douces éludes. Rien de tout cela ne
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tiendra nous réjouir; la ville sera notre démettre. Voi- . là la première des privations uu peu sévères qu'éprouveront ra«s enfants. Peirt-èirepour.d'aiiire.s serait-elle pins que légère ; mois n'eusslôns-nous à regretter que M. John,il(;jà nous Ja trouverions irès-pénibie. S'il plaît à Dieu, nous ne passerons pas un dimanche ailleurs qu'as Grand-Rocher*; c'est laque seront les véritables jours de fête pour toute (a famille.
' Noire bon pasteur esl parfaitement bien; aimr-mes parents et Théodore. comptent-ils revenir .tout-à . fait ii la ville. Nos amistle-Bellevuc décideront alors si létir «bateau sera ou non habité celle année. Ne trouves-ln pas, mon ami, que depuis quelque temps m'a correspondance a pris Une teinte singulièrement mélancolique? ■ * - '-'
■■ 3Uft*î> à <£hàrl w .
Génère, avril.
L'homme est né pour le travail, telle fut une nécessité do sa nature, telle est la loi du Créateur. L'oisiveté est l'un des plus grands fléaux pour noire machine, déjà frète; non-seulement elle la détruit sourdement, mais encore elleallère le moral d'où il découle, que l'habitude de ne rîen fairèenfanie la presque totalité
des maux qui 'affligeirt'-ThuniaBité, Je connais trôpr bien te* avantages cl'une vie .laborieuse et active, pour ne pas en doter mes. fils. A quoi d'autre qu'au travail doil-on une saôjé robuste et florissante et Je conicn temenl d'esprit ? Mais, objectera -t-on-,, un- grand uonrbre<Je personnes sont nées avec tme fortune honnête. Il n'existe pouf eux-aucnne nécessité de. travailler pour vivre agréablement. Leur travail serait donc 'tin vol fait* à l'homme vraiment nécessiteux, pans ce cas, où est le besoin de leur apprendre un métier, oh tel état. queteon que 1 , -puisque jamais Ils do seront appelés à le professer ? C'est ici que je-vous attendais, précisément parce que Je me trouve-dans ce cas. Ma forlune est peut-être même- trop .considérable .pour le citoyen d'une république, mai que je crois très-réel. Mes-enfaus, jusqu'à ce moment, n'ont d'autre' ambition que celle de plaire. Ils ignorent encore la hante considération qu'on attache aux richesses, parce' qu'ils n'accordent la leur qu'au mérite et à h vertu. Cependant, de tonte leur opulence future, lenr éducation est. le seul bien que des malheurs et une déconfiture ne sauraient leur ravir. Ils peuvent survivre à leurs richesses, et voir par une série d'infortunes accablantes, détruire 'la base de leur subsistance, et j'aurais a me .reprocher- l'imprévoyance, je dirai même la trahison : de ne leur avoir pas donné les moyens de gagner, lenr pain pour le moment de l'indigence, Non,ramais, jamais je n'assumerai une si grande responsabilité. Mes fils connaîtront la peine que réclame ia possession d'au morceau de pain. Ils apprécieront
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mieux par là les .sueurs du journalier. Ils rendront de ferventes actions de grâces au Ciel, qui a daigné faire prospérer les efforts de leurs parents, et lés a dispensés ainsi de travaux fariganlsi
• Quoi qu'on puisse penser à cet égard, il est paient que l'homme inoccupé demeure coupable- envers la société, de sou égoïste oisiveté. Mon mtenliori n'est pas que mes fils travaillent. dans le but d'acquérir davantage, ils spnt asseï richement pourvus ; mais je désire qu'après s'être placés dans la position de conserver leur fortune, ils sachent la diriger sagement. Il faut plus encore, ils doivent pouvoir se passer d'elle, si jamais elle leur échappe. 11 faut qu'ils puissent subvenir à leurs besoins par le secours d'un travail honnête et assidu ; tel est mon but principal. Quand mes fils se -seront rendus indépendants des: caprices de la fortune, et s'ils ne travaillent pas à l'habitude pour gagner, au moins nè-eonsumeront-ils jamais leurs jours dans une molle et perfide oisiveté. L'expérience qu'ils auront acquise d'abord pour eux, tournera an profit- de tous. Nul doute que -leurs 'moments seront consacrés au plus grand avantage .de leurs semblables, à faire le bonheur de leur famille, enfin à l'élude.
Jtfe. voilà redevenu négociant. Les frères B., ces dignes gens, ont bien voulu consentir à admettre dans leur maison/, quatre personnes déplus, savoir; un ancien éi trois élèves. Jamais je- ne vis joie semblable a kr leur lorsque nous fîmes noire entrée «nez eux. Je leur ,dois la plus sincère reconnaissance pour celte marque d'attachement. Il a été bien entendu qu'ils
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traiteraient mes fils comme des. novices qui leur seraient absolument, étrangers, L'ïnlelligenae que je cognais à ces jeones geqs me (ait espérer qu'une année sera amplement suffisante pour lès meure au Tait des affaires. Il a été réglé, que l'un d'eux* prendrait . la caisse-, l'antre les livrés et le "troisième la correspondance pendant quatre mois, de manière -à ' avoir rempli ces diverses fonctions dans le cours de l'an- * née. Eu ce qui concerne les spéculations ou les opérai ions,- chacune -d'elles sera proposée, examinée /calculée, conduite et amenée à-sa lin, sous les yeux et avec la participation des -jeunes, gerisf, qui ainsi seront initiés avec -clarté et toute extension possible, 1 daus l'art de travailler avec. sûreté' et prudence.-'
Quant a h loyauté et à l'honneur dans là direction générale des affaires,- il serait inutile. :d'en chercheu ailleurs davange qu'ici. En' sorte que depuis le premier de. ce mois, nous sommes négociants' ou en chemin de le dévenir; Tu concevras que-presque toutes, nos leçons ont pris fin. Nous n'avons conservé qu'ua cours d'analonrie, et la suite, do cours de droit. Chaque soir nous consacrons régulièrement les heures de 8 à 11, à la lecture, à la. musique ou a. la société. Sauf ces moments, tout le reste de notre temps est donné aux affaires*.
Je ne suis point disposé à discuter la préséance des états, ni leur plus grande utilité, encore' moins le degré d'estime qui doit. leur être accordé, quoique, sans contredit , il. l'aille placer au premier rang celui.de laboureur, comme étant le plus ancien, le plus noble
el le plus, mile. Je ne me propose, dans cet instant, quedeconaidérepte commeree en particulier et <f apprécier ses avantages,, tant pour ceux qui s'en occupent, que pour la société en général*.' ■-■ -Il *est grandement respectable, le négociant plein ■d'ardeur -et d'activité,' dont la réputation de-- probité n'a ^d'autres bornes qn* celle» des diverses parties du globe, et qui étend ses affaires dans, les' régions' les plus -lointaines. Son nom est en.- vénération, partout", sa volonté est suivie' comme celle'd'un-moriarquo, -Chacun . s'empresse à exécuter ses ordres. La bonne foi -«fit sa gloire comme l'égide .de son crédit; la vigilance" son flambeau J quant à son honneur,- il base la confiance, plus encore que sa solvabilité. C'est pat tes' soins du- négociant 'que chaque pays abonde non seulement- en toutes -choses nécessaires, mais encore de toutes celles agréabfes k -l'existence.' It écoule lès -produits de l'Industrie - , il échange "ce qui est superflu , il entrelient- les fabriques ; il expédie au loin des objets de fantaisie, pour en recevoir 'd'indispensables. Les vaisseaux .du- commerce parcourent les deux hémisphères, ou ils aident à civiliser -des peuples sauvages. Les snbrécdrgnes d'une maison respectable et humaine ne sauraient être indignes d'elle'; on sa rappelle- long- temps après-leur "départ, et toujours avec plaisir^ l'époque où l'un d'eux vint traiter avec douceur*, bonne foi et loyauté, sur des plages Où la rapine, l'avidité et la barbarie signalèrent presque toujours leurs désordres.;. .'Que tes affaires; du nég%- ■cla'Hi soient. restreintes çu sans bornes, sa position
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n'en denteare-pas moins intéressante pour l'utilité? ' pgblique. S^s relations sont-elles au. dehors, it a et» qnelqae sotte mission de donner une idée des mteursl de ea naiiou. On juge assw sainement de la moralité d'iin- peuple, de la bonté de ses lois et de la-juïtfce de son gouvcrûemem, par la manière don! le négo-. eiani Traire ses aflain».. Eu effet, son caractère, ses opi'ioi* d'honneur et son intégrité sont plus influencé; .qw*en ne. te pense,, par la rectitude des lois de sa pairij», <*t par four trop fl' indigence, lorsque te oé^o> ciaots'enrjchltet prospère, J'Eiat est florissajiL Combien aotixeUt.tfe voif-on pa*- la fortune publique' siibirla sort d.Qc«l|edu négociant! Ailssî les souiterûioa onl-iis-eirtin- compris cette grande vérité. Maintenant, iqus s'enipresseu de favorisée le cprnmei-ce autant qu'il est en-leur pouvoir. Ils encouragent lés fabriques . qui l'alimentent,' ils savent désormais, qae- l'agriculture, rbitlustrie et te. commerce -«ont, les véritablessborces.de la prospérité des Ett(»4 : Vais aucune vocation, plus que, le commerce, n'exign.de |a loyauté, de la bonne for, des lumières et do (a liberté. Toute absence de l'nne. de ces conditions* eisea^eltes, le conduit au- marasme. .L'énergie du négociant disparaît ed.ruison de ses pertes .ou du peu de /atenr que lui accorde le souverain:
L Pois j'apprends ? connaître, les. frères B.» pins je'imyfélioite/de la mesure d?ejlime elde çoufiance-que je iéur ai accordée, Leors principes sont àTépreave. .■ Sé>è(B8 flbsen ateurs tfe eo. que- la plus délicate probité prescrit, on ne saurait leur reprocher la plus *
.légère injustice IncfoigéntssuHo manière d'agir d'an- ■' trùj, ils ne se -pToaqncênt. jamais Gontre..Dès -affaires brirkhiles né leur- ont point donïié-dVrgueil.' La-s'hnpHcilô de leur manière de-vivrê n'ea a pas été altérée; 11» pensent comme nous i que l'économie esv h véritable '
. bas» de' la fortune,- Us sont persuadés'qué tant- qu'un hounjie-esi dans les. affaires, qu'jhrufrcrêaijCMflyil ne pQwède'rien'-eh propre, Dans -un cas -de" revers, on .ne saurait tetir reprother-de dépenses raënaçidérées; te temps des jouresacrcea, disent-ils* Vendra quand, reilrés des affaires, jîoLre capital, libre de tout engagement, -nous fonrnira -les-' moyens Se coûter la icariquillîté et lee* .douceurs' du repçs. En çffetj recueil -de- la plupart des négociants, -e.it .que pressés .de joair, si leurs-ci.rflousiaiioes.-sonl.un psft- favorables, -ils- détournent des. valeurs 'nécessaires pour les employer -au -plaisir., tls.'perdeM un lempi précieux, et coupent ainsi* larscîne iêurêrév&tiOB (ulure-." MaiK heur alors, si ies accidents arrivent.! Nos -chefs- (ce
-nom te fait rire) soiitde-parfatts. -modèles. dii Vrai négociant. Prudents pi habiles, d'ufle gràuilc facilité de travail, aussi laborieux qu'honnêtes gensV ils jolgàem\ufle extrême comp.hisance'à-de"s.égards."T|ùé jen'aurais point osé espérer, fis paraissent saifc/aits du
■ ièle-et des efforts- de; leurs élèves, -qui «e-dounefll'tle
là peine ayant- fort «brie, de. parvenir.' ■■', '.;-.-'
Théodore 7 » «édé -à nos instances, H habita' Bélle-
vue;' mon père «t lâa'aièrjs/sbntiMi Grand iKocher;
■noice temps est si bien eccupé'qùo- no'usWùs aper-
' cèvdns .pénale, l'abandon, presque général tru "nous
D,gi-l« 0!1 y GoOgIC '
. iibus. trouvons. James demeure, toujours «lit grand sujet d'inquiétude .pOMC bous, son état nous désespère. Noms sommes bien .allligés de nous .trouver absolu-; ment privés de nouw|les"-de,Milord, depuis trois se-' staipes. Si le.pr.ochaia courrier ne Jioua en apportait pa$jM>us.'ép.rcuver)ons,de? angoisses mortelles, sm> tWi en songeant k la lrisi.es.sa profonde qui pej'çjtlt a
. chaque moi de sa dernière. Ceue position -me fait •trembler". .'. : ' , .■-■■' ■".•.'. *■ '
3llfi:rî>.(r<îl)«r!ffl.*
!.. . . ..." Gepèw, avrtli
' Tu avais pressenti ce- trouble rongeur qui m'agitait êi «que je n'osais m'avouera moi-même. Ouï, mon ami,- je craignais- 'qn' une mort volontaire eût mis finaux joui» de JWfilord. Mais, Dieu soit loué! je suis délivré de cette affreuse pensée, puisque.... oui, Char- ' les, puisqu'il est à mes cQiès. Je rais, mon. .ami, te
^répéter, son-'récit : •
« La vue de Londres me devenait chaque jour plus
.à charge. Les dégoàts,.les chagrins que j'y éprouvais sans tiaterrapiion, nie donnèrent le. plus vif désir .de m'en éloigner prompfemeni.
.. .» Je -fis des préparatifs,, et je partis- pour mes
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tefrés., La première journée fia agréable, elle apporta . quelque distraction à mes pensées. Cependant, j« ne tardai point de m'aporcevoir que ce soulagement moral ne serait • pus -de durée,, et.que je portais xtt moi' un fond de tristesse et do mélancolie qui ne ne ferait trouver grâce pour aucune localité. -.
». Arrivé à une de mes .terres* qnt'n'a pu- été ha- 1 biiée depuis trente ans, tout m'y parut dans ou étal . de dépérissement effrayant. Le .concierge et les paysans témoignèrent la Joie que l'arrivée du - pro-. jpriétaire leur causait, Je remarquai avec plaisir, que les terres étaient en beaucc-dp meilleur état que le château, dont l'extérieur offre- l'aspect d'une forteresse. L'intérieur en est sombre el goihiqueraeri t. décoré. Ces murs noirs et enfumés» ces tourelles anli- ' ques, qui portent orgueilleusement leurs .girouette* . au-dessus des plus grands arjires du parc ; la principale façade du bâtiment,. où les armes. du seigneur font son plus bel ornement, tout n'attristait..
>j. Je rentrais uujnatin, après, une promenade à cheval, lorsque je vis les premiers- rayons du, soleil éclairer un site qui, dans toute autre ctçcuion, .m'eftl - paru enchanteur^ Des souvenirs de mon enfance sur* girent spontanément et firent couler una larme. Je me laissai entraîner aux pins douces Rêveries. Je voyais cette demeure embellie non pas extérieurement» mais dans ses appartements. J^apertevais mon-, fils heureux avec.. ...Tool près d'eux, étaient las iç* gemems de tous nos amis de Bellerue et du.Grand- Rocher, avec leurs enfants qui sont aussi les miens..
lisHMay GoOgIC
I-.'ensemWe "de 'couo hombfletiw; famille aatoâUeeU* solitude. JL John à me» calés, coule m plantant de» bonheur," dans nu élan de joie, dans Ita gcatflude de son cœur, nous, réuqissail dan^lachftpette pour 1 remercier- l'Eu-tr des Ares... Ah! moir.Alfrecl, que C6' tableau, était flédoisant!- Voire di,aw père ayaaïfepliB belle- châsse et- Chartes la peehela pluaabijndtmri.'... ' Je passai près d'une heure dans cette illusion «Khanwesse, lorsque tout 'à coup je me' sentis transpercé par .une fotte" ondée, à qui il suffit de iràelq'ttei.îD* stauis pour anéaplîr tout l'échafaudage d'un^imaginalion séduite... Je me hâtai de revenir,' mais les mttrj, noircis par la pluie, .m<HreBl dans mon cœup une mélancolie plus, sombre encore. ■*-,-' * [".; >-;„,%' » Frite me présenta un paquet dé lettres, ce Brans garçon était de retour: Je' démêlai bieiuôt la vôtre," Il ne niB fallait pi as .que ce coup.... •Notre Joîtir au* portos" db tombeant Dieu, conserve-nous un si. digne, homme! "Ce lOest qu'après avoir lu et rehi-plûsiettra . fois votre lettre, que je remarqué* enfin, qn'H jtn hors de tout danger..». J'ai sonné. -Fritz &rmve...V Dans deux heures je partirai. ..C'est aiasjqiie je par-" courus deux autres tewes que je voulais voir. ^ Oui," il faut retourner anprès- d'Alfred, c'est le .perl 'as-, anré;OU.je«uis'.a l'abri de l'orage. C'est là on loutea les douce» consfllatiofisin'aUendÊût et où j'en jouirai,. Je «S.-TOU* écrhist pas-. Je ressentais .aua espèce de douceur à garder leïfleocé...:Ql»-fellaï^tt.»ouâ &r\? re î Vous aoraifi-je" lait partager toute ramerinme dont me* jours, étaient abcCBséâ? Non, me» amis, eU'idé* ■■
3^:- t= yG00^1C
dévêtis -siirpren{lrë par. oie -arrivée taailendue,ni¥ donné du courage pét/dauMout le voy-age.'Çe que, j'ai préw ^'êâtréalisé;- île rèloip' au.miHeii Ues ibiegs, j'y joflrs-dVine- ïraoqiiitlilë que- nulle jart ailleurs je a au-
■rais/osé Bipër«r, parée .qu'ieitUul ma ponrii. Tous les.'.eÀirr* .y sont àj.'uiiissoù' da -nuenj Ici, .je puis'
. ««.aflcbèr-Ja'inoiDdte (te "me? peines, ou partager- te' : .ptite petit de- mes plaisirs.:,.. Mais,-mon anii, que J»nics-«ainlàrajdçf JKnv'insptre fies craintes "sérieuses, 1 et je-n'ose; rien- eni*é prendre, perce -qïT41 ne sanreit étre^aUleniis aussi bien qu'ici, 'Espérons tout dmemps ël-eV-sa jeunesse.. U fdut croire qu'une fors' la crise ■pîis^ée, il- reprendra, insensiblement se* forces "et sa gajli. S'il sn était autrement, il ne ni.6 resterai qu'à
■•(Boùrnu» NoTisdoiHiamesànttti'ëanHdebieYiphisgnmde's /espérances."- que. nous rie- tes avons'noni-Tiiêmrsï
, HélasS'te cœnr cPnn bon jièrc tes reçoiL-si aridehudi* lorsqu'elles, «ni peur objet un-fils Unique et chéri.
. -'■.Koàs-Trè'ns trouvions 'justement à ta prbraenade,-
loflsqlie. Miiord'arr'ivâ: Un - tort 'un peu plus long- que
. .de CfiWuma t iic-os avait raeiiusITird'deljors. Lo'rs'toé-
"'nie" ■■qm'nbos'uè* virtfrions. pasi cd'avàl, nous" né Biiôrsifioas païbi Les promenades publiques. Souvent .«a- y 'entend des choses ir éviter, et plus souvent on eore'la modey. présente des costume* -qM*ndus-ré- ■pronVons. -B'aijlsufo, : les personues. (an moins en grand «x>mb)>e-}qrii\fréqncateiH. ces promenades, y "arrrïe'nt moins * avec le- /besota" de prendra l'air, qu'avec ter désrr d'y lixer l'attention. Ce qui fait qu'a -.«erïaiBte- heures ïaunosphere de «et lieux est. per-
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niRieuse.Tc] les" soin les raisons pour lesquelles je aé leur donne aucune préférence. Ce que je vieua.de dire n'est cependant pas- Hans:exceptiou.£u rentrant, bous, fumes surpris de trouver .les couverts déjà mis, et mépe un de'plu&que- dé coutume. Caroline ques- - lion'na pour en connaître la raison... Madame, il yous est arrivé un liôlequLsoupera avec plaisir. «..Wons avions eu a' "peiné le. -temps de nous interroger des yeux, que Milord entre.... A d'autres, pour dèpeîn^ dre notre surprise, noire joie... . le rayissenient de. James esi à son comble. L'émotion lui avait rendu ses couleurs, aussi son visage ue l'rappa-l-ïl point Mi- ' lord, et ce premier moment de douceur .né fut.trobblé - ■ par aucun nuage.» • • ■ ••■ ■■
II a'.élé réglé que noire-.ami passerait alternative- '. ment une semaine à Genève* el une au Grand- Rocher. Nous allons causer une bien douce surprise à Bellevuc et an Grand-Rocher,, où l'on ignore l'arrivée de Milord.- ! .- .:■'.':
"■ .Ce. matin, seulement, le père de James- s'est »per*jÇ« avec effroi de l'extrême -maigreur et du. profond' abaitemenE de son fils. Nôtre Chagrin ne cède en ; rjen' au sien, en. voyant -les lrnits.de Milord lui-même; ils portent tous les signes-de la douleur qui le dévore; oh I combien d'aunées pourront s'-écouler avant que la joie' rentre dans.ces'cœurs<lai -■
Les regrets que nptre absence oattseaux habitant» de -Cavonai, se sont .montrés" sous les form'tts. les plus' diverses. Je me réjouis .devoir^ dans quelques heures, éclater leurs transports à ta vue de . Milord," lui qui
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Ici combla toujours de ses bienfaits» et pour qui ils on: jun'si profonde yénéralion!.
. J'arrête, parce qu'on ne reste pas àeax muante* sans entrer dans mon cabinet pour me dire: que les pheTaux-fcappepi du pied... que Milord ei marna» ont déjà-pris place...» Adieu donc, . noire précieux
aUfrfir à CIjaYlrt.
GisèV», mil.
- Joie, ioie! ohl mon Charles! jamais nous n'eus- ' rions. osé-aspérer on si grand bonheur. Partage notre '
félicité» Nos chagrins, nos tristesses vont prendre fin ; . ' uous aHoas voir renaître des jours fortines.» Joie inattendàc, que In es douce l Mou cœur bat avec riolance ; lieiis, lis, lis toi-même cette lettre qni me ■parvinl.tl y. a trois jours, et juge si j'ai raison d'être ivre du bonheur d'un événement qui comble les ptu» eherés' espérances-de.Vna et tarit la source amére des angoisses des aulnes. Je puis à peine copier T tant Je suis délicieusement, ému; coniment ponnrai-je tracer la rcsieÛtirécUÏ mais copions...
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":'.,. « Nuremberg, 1" avril,
' *j Je n'aurai rien à désirer, .Monsieur, si. vous veus sonveuei avec amant de plaisir de nos liaisons tfaf-. tores, que l'écrivain lefaii iuî-ni«me. M» maison se félicita toujours de ses relations avec la vôtre.- Las services que vous noua rendttes avec tant d'empressement dans différentes occasions malheureuses, m'eut pénétré d'une estime- profonde pour vous, dont en particulier je me félicitais d'élrele compatriote.- Aussi, ai-jeconstanimeïH formé le plus vif désir de vous, con- tfaftre personnellement , persuade que je trouverais dans voir* société oe rapport de. sentiments et de façon de penser: que je découvrais dans voire CQrresf ondance et dans votre manière de traiter Je» affaires Us pins délicates et les plus épineuses. Ce ne fut pas sans nue vraie satisfaction que,' par votre circulaire de dissolution, -je. vis votre retraite à Genève. Je corn- ntencais alors une liquidation un peu difficile par use nature d'affaires assez étendues. L'ayant terminée, j'ai revu l'Europe aveo transports ; jugez- de ceux que je. ressenti rai .en retrouvant ma patrie, après une absence de vingt-eiaq années. Combien de changements : survenus! combien de- i&es chéries- que le' temps aura moissonnées! et peut-être que ce qui fait encore mes plus chères espérances deviendra ia source de mes peines les plus cuisantes. . .". Mais, pourquoi VOUS chagriner de particularités qui à présent ne «anraient vous, intéresser, 'et qu'on jour je verserai dans. votre ccenf, lorsque, vous connaîtrez mieux te mien?
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» Je commence donc-nos plus intimes relations en vous importunant, et cela, sans m 'étendre en excuses qui n'auraient d'autre résultat que de Vous fâcher. ■Nous sommes cinq personnes en voyage : mon épouse, ma fille, moi et deux domestiques; vraisemblablement, nous serons rendus à Genève le 6 mai ; ce sera peui-éire un jour plus toi ou plus tard ; veuillez, mon ami, permettez-moi ce Litre que j'ambitionne» veuillez, dis-je , nous faire- préparer un logement; nous nous eu remettons à cet égard à vos soins obligeants... Ceci n'est point le terme de mes imperliinités. Dès mon enfance? j'ambitionnai la possession de la terre de Cbazy. Voyez si le- propriétaire veut y mettre un prix quelconque , j'entends par là ' qu'il n'excède pas la moitié en sus de'la valeur réelle; alors, faites-en l'acquisition. Vous pourrez, pour couvrir le prix d'achat , fournir vos traites sur James - C. et C% à Londres, ou Van 0., à Amsterdam, maisons où j'ai environ cent dix mille écus dans chacune . Je serais bien charmé .si vous réussissiez, et comme il est nécessaire que vous sachiez mon nom pour. passer les actes, je vous prie d'acquérir sous celui d'Alphonse.... .Ceci vous paraîtra mystérieux, mais armez-vous de patience jusqu'à mon arrivée. Je vous instruirai alors de mes infortunes passées. Jusquelà, par ce qu'il y a de plus sacré, cachez à qui que-ce soit mon nom et mon retour, sans quoi les soins que j'ai pris pour cela depuis vingt-cinq ans seraient perdus. Je me réserve, ■ cher Alfred, de vous témoigner de vive voix toute l'étendue de nia recon-
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- iBfi -,
naissance et celle de mes obligations . Puisque vous ne connaissez pas encore Alphonse, permettez que je me signe pour la dernière Fois comme je vous suis plus particulièrement connu.
»" Charles Ottihg. »
Charles, l'as-tii lue, l'as-tu savourée, celle lettre? As-tu réfléchi sur chacun- de ses points? Que je la relise encore avec toi ; ce sera, je crois., pour la centième fois. OtiinR n'est plus le criminel bavarois, au contraire, c'est cet Alphonse que nous désirions -retrouver depuis que nous connaissons notre digne, pasteur; ptirng souhaite être mon ami, moi, qui depuis long-temps suis déjà le sien. Otting me donne nue marque de confiance illimitée. Ouing veut acheter la terre de Chasy, qui est à demi-lieue du Grand- Rocher, et rivalise de beauté avec Bellevue. Otting va rendre le bonheur à Milord et à son (Us. Il veut m'apprendre ses souffrances, ne les connais-jc pas ? et cet excellent John, que de félicités ne lui sont pas réservées !
Je me trouvais dans un étal de ravissement inexprimable après avoir i-eçu cette lettre. Je la posais, je la reprenais, je la relisais, je la portais sur mon cœur. . . Je viens à James, je lui serre la main : il ne comprend rien, n'en plus que mes fils ni leurs patrons, a ce mouvement si spontané et si affectueux. . .Us aperçoivent une- larme ; cependant, personne n'ose m'iuterroger ni me suivre, après que j'ai prU mon chapeau et disparu.
1 J'arrive auprès de Caroline, qui ne sait que penser de 'mon émotion. Je'la conduis chez Miloni ;. lions le trouvons appayé sur une main, abîmé dans les plus tristes' réflexions, à ■peine.sHspendues;par notre .. arrivée.. ■;■ Soyez -heureux, Milord, yoas, meniez si -bien de .l'etre r je tous en apporte et l'assurance et la garantie.,. So» regard, où percent à la fois ef. l'espérance et l'incrédulité, me dévoile ce qui se passe dans son âme,.. Tenez, lisez..: Non, mon Châties, je n'essaierai point de je tracer ce qui -se passa odans celle heure foivanée.' Source éternelle demes joies! oh! Alfred ! -s'écria Milord en me. serrant dans 'ses. bras , et il ne put en; dire davantage!.. . El James? — Ce soir, mon ami.... Vue- chose me frappe : c'est que cette lettre, est -demeurée «a -mois en- route, «l que nain n'avons que peu ou point de- temps pour remplir lesintenlions d'Alphonse. Quant au logement, il n'est pas nécessaire d'en chercher un, ma. maison eat suffisamment vaste pour les recevoir. Us occuperont le premier étage';' mais il faut nous rendre dé suite à RoIIe, chez M. B., pour lui faire des propositions. Nous prendrons M. G. arec nous, et en passant-, 1 nous verrons nos amis de Bellevue et du Grand-Rochen
H. G. eut beaucoup de peine à joindre M. B.; cependant, il y réussit a midi. Il termina la chose, sans payer Chazy plus que sa valeur. Une promesse de vente fut'sigoée, et nous nous rendîmes à cette terre. Noue fûmes satisfaits de l'état dans lequel se trouve l'intérieur de la maison de maître». De là, nous revînmes à Genève,- oh l'acte a été pass.é; même avant
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le coucher dtt soleil/ Nos Américains pouvaient maintenant arriver, tout avait tourné au gré de leurs. dé--, sirs. Si jamais "impatiente fut' vive ,. si jamais le bruit d'nne voilure occasionna dos commotions, ce fut diavani-bier a hier.... Vraiment, Tes heures Dons partis-. «aient des siècles ; Caroline et mes enfants,- impatients de connaître ces nouveaux amis... ' Milord, ceue Espérance., qui a failli faire le malheur de -sa Vie famés, .
de revoir ceHe qu'il croyait perdue à jamais... moi, de serrer la inaio du négoctani te plus respectable et le plus digne d'admiration ; enfin,- de contempler la sarprise de M. John, sa félicilé, son bonhenr. ■•
Nous aviousmillepreuvesà donner à celle famille de notre estime pour elle, et pour cela sous n'attendrons que l'instant de son arrivée. Toutté.monde était reû- Iré à la ville, Théodore et nies parents. Notre -bon pastear avait éprouvé une vive peine de celte absence si subite, à laquelle- ou. travail donné aucuB motif, ni asc signé do durée. James lui eu tendit dire: Je ne les connais plus, j'ai perdu ou leur ratifiante oq leur amitié! Pauvre homme! jamais nous tic Va'miâmes davantage. .' .
N'es-tu pas Indigné contre moi de ce long bavardage? Charles , pOurquoria mainne va. t-ellepas aussi vite que la pensée ? Mais patience !'
Nous allions nous- mettre à table, quand une voilure entre avec rapidité, avec frac» dans la cour. Nous voulons empéchet» James de paraître ; il était déjà au bas de l'escalier. Cel-instajttffnrait pu devenir funeste à Espérance ; inais les émotions de- l'amour ne lé fu'+ rem jamais. Nous n'avions pas tu encore tes arrivants,
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que déjà ces deux coeurs s'étaient' entendus, compris, pardonnes... Quelle est belle, celte Espérance, et que ses parents sont aimables E Ils étaient hors de la voilure; mes domestiques se -mirent en devoir d'aider ceUx-d'Alphense à porteries effets... Il mè demanda où j'avais- arrêté un logement pour lui t Je lui montrai les appartements que nous leur avons préparés ; il me comprit et dit : C'est trop de bonié, mais j'aocepto. Nous continuâmes de monter; "c'est alors que je présentai toute ma famille à nos hôtes: Voici monpère et ma mère, Milordfi. et son fils; quen'étai's-tu'là pour voir le regard d'Espérance ! Théodore et son épouse, puis mes enfants ! Ne soyez pas surpris, mon ami, de voir ici tant de monde; mais nous -ne formons qu'une même famille ; vous venez la compléter, et lorsque trois membres qui y manquent encore, savoir, un qui est à Cavonâi et deux autres qui sont à" Gênes, y seront réunis, vous nous connaîtrez tous; c'est "-ce qni, j'espère, ne tardera pas long-temps encore. Je vous prie, mon amij de vous cbnsrdérer ici comme chez vous, et de croire que vous êtes plus cher que Vous ne le pensez a toutes les personnes présentes.
la plus douce cordialité régna- parmi les convives. Chacun était ému, non-seule ment de ses propres sensations, mais encore de celles de ses alentours; le bonheur planait sur l'assemblée entière. James ne perdait pas son temps , il avait pris place auprès d'Espérance.' Samaigreor put attester tout ce qu'il put lui dire des tourments de l'absence; aussi quel intérêt ne' lui témoigna- 1- on pas ! Non, un quart d'heure de sém-
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, blable félicité ut) Serait pas payé trop cher" par dis années de chagrins. Après Te dîner, des groupes se formèrent d'après les âges et [es sexes. Nos «nfants ■commencèrent- une liaison qui ne finira qu'avec la vie. Nos dames se réunirent. Quant à .nous, nous jouîmes de la société de l'un des nommes les plus bienfaisants, comme aussi du plus intègre' et du plus renommé des négociants.
Nous les engageâmes à prendre du repos. Ils y consentirent. Nous pûmes nous communiquer nos pensées... Nous étions parfaitement satisfaits de nos hôies, la joie dé Milord était pleine et entière. . . Eh bien, James? Mon père, elle m'a conservé tousses sentiments, Une put rien ajouter de pins.
J'avais revu Alphonse avant le souper. Je fui avais rendu compte de mes démarches et de mes Succès.;. Il ne savait comment me témoigner sa gratitude,... Je l'interrompis; il me pria d'entrer' dans quelques détails de plus sur les personnes -qui se trouvaient à ma table.. Ce fut alors que je lui appris nos liaisons avec Milord, et qu'il habitait cheï moi, celles de Théodore. Il me laissa percer son désir de faire plus amplement leur connaissance... Quant à ceci, c'est presque infaillible. L'arrivée de Milord mit fin à notre entretien. Je remis à Alphonse les actes d'achat et ses -comptes. Dès cet instant- il fut décidé que le lendemain nous irions visiter Chazy. .Mes parents et Théodore partirent le soir même.- pour ordonner quelques préparatifs, soit àBellèvue, soit au Grand-Rocher. Alphonse ayant remarqué cette absence, on lui dit
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<pM Ifcéodftrc.possédaRi une propriété dans le jf ois jpagedeXhasy^ ils.'y élak rendu poumons y. recevoir
. le v Jçtidoflia}n.. - ». '-., :.■-■■-
Le temps- éiail beati, ïa-corupagSo magnifique et les cœurs bomlissants^de plaisir. Avec cela la vie est délicieuse. A six heures, nous étions env0iuire;da«s.la première., maberlin*,seiwuvaiewèion>:de oosenfaa'ls et Mjlord, James était à cheval. Nous étions quatre dàus la -sectHidfr. Od us i sanrait dire dans laqncltode ces voilures £e trouvait U plus, grande, dose- de jpité etde bonheur. '."... ■"• -,. - -.,-... ■ •' ■-
Alphonse trouva Chasy. orobelti au-delà -de; ssn alterne. -U ne pouvait se rassasier ttecêite vue, ni parcourir asse?, l'intérieur. Bh bien, Améline , eh bieb\j JEspéraBcë, que, pensez-vOus de cette .campagne, de ces fc onviroçs,.<leco yte '?.... Tout ici est cHCtranteur,réjK»ndit l'aimable Anglaise', et dès demaiu nous- sommes prêtes a -y .hiloiier ; ■ mais. Alphonse 4 ajouta-AméHue, nous serons bien seuls kîi ?«'• ■ Ne vois-ln .pas cesruiai-, sons! (il désignait le Grand-Rocher el.BôUevue)' ?. elles doivent êtra habitées^. et pem*4tre pardes-f ersoBoe».
. d'une société agréable. Ensuite, cette demeure n'est-, ejlê- pas assei -vaste- pour loger tous -nos amis r , s'ils veulent -bien- nous donner cette- marque d'affection? Oui,: 'lS- ne repousseront '.pas nos prières, et de nouveau Alphonse se met à .parcourir les. 'appartements) pour assigner celui de chacun, et nous d'applaudir à tout.
-.-On dêjeûrîa avec 1.» plaisir.- qu'offre- ce repas- à la campagne, surtout après une course on peu longue.
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Ensuite Théodore, qui a'élail rendu à Chazy, propose de nous conduire à sa campagnette.
Mais l'élonnement de nos Américains n'est pas médiocre en voyant approcher un équipage des plus con- ■ forlablesavec une livrée riche et élégante. En moins de dix minutes nous filmes fendus à Bellevue, où la beauté du lieu, le goût, l'arrangement, la somptuosité de l'édifice, annoncent à Alphonse la grande fortune du propriétaire. En quittant d'ici, dis-je à nos nouveaux amis, nous irons chez un autre voisin où bous sommes invités a dîner. Vous n'y trouverez que de 4a simplicité, mais j'ai la conviction que vous Ce serez pas fftchesde faire oette relation... Cependant, reprit Alphonse, cette journée passée au sein de la seule amitié, n'en eut été que plus belle.... II fallait, sjoutai-je, connaître aussi ces personnes.... Soit, Alfred! — Or avait pris une légère collation et op parcourut les diverses parties de Bellevue, ce qui n'était guère contre le gré de nos trois jeunes couples. Les heures du plaisir s'écoulent indubitablement avec plus de rapidité que les autres..... On songea qu'il serait déso-^ hligtaut pour les personnes que nous avions à visiter, d'arriver trop uni eue* «Iles. On monta en voiture, N on se dirigea vers Ift Grand -Rocher... Mais, Charles, l'heure sonoe et je n'ai que le ïetaps de faire glisser ceHe ci i la posiR.
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aifreî) à (Stjûrlrs.
Genève, mai.
' Me pardonneras -la un silence de douze jours? M'excuseras-tu d'être demeuré tout ce tenips sans le tracer la suite d'événements qui avaient tant 'd'intérêt pour toi? C'est véritablement vouloir rompre en visière, feu conviens; aussi, pour ne pas augmenter met torts, vais-je reprendre ma narration. Celte journée, excellent Charles, était destinée aux émotions les plus douces, aux sensations les plus intimes, aux surprises les plus piquantes: et les plus délicieuses. Les environs du Grand-Rocher, la maison, la situation unique de ce lieu, l'heureuse disposition de ses alentours, les jardins , lés bosquets, les vergers et les vignes, tout énéhantâ, tout enthousiasma nos Américains.... Ah ! quelle charmante habitation ! s 'écrièrent-ils : on y" réspire repos et jouissance, liberté et plaisir; tout y a un je ne sais quoi d'indéfinissable qui Tait goûter des charmes nouveaux.... Mais une bizarrerie inconcevable, dit Alphonse, est celle qu'il ne se présente personne pour nous recevoir.... Entrons, dis-je, les propriétaires seront vraisemblablement sur les terrasses... Maïs non!... L'intérieur est encore plus agréa
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ble que l'extérieur; ah! que nous languissons de connaître les habitants du Grand-Rocher! Ils soniaiiiour de vous, dis-je à Alphonse, en Je pressant dans mes bras... Ne sérez-voùs plus fâché d'être veau chez ce voisin?... I) posa une main sur ma bouche... Il était lard, on serait à table dans le salon de l'amitié... Alphonse, lui dis-je, jugez si nous sommes amis depuis long-temps... Noos marchions d'émotions en émotions; il.se retourne et voit le buste de sa soeur. Ah Dieu l s'écriw-il. Mais que devient-lien se trouvant dans les bras de M. John?.. Vcaev.à raonsecours, plumés éloquentes, accourez m 'apprendre à tracer un tableau si touchant, aidez-moi a faire sentir, s'il' est possible, tons tes élans sublimes qui pressent les cœurs ; retracez, les traits altérés on embellis par les sentiments les plus doux, les plus divers, les plus tumultueux... montrez ces larmes qui ja il lissent de tous les yeux;. elles n'ont rien d'amer, rien d'attristant ; 'elles sont, au contraire, lilles du bonheur et de la félicité, filles dessensations les plus pures, les plussuaves.
: Ces deux amis, ces deux frères, ces deux êtres sensibles, ne peuvent plus se séparer.... Lé premier mot que peut, faire entendre Alphonse : C'est mon John ! Améline, Espérance, sont dans tes bras de celui qu'elles considèrent comme leur plus proche parent. M. John fui placé a table entre Alphonse et Améiine, Milord entre Espérance et James; Alphonse dit alors : J'ai maintenant le mot de plus d'une phrase énîgma- - tique. Oh ! Alfred, je reconnais toute l'étendue et ta vérité de celle-ci : El vous êtes plus cher que vous ne te
pensez à toutes les personnes qui sbj/1 présentes ici. Je ne me doutais guère que tant de bonheur dût m'échoir, j'en rends de vives actions de grices au Tout-Puissant. Ma carrière jusqu'à ce jour a élé si épineuse, que j'espère avec fondement ■qu'elle m'offrira de belles fleurs pour L'avenir. Le vif intérêt qae nous ténioir guûmes lous ù Alphonse l'engagea à nous réciter son histoire; la voici t
« Mes amis, je ne remonterai pas plus haut qu'a*, moment de mon départ, vous savez dans quelle affreuse situation d'esprit je me trouvais.-. Décidé a quitter une ville que j'avais en horreur, je me rendis à Munich, où je passai un an auprès d un adoten ami de feu mon père. Il nie ramenas la raison que j'avais presque perdue, et me conseilla de voyager pour nie distraire. Il choisit l'Italie, mais portant-an cœur plein de fiel, l'Europe me parut un espace trop petit. Je désirai que les mers m'en se parassent. Je fetr .guis de me rendre aux avis démon ami, je traversai le Tyrol et me rendis à Livourne, où ma promenade favorite était le port. Je résistai long-temps a 4a tentation d'accomplir mon projet, nuis l'occasion sepro-eenta si belle que je la saisis. Sous prétexte de «m livrer à quelques affaires, j'avais fait venir toate ma fortune; j'emplellaî diverses marchandises pour les Indes et je n'embarquai. Je ne lardai pas à.veir ma conduite punie. A peine étions-nous au centre de la Méditerranée, qu'as corsaire algérien nous donna la chasse et s'empara de nous, après un léger combat. Nous crûmes un instant que nous allions être délivrés,
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Mais- loui espoir s'évanouit bienlAl ; te bâtiment que uous découvrions en éiait un de la même nation que celui qui venait de nous capturer. Comme les corsaires attendaient un convoi, nos effets seuls furent transportés à Alger, et os nous garda à bord de 1» ' croisière. Le convoi arriva ; deux frégates qui l'escortaient noua donnèrent la citasse, nous atteignirent et nous reprirent. A la vérité, nous sortions d'esclavage, mais tout était perdu pour nous, tout au motus pour moi* qui, sans expérience, n'avais pris aucune précaution et ne m'étais point fuît assurer. Bans mon malheur j'acquis au ami, chose d'autant plus préçieitse, que tes noeuds formés dans l'infortune sont tes plus solides et les plus durables. Le jeune Langerfeld montait le même navire que moi, il avait subi mon sort, et il prit la plus grande part à mes infortunes. Son cœur était, fait pour aimer, je ne connus pas. de mortel plus généreux, et vous retrouvez dans Amétine, outre les charmes de son sexe, toutes les) qualités réunies du plus aimable frère. Améliue sourit qnoiqu'arec une larme dans les yeux.
m Langerfeld acquit bientôt toute ma confiance et mou amitié, nous devînmes inséparables. Si jeune, l'avais éprouvé tant de malheurs. Il prit' à tache de me les faire oublier, dès lors il devint et fut constamment mon bienfaiteur. Une traversée heureuse nous conduisit au nouveau monde. Arrive&à Philadelphie, William me présenta à son- père,- homme- sévère mais bon et d'une probité rare. A la recommandât iou de son fils, qu'il chérissait, on me reçut dans |a autU
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son comme un troisième enfant, ei j'aurais pu griûter du bonheur; sans le souvenir du passé , le sentiment de ma misère présente y et les premiers symptômes d'une inclination qui me rendait d'autant plus malheureux, que,' privé de toute fortune, je connaissais la grandeur, de celle d'Amélioe.
■a Mille fois je Tus sur le point de fuir une maison dont je Craignais de trahir l'hospitalité, en ne refoulani-pas des sentiments que je regardais comme de l'ingratitude. Dans sa jeunesse, M. Langerfeld avait été à Genève, il s'en souvenait avec plaisir; d'ailleurs, j'avais su gagner ses bonnes grâces par un travail assidu, de l'intelligence ei une conduite régulière. Amélîué. devina mon secret. Le pas est si glissant de la pitié, à l'amour, surtout dans le coeur d'une femme! Un infortuné a tant de droits -à ses égards, que je pus Ure=dàns les, yeux.de mon Atnéline et l'excès de ma féheité et le malheur futur de mon existence.... Je comprenais que je ne devais point espérer que M.. Langerfeld voulut nraccorder .sa fille. Deux années s'écoulèrent durant lesquelles je parcourus et le continent et les îles. A chaque retour je découvrais une joie qui me payait de toutes mes peines. ""■' ' Pendant un de mes voyages, une maison me fit des propositions acceptables. Nous étions trente et un commis dans celle de M. Langerfeld, il était donc bien présumable, que moi le dernier venu, je ne m'y avancerais pas. J'ouvris mon cœur a William et lui dis que je ne me pardonnerais jamais si je troublais la tranquillité d'une famille, après avoir perdu la
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mienne, et que pour éviter toute tentation, j'étais prêt k accepter telle offre..... William me répondit : Alphonse, loi, que je voudrais nommer mon frère et que j'aime autant que. si lu l'étais; mou ami, lu as pris un sage parti. Je connais mon père, jamais Amélîne ne sera ton épouse. Suis donc à ion généreux dévouement, non- seulement tu m'en deviendras chaque jour plus cher, mais ta conscience te paiera au centuple le sacrifice fait par ton cœur. Jo voyais combien celte résolution coûtait au sien. Toutefois, William ajouta : Alphonse, demeure encore un mois ici, j'essaierai d'une tentative, heureux si elle peut avoir une issue favorable ! Depuis huit jours il attendait une occasion propice pour servir son ami, lorsqu'une maladie, qui dès les premiers moments ne dons laissa aucun espoir, vint abréger une vie si précieuse à tant de personnes. Le jour aux affaires, la ouit aux c6tes.de mon ami en délire, priant le Ciel de nous le conserver; voilà comment s'écoula une semaine.... Avant repris connaissance, il me reconnut, me serra faiblement lu main et me pria de faire venir ses parents... Pardonnez à monauendr.issement, mais chaque fois que je me rappelle cette déchirante scène, mou cœur est oppressé et mes yeux sont pleins de larmes... Mon père ! dit- il au vieillard, d'une voix faible et éteinte, je n'ai plus que quelques instants à vivre, je le sens, je vous ai prié de venir, pour que vous me donniez encore une fois votre bénédiction, daignez oublier les chagrins qu'involontairement je puis vous avoir, causés.... Oh ! mon.
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père ! j'ai encore une grâce dernière, à vous d vous De la refuserez pas à voire William pvéi à Joseendre au tombeau.... Reversez sar mon ani que voila, vos sentiments pour moi, il les méritera, j'en sais intimement persuade.... accordez-lui Amélîne» iM'aime, il la rendra heureuse!.. Le père ne répondait rien... Vous me refusez donc, 6 nie» père?... Non, mon enfant, j'accorde ce que tu me demandes... L'éclair d'une céleste joie brilla sur le visage de mon ami; il prit ma main et celle de sa* sœur, il les joignit, et après noua avoir dit: soyez heureux et aimez-moi toujours ! noua sentîmes le froid de la mort glacer la main qui nous unissait.. . . Améline jeta un cri perçant, son frère avait cessé de respirer; dois l'excès de m» douleur, je me roulais a terre. Pendant cinq jours- je ne pris pas de nourriture... Notre douleur n'était pas la seule, il en éclatait autant de toutes parts. Va eorlége d'infortunés dont il avait été. le bienfaiteur,, suivit son cercueil, poussant des gémissements; ris. arrosèrent de leurs larmes la terre qui allait le couvrir.,..,
M. Laagerfekl demeura six mois hors d'état de vaquer aux affaires. Je fus obligé de prendre sa place. Ma douleur n'était pas moins profonde que la sienne, Biais mes malheurs précédents m'avaient donné nne force d'âme, qu'une prospérité non inlerrempue avait minée chez le vieillard... Peu à peu il revint à ses occupations, il trouva les choses en si bon ordre, tout avait été conduit si bien selon ses désirs, qu'il me serra la main eu me disant : Soyez mou associé,
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dès CCI instant je vous regarde connue moto fils, dans six mois tous le serer irrévocablement. Se pressai sur mon cœur la main de M . Laogerfeld, il m'embrassa comme son enfant. Notre circulaire parut , au grand bonnement de beaucoup dé gens, surprise bien naturelle chez d'autres, puisque moi-même je pouvais à peine croire à un bonheur aussi extrême, qu'il était inattendu. Dès cette époque mon associé né se mêla que très-peu des affaires, il s'en reposa complètement Sur moi.
» J'eiais heureux à la maison , la bouche d'Améline n'avait point contredit te langage de son regard. Ensemble nous allions verser des larmes sur la tombe d'un frère chéri, dont toute la vie n'avait été qu'un enchaînement de bienfaits, et qui, avant de fermer les yeux a la lumière, avait eucore fait deux heureux.
m Les heures passées dans la douleur s'écoulent aussi. La saison d'hiver était loiu de nous,' et déjà quelques semaines au-delà du terme fixé avaient pris fin. Je n'osais rappeler des promesses qui renouvelaient un anniversaire excessivement douloureux... IVous le pleurâmes Améline et moi; il en Fut de même chez M. Langerfeld et son épouse; nous ne les vîmes pas co jour-là. A ta sixième semaine, mon père, puisque déjà je lui en donnais le doux litre, me dit : Alphonse, avant huit jours vous serez marié... Améline vous rendra heureux, je n'en douie pas; je vous connais trop bonnéle homme pour penser que vous ne l'épousiez qu'en vue de sa fortune et sans l'aimer. Mon Sis vous connaissait mieux encore que moi ; cependant,
depuis trois ans que vous êtes avec nous, je crois vous avoir bien apprécié. Néanmoins, je vous adresserai une question, a laquelle je désire que vous nié répondiez dans toute la sincérité de votre cœur : votre santé ne fut-elle jamais altérée par voire faute?... il jeta sur moi Un regard scrutateur. Non, mon père ! Jl m'embrassa et me dit : parlons d'autre chose, puisque voici le notaire* Le contrat fut passé, -Améline richement dotée, puis, ajouta M. Langerfeld, pour que nia fille ne suppose pas que vous dépendiez d'elle, voici un testament que nous avons trouvé dans les papiers de mon 61s, par lequel il vous lègue cinquante mille dollars, et j'en ajoute autant.... Je fus si accablé par tant de bienfaits , que je me trouvai bors d'état de prononcer un mot. Il fallut, cependant, que mon silence eût quelque chose d'éloquent, puisque M. Langerfeld en parut satisfait. La cérémonie se fit sans bruit ; deux jours après je devins comme je suis toujours, le plus heureux des époux... Une félicité parfaite n'est point le lot de l'humanité... Trois mois s'étaient a peine- écoulés, quand ma belle-mère expira dans mes bras. Celait un cœur excellent, une femme froide, que l'on eut toujours cru de mauvaise humeur et qui ne l'était jamais. Quand on aurait parcouru l'univers, il eût été impossible de faire le choix d'une épouse plus convenable au caractère de son mari, aussi fûmes-nous réplongés dans la douleur et les larmes.
» Des affaires colossales et heureuses nous occupaient beaucoup, toute ma récréation était ma félicité
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domestique. Espérance vit le jour, et successivement après elle quatre garçons, qui tons nous oui été enlevés, dès le berceau.
» L'absence de maîtres instruits , les infirmités de mon beau-père, qui s'accrurent considérablement eu peu de temps, l'impatience qui s'empara de lui au-delà même de la vivacité de ses douleurs, tout exigeait que nous nous séparassions d'Espérance. Le sacrifice était grand, mais nécessaire, nous sûmes le faire pour le bien de notre enfant; elle fui confiée à une tante cadette de mon Amélîne, quia parfaitement secondé nos vues el rempli notre attente. .. . (Pauvre Alphonse ! tu ne sais pas tout, heureusement ceci tourne à bien. Mais l'éducation de ta fille aurait pu lui coûter des larmes et a toi aussi. ..)Une tristesse assez profonde lui reste depuis sa séparation d'avec son institutrice, ei hier a été le premier jour ou je l'ai vue gaie et enjouée.
. » Mon père, en proie à des souffrances qui devin rent aiguës, ne voulait plus être soigné par d'autres mains que les noires. Jamais je ne vis un modèle aussi parfait de palience, de tendresse, d'amour filial, que celui qu'offrit Améline. Les soins les plus repoussants, les attentions les plus délicates, les consolations les plus tendres, tout était mis en usage pour le corps et l'âme d'un vieillard aigri par la douleur et qui n'ouvrait b bouche que pour faire des reproches.... Combien de larmes celte douce Améline n'a-t-elle pas versées dans mon sein ! Les consolations d'un époux .cicatrisaient les blessures faites par un père ; c'est
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ainsi que nous avons passé huit cruels mois et tout te temps de la dernière grossesse d'Améline. Je faillis, en un jour, perdre et mou père et mon épouse... M. Laogerfeld venait d'expirer, lorsqu'elle accoucha d'un enfant inanimé; comment aurais -je survécu à celle qui ■l'est si chère?
» J'étais riche bien au-delà de l'ambition la pins illimitée, et je soupirais après le bonheur de nte retrouver dans ma patrie. Je ne pouvais plus vivre séparé de ma fille, tous ces motifs réunis m'engagèrent de travailler avec ardeur a la liquidation de ma maison. Après deux ans de travaux, j'ai pu m'embarquer pour le port désiré, je l'ai atteint, et comment pourrais~je manquer d'être heureux, puisque, casé au logis de l'amitié, tout semble m'y sourire ? »
Alphonse ayant cessé de parler, je le priai de m'éclairer sur no point qui piquait singulièrement ma curiosité, celui de savoir comment il se faisait qu'il eût porté deux noms. « Très-volontiers, mon ami : Je vous ai dit combien j'étais malheureux et bouleversé dans mes idées, lorsque je quittai Genève. C'était à un point tel, que je partis sans prendre d'antres papiers que la leitrede bourgeoisie de mon aïeul et mon extrait baptisiaire, que je trouvai dans le bureau de mon père. Je dois ajouter que mon bisaïeul ayant pris du service en Allemagne, il reçut pour nom de guerre celui d'Ouing, qu'bériia mon grand-père; ce nom demeura joint à tous nos actes, quoique mon père eût cessé de le porter. Lorsque mon ami de Munich m'eut décidé à parcourir l'Italie, il voulut que
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je fosse muni d'un passeport, et fit des démarches pour m'en obtenir an. On me l'expédia sur l'exhibition de mes papiers ; mais, soil que le chancelier les eût mal compulsés, ou qu'il ne sût pas bien le français, il n'inséra dans mon passeport qu'un de mes noms de baptême, celui de Charles, el substitua mon nom de guerre à celui de famille. Comme je n'attachais aucune importance à un passeport que je regardais chose inutile et que je ne prenais que pour ne pas désobliger mon ami , je ne fis aucune attention û> ces irrégularités. Plus tard, an contraire, ces erreurs favorisant mes intentions de demeurer ignoré, je m'appelai , comme m'avait nommé le chancelier bavarois, passant sur quelques inconvénients moins remarqués en Amérique; mais à [a première occasion importante qui s'est présentée en Europe, vous avez vu que j'ai bien su revenir à mon nom réel. »
Nous renouvelâmes à ce digne ami tontes les marques de noire estime , ainsi que les preuves de notre sincère affection. M. John lui promit pour le lendemain, le récit de tous les événements qui s'étaient succédés depuis la même époque de son départ. Nos jeunes gens, qui avaient été absents, vinrent galment nous demander si nous voulions faire dttrer le dîné jusqu'au soupe... On se leva pour jouir d'une promenade, pendant laquelle Mi lord sut se ménager un entrelien secret avec Alphonse. Il lui ouvrit son cœur el lui fit des propositions. Alphonse marchait de surprises en surprises. Il avait remarqué Friiz à Luxembourg, il fut frappé de retrouver ce visage ici. Il demanda deux jours pour répondre.
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Toui marche au gré de nos jeunes gens, mais une condition d'Alphonse est que le mariage n'aura pas lieu avant quatre années, parce qu'il pense comme moi, qu'une fille mariée trop jeune ne donne l'existence qu'à des êtres débiles, par conséquent malheureux.
Plus nous apprenons à connaître Alphonse, plus nous l'aimons. Tout, en lui, porte l'empreinte de la vertu, de la noblesse des sentiments et de l'élévation de Tàme. M. John, ce Jobu, qu'avec tant d'ardeur il désirait revoir, ne le quitte presque pas, et quand nous nous réunissons, l'estime et l'amitié semblent avoir un degré de force de plus.
Après, soupe, nous fumes coucher à Chazy, d'où nous partiales pour revenir à la ville reprendre nos occupations actuelles. Voila, mon Charles, la lettre que (u attendais si impatiemment, son volume te prouve que son contenu n'aurait pu être réuni à ma précédente. Je pense, mon ami, que déjà tu es celui d'Alphonse, de cet Alphonse qui ne tarit point sur les bienfaits des autres, et qui couvre soigneusement d'un voile épais les siens. Quand lu le connaîtras personnellement, tu seras infiniment plus enchauié de lui, que par tout ce que je pourrais l'en dire. Adresse avec nous des actions de grâces au Ciel, pour l'issue heureuse de tant d'événements. Le moment où nous pensions que nos cœurs ne seraient plus abreuvés que d'amertume, était présicément celui où la félicité la plus douce allait les faire palpiter.
3U(rcfe à tfljftrif*.
Genève, juin.
Que nous sommes heureux, bon Charles! Milord et James renaissent à la vie, embellie pour eux par le bonheur; les cœurs battent a l'unisson; nos plaisirs sont sans, mélange; le temps fuit avec rapidité; nos occupations ne nous paraissent que d'agréables distractions, et les moments que nous passons a la campagne, ne peuvent être comparés qu'à ceux dont on jouit aux champs élysieus.
Milord va cependant repartir pour l'Angleterre, Il ne veut point différer d'obtenir l'agrément du roi, pour l'union de son fils. Quoique nous apercevions quelques nuages de ce côté-là, Milord nous assure du succès,
L'être infortuné, en s'absorbanl dans ses chagrins, ne remarque guère ce qui souffre autour de lui . Cepeo • dant l'excès de la tristesse, comme celui de la joie, me paraissent aussi peu sages l'un que l'autre. Si l'être malheureux craint la joie autour de lui, l'homme heureux aime à s'entourer de créatures qui, comme lui, savourent le bien-être et augmentent le sien ; oui, l'être qui jouit, repousse ou an moins s'éloigne de tout ce jui peut l'attrister, Est-ce un bon cœur, est-ce de l'égoïs-
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me qui donne naissance à ce sentiment personnel? il esl permis de croire que fréquemment c'est l'un et l'autre. Dans ce que j'ai à te dire, il est toul-à-fait certain que l'humanité seule inspirait James.
Avant-hier, il me dit : Comment se fait-il que Genève offre dans ses murs des contrastes frappants qu'on ne rencontre nulle part ailleurs. Ses habitants portent un cœur humain, compatissant et sensible; cependant, ils peuvent voir amener les animaux destinés à leur nourriture, comme si ces dires douï et malheureux dussent nécessairement souffrir des tortures avant dé subir une mort prématurée'. Si té rustre soutient avec indifférence le spectacle de sa barbarie , si le peu d'importance que l'on semble y attacher l'encourage dans sa brutale coutume, pourquoi l'administration ferrae-t-elle les yeux sur l'abus vraiment cruel de ces tortures-, qui habituent les habitants de la ville avoir souffrir sans pitié et sans émotion; genre de spectacle quotidien, quî pourrait les introduire insensiblement dans la voie dil crime? Cher James, repondis-Je, vous n'avez que trop raison ; elle est aussi logique qu'effrayante, la conséquence que vous lirez d'un spectacle révoltant et sans cesse renouvelé. Je pais vous assurer que déjà notre Gouvernement a beaucoup obtenu à cet égard; toutefois, il demeure encore considérablement a faire, quand même ce ne serait qu'en regard de la santé publique, h'élnni pas douteux que la chair d'animaux qui souffrent de In sorte, doit être malsaine et nuisible. Mais les mesures sévères, que vous réclame!! avec tant de raison,
an nom. de l'humanité, seraient encore bien autrement utiles comme préservatif du moral des passants, si facilement altéré par ces traitements réprébensibles et barbares.
Alphonse habite Chazy, où il vit de la manière la plus simple. Grand amateur de fleurs , il les cultive avec des soins tout particuliers. Eu notre absence du Grand-Rocher, Milord est souvent à Chazy, où il se prèle aux goûts d'Alphonse ; mais, des qne nous arrivons à la campagne, ce sont mes fils qui remplacent notre Lord jardinier. James, qui chaque jour avance davantage dans le cœur d'Alphonse, est à l'afflu. de tout ce qu'il peut rencontrer de plut rare et de ploS beau ea fait de plantes et de graines; son attention ne se fixa pas mains sur toutes les. découvertes eu horticulture, et chaque samedi il apporte à Chazy le tribut de ses recherches. Ces alternions délicates ne sont pas plus perdues que les fatigues prises pour arroser et pour sarcler. Si les remeixtments du papa le récompensent, un baiser d'une maman et quelquefois? mais rarement, celui d'une soeur, mettent lecomble à ta faveur. Quoique nous ne soyons au Grand-Rocher que te dimanche, tout y conserve le même ordre. Milord, Alphonse, M. John el mou père, se plaisent à embellir lu demeure de l'amitié. M. John a repris su vigueur et sa saule premières. Malgré cola, M. F. le visite fréquemment. Un jour qu'il arrivait au presbytère, notre pasteur lui demanda s'il ne consentirait ,pas.à raccompagner à une demi-lieue pour y foire une visite à des étrangers, mais chez qui ils seraient les
bienvenus. M. F. ayant accepté, ils arrivèrent bientôt àChazy; nous nous y trouvions tous,-... Mon cher Alphonse, j'ai le plaisir de le présenter M. F. ! Se reconnaître, s'embrasser, ne fuL l'affaire que d'un instant... Ob ! que je suis heureux de vous revoir I. Et vous, mon cher John , recevez mes remerclmenls pour une si aimable surprise, depuis long-temps j'en avais perdu toute espérance. M. F. récita à Alphonse les peines qu'il avait eues pour renouer avec M, John. M. F. faisant une cour assidue aux deux dames américaines, James adressa des reproches badins à noire pasteur pour lui avoir suscité nn rival qui pourrait surprendre la- fui de la dame de ses pensées. Espérance, s 'étant approchée, dit à H. John ; Voyez, mon oncle, quelle fausseté règne dons tous ses traits, quand il traite un pareil sujet ! James se préparait à répondre, mais Espérance ayant pris le. bras de M. F. pour visiter les environs du château, toute la société les suivit.
Charles, oh! que mes enfants sont heureux, depuis que leur frère James l'est devenu!... Leur cœur a été spontanément éclairé ; ces jeunes gens semblent avoir pris une nouvelle existence... Ils regardent avec d'autre yeux celles qu'ils envisagent comme leurs épouses... Qui pourrait voir, sans en être touché, ces tendres soins, ces égards respectueux, ces prévenances délicates, cette déférence attentive ? Jamais femmes n'inspirèrent une passion plus forte, el jamais femmes ne furent plus respectées. Ce nom de soeur est un talisman, une barrière... Leurs destinées sont
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à jamais unies; ils se sont promis de vivre les uns pour les autres, et les- serments de cet amour, aussi pur que délicat, aussi sincère que vertueux, n'ont rien coûté à la pudenr. Les sens y sont demeurés étrangers , le cœur seul ; a participé ; leurs âmes se sont confondues ; une séparation les rendrait à jamais malheureux... Charles, je te permets de sourire, mais ce. sont les trois plus beaux couples que je connaisse, Ions ceux qui les voient les admirent; ceux qui les entendent oublient leur beauté pour les aimer, et ceux qui les ont vus et entendus voudraient ne plus s'en séparér..> Voilà, mou ami, le pouvoir magique qu'exercent les perfections de l'âme et du corps réunies; ou les rencontre si. rarement, que généralement op croit qu'elles n'existent que dans l'idéal. - C'est à toi, mon ami, à toi seul que j'ouvre si librement mon cœur , mais c'est parce que tu connais mon impartialité» et je suis persuadé que tu rendras justice à ma véracité.
JUfrrï à tEfjarletr.
Milordf heureux el satisfait, goûtait trop la douceur de sa position actuelle, pour ne pas renvoyer de jour
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en jour son départ. Cependant il eut lieu, mardi dernier, au grand regret do rocs, et ce n'a. pas été sans que nous la) ayons fortement recommandé de noas rejoindre brenidu tl avait un petîtair mystérieux, qui me porte à, croire qu'il continuera avec ardeur les embeltfssoroenls qui furent suspendus. Son bonheur ne sérail pas complet si nous ne consentions a habiter l'Angleterre , au moins uae année , et tous , -bons amis, avec nous.
Quel ne va pas être ton étonnemeitt ! et tu pourra» juger si Milord est heureux d'être parti. Dimanche , nous étions au Grand-Rocher, prêts à nous rendre au temple, quand nous vîmes entrer un brillant équipage' dans la cour. Aies fils se présentent pour: recevoir les étrangers : ce sont deux dames qui arment... A ht vue de la seconde, James- jette un crt , la presse dans ses bras, et dit i Ma môre ! Cette exclamation n« nous échappe pas ; nous nous avançons pour recevoir Milady, que James nous présente avec- des- démonstrations de respect et de tendresse. Milady se rendit à nos invitations. C'est une belle femme, qui porte une figure très-mobile, figure qui prend facilement l'expression qu'on veut lui donner. Elle parait plus âgée qu'elle ne l'est réellement.
Excuserez vous, madame, dit-elle à Caroline, une mère bien . malheureuse , qui depuis deux années éprouvait le plus ardent besoin de presser uu fils chéri sur son sein? Et sans attendre de réponse, elle entrait toujours avec uns agitation visible. Sans douta qu'à chaque instant elle espérait voir paraître Mi tord,
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et comptait faire une scène. Mais cet infortuné épeuK était hors de ses atteintes, ce qui nous délivra d'un spectacle douloureux. Chacun avait pris place, que nous étions à peine revenus de noire surprise, Caroline offrit a. Milady -un déjeuné, qu'elle accepta avec an toi où perçaient des sentiments tumultueux.. . Ob avertit que tout était préparé, nens passâmes donc dans la salle à mander. Les portraits qui La décorent parurent foire plaisir a Milady, mais 'lorsqu'elle rencontra celui de MHord elle en détourna la vue avec horreur, el elle dit à James : Qu'est devenu votre inf digne père? Cette question ayant été adressée en anglais : Mikidy, répondisse dans la mène langue, si roua désirez dire seule avec James, nous nous retirerons ; mais MHord étant notre ami, nous ne saurions tolérer qu'on parle mal de lui en notre .présence. Dès cet instant: touLe la famille parla anglais. Mon .père entra avec mes iUles; la confusion de Milady était- visibJe ; elle bégaya quelques mots d'excases, que nous comprimes à peine. James témoignait à sa mère, par ses égards et ses prévenances» la joie qu'il éprouvait de la voir. Il sons en devint plua cher, parce que la ■conduite d'une mère, quelle qu'elle soit, doit trouver un fils aveugle; le seul souvenir qu'il loi appartienne ■de ■conserver, est celui des obligations- qu'il contracta envers elle. James nous prouva qu'il était profondér ment pénétré de cette vérité. Milady nous pria -de lui permettre de retourner dans l'autre pièce, son agir talion étant trop forte dans celle-ci. ,
Pois, par forme de çoineBsaiion, elle demanda à
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James où nous nous disposions d'aller lorsqu'elle était arrivée. Au temple, fut sa réponse... L'heure en est sans doute écoulée? Non, parce que nous comptions faire une visite avant de nous y rendre... Milady reprilalôrs : Il y a long-temps que je n'ai entendu de ces choses, et comme je voyage pour satisfaire ma curiosité, j'irai avec vous, Madame, si vous me le permettez. Milady, ce sera selon voit convenances, et bien de l'honneur pour oobb — La dernière cooimsnçait de soaoer et la position de MQady devenait a cfeuroe minule plus désagréable pour elle.. Elle. ne nous avait point humiliés comme elle l'espérait ; chacun de ses mots était ùu trait de lumière qui décelait «on caractère. Emportée, elle était sans retenue pour des étrangers qui la recevaient avec politesse,' mais avec froideur. Elle traitait la religion de niaiserie et ne se rendait au- temple que par pure curiosité. Nous y arrivâmes nu peu tard; le chant était commencé'; cette harmonie frappa nos étrangères, leurs rires cessèrent. -On nous salua d'une tribune voisine; c'étaient les habitants de Chazy et de Bellevue. M. John, dausson discours, nous offrit la vertu sous des traits touchants, tandis qu'il dépeignit le vice avec éloquence et sons des couleurs sombres. Jantes heureusement ne S'aperçut point des sensations qui troublaient sa mère. Nous étions conviés pour dîner à Bellevue. An sortir du temple, Théodore s'étant approché, son étonnement ne fut pas- médiocre, lorsque je lui présentai Milady mère de James: Alphonse en parut désagréablement agité, et faillit ne pas venir à Bellevue.
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James l'en pressa avec tant d'instance» qu'il se laissa persuader, mais cette journée ne devait plus offrir de plaisir. ■•
■ Arrivés au village, les équipages d'Alphonse et de Théodore se rencontrèrent la. Le dernier frappa Mllady par son élégance. Elle fut enchantée 'd'avoir* accepté de dîner chez une personne qui avait un si bon goût. Elle monta avec James dans sa propre chaise ; c'est ainsi que nous arrivâmes à Bellevue. La magnificence du' lieu la surprit aussi agréablement que là solitude et le silence du Grand-Rocher - l'avaient attristée. Tout au Grand -Rocher, dit Milady, inspire une mélancolie profonde, et en vérité je ne sais, James, comment vous'pouvez vous y plaire. Pas une livrée; la maison est sans apparence, elle n'annonce' d'aucune manière la fortune du propriétaire... Mais ici, c'est autre chose ; la galté y règne, on y éprouve une certaine douceur d'existence à l'aspect dSine réu hion aussi agréable de choses riches et magnifiques... Elle n'aurait sans doute pas terminé de si lot son éloge et sa critique, si elle n'eût été frappée comme d'un coup de foudre, par l'arrivée de notre digne pasteur... Je suis enchantée, Révérend, de faire' voire connaissance!... Puis, se tournant vers 'Théodore: C'est sans doute, Monsieur, pour épouvanter vos gens que vous faites l'honneur au curé de la recevoir chez vous... -MHady,je puis vous assurer qtteftf. John est le meilleur de nos amis, comme le pins estimable et le plus verfueu» des hommes... Très-b,ien,< Monsieur, c'est ce qu'il fallait, puisqu'il pouvait nons entendre;
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mais, entité nous, qu'en peusez-vous ? M'est-eè. pas un de ces êtres qui s'épuiseut en beau* discours et qui s'adonnent an plaisir plus que les autres? Vous faites erreur, Milady; M< John est encore phis vertueux qu'éloqueet, et son pinceau ne saurait rendre la beauté de ses propres senlimenls. Je Vous ai -parlé du fond de mou cœur; on reste, ici nous ne faussons jamais notre pensée... Pardon, Monsieur, j'avais cru... Milady s'approcha de nouveau de M. John et lui dH : J'ai été ravie, Révérend , de votre discours ilç ce niaùfl. Si vos paroissiens le suivent a la lettre, iU doivent être des saints. Mais vraiment, convenez que vous avez un peu forcé, et que cette vertu est plus facile à prescrire qu'a pratiquer, enfin que la majeure partie de ce que vous avez nommé des vices, eu les colorant de leinlos sombres, ne sont cependant que, d'aimables faiblesses, propres à faire passer agréable* menti' existence, tandis que si l'on s'en -privait, la VÏeserail bien monotone... Vous le voyez par vous-même; par exemple, vous avez déclamé contre la délicatesse recherchée .de la table, sans pour cela, être fâché de venir .prendre plaeeà une qui sera couverte, de tout ce que. voire défendez... Milady, répondit avec grâces M. John {malgré tout ce qu'avait de mordant le persiflage de -ceue méchante femme ), je m'efforce de faire entendre lu voix de la vérité. Faites-moi l'honneur de venir chez moi, et vous verrez que je mets nés discours en pratique; mais aussi je ne saurais me priver de ta compagnie des personnes qui me «ont Jet plan chères, parce «jn elles ont une table somptueuse
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et délicate. Si je ne les blâme pas, je suis loin de les approuver, et ce qui m'afflige le plus pour eux, c'est que ces mets sont autant de poisons lents qui à ta longue- peuvent détruire la santé la plus robuste.
Milady observa M. John pendant le repas, et comme elle remarqua qu'il ne se servit que de deux ou trois'plais et de ce qu'il y avait de plas simple..-. Voyez l'hypocrite, me dit-elle, il croit nous persuader qu'il dt-daigne ces choses eu s'en abstenant, tandis que je suis persuadée qu'il les dévore des yeux.... Vous lui faites injure, Milady; M. John, aussi solide dans ses principes que ferme dans sa conduite, ne se montre pas autrement qu'il est; il ne fait point- parade d'une fausse venu, et nous sommes tous si persuadés des raisons qu'il vous a données, que ces plats sont plus pour les conviés, dont ici on voit un grand nombre, que pour les maîtres... Fort bien, fort bien, -reprit-elle avec vivacité ; je comprends : le maître veut donner une idée de sa magnificence, tout en cherchant a épargner ; aussi, ne toucoe-i-il pas de ces mets recherchés, pour qu'on suive son exemple. Milady, vous ne rendez point justice à Théodore, pardonnez-moi ce mot, parce qu'il n'est pas d'homme plus généreux et plus libéral que lui ; il est vrai qu'il préfère sa santé à tout, et s'il se décide de donner l'exemple à ses hôtes, c'est toujours en se réservant pour lui-même une parfaite modération; il pense qu'il fait un sacrifice en leur faveur. Au surplus, Milady, à chacun sa manière de voir : la nôtre est la sobriété... Très-bien, Monsieur; d'après cela, vous tendez le piège aux au-
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mnu*tf"f ùtM i Tel A - en qttu vons nommez leurs faiblesses : ceci est pire eaeore que de le* partager !... Si Milady nous accorde quelque temps la faveur de si pns&eace à la ville, elle pourra juger de nous d'aue manière aorns prévenue. Elle remarquera aussi que ce D'est que chez Théodore où le superflu et le délicat se trouvent réunis. M. Théodore, reprit Milady, est donc un homme très-hospitalier, qui s'entend a traiter son monde... C'est ainsi que sur chaque point et sur le même sujet Milady passait de la critique i la louange, du persiflage au compliment, et du mépris à l'empressement. Je ne vis jamais une femme phis désagréable que oelle-là. Sans pudeur, sans égards pour l'hospitalité accordée, elle qualifiait de bassesse les procédés envers les villageois, et accompagnait chacun des jugements qu'elle portail d'épigrammes sanglantes. Elle a un esprit iris-vif, mais son cœur semble bien corrompu. Nos dames ne furent point épargnées, les traits les plus piquants leur furent adressés et particulièrement à Espérance.
Au commencement, nous revêtîmes tout le support, toute l'indulgence, toute l'aménité que doit à ses hôtes celui qui exerce l'hospitalité. A chaque instant bous cherchions a diriger la conversation sur des sujets intéressants ou instructifs, sur des choses agréables, mais en vain, ces dames n'étaient venues que pour nous tourmenter de toutes façons. Elles réussirent à nous donner du dégoût, de l'ennui, mais elles obtinrent le salaire de toutes leurs peines.... Elles ne tardèrent point à s'apercevoir du genre de seu*
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limeonju'elles inspiraient, Cette découverte les mortifia plus que ne l'auraient fait les réponses les pins piquantes qu'on eût pu leur adresser. . . Toutes les nôtres furent marquées au coin de l'urbanité et des égards, mais «h n'ee donnait que quand on ne pouvait s'en dispenser. Du reste, on garda uu silence froid el imperturbable à leurs saillies mordantes. Elles désirèrent prendra congé. Ou leur offrit, soit à Bellevuc, soit au Graud-Rocher , d'y passer fa nuit. Je leur réitérai l'invitation d'un logement chez moi à la ville, mais elles ne voulurent rien accepter.... Elles vinrent cependant dîner encore deux fois au Grand -Rocher, sans jamais dévier de leur mauière de penser el d'agir, d'où nous conclûmes que ce mauvais ton était celui de chaque instant et de toute la rie... Charles, quel contraste il existe entre dame et dame! Heureusement elle partit hier pour l'Italie , nous délivrant aiosi <ie bien do l'ennui. Depuis que nous habitons soit ici, soit au Grand-Rocher, c'est la première fois que nous avons vu s'asseoir simultanément à notre table lu médisance et la calomnie, l'ironie et le mauvais ton, l'ingratitude «l l'irréligion. Oh! que Milord a dû être malheureux ! et que les couleurs avec lesquelles il nous dépeignit jadis sa femme étaient bien celtes de l'indulgence qui caractérise la bonté de son cœur !
Je me propose d'écrire dans .cet instant à Milord; je le féliciterai de son absence de chea moi. J'espère que ce sera la première, comme la dernière fois, que j'aurai à lui adresser de pareilles félicitations, mais il ne les recevra pas avec moins de plaisir que j'en au-
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rai à les lui foira ; au moins pourra -l-il respirer plus librement, puisque celte méchante femme n'est pas en Angleterre.
2Ufrrîi à Cjjarlrs.
Génère, juillet.
Mon ami, encore des funérailes. Tu te rappelles, sans doute, de l'infortuné M. N., ce vieillard respectable, qui eut le malheur de perdre son fils aux environs du Grand-Rocher, à la suite d'nn duel. Madame N. ne survécut que huit mois à son fils. Le malheureux père demeura, dans sa vieillesse, privé de toute consolation, de tout appui, aussi a-t-il traîné une existence abreuvée d'amertume, et terminé sa vie sans être environné de tous ceux qui lui étaient chers... Fils barbare! telles furent les suites de ta parricide conduite!
Nous cherchâmes toujours à porter des consolalions à M. N., et c'est avec douleur et respect que nous avons suivi sa dépouille mortelle au champ du repos... Nous nous entretenions encore de celle triste cérémonie, dans les jours qui la suivirent, quand nous reçûmes une dépêche de la justice de Lausanne, qui nous annonçait que, conformément aux volontés der.
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tiières de feu M. N., mes deux fils et leurs soeurs étaient institués ses héritiers par portions égales, De laissant à sa nièce qu'un legs de dix mille livres de Suisse, dont elle ne pourra disposer qu'à l'âge de vingt-cinq ans; elle ne devra loucher que la renie jusqu'alors.
La teneur de ce testament eut d'autant plus lieu de nous surpendre, que M. N. laisse un bien net de denx cent mille livres de Suisse, et que la loi n'admet pas même en faveur de l'exhédérée le droit de quarte falcidienne. Cette nièce avait des torts envers son oncle, mais la punition est terrible. Cependant, comme l'héritage concerne mes enfants, je n'ai rien à leur prescrire. D'ailleurs, n'étant pas majeurs, ils ne peuvent disposer qu'à celte époque de leur bien, clause expresse du testateur. Nous nous sommes rendus à Lausanne el de là dans nos nouvelles possessions, où inventaire exact a été judiciairement dressé.
A notre arrivée nous trouvâmes l'infortunée nièce accablée d'un revers aussi inattendu et qu'elle croyait ne pas mériter... Elle fut fort troublée de notre présence, semant combien maintenant elle était étrangère dans une maison qui eût dû lui appartenir. Elle s'attendait, sinon à des paroles pénibles, au moins à une invitation polie d'abandonner ce dpmîcile. Mais au lieu de cela, elle fut bien surprise de trouver des consolateurs dans ceux de qui elle eût tout au plus osé espérer une froide pitié. Nous redonnâmes de la confiance à ce cœur affligé, et près d'une heure s'était écoutée que nous n'avions pas encore abordé les vo-
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tontes (tu défunt. Ce moment arma, el la pauvre Emilie devint pale et tremblante ; c'était son arrêt qu'elle allait entendre.
Nous avons une grâce à tous demander, Mademoiselle, celle de vouloir bien continuer à habiter Cilkie avec madame voire mère, jusqu'au moment où vous vous marierez. Nous avons donné au fermier des ordres dans celte intention, il vous fournira, pour votre usage el sans rétribution, de tout ce que produit la campagne, el vous pourrez ; recevoir de la société selon voire bon plaisir, comme cela arrivait du vivant de M. N. Jeune encore comme vous Têtes, je prendrai la liberté de votts donner le conseil de ne pas vous marier trop vite... Nous ayant assuré que la n'était passa volonté, nous ajoutâmes : le fermier tiendra la voiture à votre disposition, et nous verrons avec plaisir que vous veniez fréquemment soit à Bellevue, soîl au Grand Rocher... Les plus douces larmes de reconnaissance coulaient des yeux de la mère el de la fille. Ah! Messieurs! nous dit cette orpheline, daignez désormais guider mes pas; quelles que soient vos directions, elles seront des lois pour moi . Je penserai, si elles venaient à ne pas s'accorder avec mes propres désirs, qu'elles sont pour mon bonheur.
Emilie, nous acceptons celle marque de confiance, ah! pour quoi n'avez-vous pas toujours pensé de même? Mes enfants l'embrassèrent eotame une seeur. C'est ainsi que nous quittâmes des personnes à qui mous venions de rendre une portion de leur bonheur. Situation d'autant plus douce pour elles, qu'elles s'y étaient moins attendues.
Comme tu seras curieux peut-être de connaître les motifs de la disgrâce d'Emilie auprès de son oncle, je vais te tes dire.
AI. N. avait un frère qu'il ne goûta jamais; ce frère épousa une femme de mérite, mais sans fortune, elle lui donna Emilie. L'éducation de cet enfant faisait leur joie, quand un revers de fortune enleva le peu d'aisance qu'ils possédaient .Ils se virent réduits à l'indigence. Le père d'Emilie mourut à pen près à la même époque qee son neveu. M> N. se laissa persuader alors, par son épouse, de retirer chez eux et leur belle-sœur et sa fille. M. N. rendit justice au mérite ; Emilie parvint si bien en peu de temps à captiver les bonnes grâces du vieillard, qu'il ne voyait rien d'aussi parfait que sa nièce.
L'amour, ce grand chef des dissentiments, vint troubler la félicité dont jouissait cette maison. Un jeune Suisse au service de France, passa on semestre cbez ses parents, où il eut fréquemment l'occasion de voir Emilie. Il mit son bonheur à ht possession de sa main... Il avait gagné la mère, qui se hasarda d'en parler à son beau-frère; mais au premier mot, le vieillard s'emporta , disant qu'il ne donnerait point sa nièce à l'homme qui ne posséderait qu'une épée et des épaulenes, et que si on loi en reparlait nue seconde fois, ce serait m dernière, parce qu'elle serait ta cause d'une rupture... Elle vint cette seconde fois. On hasarda même une troisième tentative, le testament en fat le résultat. Il ne reste aucun doute sot la raison qui a fait déshériter. A. cette nouvelle, te jeune bom>
me, qui a encore un mois à faire de sou congé, a juré que si nous agissions mal avec Emilie H en aurait raison. Nous n'avons fait que rire de ses menaces, que du reste nous n'apprîmes qu'hier au soir. Lors même que nous en aurions été immédiatement informés, tu peux croire qu'elles n'auraient exercé aucune influence sur notre conduite.
Puisque j'ai promis à Emilie de lui servir de père, j'ai commencé, pour m'acquiiter de ce devoir, par écrire au bouillant et amoureux lieutenant la lettre dont voici la copie :
« Monsieur ! c'est un inconnu qui vous adresse ces lignes, mais un inconnu qui désire fort de vous savoir heureux un jour. Pour y parvenir, je crois indispensable aujourd'hui que vous vous éloigniez de celle Emilie à laquelle vous aspirez. Vous voyez que j'entre franchement en matière. J'espère que vous m'en saurez gré, comme aussi des réflexions auxquelles votre situation donne naissance et que je prends la liberté de vous développer, parce que l'homme qui aspire à devenir père, se prépare des devoirs sacrés à remplir.
» L'homme social, quels que soient son rang et sa fortune, a entre autres trois devoirs indispensables à accomplir, ils sont étroitement unis ensemble.
» Le premier concerne la pairie. C'est à elle qu'appartient tout ce qu'il possède. Les droits de la patrie sont d'autant plus sacrés, qu'elle vit naître le citoyen, qu'elle l'adopta, le défendit contre l'oppression. Enfin, dès son berceau jusqu'à la tombe, elle le
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couvrit de l'égide de la loi. En retour le citoyen doit à sa patrie le sacrifice de sa personne el de ses biens.
» Le second devoir de l'homme social l'unit à sou semblable, auquel il doit toujours un exemple honorable. Ici la variété des positions motive des sacrifices de natures diverses. Si, proportion gardée, le pauvre est plus chargé d'impositions que le riche, en retour ce dernier doit au premier l'appui de tous ses moyens.
» Enfin, le troisième devoir n'a trait qu'à soi et aux siens. Après avoir accompli les deux obligations générales indiquées plus haut , le citoyen scrutera son for intérieur pour savoir s'il peut avec vérité se rendre le témoignage d'avoir été pour lui et pour les siens tout ce qu'il devait être.
» Le citoyen, dans le choix d'une vocation, doit tendre à atteindre trois buts complémentaires des devoirs que j'ai cherché à esquisser.
» Le premier de ces buts est celui de se procurer une aisance actuelle, et pour plus tard un avenir indépendant. Ce but correspond au devoir envers soimême.
» Le second but 5 atteindre est en regard de la société, parce que l'industrie, les talents et les lumières de l'individu deviennent une partie importante du domaine général. L'avocat ne veille pas seulement k la sûreté des siens, il est prêt à défendre les droits de tous ; le médecin cherche à redonner la santé à ceux qui réclament ses soins.
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» te Iforsu'ètne but est, enfin, la gloire ei la prospérité de la pait-ie, de cette patrie qui ne saurait devenir florissante et renommée que par les efforts et la réputa^ tion de ceux qui cultivent avec succès les arts et les sciences. J'associerai, Monsieur, à ces œuvres de paix, les travaux militaires. C'est au soldat qu'est confiée la protection du citoyen paisible ; c'est lui qui soutient le poivoir eivll et qui défend la frontière. Mais si le soldat, pendant la paix, ne consacre pas ses loisirs a d'utiles éludes, quelles embûches que ses loisirs?
» Vous n'ignorez point, Monsieur, quelles furent les préventions de M. N. contre la profession que vous suivez, et combien il pnnit sa nièce d'avoir méconnu
son autorité , pour vous avoir donné son cœur
Justifiez, Monsieur, le choix de cette Emilie qui vous a sacrifié une grande fortune. Prouvez -loi combien vous l'aimez, en vous éloignant promptement d'elle. La délicatesse et sa réputation a conserver vous l'ordonnent également; je garderai donc le silence sur tout autre motif.
» En vous rendant a ma pressante invitation, vous mériterez celle qui vous aime, et nous formerons des vœux pour votre bonheur et votre avancement. L'expression de ces vœux vous fera petu-etrè oublier ce que ces lignes pourraient renfermer d'affligeant pour vous. Votre réponse, je l'espère, m'instruira dn jour de votre départ. Vous allez rentrer en France , ce
séjour de la politesse et des grâces mais aussi
de la corruption. Votre Emilie est un garant que ces écueils n'ont pas de danger pour vous. Songez à prou-
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ver par votre loyauté à accomplir vos devoirs, que les Suisses sont fidèles à lenrs traités... Faites la glaire de votre pays, puisque l'offrande de votre vie n'est heureusement pas nécessaire à sa prospérité. »
J'espère que ce jeune militaire saura apprécier mes internions, et comme la France est en paix, aucun image ne troublera l'avenir d'Emilie, pour qui le moment de la séparation sera le seul douloureux.
Nous attendons bien impatiemment des nouvelles de Miiord. (Jette fois il est plus tardif que de coutume à nous en donner. Si je n'avais pas ta certitude, par l'un de mes correspondants de Calais, qu'il s'est embarqué par un temps très-favorable et en parfaite santé, nous commencerions à être dans une véritable inquiétude. Gare-toi, mon ami, de la contagion «l'écrire irrégulièrement, si tu es jaloux dé ne pas troubler notre tranquillité.
3Ufrrt à Charte».
Genève, Juillet.
Oh! h charmante lettre que -Miiord m'a écrite et je ne sais pas le seul qui en ait reçu de pareille; Alphonse, sa fille et James ont eu aassi les leurs. Ta devines que tout a réussi selon nos vœux. Eh effet , Miiord a vu ses démarches couronnées du plus complet
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succès; IX. MM. ont simplement objecté qu'elles ne connaissaient ni l'un ni l'autre des époux. Milord a répondu qu'il ne trouvait pas James digne encore d'un si grand honneur, mais que la cérémonie des fiançailles n'aurait pas lieu avant que son Bis eût témoigné à IX. MM. sa vive reconnaissance.
Notre ami, après avoir rempli cette formalité d'autant plus indispensable que non-seulement l'épouse est étrangère, mais qu'elle s'est pas noble, s'est rendu à sa terre de Windsor pour se reposer des fatigues de sou voyage qui a été très-prompt. Quoique l'époque de l'union projetée soit encore fort éloignée, il travaille déjà à tout disposer, comme si la chose devaii avoir lieu Tannée prochaine. Milord a pris un caracière de ^ galle et de satisfaction qui perce à chacun de ses mou. Il est persuadé que Milady n'est venue en Suisse et n'a ensuite passé en Italie, que dans l'intention de ne pas lui laisser un moment de repos. J'esrferaîs, ajoute l-il , ne m'éloigner de vous que pour quelques semaines ; mais les jours s'écoulent avec la rapidité de la pensée. J'accorde une prima à la diligence et à la perfection; malgré cela, mes ouvriers n'avancent pas, mon impatience les laisse de beaucoup derrière elle. Mon cœur ne voit qu'un but désirable à atteindre, celui de me réunir à toute ma famille. Aujourd'hui je m'en trouve plus éloigné qu'avant, mais cet éloignement n'a plus l'amertume qui caractérisait mes premières absences. C'est pour mes amis que je travaille, c'est de leurs plaisirs, de leurs jouissances dont je m'occupe, cette idée tempère le chagrin. de leur éloignemeal actuel.
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Ma félicité se reporte sûr tous les objets qui y participent, et la jouissance que j'éprouve a celle revue d'êtres animés êl inanimés, qui tous contribuent au bonheur de l'homme, me fait tourner tes yeux et élever les mains vers celui qui sema de tant de fleurs fa carrière de ses enfants. J'en suis persuadé, vous partage/, les élans de mon cœur; les vôtres jouissent avec le mien, et tandis que je me représente être au Grand- Rocher, vous vous croyez à Windsor. Oh ! heureuse et mille fois heureuse amitié, que ceux qui ne te connaissent pas sont infortunés!...
» Malgré mes plaintes contre mes ouvriers, je m'aperçois cependant qu'ils avancent. Comme tom ne dépend pas d'eux , je crois que je pourrai m'éloigner pour un mois de Windsor et me rendre à mon vieux château, où j'eus jadis une illusion, qui commence à se revêtir des formes de la réalité. Dans quelles dispositions différentes je vais refaire ce voyage!.. Oh ! que l'homme est inconséquent ou ambitieux ! Pour le satisfaire , il faudrait constamment de l'impossible ; encore ne sais-je si cela suffirait. Tout à la fois je voudrais être au Grand-Rocher, à Windsor, dans le comté de B. ; c'est ainsi que dans la joie, comme dans le malheur, l'homme ne se trouve bien nulle part.
h Je laisserai à Windsor un homme intelligent, il reçoit mes instructions avec docilité et il a le plus sincère désir de les exécuter.-. . Mais souvent, lorsqu'un ouvrage est terminé, il ne remplit point mes intentions,, ni l'idée que je m'en étais formée... Bien plus, malgré tout son zèle, cet homme ne connaît ni Théodore,
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ni Alphonse, ni vous, mon Alfred, tous, mon ami par excellence. Il ne sait pas ce qui contient aux uns et aux autres; en croyant faire pour le mieux, souTeni il brouille les canes.
» Mon ami, je tous demanderais des excuses pour toutes les impertinences dé Milatly, si je n'étais convaincu que tous né sauriez imputer ces désagréments à un homme qui lui-même fut si malheureux avec cette malicieuse femme. La conduite de James eu cette occasion me le rend mille fois plus cher ; c'est celle d'un cœur noble et bien né, chez qui Ia reconnaissance et la nature ne perdent jamais leurs droits.
m Je tous écrirai très- -incessamment , parce que jamais je ne suis plus heureux que quand je m'entretiens stcc tous; en sorte que j'éprouve uu pressant besoin, dans les circonstances les plus minutieuses comme dans les plus intéressantes de ma vie, d'épancher mon cœur dans le votre. Mille et mille choses de ma part à Votre incomparable 'Caroline, comme aussi, n'oubliez pas de mander & notre ami Charles combien souvent je pense à loi, et combien de plaisir j'éprouverais si je le trouvais au Grand- Rocher quand j'y reviendrai. »
Je suis persuadé, mou ami, que la teinte de félicité qui est répandue dans la lettre de Milord, te fera partager sa joie; il était bien temps que le bonheur Tint luire pour lui. Ah î de combien d'amertume sou existence avait été saturée jusqu'à ce jour !
Enfin , Charles, nous avons pn engager notre pas-
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teurà venir à Genève. Mais je ne dois pas dire nous, puisque eeile victoire était réservée à Alphonse, M. John craignait des souvenirs (rop poignants , et qu'en retrouvant une maison on il avait goûté des délices fortunées et répandu les larme» les plus anières, il ne pût en supporter la vue. Dès lé troisième jour de son retour à Genève, Alphonse Chercha en vain la maison qui l'avait vu naître et celles qui l'entouraient : an hôtel somptueux a pris leur place Ce changement lui arracha nne larme; il dit- : Homme que l'ambition exalte, viens ici, et tu te convaincras qu'an bieu court laps de temps suffit pour effacer de la mémoire du passant un de ses semblables, et aussi pour faire disparaître du sol jusqu'à la moindre trace de son habitation '. M. John, quoique prévenu de cette circonstance, ne fut pas moins affligé qu'Alphonse à l'aspect de cette métamorphose ; s'il exista pour eux quelque consolation , ce fut de penser que cet hôtel est celui de Théodore, el que (es pas de l'amitié sont ceux qui reposent sur cette terre sacrée. M. John ne se reconnaissait point ici, la ville lai a semblé agrandie et embellie ; s'il eut été absolument étranger a Genève , il ne nous aurait pas adressé plus de questions.
Ce n'est pas sans intérêt que nous avons visité tins exposition de tableaux . Cette exposition nous a Fourni l'occasion d'observer la différence qui existe entre les deux critiques. L'une et ¥ autre ont les venx également perçants, et rien ne saurait leur échapper ; mais aussi elles n'ont de continua que cela. L'une ne se
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montre guère escortée autrement que par la jalousie, l'injustice et l'incapacité. Rien n'est à l'abri des coups portés par ce quatuor. Les talents distingués, le génie profond, les productions dignes d'éloges, celles faîtes pour commander l'admiration, tout, aux yeux de cette critique, dont la mission est de blâmer toujours, n'est que le travail de journaliers mercenaires, trop heureux qu'on daigne signaler leurs défauts. II n'appartient qu'à ses adeptes de produire des chefsd'œuvre, dont les yeux profanes du vulgaire sont sans doute indignes de jouir, puisque ces précieux morceaux ne sont jamais exposés.
Mais si dans de certaines bouches ta critique se distille en un poison qui énerve le courage des artistes et donne quelquefois la mort à leurs talents, si la critique injuste est fréquente a rencontrer, tandis que les talents distingués sont rares, il existe cependant une autre critique, qui n'a rien d'acerbe, qui est judicieuse et modeste. Cette critique est celle du véritable connaisseur; ses observations portent le cachet de leur justesse ; on ne peut guère leur opposer de bonnes raisons. Ces observations ne sont non plus jamais offertes accompagnées d'un ton tranchant; aussi l'artiste, dont même l 'amour-propre serait susceptible, ne pourrait-il s'en fâcher. Les défauts relevés le sont d'une manière si convenable, qu'il se voit forcé, comme malgré lui, d'estimer celui qui juge si sainement son ouvrage.
Une exposition est une chose véritablement utile, non-seulement parce qu'elle aide à faire connaître les
artistes, mais encore elle conduit les amateurs à acquérir des ouvrages dont ils eussent peut-être ignoré l'existence; enfin, l'émulation qu'elle développe tend a établir des points de comparaison très-intéressants , outre qu'elle stimule les élèves. Les auteurs des tableaux peuvent, en se glissant dans ta foule, entendra sortir parfois d'excellents avis et même aussi des éloges qui, donnés par des connaisseurs désintéressés, exercent une salutaire influence sur l'avenir d'un talent.
La saine critique distribue avec autant d'empressement la louange sur une beauté, qu'elle en met à signaler une imperfection . parce qu'elle est à la fois impartiale et modérée. On peut toutefois scinder cette critique en deux branches : celle de goût , qui lient à l'ensemble de l'exécution, et celle historique ou poétique, qui s'arrête à la composition. La critique qui repose sur le goût ne saurait être ni générale, DÎ d'une appréciation toujours rigourense, parce que les sensations sont trop diverses pour arriver au but de captiver tous les suffrages, quelles beautés d'ailleurs que recèle l'ouvrage critiqué. On peut ajouter encore que pour juger sainement, tous les moments ne sont pas également propices, puisqu'un jour défavorable, ou un local mal choisi peuvent déprécier un ouvrage qui, mieux placé, n'eût dû obtenir que des éloges. On pourrait en dire autant d'un ouvrage de littérature, qui mal lu , peut' être considéré comme défectueux par le critique habile, qui l'aurait approuvé s'il l'avait parcouru lui-même. La vue et l'ouïe influent
J.giwii.y GoOglc
donc beancoup sur les jugements qu'on porte du coloris, des Formes on des dissonnances.
La seconde branche de la critique es! infiniment moins snjelié à des écarts, parce qu'elle repose sur des erreurs de faits. Ici le fonds peut ère absolument en défaut, et que la forme n'en demeure pos moins délicieuse. Cela se conçoit, parce que les sciences et les ans sont si intimement enchaînés, qu'ils se pré' tent un mutuel secours qui les aide à ressortir avec plus de fraîcheur, d'éclat et de beauté. Si le poète a manqué son sujet, ou qne le peintre, dans son trait d'histoire, ait commis un anachronisme, ce sont des motifs réels de critique. Cependant le poème peut être fort bien conçu et le tableau supérieurement distribué; tous deux, enfui , peuvent offrir dans lenr exécution de détails des beautés supérieures, inconnues avant eux.
Une critique trop alêne est toujours dangereuse pour celui qui l'exerce. Si elle est injuste, elle le rend méprisable ; est-elle faite trop légèrement, elle décèle un mauvais cœur; porte-t-elle sur des objets très-patents, elle est sans mérite. Des doutes proposés convenablement, sans être de la critique, en produisent tout l'effet. Otez au censeur celte certaine admiration publique, qu'il croit s'attirer en désolant l'homme de mérite, et il aura bientôt perdu ce besoin de tout décrier.
Une critique juste et salutaire, une critique qni ne saurait être ni trop alerte, ni trop publique, est celle qui s'arme pour combattre avec une noble fermeté et
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une constance invincible, toule production des arts on de la littérature qui coopère à l'anéantissement des mœurs. Ces productions surgissent sans cesse, elles sont d'an danger d'autant plus imminent, que presque toujours le précipice y est recouvert de fleurs, qu'elles offrent des charmes entraînants et qui fascinent la jeunesse. Ces auteurs, ces artistes ne méritent pas de compassion, toule indulgence a leur égard dégénère en coopération indirecte. Aussi la critique, même la censure, qu'on exerce contre de telles œuvres, sontelles de véritable sdoi ; voilà comment nous mous considéré la critique.
' Un inconnu, qni nous entendait raisonner sur un tableau, s'approcha pour nous faire part d'une observation très-judicieuse : celle qu'à la touche d'un tableau, on petit presque juger du caractère de celui qui le travailla. A ce sujet, il nous cita plusieurs faits venant a l'appui de cette opinion. Le temps que nous passâmes dans la compagnie de cet homme aussi ai' mable qu'habile connaisseur, quoique fort modéré dans ses jugements , nous parut inlïnfment court; bous ne fumes plus surpris de l'étendue de ses lumières, quand nous apprîmes que nous avions été avec le célèbre S', un des peintres les plus renommés et les plus modestes de nos jours. Nous l'avons revu deux fois depuis, et nous nous sommes réunis à lui sur le plan d'un tableau, psnr l'èSécttUon duquel trois personnes nous manquent eneore, deux que tu connais fort bien, et une qui se trontft en Angleterre.
aifreîi à Charles.
Ta désires savoir ce qu'est devenu noire amoureux lieutenant, lu vas être satisfaii.
Tu te rappelles de l'éptire que je lui adressai . Après l'avoir lue, il s'écria avec autant de douleur que d'amertume : Que veut dire ce vieux radoteur? je n'ai pas plus à faire de lui que de ses maximes et de ses Conseils ! puis il chiffonna ma pauvre lettre, comme une pièce détestable, qui ne devait plus souiller sa vue. Cette lettre ne lui était parvenue qu'au retour d'un voyage qu'il avait été obligé de faire à Morat. Encore agité de toute la colère que lui avait causé ma hardiesse, il se rendit chez Emilie, ou il arriva deux heures après une visite que nous lui avions faite.... Bonjour, mon aimable amie, voyez ce que des inconnus se permettent ; après avoir ravi votre bien, c'est vraiment tout la même chose , ils voudraient aussi m'enlever votre cœur et m'éloigner d'ici, par des raisons sans solidité. A les entendre , je ne suis qu'un
séducteur, et que sais-je encore d'autre Enfin, je
vais répondre de bonne encre à ce barbon, tout en
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lui renvoyant sou «ligne chiffon, et en le priant de se tenir désormais à ses propres affaires, sans s'ingérer
dans celles des autres Mon Dieu ! calmez-vous,
L., peut-être avez-vous pris les choses un peu trop au vif... Voyons ce que cette lettre contient de si choquant pour vous; il me parait impossible que M. Alfred ait pu vous manquer Bonne maman, tenez, lisez ! et la bonne maman, malgré ses lunettes, ne découvre rien qni puisse provoquer une sortie aussi vive. On la lit, on la relit, on la commente en famille, et mon lieutenant reçoit une réprimande de la bonne maman , qui ajoute : Ce n'est qu'en suivant ces instructions paternelles que vous
pourrez obtenir ma fille Apprenez à votre tour
que ce vieux radoteur vint nous voir la semaine dernière... bref, celte bonne maman lui récita ce que nous avons fait pour elle..., en sorte que pour la première fois M. L. sortit de celle maison mécontent des autres el de lui-même. Nous n'étions pas encore réconciliés ensemble ; son éloignement le chagrinait toujours; mais après avoir réfléchi au peu de générosité, ou plutôt à l'imprudence que dénoterait sa conduite, s'il restait, il se décida à partir le lendemain. Etant retourné vers Emilie , il lui fit ses adieux et quitta la Suisse douze heures après. II m'écrivit, mais dans un style assez laconique, comme tu vas le voir : « Quand la raison et la bienfaisance s'unissent pour faire entendre leurs voix, il faut se taire. Vous m'ordonnez de partir, Monsieur ; je vous obéis ; demain je serai éloigné de tout ce que j'ai de. plus cher au
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monde. C'est entre vos mains que je laisse ce dépôt sacré... ainsi je suis tranquille. Agréez, Monsieur, nés respectueuses salutations. L.
» RoHe, 18 juillet, à 9 heures du soir. »
Ce billet me surprit et m'enchanta. Ce fougueux jeune homme s'éloignait sans laisser éclater de déses- 4>oir, sans demander de délai... Il est froid, cela est naturel , il ne saurait aimer celui qui lui porte des coups sensibles... Il a malgré cela sa confiance en moi. ït faut que ce jeune homme ait us grand empire sur lui-même, ou que. sa passion se soit refroidie avec la perte de la fortune d'Emilie... Ce billet me paraissait a la fois sensé et hors de nature... contraint, quoique couché avec liberté et réflexion. Je me déterminai à faire une visite a Emilie et à sa mère. Le récent départ de L. plongeait l'une dans use rive affliction, taudis que la mère se chagrinait des (arme* de sa fille. Je leur parlai de la lettre que j'avais reçu* et de ma surprise. Ces dames ne furent tranquillisées qu'après avoir acquis la certitude qu'elle ne contenait rien qui put m'ofleaeer. La maman me récita eu particulier la scène que tu as lue. J'eus alors la clef de ce laconisme et de cette modération, je vis qu'en jugeant sainement du caractère bouillant de L. , je devais n'attendre à une réponse plus orageuse, mais que la tempête avait pris une autte direction, et sans quelques nuages encore qui interceptaient les rayons du soled, on en ressemait cependant déjà la douée chaleur. Je quittai ces dames en leur laissant eatre-
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voir des nouvelles qui peut-être poumiitnt leur élrë agréables ; je ne les ai pas revues depuis .
Qnîaee jours s'étaient écoulés depuis Je départ de L., quaud parmi mes lettres j'en remarquai une d'une nain que je ne reconnus pas immédiatement ; mais le timbre de Paris me mit au fuît, j'ouvris le pli de noire officier, eu voici le contenu :
c Pardonueres- vous, Monsieur, à vu ingrat ses procédés envers vous ? Au ! retirez-moi cette portion d'estime dont je suis indigne, et ne me l'aecDrdez derechef que lorsque je j'aurai méritée par ma conduite, et que je me serai réconcilié avec moi-même. Vous l'avouerai-je ? au moment où je reçus votre première lettre,, j'eus l'emportement de maudire celui qui Tavait écrite. Monsieur, ce regard d'indignation «61 encore trop indulgent pour moi; non, jamais je ne penserai à ce moment sans avoir le cœur brisé de repentir. Je ne sais à quelle extrémité la colère m'eût porté, si l'empire qu'Emilie et sa mère exercent sur moi n'eût élevé entre nous une barrière aussi râsurmontable que salutaire... J'aurais été outrager mon bienfaiteur et le leur, à Dieu ne plaise!
Ce ae fut pas sans murmurer que je n'éloignai de l'heureuse Suisse ; mon cœur oppressé gémissait et gémit encore de cette douloureuse séparation. J'arrivai à Paris, sans avoir abandonné le pays de Vaud, sans mente avoir pu penser avec tranquillité à celui qui était la principale cause de ce départ précipité. Aimé dp mes camarades et jouissant de l'estime de mes supérieurs» je reçus
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la visite des premiers presque avec dédain. Leur empressement étant payé de froideur et leurs félicitations mal reçues, bientôt ils s'éloignèrent, de moi. Bienvenu de mes chefs, ce qu'ils me dirent d'obligeant sur mon nouveau grade me jeta dans une grande anxiété; je ne savais pas du tout ce qu'ils entendaient parla... En effet, comment auraîs-je mérite de l'avancement? Emilie était devenue trop pauvre pour le lui devoir, et mes parents sont moins en éiai qu'elle encore... C'est une pièce cruelle qu'on me joue , pensé-je en sortant de chez mon colonel, puisque personne ne nomme ce grade. La sentinelle dit à un de ses camarades, après que j'eus passé : C'est le capitaine L. ! Me voilà plus instruit, mais d'où me venait ce bienfait? Pardon, Monsieur, vous élîez certainement la dernière personne à qui j'eusse pensé. Je trouvai une lettre à la maison ponr me rendre chez les banquiers M. F.; je n'avais rien à faire dans la finance et ce nouveau message me surprit autant que mon avancement. Puisque la fortune t'est favorable, me dis-je, suis ses pas !... Je me rendis chez MM. M. F. On me remit cent louis et une lettre... Voici le mol de l'énigme, voyons les conditions : la place n'est point acceptée, ni l'or entamé, s'il ne me convient pas de recevoir le tout, je le laisserai; mais Dieu ! il n'y a que quatre lignes :
« Vivez pour Emilie et pour remplir vos devoirs avec zèle et fidélité. Celui qni sait faire un généreux sacrifice en mérite la récompense; son cœur la lui donne d'abord, un ami lui succède, et la main d'Emilie
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Maronnera un jqur celui qui se sera rendu digue d'elle. Alfred. »
« Béni sois-tu, homme mille fois généreux!... Et j'ai méconnu ce cœur, j'ai calomnié ses intentions! Non, je ne saurais rien accepter, je n'en sais pas digne. . . Cependant l'époque de la cérémonie était fixée ; eJie eut lieu avec solennité , et le nouveau serment que je prononçai fut profondément senti. De retour chez moi, j'en fis un second, celui d'observer en tout poiqt le contenu de vo's deux lettres. Monsieur, je vous adressai des excuses et j'implorai de tous l'oubli de rua conduite passée... Vous ne pouviez m'en* tendre, cependant je m'alléueat du poids accablant qui n'oppressait, en vous avouant ma conduite ; toutefois je ne serai tranquillisé que quand tous m'anrer. assuré que vous avez mis tout dans l'oubli...
» Les bénédictions d'une Camille , ses prières , ainsi que celles d'Emilie et les miennes, seront toujours dirigées vers le Ciel, pour qu'il daigne répandre sur vous des biens dont vous faites un si noble usage. Je demeure -avec un profond respect votre a jamais L. »
Tu vois, mon ami, que de. kl. colère an calme, que des reproches à la gratitude, il n'est qu'un pas ; mais souvent ce pas est inaccessible. Soyons justes, généreux, bienfaisants, et nous détruirons cette barrière qui semble insurmontable.
Je répondis de suite a mon militaire pour lui met-' tre la conscience en repos. Je loi laissai apercevoir i. n. '
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que j'aurais toujours beaucoup de plaisir à recevoir de ses nouvelles cl surtout de voir régner dans ses lellr.es ce caractère de candeur, qui seul peut gagner mon eslîtne.
Je nourris la conviction que ce jeune homme, qui a beaucoup de mérite, se distinguera, qu'il fera son chemin et rendra son épouse heureuse. Ce moment est encore éloigné, purce que je ne consentirai point qu'il se marie, tant qu'il sera dans un service étranger, parce qu'à mes yeux il n'est pas de condition plus à plaindre que celle d'une, femme et d'enfants qui n'ont jamais de domicile fixe. Et s'il faut vivre séparés, mieux vaut ne pas se marier.
J'ai omis de te dire dans ma précédente que James a reçu de son père un écrin de grand prix, qu'il a fait accepter à Espérance. Cette charmante tille a répondu qu'elle craindrait que ces diamants n'effaçassent complètement son faible mérite, et comme la simplicité est un des points par lesquels elle désire plaire ason ami, elle lui demanda b permission de ne faire usage que de la montre pour compter les heures de l'absence de Milord... James la pressa sur son cœur en lui disant: Espérance, jamais vous ne fûtes si belle que dans cet instant, où vous venez de vous parer de toutes les grâces de la modestie. Il était si ému qu'il ne put en dire davantage.... Nous tenons tons ces détails d'Alphonse.
Rien de semblable ne se passe sous les yeux de nos enfants; notre attention la plus soutenue est d'éviter tout écueil a cette jeunesse; séparés constanv
Cooyk
ment, nous ne les perdons pas de ne; d'ailleurs l'oisiveté n'aborda 1 jamais chez nous. A leur âge, ils ignorent des choses sur lesquelles leurs contemporains sont professeurs. Un jour viendra qu'ils savoureront tout le pris de l'existence, en remplissant les vues de la nature; lenr santé n'en sera que plus florissante. Leur postérité sera saine et robuste comme eux, tandis que d'autres êtres, si précoces et si fiers de honteux succès, ne traîneront pour la plupart qu'une vie douloureuse, n'ayant ponr consolation qu'un cœur flétri par les regrets, si ce n'est par les remords.
3Ufreïr à €f)utlea.
Tu gémis, monami, des grandes chaleurs ; celle qu'il fait ici est insupportable. Jamais, pendant les vingtdeux ans que j'ai passés en Italie, je n'eus autant à en souffrir; aussi peux-tu croire combien nous regrettons certain bois 'qui entoure le Grand-Kocher. Nous avons an moins la consolation de 'penser que nos dames en jouissent, puisque voilà huit jours que nous sommes seuls ici, et il est a présumer qu'il en sera ainsi tout le mois de septembre.
Une teinte de mélancolie se laisse surprendre dans
les traits de Henri et de Jules. Lorsque je fis celle découverte, je ne fus point fâché que cette petite séparation préludât celle plus grande et phis longue qui devra lui succédera une époque assez rapprochée; ce n'est pas qu'en secret je ne soupire aussi... Tu comprendras avec quelle joie douce et vive nous voyons arriver le samedi. Nous montons alors a cheval et nous sommes assurés de trouver bien avant le Grand-Rocher des personnes qui nous sont chères !
Tu désires savoir pourquoi on nous abandonne ainsi... Tu vas l'apprendre.
Les demoiselles de *** se souvenaient avec trop de plaisir des courts instants, qu'elles passèrent au Grand-Rocher, pour ne pas souhaiter d'y revenir, surtout après en avoir reçu l'invitation positive de notre part, et l'approbation do leur père. Il y a quinze jours qu'une lettre de M. *** me parvint; elle m'annonçait que, n'ayant pu résister aux instances de ses filles, il comptait assez sur l'amitié qui nous unit, pour espérer que je ne me fâcherais point de la liberté qu'il prenait en me priant de. recevoir pour quelques jours ses demoiselles dans la compagnie des miennes. Il conliwie en plaisantant sur ee qu'il est jaloux de ce que je lui ai ravi le coeur de ses enfants, qai préfèrent ma société à la sienne. A cela, H ajouta mille choses flatteuses , que je ne te répéterai pas» Hais on rencontre dans celle lettre des phrase» que je ne puis comprendre qu'en leur donnant un sens qui ne saurait se réaliser ; au reste, c'est ce que l'avenir dévoilera.
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- in ^
La joie de mes filles, lors de celte agréable nouvelle, fui grande. Je répondis de suite. Ce premier élan de plaisir se modéra bientôt, lorsqu'on eut décidé que la maman et ses filles iraient habiter le Grand-Rocher pendant toute la durée de la visite des amies, mais que dous resterions i la ville. Nous nous trouvions tous au Grand- Rocher au moment oit cette charmante famille y arriva. Les deux frères accompagnaient leurs sœurs, mais ces jeunes gens en repartirent, ainsi que nous, le lundi. La joie de se revoir fut mutuellement d'autant plus douce qu'elle avait été désirée. Mesdemoiselles de *** ont été enchantées d'Espérance. *
Mes parents voulurent rentrer à la ville, mais je n'acceptai pas; nous sommes donc réduits à la solitude, ce qtri arrache bien quelques soupirs dans le courant de la semaine.
■ de» fus frappé. de l'émotion visible des jeunes *** «n pariant'» <mes filles. Nés turbulents, ils étaient d'ane tranquillité si grande... bégayant presque, tandis qu'en toute autre occasion, leur ion est décidé, et ils s'énoncent avec beaucoup de facilité et de grâce... Auraient-ils ouvert leur cœur à leur père ? Ce père, qui chérit ses enfants, conserverait- il quelque espoir ?.... Oh ! ce serait Cruel. Je le. crains; ces phrases ne' sauraient être tracées au hasard et sans b'nt. La préférence -marquée qoe mes fils obtiennent des demoiselles *** m'inquiète beaucoup , et je lis dans les yeux de mes filles, que si leurs frères soupirent de leur absence, elles la désirent maintenant.
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Charles, l'occasion unique- se présente de faire l'acquisition d'une campagne dans notre voisinage. Elle confine an Grand-Rocher, et te borne du-côlé de Genève. Il n'y aurait qu'un reproche à adresser à la maison , celui d'être grande et très-élégante. , Tes yeux, accoutumés aux villa d'Italie, ne ia verront pas comme moi. Les terres n'en sont fias fort étendues, quoique d'un bon rapport. La situation en est riante, les environs Tort agréables, Pair très-salubre, comme dans tout te pays, et les eaux abondantes. Quant au prix , il n'en est pas excessif. Les propriétaires de cet immeuble sont aux Indes depuis fort long-temps. Ils n'ont point voulu louer celte maison , craignant qu'on la dévastât. Elle est meublée avec beaucoup de goût et de somptuosité, autre défaut, mais qui se compenserait par la proximité où se trouve Floride du Grand-Hocher. Charles, ne manque pas cette acquisition ; tu aurais peut-être long-temps a la regretter. le t'adresse, par la messagerie, la vue de cette jolie campagne, ainsi que tous les devis et plans; je n'ajoute plus rien que ht prière de te décider nu peu vite, si véritablement lu nourris toujours l'intention que tu .me manifestas jadis a ce sujet.
Milord prétend que nous ne le reconnaîtrons pas, tant il a repris un air de santé et de jeunesse. «J'ai honte, éerit-il , de me porter aussi bien et d'être aussi gai,: en étant séparé de mes amis et de ma famille. Mais je ne suis point seul ici ; je vous possède toute la journée âmes côtés. Je vous consulte sur les changements à opérer ; votre sourire d'approbation m'en-
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courage, et plus de deux cents bras sont occupés ù réparer, à rectifier, u embellir. Je n'ai point d'architecte ni de décorateur a mes gages , pour bouleverser, gâter et détruire. Après avoir choisi les meilleurs ouvriers, je vois tout, je dirige tout, je suis partout, et vous avec moi. Fritz me seconde a merveille. Le succès semble couronner mes travaux. Tout ici a pris an air Hum ; (oui vous rappellera la Suisse. Aux beaulés recherchées de Bellevue, se joindront les beautés plus touchâmes du Grand-Rocher; les premières charment les yeux, les autres parlent au cœur. A la vérité, vous ne trouverez pas ici les rives paisibles et enchanteresses du Léman. Mais le canal de Saint- George n'est pas dénué de beautés, quoique d'un autre genre, et les agrestes montagnes du pays de Galles, dont quelques sommets sont encore aujourd'hui couronnés de neige, ne sauraient vous déplaire, puisqu'elles vous rappelleront celles de la Savoie et du pays de Vuud. Je sacrifie aux Grâces, elles ne repoussent point la fumée de mon encens ; au contraire, elles semblent me sourire et vouloir répandre un charme enchanteur sur tous les environs... Pourquoi vouloir vous prévenir? n'est-ce pas vous gâter l'admiration ?... Cependant, la nature est si belle ici; pourquoi ne vous toucherait-elle plus? Malgré tout ce qui précède, je dois vous avouer que j'ai suivi, pour embellir ici , la même règle adoptée an Grand-Rocher. Mon grand art s'est borné à éviter avec soin qu'en puisse reconnaître que la main de l'homme ail louché quelque part. Rien n'a été mutilé. Je suis admirable-
ment secondé en ceci par l'abandon dans lequel es château de mes ancêtres est demeuré pendant une longue suite d'années. La végétation a usé de tous ses droits, et me laisse maintenaul champ libre pour la ployer à ma volonté, en rectifiant ce qui me contrarie. J'ai appris que les habitants de la petite ville de fi. sont dans une grande anxiété. Ils craignent que je ferme le parc, qui es*- devenu leur promenade favorite, et ceci, parce que j'ai jugé convenable de leur en interdire l'entrée, jusqu'à ce que les travaux soient terminés... Ils méconnaissent mal. Je suis leur ami : ils le verront à l'avenir. J'estime qu'il n'existe pas de plus grandes délices pour l'homme riche que de Taire jouir celui qui ne l'est pas; aussi, mes plaisirs augmentent-ils en proportion de ceux dos autres. Quand tout sera terminé, je veux créer un local destiné a livrer des rafraîchissements presque gratis- Dans une antre place, on trouvera des musiciens pour faire danser la jeunesse ; une troisième offrira. ans vieillards des distractions conformes à leur âge. It faut qu'a de certains jours fixés, le parc de B. soit visité avec entraînement, avec galté. Je nous vois, dans les premiers temps, être travestis pour servir ces bonnes gens, nous mêler avec eux, prendre pari à tous leurs plaisirs. Pour bien jouir de ce plaisir, nous arriverons, comme les gens de Mîlord, soi-disant quelque temps avant lui. Nous gagnerons tous les esprits, nous enlèverons tous les cœurs ; ou se souviendra long-temps de noire séjour à B. »
Ah 1 combien nous aimons a sentir Hîlord dans
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cène disposition d'esprit; je sois persuadé que m penses eoiAitie nous.
aifreb h ©harlM.
Genève, septembre.
Charles, que) scandale ! quelle conduite blâmable ! quel sacrilège! Qui jamais eût pu imaginer quelque chose de pareil 1 — Si tu n'accumulais les preuves de ce noir attentat, oh ! mon ami, pardonne-le-moi, j'en douterais encore... Comment, troubler la cendre (1rs morts!... Ne pas respecter la sainteté des tombeaux!,.. Fouler ainsi aux pieds ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes!... J'en frémis d'horreur! indigne femme, a quoi t'a conduite la vengeance !... Et vous, Milord, homme infortuné, voici le coup te 1 plus inattendu , le plus sensible , le pins douloureux qui jamais ail atteint votre cœur. '
Il n'y a pas une heure que ta lettre m'est parvenue ; déjà je l'ai lue et reine vingt fois , et toujours en 1 ■n'indignant davantage. Jusqu'à ce que nous ayons ces précieux restes sous notre garde, nons ne les croirons en sûreté nulle part... C'est pourquoi tu trouveras dans ce pli les pièces dont je te parlai une fois...'
Cooyk'
Sans, perdra de tempe, fais des démarches auprès des autorités compétentes, et obtiens que le cercueil me parvienne en suivant ce qui est prescrit dans les dispenses.
Charles, si tu savais combien je sais mortifié de te donner tant d'embarras... Tant d'embarras, oh! je rongis d'en parler avec toi! Personne ici ne sait encore ou mot du contenu de ta lettre.
Mkti à €t(œcie*.
Ceaèva, wptemtra.
En vain,- mon excellent ami, chercberail-on, dam
le but d'épargner à Milord les angoisses auxquelles son âme va être livrée, à modifier certains détails; les feuilles publiques les amplifient, elles se décbal* sent avec raison contre l'auteur d'un attentat inouï « qui n'a pas d'exemple. Chacun attend l'issue d'un procès criminel qui fiera époque. Nous sommes sans nouvelles de notre infortuné ami ; nous le croyons eu route pour venir ici , et se rendre ensuite en Italie... Hous emploierons tout pour l'adoucir, mats nous craignons, malgré la générosité de son cœur et sa bonté naturelle, qu'il soit sans miséricorde pour Milady . Cer-
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— sosies, quoi que prononcent les lois, il trouvera ie ebattment trop léger... Et ne penserions-nous pas comme Miton.1 , si nous ne nous souvenions que la coupable est la mère de James... Ce pauvre jeune homme ignore tout, et ce n'est pas sans peine que noua sommes parvenus à lui dérober la connaissance de son malheur. Ce qui, dans toutes ces circonstances, nous afflige le plus, est qu'Alphonse songe a rompre ses engagements ; déjà il a déclaré à M. John qne si Milady P. subissait un jugement, il regarderait sa parole corn* me dégagée. Il a également prié notre pasteur de garder éventuellement les cadeaux en dépôt. Pour éviter aux jeunes gens toute occasion de se voir, il est parti soudain pour Zurich, où il avait des personnes à visiter... En sorte que nous éprouvons deux chagrins à la place d'un... Pauvre James ! tu ne connais pas tonte l'étendue de les malheurs !
La vie demeurera donc toujours un tissu de douleurs et de jouissances, de peines et de plaisirs. Tandis qne mon âme est profondément navrée des événements dont tu m'as fait part,' et de leur résultat, cette même lettre a aussi Tait tressaillir d'émotion le cœur de ton ami. Charles, je t'en félicite avec joie; Floride est à toi. Quatre jours après que l'acte a été passé et les valeurs délivrées, on est venu m'en offrir vingi-nn mille livres de bénéfice. Cette propriété aurait été la mienne, que je ne me serais point décidé à la recéder a ce prix-là. Comment pourrais-je te dépeindre la joie de ma Caroline ! Maintenant qu'elle nourrit l'espoir certain que Henriette , son amie du
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berceau, viendra finir ses jours auprès d'elle, elle se regrette plus l'Italie. Encore un nombre d'années trèslimité , et il ne sera plus nécessaire d'un voyage pour se voir. La correspondance , quelquefois remplie d'obstacles, cédera le pas aux doux entretiens; le seul village de Cavonaî nous séparera, et ses habitants ne sauront à qui donner leur cœur , à l'ami du côté de Genève, c'est toi, ou à celui du côté de Lausanne. Cette -belle habitation, celte charmante Floride ne sera plus déserte. Rien ne me paraît plus triste que de voir les jalousies d'une campagne toujours fermées. Je te préviens, bon ami, que de temps a autre nous allons égayer cette belle maison, en y passant quelques heures.
Il parait que nos charmantes et spirituelles demoimoiselles de *** ne s'ennuient point au Grand-Rocher. Plus Caroline les connaît, plus elle les aime, et certes elle est bien payée de retour. Oh, madame ! lui disaient un jour ces jeunes dames, combien nous serions heureuses si nous pouvions passer notre vie auprès de vous 1 Caroline les remercia de cette preuve d'affection, et termina en leur demandant si en pareil cas elles n'éprouveraient pas un remords d'avoir abandonné une mère si digne de l'amour de ses enfants? Sons doute, madame, nous la chérissons, et en retour elle nous aime, mais sa prédilection est pour nos frères, et s'ils lui donnent pour belles-filles dés personnes aussi accomplies que Sophie et Julie, nous serions alors bien avantageusement remplacées auprès d'elle. Ce ne fut pas sans émotion que ces dernières paroles
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forent prononcées . . . Pauvre Adélaïde t pauvre Cécilia! vos désirs ne seront jamais accomplis, et ceci nie fait bénir noire séjour forcé a la ville, non que mes 'fils tiennent une conduite qni put en rien lenr attirer le moindre reproche du censeur le plus sévère, mars ils ont ce je ne sais quoi d'irrésistible qui enchaîne, et si le mal élait aussi bien dans leur volonté, que le contraire est la boussole de leurs actions, ils seraient peut-être les êtres les plus dangereux qni pussent exister. Hais non, il n'en est pas ainsi.
James est plus triste que jamais. Etre partie sans adieux, sans motif énoncé, et pour des sujets frivoles... Il cherchait de découvrir ce qui se passait dans nos cœurs, dont il avait pénétré l'agitation. Croyez* vous, me disait-il, que je n'aie pas assez de fermeté pour résister aux atteintes de l'infortune? Alfred respecté, quelle que soit la réalité, elle ne saurait être aussi cruelle que cette incertitude, qui me tue tons les jours sans jamais pouvoir me faire mourir. Par pitié, découvrez-moi mes blessures. Je crois que j'en ai reçu de profondes et qu'elles sont si douloureuses que je ne puis les sentir. Je suis dans la position de ces malades qui te sont trop pour connaître l'excès de leurs maux. Ils se croient bien ponants. Je vous le demande avec ardeur, ayez pitié de mo't, ne me cachez rien !
J'aurais cru manquer à la prudence, si alors je ne l'eusse instruit de ce qui s'était passé en Italie. . . Je lui ai lu la lettre, je l'ai vu pâtir, frémir, presque expirer de douleur.... Mère cruelle ! s'est-il écrié, voilà donc tes œuvres ! ah ! pourquoi me donnas-tn l'exis-
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terice, puisque ce n'élait que pour l'abreuver d'amertume et la vouera l'ignominie?... Maintenant je comprends la raison de l'éloignement d'Alphonse ; je vous en supplie, excellent Alfred, écrivez-lui... Engagez-le de revenir à ses vendanges pour lesquelles il se faisait une si grande fête; dites-loi , on je le lui marquerai moi-même, que je m'engage à ne pas paraître devant lui, ni devant Espérance... Mais vous, l'ami de mon père, le mien, laissez-moi partir à l'instant même pour Florence... Qu'un fils éploré aille se jeter aux pieds des juges. Ils seront touchés de mes larmes, de mes sanglots, ils m'accorderont sa grâce... Oh ! Alfred ! je meurs d'impatience de partir, et si je ne puis la sauver, j'aurai au moins la consolation de partager son sorti.... Pauvre James! lu méritais une meilleure destinée. Je lui annonçai qn'à chaque instant j'attendais son père, que les procédures ne seraient pas commencées avant la présence de Milord en Italie. Gela parut le canner un peu. Dira soit loué! Ta dernière, qui m'est parvenue il y a une heure, nous instruit de l'évasion de Milady... Elle a fui les prisons. Son départ de. Gènes pour l'Angleterre nous a délivrés d'une bien grande angoisse... Mous désirons ardemment maintenant, que le cercueil arrive avant Milord... Tout est prêt pour le recevoir. Celte Célestina, qui fat poursuivie jusque dans l'asile du repos, trouvera ici une demeure sacrée, dont la paix ne sera plus troublée. Ses cendres seront entourées de cœurs qui l'eussent chérie et qui éprouvent pour elle la plus tendre compassion.
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aifrcît à (Sljaritt.
fitind-Roctior, octobre.
J'étais agile de sentiments les plus tumultueux, quand je te quittai. Je me rendis auprès de mes enfaute qui m'avaient appelé... Je redoutais éplement l'arrivée du convoi funèbre et celle de Miford.Mooémolion était si forte, qu'à peine >e pouvais descendre... Il y avait en effet des arrivants, mais ce n'étaient pas ceux que nous attendions. .. Les jeunes-de *** venaient chercher leurs sœurs... Elles répandirent des larmes, quoiqu'elles eussent dû être préparées a ce moment de séparation. Nous les engag&mes a prolonger leur séjour chez nous, nous ne réussîmes pas à- les décider. Malgré leur chagrin, il fallut vaquer a leurs préparatifs de voyage. Cette journée se passa bien tristement. Mes enfants ont accompagné leurs amis jusqu'à Lausanne.
Caroline Ait tendrement embrassée par ces demoiselles, il y eut des adieux semis. Après le départ de toute cette jeunesse, la maison, se trouva déserte .d'une manière effrayante... Toutefois cette absence, qui nous frappa profondément, ne pouvait survenir plus à propos, puisque: celte société se trouvait éloignée
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à peine depuis une heure, quand le triste convoi arriva... A sa vue, nous fumes saisis d'un sentiment indéfinissable... La douleur, la pitié, l'affection que nous portons à celte. Cèles tina, criaient vengeance pour elle. Tandis que du sein de l'éternité, sou âme vivante nous recommandait l'oubli de l'offense, tout nous mettait hors de nous. Les conducteurs nous firent reconnaître avec quelle intégrité ils nous rendaient compte de leur dépôt. Ils méritaient encore la prime de la diligence, puisqu'ils avaient avancé d'un jour le terme fixé. Une heure après son arrivée, ce saint dépôt fut rendu à la terre... De sincères larmes Turent répandues par l'amitié. Nous ne considérâmes la cérémonie comme terminée, que lorsque tout eut repris sa place comme auparavant.
Les conducteurs témoignèrent le désir de repartir. Nous étions bien éloignés de les retenir, leur départ fut presque un soulagement pour nous.
Repose maintenant en paix, Célestina ! tu ne seras plus en butte ans attentats de la perversité... Personne ne trouvera ici des êtres assez corrompus, pour, il prix d'argent,- commettre un crime aussi abominable... Non I non ! l'asile que te donne l'amitié ne sera jamais violé, la haine demeurera aussi impuissante que la vengeance... Une profonde tristesse nous couvrait de son voile, cependant l'amertume de nos idées n'était pas dénuée de charmes, lorsqu'une chaise arriva de toute kt vitesse de chevaux blanchis d'écume; nous fûmes recevoir Milord... Mes amis... où est mon fils? et il nous pressait dans ses bras... Lorsqu'il fut re-.
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mis, nans lui apprîmes la translation de Célestim, l'évasion de Milady P., ei son passage en Angleterre.
Grâces à toi, 6 mon Dieu I qui me délivres ainsi des cruels combats que j'aurais eus a soutenir. . . Oui, mes amis, mes projets de vengeance étaient terribles, mais je tais jurer auprès de Céteslina de les oublier et de ne pins vivre que pour la clémence el le pardon. Milord ne voulut être accompagné de personne, nous redoutions l'effet de celte terre fraîchement remuée. Après une heure, il revint plus calme, ses larmes avaient coulé, les traces en étaient évidentes. . . Il nous paria de James, nous l'instruisîmes de tout ce qui s'était passé, ainsi que de l'absence d'Alphonse. Je ne saurais le blâmer; rappelez-vbus, Alfred, ce que nous pensions dans un cas analogue. Pourrions-nous trouver mauvais qu'il sente comme nous? Loto de la... Mais loi, mou enfant, James, tu es digne de toute ma tendresse 1 Sois sans alarmes, ton -père saura sacrifier sa douleur a la tienne, et il ne fera pas verser une seule de tes larmes, ta coupable mère fût- elle encore enson pouvoir...
Milord nous apprit qu'il était sur son départ quand la fatale nouvelle lui parvint... Il fit une diligence extraordinaire pour arriver, mais tout se réunissait pour le contrarier, pour le barrer dans ea route... Sans les veuls, il y a dix jours qu'il eût pu être ici... Il venait de terminer sou récit, le calme et la sérénité semblaient renaître sur sa figure, lorsque nos enfants arrivèrent. James se précipita dans les bras de son père... Il . implora -sa compassion en faveur de
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Milady, el il obtînt l'assurance que Milord partiraildès le lendemain pour Florence , afin d'apaiser celte affaire, et même pour faire relâcher les deux scélérats qui avaient si bien exécuté des ordres dictés pour faire le mal.
La douceur qu'éprouvait Milord de se retrouver au milieu de nous, celle qui nous agitait si agréablement en le revoyant après une absence de quatre mois, ne laissaient pas d'êire troublées par l'éloignement d'Alphonse et de sa famille. Milord n'a pas voulu s'éloigner de nouveau du Grand-Rocher, sans écrire à cet ami ; voici sa lettre :
a Mon cher Alphonse, quels que soient les motifs de votre éloignemenl, je ne saurais les blâmer, parce que je suis persuadé que la raison lesdictaet qu'ils sont basés sur la justice.. Mais ce qui m'afflige, c'est de n'avoir pas eu la satisfaction de vous voir avant mon départ pour l'Italie, qui aura lieu demain. Je suis arrivé celle après-midi. Ainsi, vous voyez quel empressement j'apporte à mettre a néant une affaire oh le plus malheureux et le plus à plaindre oublie tous ses griefs pour ne se souvenir que de l'amour qu'il doit à son fils,.. Oh ! Alphonse, vous feriez quelque chose en sa faveur si vous pouviez voir le triste état de James... Adieu, Alphonse, adieu, Améline, Espérance, je vous presse sur mon cœur... La famille d'Alfred et les habitants de Bellevue vous font leurs tendres amitiés, ils me chargent de vous dire que dans trois jours ils retourneront habiter ta ville. Je n'aurais pu partir sans vous faire mes adieux... Si cela peut vous inté-
resser, Lady P. doit éire de retour en Angleterre... Je demeure, Alphonse, à jamais votre sincère ami.
Ainsi que Milord l'avait mandé, il panii avant-hier à quatre heures du matin, par un temps doux et agréable. James demandait avec instances de l'accompagner, mais son père a désiré qu'il restai auprès de nous. Son intention est, dès qu'il aura apaisé cette malheureuse affaire, dépasser quelques semaines auprès de toi. Nous allons languir bien vivement de connaître le résultat de ses démarches, et surtout la manière dont Alphonse se comportera en cette occasion.
Nous avons joui encore des deux- derniers jours des vendanges ; combien degaité.l quelle joie !.. Heureuse position ! la récolte est toute la richesse de ces êtres ignorés, mais les soucis lointains ne viennent point troubler de leur amertume les élans de leur ame, qui s'élève doucement à celui qui les comble de bienfaits. Ils ne se souviennent de la tempête de l'année dernière que pour trouver plus belle la récolte de celle-ci, et ils n'ont pas a s'écrier : si tu es malheureux, c'est par ta main de l'homme, mais cela tient à la marche de la nature. Adieu, mon ami, l'homme est accablé de mille besoins, et de plus de préjugés encore; heureux celui qui sait en secouer le jo»g !.
aifre) à Charles.
Genève, octobre.
Nous voilà de retour à la ville. Alphonse Test à Chary depuis hait jours, il m'a écrit pour m'aimoncer qu'il resterait encore un mois à la campagne, avant de prendre la ttécision s'il viendrait habiter la ville, et dans l'affirmative, il me demande si, en ami, il peut venir, occuper l'étage où il logea en arrivant. Sa lettre est pleine d'affection, elle est sentie;' il adressé' des compliments à la famille en général, mais le nom dé James D'est pas plus prononcé que celui de mes autres enfants, il n'y est pas question non plus d'Espéfanée. Gène lettre d'Alphonse en renfermait une pour Milord, "a. qui J'ai donné immédiatement cours. Ifr l'avais prévu. Voici, bon ami, one lettre de M. *** que je te transcris :
' « Si je voulais, Monsieur, vous exprimer notre gratitude eu proportion de ce que nous Vous sommes redevables, nous serions forcés d'avouer notre impuissance. Nous ne les- avons plus reconnues, nos filles. Avec quel intérêt, avec quel précieux souvenir ne parlent-elles pas d'une maison ou régnent la paix et le bonheur I Vous l'avouerai-je, Monsieur?
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laot de félicité domestique, dont un joar je Tas l'heureux témoin, fit naître en moi le vif désir de la partager. Je remarquai avec joie la douce impression que vos fils avaient laissée chez mon Adélaïde et ma Cécilia... Cen'est qu'avec enthousiasme que mes fils parlent de vos demoiselles, qui sent ce que je connais de plus parfait. Vous aies un heureux père, mon ami, je n'ai pas besoin de vous en dire davantage, vous m'avez compris.,. L'union de nos trois maisons ajouterait encore de nouveaux liens à ceux de l'estime et de l'amitié. Si jamais un projet chéri vint sourire à mon imagination et flatter mon cœur.. . si jamais je formai un désir ardent, ce fut à cette occasion. Je ne vous ferai point l'apologie de mes filles, vous les aurez sans doute étudiées, et la bienveillante affection que votre aimable épouse veut bien leur accorder, m'est un garant de la place qu'elles ont eu le bonheur d'obtenir dans son cœur. Je ne vous parlerai donc que de mes fils. Sous le- rapport de la fortunn, Us en posséderont une dont un honnête homme peut être satisfait ; d'ailleurs, Alfred, je connais trop vus principes à cet égard, et celui qui croit que la richesse seule peut faire le bonheur, n'est pas digne d'être heureux et ns le sera jamais. Je niai donc à vous entretenir que de leur caractère et de leurs mœurs. Dès cet instant je quitte le cœur du père, ponr revêtir la sévérité du censeur. Jusqu'à ce jour je n'ai pas eu de reproches à faire sur ces dernières. Ils sont nés avec l'amour de ce qni est louable, amour que l'éducation fortifia de pins en plus... Les seuls reproches
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qu'on pourrait leur adresser avec quelque fondement, poneraienl sur mie fierté nue rien n'a pu détruire et que l'élévation Je leur famille' n'a fait que nourrir davantage. Ils ont encore une impétuosité d'autant plus dangereuse, qu'ils ne voient aucun danger et qu'ils se croient en droit de tout. Ceci leur a déjà attiré des mortifications dont je me suis bien gardé de les garantir, et qui malheureusement n'ont encore pu les corriger. Oh ! Alfred ! si c'était à vos aimables filles que ce succès fut réservé, que nous en serions heureux '. Celte double union égaierait notre vieillesse future, et nous goûterions dès à présent les délices de voir la félicité devenir le partage des êtres qui nous sont les plus chers au monde. Vous dire l'impatience avec laquelle j'attends votre réponse, serait vous faire injure, je me bornerai donc à vous prier d'agréer, etc. »
Jamais je ne fus plus embarrassé, ni dans une agitation aussi désagréable, qu'à l'instant ou je lus celte («tire. Plus son contenu était flatteur et affectueux, plus ma position était délicate. Bientôt ma décision eût été prise, si elle n'eut porté que sur les miens... Maïs Théodore, comment recevra-t-il cette demande? Son ambition sî alerte ne sera-t-elle point flattée?... L'honneur de s'allier à la famille de ***, cette recherche inattendue ne prévaudra -t-clie pas snr d'anciennes promesses?.. Le bonheur de ses enfants ne sera- . t-il point mis en oubli?... Charles, de ma vie je n'éprouvai une pareille perplexité !
Je pouvais répondre à M. de ***, eu gardant le si-
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ience vis-à-vis de Théodore. Découvrira ce noble Bernois nos engagements — Mais était-ce là agiravec délicatesse, la conscience en eut-elle été satisfaite?.. Voici doue recueil où pouvait venir échouer le vaisseau de nos flatteuses espérances, voilà le terme de tant d'illusions... Ah ! pourquoi aimé-je à me flatter? Pourquoi en gémissant des chagrins qui accablent James, me suis-je vingt fois écrié : Ciel, je te remis grâces de ce que mes enfants sont dans un port assuré... Faudra- 1 il voir s'écrouler l'édifice du bonheur lorsqu'il est parvenu au point d'être terminé... Ces cruelles réflexions furent le fruit de peu de minutes ; ne voulant pas souffrir plus long-temps l'agonie de l'incertitude, je me rendis chez Théodore. Il était absent et je ne pus le joindre qu'au bout d'une heure, pendant laquelle je ne me trouvai bien nulle part- Tiens, Théodore, lis et décide, mais pas de détour; aborde droit à ta façon de penser, puisque tu liens la balance du bonheur ou du malheur. Mon agitation l'étonna,' rarement il m'avait surpris à en avoir. Il ouvrit la lettre avec émotion, la lut avec rapidité, et me prenant dans ses bras ; Non, Alfred I non , nos serments ne sauraient être trahis, et que la malédiction du Ciel punisse celai' qui en aurait h funeste idée ! J'ai; répondu a M, de *** ce qui suit :
a Si les sentiments d'une amitié 'basée sur là pins pardi te estime sont a nos yeux d'un prix inestimable , jugez , Monsieur,' de toute l'étendue de la félicité qne nous aurions goûtée, en voyant ajouter à ces liens qui unissent nos trois familles ceux du sang et d'un
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quadruple mariage. Vous êtes père, mon ami; le bonheur de vos enfants est voire but le plus désiré; tout nous prouve que voire tendresse pour eux De le cède en rien à ht notre, et puisque vous nous avez ouvert voire cœur, permettez que je voue fasse tire dais les nôtres. Dès l'enfance, l'union de deux frères n'eût pu eue plus sûre que' celle qui existe entre Théodore et moi. Nous nous séparâmes au bout dé quelques années pour captiver la fortune. Nous nous promîmes alors de cimenter nos liens par l'amour de nos enfants, si leur âge et leur caractère pouvaient le permettre, mais avant tout, si leur penchant les y portait. Nous dîmes : La richesse ou la pauvreté de l'un des deux ne sera pas un obstacle à la chose; cependant, si l'amour ne se faisait pas sentir, nous sacrifierions tout au bonheur de nos enfants et nous ne contraindrions jamais leur inclination. Vous savez, Monsieur, comment tout » réussi jusqu'à ce moment, même au-delà de nos es pérances. En nous retrouvant, nous nous rappelâmes nos serments, et déjà, à deux ou trois reprises, s'ils s'eussent été sacrés, nous aurions failli voir troubler une félicité naissante. Tout ce que l'amour a de plus vif et de phts innocent est senti par ces jeunes cœurs, et dès long-temps leur existence est si étroitement liée, que désormais ils ne peuvent plus vivre qu'unis ou misérables, Âhl M. de***, si ces circonstances n'existaient pas, si mes enfants pouvaient offrir aux vôtres des cœurs libres, jamais je n'eus osé espérer un bonheur semblable à celui dont vous aras bien voulu me faire l'ouverture. Mon noble ami, qu'à cette
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occasion tous agréiez l'expression de ma profonde gratitude pour toutes les preuves d'estime et d'affection que renferme votre précieuse lettre,. J'aime vos enfants comme les miens, je n'ai point l'avantage de connaître particulièrement Messieurs vos fils , mais il est permis au père de ces charmantes Adélaïde et Cécilia, d'être fier de leur avoir donné le jour. Jamais on ne vit réunie à tant de sensibilité une douceur plus grande. Lear caractère est l'égalité elle-même , et leur bonté n'est nullement altérée par la vivacité de leur esprit. Me croyez pas, Monsieur, que ceci soit de la flatterie ; je ne la connus jamais. Vos demoiselles, ea quittant le Grand -Rocher, ont emporté nos regrets comme notre plus tendre amitié. Nous sommes persuadés que leurs époux seront aussi heureux qu'il est permis à l'homme de l'être ici-bas dans le mariage. J'ose espérer que celui à l'amitié duquel nous attachons un si grand prix, nonobstant cette lettre, daignera nous la conserver. Bien aussi ne saurait altérer celle dont nous faisons profession pour lui. Théodore et son épouse, Caroline et ma famille, prient Madame de*** d'agréer l'expression de leur attachement; tons ensemble nous réclamons son indulgence pour l'avoir privée d'une compagnie bien aimable. Si d'ici a l'année prochaine vous pouvez oublier nos torts , nous serions très-disposés à nous rendre coupables de la même manière. En vous renouvelant, Monsieur, l'expression de notre estime tout entière, je demeure, etc. »
J'ignore, Charles, ce que produira cette lettre, à t. c 10
laquelle Théodore ajouta quelques mots et la signa. ensoi'lo que M. de *** ne saurait prendre à mal que d'anciens engagements s'opposent à ea contracter de nouveaux... Depuis hier, Théodore me' serait deveo» plus cher que jamais, si la. chose était possible. Sa décision ferme et spontanée, le souvenir de nos serments, la malédiction prononcée sur celui qui les eofrqindrait, tout me fait oublier les chagrins que son insouciance apparents à cet égard me donna quelquefois. Ce n'est point à cause de sa fortune, à Dieu ne plaise ! fl Déposséderait pas un écu, que je n'en chérirais pas moins le père et les enfants, puisque ce que je possède serait plus que suffisant pour nous rendra tous heureux ; mais c'est du bonheur de celte jeunesse dont je suis uniquement jaloux.
JUfvtî) à ©ijacles.
Gpn» ve, novembre.
Nos premières semaines de séjour à ht ville ont été remplies de charmes. Tu concevras la douceur qui a dû exister pour le père et pour les fils de se trouver réunis à tout ce qu'ils ont de plus précieux^ de ne plus foire soliui rainent leurs repas, enfin de
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voir reprendre cet air de vie inséparable d'une famille nombreuse.
Notre James seul, triste, cherchant a étouffer ses soupirs et à vaincre sa douleur, attendait avec une impatience sans égale l'issue des événements, pour ressaisir nne félicité fugitive on être complètement malheureux. Chaque courrier arrivant d'Italie semblait devoir être celui de délivrance ou d'affliction; mais pas de lettres, et nous étions livrés a l'angoissante incertitude qui répand le doute, agite la crainte et affaiblit l'espoir, quand avant-hier nous parvint l'Intéressante missive de Milord dont je te donne copie, parce qu'il ne pourra se rendre aussi vite auprès de toi qu'il l'avait espéré.
« Vous savez, mon cher Alfred, dans quelles dispositions je partis : ému de compassion pour l'état dans lequel je retrouvais James, et disposé de faire tout pour lui. Deux circonstances inattendues me- fortifièrent toujours davantage dans le parti de la douceur : ce furent l'évasion de Milady et votre généreuse hospitalité envers Célestina. Alfred, ceci est le comble de vos bienfaits pour votre infortuné ami.... Une troisième circonstance, dont sans douteje suis redevable à notre cher Charles, est qu'à mon arrivée ici je Ironvai le monument dans son état primitif. Sans contredit, on y découvre tout le mal qu'y imprimèrent des mains scélérates ; mais combien aussi j'ai moins souffert que si j'eusse vu des débris épars ça et là! Encore profondément afflige, je me rendis chez notre ambassadeur. La manière dont il me reçut, sou
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attention à calmer ma douleur, la part qu'il y prit, me le firent aimer, et voulant effacer de ma mémoire des souvenirs poignants pour mon cœur, je le priai de se joindre à moi pour apaiser cette malheureuse affaire, de manière qu'elle n'eut pas de suites pour lady P. non plus que pour ses infâmes agents... Ce but n'a pas été atteint sans peine. Combien il a fallu de démarches, de prières, de supplications! Combien de personnes ont joint leurs efforts aux nôtres ! Si c'eut été notre propre grâce qu'il se fut agit d'obtenir, nous n'y aurions pas mis plus de zèle et plus de persévérance. Les deux scélérats se sont, dit-on, échappés} mais cela n'a pas eu lieu avant de leur avoir intimé de ne jamais se laisser revoir en Toscane, parce qu'il n'y aurait plus aucune miséricorde pour eux.
» Je me rendis chez Milord M. pour lui témoigner toute ma reconnaissance pour ses soins et pour ses démarches, lorsqu'il me dit : Milord, maintenant que je vous retrouve plus tranquille, permettez que je vous transmette des dépêches du gouvernement. J'ouvris avec autant d'inquiétude que d'impatience ce paqnet arrivé quelques heures auparavant. Il s'agit d'une course à Venise, qui me retiendra un mois au plus dans cette république. J'ai accepté, et dès cette aprèsmidi je partirai. J'ai pris ce temps, cher Alfred, pour vous faire part de tous ces événements.. Mais en voici nn auquel vous ne vous attendez pas le moins du monde, et que S. M. a expressément ordonné qu'on portât à ma connaissance. Après une traversée heureuse, lady P. est arrivée eu Angleterre, bien joyeuse
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d'avoir évité par sa Tuile la double vengeance des lois et de son ci-devant époux. Cependant, celte joie n'a pas été de longue durée, parce que la conduite répréhensible de celte dame était parvenue à la connaissance de LL. MM. Elles en furent Tort irritées. Arrivée à Londres, lady P. se présenta à la reine. Dès que S. M. l'aperçut, elle détourna la tête, et on vint dire à lady P. qu'elle eut à se rendre chez elle, oit elle ne tarderait point a connaître les ordres du roi... Ils ne se firent pas attendre, puisqu'ils parvinrent à l'hôtel P. au même instant que celte dame. Ils portaient : Que LL. MM ., conformément à Vavis de leur conseil privé et pour suivre à leur indulgence paternelle en ne lieront pas une criminelle à la rigueur des tribunaux, non en sa considération personnelle, mais en celle de Milord B., lui enjoignaient de se rendre dans sa terre de P. pour n'en sortir de sa vie, et que si elle enfreignait cet ordre, elle n'aurait plus d'autre habitation que la tour. La mort eût été plus douce pour cette femme intrigante, que cette réclusion perpétuelle. Ob ! combien je suis profondément reconnaissant envers LL. MM., et que de grâces je leur en rendrai aussitôt que je serai auprès d'elles. J'espère que la tournure des choses ne saurait déplaire à Alphonse, et qu'il n'aura plus de motifs pour se tenir éloigné de mon James. J'aurais bien écrit à notre excellent ami à Gènes, mais l'heure du départ est près de sonner, et j'ai encore une telle multitude de choses à classer, qu'à peine j'ai la léle à moi.
» Dans tout autre moment, la joie qui m'agite à
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l'issue d'événements qui comblent mes vœux, eût été très-vive, mais aujourd'hui elle produit sur moi le même effet que le soleil d'hiver, dont les rayons ne sauraient qu'éclairer des masses de glaces, sans pouvoir les réchauffer... Adieu, Alfred, embrassez James et vos enfants de ma part ; adieu encore une fois. »
Je ne voulus- point donner trop d'espoir a James. Je lui communiquai la fin de la lettre de son. père, puis j'envoyai Firmin à franc-etrier porter la lettre de Milord à Alphonse... Voici le billet qu'il m'en rapporta :
«. Un bon père ne saurait voir couler les larmes de son enfant unique et chéri sans en êlre ému et sans partager ses peines et ses chagrins... J'étais presque sur le point de me rendre, quand Firmin, ce porteur de bonnes nouvelles, est arrivé. J'ai dit à Espérance en l'embrassant : Sois heureuse, ma fille! demain nous serons à la ville* Pardonne à tôt/ père 4e l'avoir affligée ; il souffrait autant que toi sans le. laisser paraître. Alfred, vous aurez sûrement vu plus d'une fois dans les beaux jours d'été, Après un orage passager, reparaître les premiers rayons du soleil ; il pleut encore, cependant la nature est toute radieuse de fraîcheur et de beauté. De même Espérance avait une larme aux yeux, le sourire sur les lèvres et le bonheur dans tous les traits... Elle m'a pressé dans ses bras... Pourquoi ai-je lardé un mois entier sans vouloir goûter d'une aussi grande félicité, d'une joie aussi parfaite ! Je me suis privé de la société des personnes qui me sont les plus chères. J'ai affligé leur
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coeur et le mica en pure perle... Adieu, Alfred, je vous embrasse ainsi que James. Je ne vous dis pas qui se joint à moi, mais nous languissons à demain. Encore une fois adieu.
» Alphonse.
u Cbazy, jeudi à 4 heures, b
C'est après l'arrivée de Firtnin, que j'annonçai à James sou retour au bonheur. Il pouvait à peine en supporter le poids, je suis persuadé que jamais nuit ne lui parut si longue. Cependant, il eut plus à attendre que la nuit, puisque nos amis n'arrivèrent que l'après-midi... Il serait difficile de dire de quel côté la joie était la mieux sentie. Puisse celte circonstance être la dernière qui vienne troubler le bonheur que nous go&tons maintenant!.. Espérance a perdu de sa fraîcheur, mais elle n'en est que plus belle aux. yeux de Jantes.. . Notre pauvre pasteur est bien seul, il a promis à Alphonse de venir passer chaque jeudi avec nous à la Ville.
Alphonse n'avait pu encore trouver à acquérir une maison à la ville. Cette occasion se présenta hier ; if l'a saisie; toutefois il ne nous quittera pas cet hiver. Que n'es-tu ici pour entendre les jolis plans qu'on arrête pour l'année prochaine... oh! qu'ils seront nnls! Cependant, je me garderais bien, de détruire cette satisfaction éventuelle. La lie est si courte, qu'il faut savoir prolonger le présent des souvenirs agréa-* blés du passé et des riants projets de l'avenir, mais avec cela n'oublions pas l'instant actuel. Que l'utile,
Cooyk'
l'agréable, et tout ce qui peut le rendre précieux, vienae y contribuer. C'est lui qui vraiment est le Tond, le passé d'one pan et les moments futurs de l'autre, n'étant que des nuances qui doivent le faire ressortir avec plus d'avantage.
3Ufr?îr à <£h,arirs.
Genève, novembre.
L'avocat 6. vint dîner avec nous il y a une quinzaine de jours. La conversation loucha à la franc- maçonnerie. N'ayant jamais été initié à ses mystères et connaissant le désir que nourrissaient mes fils d'y participer, je le priai de me dire son sentiment avec beaucoup de franchise et autant qu'il le pourrait sans trahir ses serments , ni compromettre sa conscience. Je répondrai bien volontiers à vos questions, Monsieur, parce qu'en parlant de la société, de son but et de ses cérémonies, sans entrer dans les détails, je crois pouvoir le faire sans surcharger ma conscience ni manquer a mes serments. Nous considérerons la francmaçonnerie par rapport à elle-même et en regard de la société humaine en général. C'est ainsi que bous découvrirons si les avantages qu'elle procure sont en
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proportion de ses promesses. Je réclame voire indulgence, n'étant point promu aux grades élevés. Ensuiteje vous confesserai que mou enthousiasme très-vif d'abord ne fut que de courle durée. Enfin, peut-être aussi, ai-je jugé trop superficiellement la chose. Je crains encore que vous n'éprouviez plus d'ennui que d'intérêt en écoutant discourir sur une matière où en l'absence de détails il n'y a plus de plaisir qui l'accompagne. J'avais à peine dix-huit ans quand quelquesuns de mes amis nouvellement initiés et enthousiasmés comme d'habitude, ne me laissèrent aucun repos, jusqu'à ce que je fusse en possession des mêmes avantages qu'eux. Ils brûlaient surtout du besoin de pouvoir s'entretenir sans empêchement de oe qui faisait leurs déliées. Ma présence dans ce cas demeurait un obstacle insurmontable... Dans le but de leur plaire et pour les mettre à l'aise, quoique ce* fut peu de mon goût, je comblai leurs voeux. Jour fut pris pour la terrible cérémonie. Si j'avais accepté avec indifférence, je ne vis pas arriver ce moment sans effroi... Il me semblait depuis quelques jours que mes amis se montraient moins confiants... On ne parlait que de courage, de. fermeté, de force d'âme, d'intrépidité.., Grâces an Ciel je n'en suis pas dépourvu; cependant, ces insinuations indiscrètes finirent par m'inspirer une espèce de terreur que de sages réflexions dissipèrent et que l'expérience rendit ridicules.
Je brûlais d'impatience et de curiosité. Je ne fus satisfait qu'a l'arrivée des deux amis qui vinrent me chercher. Le peu que j'entrevis du local me parut
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fort' bien décoré. La personne qui s'entretint avec moi me) charma par la convenance de. ses discours, par sod humanité, la bonté de sou cœur et l'élévation de son âme. Après avoir répondu à tout ce que l'on jugea à propos de me demander, je me confiai à la direction de l'individu que j'avais vu jusqu'alors, et qu'heureusement pour l'effet de ses discours je ne connaissais pas. Dès ce moment je voyageai dans le pays des épreuves et des fictions... Des phénomènes effrayants se firent apercevoir; cependant je n'eus à souffrir de rien. Bientôt une voix sonore et harmonieuse s'éleva, elle offrit la société sous des couleurs suaves. D'après sou tableau, les vertus des membres devaient être éblouissantes. Insensiblement l'orateur prit une vois tonnante; il annonça des tourments et dés choses capables d'intimider les plus intrépides... Si lèMout n'offrait pas de danger, il portait néanmoins un caractère de violence, de dévastation et d'ébranlement tel, que la nature entière semblait être en convulsion. Il m'était impossible de me faire une juste idée des choses qui se passaient autour de moi... Patience, me disais-je, tu auras le grand secret... C'est ainsi que je pris l'engagement solennel de ne rien révéler. Le moment de la lumière en fut un de délices pour moi... J'appris peu, non plus que dans les deux grades suivants; en sorte qu'après le temps des prestiges passé, j'eus celui de faire des réflexions et de «l'adresser les questions suivantes : Quelle est l'utilité réelle de la société envers tous ? Quelle est son utilité envers l'individu? Gomme le dé-
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tail des points que j'ai annoncé vouloir parcourir répond à cette double question, je vais le suivre, si toutefois ceci ne vous ennuie pas. Nous le priâmes de poursuivre, ce qu'il fit ainsi ; C'est aux Croisades que je fais remonter l'institution de l'ordre,*quoiqu'on lui assigne une origine bien antérieure. Son but était d'établir des signes de ralliement, de les faire connaître aux pèlerins, de soutenir ainsi, d'aider les voyageurs initiés à se défendre mutuellement. Selon moi, durant ces temps de barbarie, d'eflervesceiiceet de funeste enthousiasme, c'est en l'ordre de la francmaçonnerie que résidaient l'humanité et tous les vrais devoirs d'homme a homme. La chevalerie fut sa sueur puînée. Les temps d'une sainte ardeur et d'un zèle destructeur ayant heureusement pris fin,, les divers ordres perdirent de leur activité. Les chevaliers, ayant des mœurs plus douces, plus d'urbanité dans les manières et possédant de grands biens, se retirèrent dans les oonrs auprès des souverains, tandis que la franc-maconnerie demeura plus particulièrement l'apanage du peuple. Après, la perte la Terre Sainte, ce dernier ordre revêtit un caractère tranquille; ne vivant que de souvenirs, il songea ponr se perpétuer à enchaîner le plaisir à l'instruction. Si l'institution primitive fut avantageuse, son but actuel a plus d'éclat que de solidité. Sans être franc-maçon on peut être un parfait honnête homme. Les mystères, annotas ceux que je connais, sont nuls. Tout frère déjà quelque peu instruit, ne reçoit aucune lumière nouvelle du travail maçonnique. Et celui que la divine
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morale évangélique ne fit jamais bon, ne détiendra pas meilleur par la fréquentation des loges. Il résulte de ce que je viens de dire, que sous le rapport des lumières comme sous celui de l'avancement des mœurs il n'y a guère* d'avantages à en espérer. Il demeure cependant encore deux points sur lesquels la gloire de l'association se fonde principalement. Ces points sont la charité et l'appui. Les seconrs sont abondants, et dans quelque partie du monde qu'existe une loge, le maçon dans l'embarras y trouvera toujours des frères prêts à l'accueillir, à l'aider, à le soutenir, parce que, si quelques cérémonies accessoires diffèrent, le fond demeure invariablement le même. L'ordre sera constamment utile à trois classes de personnes. D'abord aux voyageurs maçons, qui ne seront étrangers en aucun lieu où résident des frères; ensuite à toutes les classes de pauvres, maçons ou non; enfin, à ceux qui veulent s'exercer dans la pratique de la parole. En mon particulier, je lui suis très-redevable sous ce point de vue, puisque c'est dans son sein que j'ai vaincu une funeste timidité.
Les plaisirs auxquels s'adonnent les membres d'une loge sont généralement la mesure du mérite de ces derniers, parce qu'il est incontestable que c'est au moment du plaisir que l'homme se montre avec le moins de déguisement. On peut donc alors démêler avec le plus de facilité les nuances de son caractère. Il n'est pas rare de trouver dans certaines loges tous les agréments de l'esprit le plus piquant réunis à une décence exquise et à la plus entraînante fraternité,
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tandis que dans d'autres ateliers maçonniques ce n'est pas du tout cela. On s'est bien servi des mêmes couleurs, mais les tableaux n'ont aucune ressemblance. Quant aux cérémonies, elles ont un peu perdu de ce que jadis elles avaient de beau, de frappant, de majestueux. L'impression mystérieuse et salutaire qu'elles devraient laisser dans l'esprit et le cœur du récipiendaire se trouve grandement effacée par la persuasion oit il demeure qu'on s'est amusé de lui. Au reste , le nombre est petit de ceux qui ne se parjurent pas en entrant dans l'ordre, puisque ions protestent qne la curiosité n'est pas le motif déterminant qui les conduit à s'y faire agréger. Le candidat souffre pour apprendre ce qu'il ignore, cependant on lui annonce qu'il est libre. Mais peut-on bien sérieusement lui dire qu'il jouit de sa liberté, quand on l'a enlacé des chaînes de Famour-propre ?. . . Profane, lu peux te retirer, lui répète-l-on après l'avoir prévenu qu'il aura à subir des épreuves terribles. Sa lâcheté lai permettra-t-elle de fuir?.. Dans une situation semblable, il ne lui reste pins qne l'option de souffrir ou de racheter la torture aux dépens de l'honneur. L'imprudence du candidat augmente a chaque pas ; il va prendre nn engagement solennel sans connaître oit celte promesse peut le conduire. Y a-l-il une témérité plus impardonnable que celle de s'obliger, à ce qu'on voudra vous révéler ? Heureusement que l'innocence de la chose met en repos la conscience de. celui qui a juré. La franc-maçonnerie a ses beautés et ses défauts, ses fleurs et ses opines, ses bons et ses
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mauvais côtés. Voilà ce que je pais vous en révéler.
Lorsque l'avocat eut cessé de parler, je le priai de me dire s'il préférerait n'être pas franc-maçon ? Monsieur, répondit-il, déjà j'ai eu l'honneur de vous annoncer que j'ai plus eu à me louer de l'ordre que je n'ai eu à m'en plaindre. D'ailleurs, il faut' considérer ce plaisir comme l'un dé ceuï dont on peut goûter avec modération. On doit ensuite choisir avec bien du soin la. société dans le sein de laquelle on veut recevoir la lumière. Si j'étais assez heureux, ajouta-t-H, pour obtenir voire confiance au point de faire briller cette lumière à vos yeux, c'est bien alors que je m'estimerais heureux de m'étre engagé dans la carrière maçonnique. Nous acceptâmes avec Théodore, désireux déjuger par nous-mêmes de la chose, avant de permettre à nos enfants d'y prendre part. Nous assistâmes à quelques séances, et jour fut pris pour la réception de nos jeunes gens. Nous avons été charmés de leur fermeté ; ils passeront aux deux grades suivants, mais là se trouvera la limite de leurs connaissances maçonniques, dont ainsi que nous ils ne feront que peu ou pas d'usage. N'eût-ce été que l'homme doit pouvoir juger de tout, et aussi que nos enfants seront, appelés à voyager, je les aurais laissés dans des ténèbres qui n'existaient que Je nom pour eux ainsi que pour une multitude d'autres.
Je suis persuadé, Charles, que cette fois tu désapprouveras ma conduite, parce que lu réprouvas toujours la franc-maconnerte. Mais surtout gare à moi... at, diras-tu, à ton âge te faire initier à des
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mystères sans intérêt, sans bat comme sans utilité; n'y a-t-il pas là de la folie?.. Souviens-toi, mon ami, que c'était pour connaître la route avant que mes fils en eu (reprissent le voyage; si je l'eusse jugée dangereuse, si l'expérience de l'avocat G. et 1 opinion de Théodore loi eussent été contraires, certainement mes fils n'auraient jamais franchi le seuil d'une toge. Mon ami, il faut- voir- l'homme dans tous les moments, comme il faut connaître toutes ses institutions. En. participant à celle-là, qui n'a absolument rien de blâmable, et d'où la politique et : la religion sont également bannies, nous n'avons pas pris l'engagement irrévocable de la fréquenter ; partant, noas sommes libres de ne jamais y retourner, du moment où cela ne nous conviendrait plus. Charles, on ne saurait être criminel pour connaître une chose vicieuse; mais on le devient, dès qu'au mépris de ses lumières et de sa conscience On la pratique. Voilà, je l'espère, ce qui n'arrivera ohez nous dans aucun temps.
3Ufrrt à (Senties.
Genève, décembre.
C'est donc ainsi, malicieux ami, que tu te prêtes à nous tromper. Tu te plais à reculer nos espérances
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pour nous Taire d'autant plus jouir de leur accomplissement 'inespéré... Eh bien, que ta punition soit d'apprendre que jamais surprise ne fui égale à la noire, elque si quelque chose la surpassa, ce fui la joie qne sous ressentîmes en pressant Milord dans nos bras. Il arriva samedi dernier à quatre heures, on ne peut plus à propos, pour assister à une fête qui se. donnait a ta maison, et qui en devint cent fois pins agréable et plus piquante. Puisque in aimes mes enfants comme s'ils fussent a toi, je vais te conduire à celte réunion où tu seras le bien reçu.
Ta charmante lettre nous parvint le matin; nous et nos enfants nous fumes ravis des nouvelles qu'elle nous portait de Milord. Comme nous avons beaucoup d'occupations depuis une quinzaine de jours, nous ne quittâmes le travail qu'à six heures pour prendre nos déguisements, puisque, tranchons le mot, il s'agissait d'une réunion masquée... Nous n'avions pas trop de temps, puisqu'a sept heures la société commença d'arriver.
Dans le vestibule et au-dessus de la porte d'une grande pièce pendait celle enseigne : Au bien-veau , on loge à pied et à chef/il. Caroline, en costume d'aubergiste, ayant une taille qu'on avait fort augmentée de rondeur, et parlant certain baragouin qu'accompagnait un flux de paroles, des manières engageantes et des questions indiscrètes, remplissait très-bien son rôle. Mon père était son ancien cuisinier, qui depuis qiia rame-huit ans, disait-elle, brûlait ses. sauces... Dix minutes après, un curieux ayant demandé à celle
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aubergiste bahiUarde son âge : Mon beau Monsieur, j'ai près de quarante ans; et toute l'assemblée de rire.
Nous vîmes successivement entrer Don Quichotte prêt à défondre les dames contre tout chevalier discourtois; sa lance remplissait d'effroi les assistants; on ne savait vraiment quel était le plus long et lopins mince, du chevalier ou de son arme. Il n'en était pas de même de Sancho qui le suivait. La gourde d'une main et le correcteur de grisou de l'antre, il se tenait derrière son maître où il mangeait a la dérobée. Un nègre du Congo, un Chinois, un pacha avec des esclaves hommes et femmes de différents pays, Àméline en Espagnole , Alphonse en quaker et Théodore en magicien.
Survint une vieille Bohémienne qni disait la bonne aventure en tremblotant; c'était ma mère; un ermite lui succéda, c'était ton très-humble... Elles enfants? diras-tu; patience, patience ! Déjà on entend de loin une voix qui erie : Messieurs, mesdames, voici la marmotte en vie ! Qui vent voir la marmotte en vie ? C'était Espérance, la plus jolie Javotte possible ; un joueur de vielle la suivait avec l'air le plus George-Dandin que j'aie jamais vu: c'était James... Une bouquetière ne larda point de paraître ; on ne savait ce qu'on devait admirer le plus , de la beauté des fleurs ou des grâces de la personne qui les vendait ; c'était Julie. Sa marchandise fut bientôt débitée; il n'y eut pas jusqu'à Sancho qui prit un souci, et Don Quichotte une pensée ; H fut Irès-courtois et débita tout ce que la galanterie a de mieux dit.
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Belles oranges, messieurs! mesdames! belles oranges! voici le marchand ! Et aussitôt paraît Henri avec des fruits portugais, qui eussent fait trouver de l'argent à Don Quichotte même. Le marchand d'oranges fut bientôt soulagé de son fardeau; aussi, jamais ne vitou t)e marchand plus accommodant et plus gracieux. - Sœur tourrière accompagnée d'une jeune nonne vint aussi ; c'étaient Laure et Sophie. Mon Dien, quel dommage d'avoir pris le voile avec des minois comme ceux-là. Hais bientôt ces jolies figures furent oubliées pour les bijoux fabriqués au couvent; on les obtint à boa compte. J'ai omis de te dire que George-Dandin et sa compagne vendaient des étrennes mignonnes. Ils gagnèrent davantage avec elles qu'avec leur marmotte.
Tonte la société étant réunie, un des côtés de la chambre disparut, et on vil on café.' Le maître (c'était Jules) invita toutes la compagnie à y entrer, et, selon les goûts, il servit café, tbé, chocolat, liqueurs, limo j nade, orgeat, btschoff et bavaroises.
Je suis vraiment enchanté de posséder une si agréable société ; je n'éprouve qu'un regret, celui d'avoir renvoyé tons mes garçons ; ils étaient trop lents à servir; ils laissaient attendre les habitués. D'un autre côté, ma femme était trop vive; cela conduisailsouvent à des discussions; et puis, et puis... Et en disant cela ions étaient servis à souhait. Chacun remplissait admirablement son rôle; aussi la finesse, le jeu, les saillies, les ris et la gatte, angmentaieut-ils au milieu d'une compagnie déjà nombreuse. Don Quichotte nous apprit qu'il n'y avait que huit
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jours, qu'il avait terminé le célèbre mariage de Basile avec la belle Quitterie. Sancbo, voulant exprimer une pensée que ces noces faisaient naître, fit un mouve-ment parce qu'il avait la bouche pleine; il tomba- us paquet de sa pocbe. George-Dandin le déploya tout niaisement; il y trouva un poulet bouilli. L'emplace-* ment ducafé ayant disparu, on entendit alors une voix grêle qui criait : Pour l'amour de Dieu, logez un pauvre pèlerin, il pleut abondamment et il est tout transpercé.,. La bénédiction sera sur la maison... Polycarpe, brûle-sauce de dame Simone, répondit: Ces genslà croient-ils que je n'aie autre chose à Taire que de cuire des ragoûts gratis? Qu'il loge au: Cadran-Vert 1 il n'y a plus de place au Bien-Venu... Mon bon père, entrez toujours. Et le pèlerin entra; tous les regards se dirigèrent sur lui. Mais, Charles, pourquoi n'élaistu pas là pour entendre ce cri et voir voler nos six enfants dans les bras de Mïlord, dont ils ignoraient l'arrivée. Avec quelle tendresse, avec quelle effusion de cœur, ne le comblaient-ils pas de caresses!.. Toute l'assemblée fut vivement éleclrisée à ce touchant spectacle; personne ne songeait à cacher une douce larme. Le bonheur et le plaisir de cette soirée furent doublés dès cet instant. L'heure de se mettre à table ne tarda point de sonner; c'est ainsi que termina eette fête qneuons ne saurions jamais oublier. Les costumes avaient été si bien choisis, les voix déguisées si à propos, qu'on ne se reconnut qu'en se démasquant; nouveau sujet de rires et de plaisanteries. j'en étais ici de ma lettre lorsque hier me parvint
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la tienne ; sa lecture suffit pour anéantir toute ma joie.... Charles, ne l'alarme pas; quoique l'affaire dont lu me donnes les détails semble hérissée de graves conséquences, je ne puis imaginer qu'elle se termine autrement que selon tes désirs; mais elle entraînera à beaucoup de longueurs. Les incidents en seront plus pénibles et désagréables que dangereux. Tu conçois avec quel zèle je vais soigner les intérêts. Ce que je te recommande avant et par-dessus tout, c'est de ne point l'inquiéter. Je sors d'une conférence avec l'avocat G.; il m'a rendu tonte ma tranquillité. Milord me charge de mille choses tendres pour vous, mais comme il craint que je m'acquitte mal de sa commission, il me remet l'incluse pour toi.
aifrfîr À Cfjarlea.
Gonève, min (').
Depuis ma précédente lettre notre impatience était grande ; nous allions voir nos travaux couronnés par le succès, ou perdre en dernier ressort la plus belle, comme la plus juste des causes... M. G. est venu ce
(l) Il existe (cl nne lacune. Les lettres qui ta comblaient n'étant remplies que de détails relatifs à nn procès, l'éditeur a cru convenable de les supprimer. Il en sera de même dorant
matin p«ur nous rendre an tribunal, et, cher Charles, ton procès est gagné, tons frais et dépens à la charge de ta partie adverse. Jamais je n'éprouvai de plus sincère satisfaction, ne fût-ce que par la pensée que ta vas retrouver la tranquillité que tu as perdue depuis si long-temps. Jamais avocat ne déploya pins de zèle et de talent. Mais, Charles, si lu as retrouvé la paix, si le nuage qui obscurcissait ton bonheur s'est dissipé, ah ! il n'en est pas de même pour ton Alfred. Il nous semblait à tous que l'année de noviciat de mes enfants dans le commerce n'aurait jamais de terme; nous en agrandissions les bornes, cependant la marche du temps n'en était nullement dérangée.
Je ne puis donner assez d'éloges à leurs progrès et à leur conduite; ces douze mois ont été suffisants pour former des négociants éclairés et prudents. Comme nous, ils sont à la veille d'une épreuve bien pénible. Nos cœurs sont déchirés à l'idée de celte séparation; trois années ne nous paraîtront- elles pas trois siècles? Espérance et mes filles ignorent encore l'épreuve qui les attend. Je crois l'avoir annoncé une fois que Théodore et Milord accompagneront mes fils; représente-toi la position de Luire. Je n'ai pu refuser anx larmes de Firmin la promesse d'accompagner ses jeunes maîtres. Milord mit presque Fritz
les voyages des élevai. On en découvrira facilement la ration, par lea lettres conservées. Du» tous lei caa il ne manquera rien de ce qui devra satisfaire la curiosité des lecteurs qui accorderont quel qu'iut éré t à celte correspondance de famille.
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au désespoir lorsqu'il loi proposa à cause dcsoit âge avancé, de le laisser en Angleterre, lorsqu'ils y pisseront.
J'éprouve une agitation croissante, puisque sans ultérieur délai il faut que j'annonce la pénible nouvelle. Je m'armerai d'une fermeté nécessaire. Je renfermerai ma sensibilité dans de justes bornes, mais c'est en vain que je comprimerai celte sensibilité, que je montrerai cette fermeté, je n'en souffrirai pas moins. Il n'est pas dans la nature d'un père de se séparer de ses enfants avec la même tranquillité qui préside ans adieux de simples relations...
Charles, le coup est porté; il a été reçu avec nne donleur muette par mes fils. Mais ferai je honneur a leur fermeté- de caractère ou à une sage disposition de la nature de l'émotion moins vive que la mienne qui les a agités? Nos dames ont exhalé ce qu'elles éprouvaient avec cette sensibilité qui appartient au sexe. DesJarmes ont soulagé l'oppression de leur cœur, sur lequel eites ont pressé leurs heureux frères. Cet instant a été la crise de l'amour. An moment le plus douloureux a succédé le plus fortuné de leur vie. Ils se sont juré une fidélité à toute épreuve. On dirait qu'ils sont devenus d'autres êtres. Nous leur avons donné. nôtre bénédiction. Tontes les âmes sont demeurées partagées entre l'amertume du départ prochain et la félicité actuelle. Ah! qui pourrait saisir , exprimer et dépeindre, les sentiments divers qui nous agitaient de tant de manières! On avait mille choses à se dire et la parole était captive... Mais à son secours venaient
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un regard, use larme, un signe, no soupir, un prèssementdemain, un accent inarticulé. L'amour, la tendresse, les sentiments les plus élevés de la nature, les mouvements les plus impétueux de l'âme, tout dans ces minutes uniques portait un caractère indéfinissable. Charles, pour rester indifférent dans un pareil instant, il eût fallu porter un cœur de bronze, être le plus insensible des hommes.
Le terme fatal du départ a été fixé à huit jours, et
cet intervalle parait no siècle, ud temps sans fin
Il semble que jusqu'alors ou De s'était pas aimé, et qu'on ne commence a sentir ce bonheur qu'au moment de le voir déchirer par la séparation ; cependant, on s'occupe activement des préparatifs du départ.
Dès que mes fils, qui ont beaucoup d'emplettes à faire et de personnes à voir, seront à jour de ces devoirs de société, nous partirons pour passer les deux derniers jours au Grand-Bocher. Comment quitter la Suisse sans voir encore ce Grand-Rocher, sans dire un adieu aux habitants de Caronai , sans prendrecongé, sans embrasser, sans recevoir la bénédiction de l'ami de leur enfance, de celui qoi lés aime autant que s'ils fessent ses propres fils?...
Tn remarqueras à mon écriture combien la main qui la traça était émue. C'est dans ton sein que j'aime à épancher mes alarmes paternelles ; tout ce qui m'entoure est trop livré à la douleur, pour songer à y puiser de la consolation. Charles, trois années... qu'elles seront longues ! ... Aa moins si je les accompagnais 1 .. .
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3Ufreï à Charles.
Grand-Rocher, avril.
Ils sont partis... Nos larmes ont soulagé l'oppression de nos cœurs.... Elles n'ont point eu de témoins froids et insensibles; autre supplice de plus.... Cet instant auquel on était préparé a cependant été aussi douloureux que si ce qui en causait l'amertume eût frappé inopinément.... Où. sont-ils ces pères si forts, où sont-elles ces mères décidées au point de pouvoir se séparer de leurs enfants pour un terme aussi long sans en être ébranlés jusqu'au fond de leurs entrailles? Depuis huit jours, tout ce qui entoure nos dames a pris pour elles un caractère d'indifférence qui décèle combien leur âme est absorbée par un seul sentiment.... Charles, que le Grand-Rocher est triste et morne ! Mais les premières nouvelles de nos enfants seront aussi le premier pas au retour à l'espérance. Le temps distillera son baume salutaire. Une joie douce et délicieuse pénétrera ces cœurs de mères et de sœurs, mille fois plus aimants que les noires. Une teinte de bonheur commencera à poindre alors, comme ces faibles nuances de l'aurore, quand elles arrivent
Cooyk'
pair adoucir les ombres noires de la terre.... Mais l'aurore de la félicité, ah ! quand viendra-t-el)e luire dans nos cœurs ? Je l'ignore; ils sont bien tristes, bien affligés. ■ ■ ■
Nous arous résolu d'habiter le Grand -Rocher tout le temps de l'absence de nos enfants, hiver et été. Laure, la pins malheureuse de ions, ue nous quittera plus. Le brillant Bellevue sera solitaire et délaissé. Les habitants de Chazy sont la plus grande partie du jour i<;i, et notre aimable John nous quitte peu.... Néanmoins, tout ce qui frappe notre vue, tout ce qui nous enchantait jadis n'est pas eux, et avec eux se sont enfuis les plaisirs et les jouissances. En vain de tendres mères, en vain des sœurs chéries cherchent à masquer leur tristesse ; elle se manifeste à tous (es instants.
: Heureux est l'homme dont la jeunesse ne connut pas fa corruption, et dont les jours de l'enfance s'écoulèrent dans l'innocence ! A chaque pas de sa carrière, la nature s'embellit pour lui. Il éprouve un sentiment indéfinissable de jouissances qu'il ignore.... Cette nature est remplie de force et de vie comme luimême ; cependant elle est encore voilée à ses yeux. Aimable innocence, ignorance précieuse, vous conservâtes à mes fils cette santé de l'âme, cette vigueur, cette force physique, qui sont inestimables. Ils ne s'avilirent jamais ; aussi ont-ils conservé cette estime d'eux-mêmes et du sexe qui est la sauve-garde de fa vertu.
Us ont juré, oui, Charles, ils ont juré sur le sein
T. U. Jl
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paternel de ne jamais s'en écarter et de vivre sons ses lois.' Ces serments n'étaient pas feints, ni prononcés des lèvres; ils partaient du cœur.
Honorée de l'opinion, la femme s'efforce de la justifier. Mes fils, par suite de la profonde vénération qu'ils portent à leurs mères et à leurs sœurs, ne prononceront jamais de ces propos inconvenants qui aviliraient leur esprit, dégraderaient leur âme et souilleraient leur langage.
Nous avons imaginé une manière d'être chaque jour avec eux, de goûter leurs plaisirs, de partager leurs sensations. Cette manière sera encore an préservatif des ccueils qu'ils pourraient rencontrer snr leur route. Chaque soir, avant de se livrer au repos, mes fils viendront s'entretenir avec nous, avec leurs mères, leurs épouses, leur famille. Chacun- d'eux, sans les communiquer, recueillera ses souvenirs de la journée. C'est ainsi que sans prolixité, ils présenteront le narré de leurs actions, de leurs discours, de leurs sensations; en sorte que nous suivrons tons leurs pas, nous partagerons leurs ennuis et leurs jouissances, et nous posséderons à la fin trois relations exactes dn même voyage. Les trois numéros nous seront envoyés tous les quinze jours. Avec quel intérêt ne seront-ils pas lus et relus ! Je nourris l'intime conviction, que la candeur et la sincérité se peindront dans chacune de leurs lignes. Quoique éloigné d'eux, le cœur paternel pourra encore leur transmettre les conseils que lui dictent son expérience et sa prudence. Comme le terme de quinze jours serait trop long pour demeu-
Cooyk
— tu —
rer sans nouvelles, il nous parviendra dans l'intervalle une lettre de l'un de nos chers voyageurs, qui nous en apportera et qui nous indiquera le lieu, où nous pourrons adresser nos réponses. Voici l'itinéraire de leur route, qui pourra toutefois subir des changements selon les circonstances : Grand-Rocher, Lyon, Paris, Londres, Dublin, Ediipbourg,"Anisterdam, Hambourg, Copenhague, Stockholm, Pétersbourg, Moscou, Varsovie, Konîgsberg, Berlin, Leipzig, Dresde, Prague, Vienne, Presbourg, CoDSiantinople, Smyrne, l'ancienne Grèce, Malte, Messine , Naples, Rome, Venise, Florence, Gènes, Milan , Turin, Nice, Marseille, Barcelone, Madrid, Cadix, Lisbonne, Bordeaux, Grand Rocher.
Ta vois que notre chère Suisse n'est pas comprise dans ce tracé de voyage, parce que c'est une promenade projetée en famille et laissée à dessein en réserve. Quoique nos voyageurs aient des recommandations expresses pour toutes les capitales, ce n'est vraisemblablement pas là qu'ils feront les séjours les plus longs. Dans la nomenclature ci-dessus, tu observeras diverses villes qui n'offrent rien d'intéressant à observer ; aussi l'apparition qu'y feront nos amis sera- t-ellc fort courte, tandis qu'ils s'arrêteront dans, toutes les localités qui leur présenteront quelque chose de vraiment remarquable à étudier, de quelque nature que ce soit. Ainsi, un simple hameau pourra les retenir davantage qu'une grande cité. Ce n'est point pourvoir des villes que mes fils voyagent, mais pour connaître ceux qui les habitent, pour acquérir de l'expérience
et un fonds inépuisable de souvenirs gracient et illnt siructiou pour leurs enfants. Avancés an point on ils le sont, avec leur pénétration et leor sagacité naturelles, parlant la plupart des langues des contrées qu'ils vont parcourir ; aidés des connaissances, des directions et des lumières de leurs deux guides qui en ont de fort étendues; ne donnant riqn qu'au vrai beau, enfin a ■'essentiellement bon, aux plaisirs purs, leor temps sera très-utilement employé, et pour eux pea de joan seront plus profitables que des années ne le seraient pour d'antres. Mes fils reviendront avec les avantages inappréciables d'hommes qui auront pu joindre à un naturel heureux des soins les pins soutenus. Cette conviction est la seule qui me console et m'encourage; c'est elle qui adoucit pour moi les regrets -d'une si longue absence.
jSjfttri à £>opt)it (')•
Qu'est devenu le bonheur, ma Sophie? Il ne nous en reste plus qu'un fugitif et douloureux souvenir... Oh! ma soeur, pourquoi n'as-tu pu entendre les gé-
' (1) 11 n'oit pat inutitn do rappeler an leMeur que UW MU» «orient delà plume de jeunet gcui dont le cour etl Tiramaat prévenu pour celle* à qui elles lont adressée».
Noté de t Editeur.
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- «S anasemenls plaintifs (pi échappaient de mon cœur à chaque pas qui m'éloighait de loi?., jous ceux qui augmenteront encore notre séparation, sont destinés à la souffrance. C'est en vain qu'on nous crek séparés, c'est en vainque j'étais à Lyon et que je sais maintenant à Paris; mon âme est au Grand fiocher, c'est là qu'elle puise de nouvelles forces, qu'elle retrouve de la félicité.. Le ci-oirais-tu, Sophie? jadis une de- tes larmes m'eût rendu l'homme le plus terrible . Pour te consoler ou te venger, j'aurais tout osé. Pour l'éviter même l'apparence d'un chagrin, j'en* offert le sacrifice de mon existence. Eh bien! maintenant, mon amie, je les savoure ces larmes. Ce sont elles qui font mon bonheur et ma plus douce félicité. Elles sent une rosée de délices pour moi. Jamais, non jamais, Sophie ne fnl aussi belle aux yeux de son Henri, que quand elle a versé une larme sur son absence.
A Parts abondent les femmes aimables ; je crois qne nulle part ailleurs on ne saurait trouver réunies a un plus haut degré les grâces de la personne à celles de la toilette, et un esprit vif à des manières aisées; mais, Sophie, c'est tout; La véritable beauté de l'âme leur manque autant qu'une vraie solidité dans -le raisonnement. Les plus accomplies d'entre •lies sont éloignées de la perfection dé mes sœurs... Sophie, qui pourrait entendre l'expression de ta voix sans être ému jusqu'au fond de Came? Qui pourrait voir sans trouble ees veux, cette taille, cette chevelure, mais surtout celte timide modestie qui embellit
par-dessus i oui ma Sophie?.. Cependant, eern qui te connaissent -ainsi n'ont encore aucune idée de tes précieuses perfections... Ils ne soupçonnent point Î3 bienfaisance de ton âme, ta bonté de ton cœur, la générosité de les sentiments. Vainement cherches-»» à voiler les grâces de ton esprit, comme celles de ta personne; mille traits enchanteurs en émanent.
Tu vois, mon amie, si je suis avec toi. Non, je ne t'abandonne pas un seul instant; j'épie tes mouvements, je te vois soulager dos mères et consoler noire excellent père par testat-esses.
Si vous vous réunissez Espérance, Julie et toi, pour une promenade, c'est pour vous entretenir d'heureux mortels, et ces êtres qui vous sont chers souffrent cependant. Visitez-vous la chaumière de l'indigent, on vous y a demande de nos nouvelles, et vous .tous êtes trouvées payées an centuple du léger service que vous venez de rendre... Il n'y a pas jusque dans ta prière à l'Etre Suprême que je ne te suive... Quelle tendre sollicitude le porte à l'implorer en faveur de tes frères absents !.. Sophie, Sophie, si je t'oubliais un instant, je mériterais do ne plue voir le jour... l'oublier! Non, je ne le prononcerai plus ce mot qui m'indigne contre moi-même... Il faut vivre pour le bonheur... Ces trois années, ma Sophie, prendront fin, quoique lentement, et alors, félicité céleste, tu viendras habiter avec nous. Tons les instants -de notre vie seront employés à consolider notre bonheur muuiel;ma sœur, n'est-ce pas là aussi ta pensée? Je lis' dans tes jeux, la jpjo : douce et timide que celle espe-
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rance enchanteresse y fait briller. Elle me rend si heureux, qu'elle embellira les moments que je passerai jusqu'au retour de ta réponse. Adieu, mon unique amie. . ■ .
fljenri a Sophje.
Oui, Sophie, espérance et fidélité, telle sera notre devise. La première soutiendra mes forces, auimera mes travaux et réjouira mon cœur accablé sous le fardeau de l'absence. L'autre appartiendra à tous les temps et à tous les lieux. Ne serait-ce pas, ma précieuse amie, nous faire outrage à l'un et à l'autre que de nous supposer capables d'un parjure ! Oui, bonne sœur, c'est ainsi que nous voyageons. Nous n'avons pas de chevaux pour traverser rapidement une chaîne de contrées qui se succèdent, sans laisser d'autre im- : pression que le souvenir d'y avoir passé. Nous marchons beaucoup, et dès qu'un site remarquable frappe, nos regards, nous nous y arrêtons avec intérêt. Nous. entrons volontiers dans la cabane du villageois, c'est là qu'à l'ombre d'antiques arbres nous nous plaisons, à faire un repas frugal, assaisonné de toutes les- saveurs de l'appétit. Notre familiarité met nos hôtes à
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leur aise; nous parions de leur position, de lettr famille, et quelquefois uons avons le bonheur d'élre utiles. C'est alors qu'il est doux de songer à Sophie.
Lorsque nous rencontrons une nature riante, nous n'abandonnons point ee sile favorisé sans eu garder un souvenir. Nos crayons , nos pinceaux sont bien vite dépaquetés, et nous voilà fixés pour quelques heures dans l'agreste asile. C'est pour dos amies que nous travaillons; le cœur conduit la main, tandis que les grâces nous favorisent. Le soir, le toit hospitalier nous abrite ; nous acceptons notre couche, ne fut-elle que de paille fraîche, et nous reposons là souvent bien mieux que lesibaritedans la plume.
Nous avons soin de prendre les trois points de vue les plus gracieux ; parfois alors nous sommes éloignés les uns des autres. ..Une impatience bien naturelle nous agite jusqu'au moment où nous nous retrouvons... Mille idées ont surgi que nous avons besoin de nous communiquer. Sophie, saurais-tu me dire sur qui ont reposé nos pensées ?. . Lorsque nous pouvons travailler d'un même point, que nos entretiens ont de charmes ! Le temps fait d'une aile rapide ; nons avons fait nn ouvrage considérable ; cependant, nous ne nous sommes occupés que d'un seul objet, mais combien II est doux d'en parler 1 Une illusion amie nous transporte auprès de ce que nous avons de pins précieux au monde... Ce n'est qu'une vapeur de félicité, nons en convenons; mais qui pourrait, sans la plus noire ingratitude, repousser une main parée qu'elle n'offre qu'un léger bienfait?
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Mon «Aie, je ne' te parierai pu de notre présentation à IX. MM., parée que lu en auras la tous les détails dans nos journaux ; il lue suffira 'de te dire que je se voudrais pas d'une couronne sans le coeur de ma Sophie. Mous nous préparons à nous éloigner dé cette grande capitale. Nous n'y aurons pas fait un aussi long séjour qu'à Paris. Cependant nous n'avons rien laissé de curieux ni d'intéressant en arrière. Nous languissons rfo nous revoir dans la campagne, pour y retrouver le soleil et nos doux entretiens.
Nous visiterons deux terres de Milord, de le nous fierons une petite excursion dans l'intérieur du pays; mais 11 nous est interdit de lever le plus petit croquis de ces contrées.... Sophie, quand un jour nous les vliHwons tous ensemble, nous ne nous écrierons plus etpèrmcé et fidélité; alors notre devise sera union tl
muni.
aifrt* à atlfarl».
Gland-Rucher, icpiemfcre.
Ce n'est qu'en nons occupant de nos voyageurs que nous apprenons à supporter leur absence. Je 1 leur ménage une surprise qui peut-être ne leur sera' pat désagréable.
Depuis loog-.iemps j'avais iracé le plan; d'une espècede musée propre a entretenir dans nos familles le souvenir du passé, en conservant pour l'avenir les monuments qui nous en restent et qui nous parviennent chaque quinzaine. Dans ce bai, j'ai choisi l'endroit du bois qui vient aborder au lac, parce que là règne une élévation en forme de terrasse, sur laquelle existait un pavillon de charmille que j'ai fait arracher, ainsi que tes arbres qui se trouvaient sur une surface de six toises en carré.
Sur ce tertre , on a construit un temple carré de vingt-quatre pieds en tous sens, en sorte que trois faces sont dans les arbres et la quatrième se présente au lac et. aux montagnes de Savoie. L'édifice repose sur une base ayant quatre marches qui l'exhaussent d'environ deux pieds au-dessus du sol et s'étendent à quatre pieds au-delà du bâtiment. Il demeure ainsi, depuis l'extrémité des marches jusqu'aux arbres, on espace de huit pieds, garni d'une -pelouse aussi douce qu'unie. Derrière le temple et en face de la porte principale, est une allée qui tend à celle deBellevae au Graod-Rocher.
Chaque face présente un péristyle de quatre colonnes. Il y en a donc seize en tout; elles sont de marbre veiné rouge du Valais, et se détachent fort bien sur un fond de marbre gris veiné bleu . Le fronton du cote du lac porte ces mois : Aux arts-; celui de la face opposée : Un père à ses enfants ; aux façades latérales, sur l'une : A t 'amitié, sur l'autre : Aux souvenirs. Ces quatre frontons encadrent une coupole couronnée
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d'une lanterne assez spacieuse pour fournir un jour. suffisant dans l'intérieur. .
Jamais construction n'offrit pins de simplicité ni plus d'élégance. D'ailleurs la position de ce petit monument est unique par la beauté de la vue . Les arbres majestueux qui l'entourent semblent s'enorgueillir de sa présence, el ne se trouver là que pour l'embellir encore davantage. ■ ■ ■
Maintenant passons à l'intérieur. Sur les panneaux se trouvent quelques- morceaux de tout ce qui est sorti du pinceau de mes enfants ,. depuis leurs premiers essais et d'époque en époque. Ce qu'ils termineront pendant le cours de leurs voyages y sera déposé également. Le. surplus trouvera place dans des portefeuilles de secours. Ces souvenirs viendront égayer, leur vieillesse. Eu entrant dans cet asile, ils se rappelleront leur père, qui l'éleva pour eux...
Tout l'intérieur du temple est passé en gris de perle, ainsi que la coupole. Je n'y ai admis ni peinture, si sculpture ; des arabesques en marbre blanc , mais très-légères, séparent seules la partie plane de la courbe. Au centre de cette pièce, s'élève un autel, cir? culaire ; cet autel se termine par trois tablettes qui diminuent toujours de grandeur. Sur la première sont les bustes en marbre des neuf sœurs. Au-dessus, c'est-à-dire sur le second degré, se trouvent les trois Grâces, enfin Apollon en pied snrmonte le tout. Le corps de l'autel se divise en six parties, trois pleines el trois vides. Les trois pleines, ou surfaces, sont ornées de bas-reliefs. Le premier se compose de trophées
de musique ; le second, de trophées de peinture ; le troisième, de trophées d'agriculture. Les trois vides, recouverts d'un rideau de soie, renferment des étagères ; c'est là que les journaux de voyages , proprement retiés, seront déposés pour tous les temps. Comme ob ne saura i t placer des tableaux que depuis environ quatre pieds au-dessus du parquet, on a placé des causeuses et desarmoires vitrées qui occupent alternativement cette place. Ces dernières renfermeront des ouvrages en bois, en corne, en iroïre on en écaille, qnî furent travaillés par mes fils; ceux en jone et en osier, les leurs artificielles, les broderies, y trouveront aussi leur place.
Alphonse, M. John et mon digne père, m'ont beaucoup aidé dans ces travaux , ainsi que pour les embellissements extérieurs. On rencontre, sans avoir besoin de les chercher an loin, de belles fleurs et des places délicieuses, où naissent les pins douces rêveries. Charles, quand je conduirai mes petits -fils ver» ce temple, je leur dirai avec autant de joie que d'émotion : Mes enfants, soyez vertueux comme ceux qui vous donnèrent le jour; imitez-les, et l'Etre Suprême vous bénira comme eux.
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4«tri à Bopljir.
Est-Il donc ai nécessaire, ma précieuse Sophie, pour arriver an bonheur, d'aller au loin en chercher la rouie? Ab! faudrait-il perdre la vie lorsqu'on a )a perspective d'être le plus fortuné des hommes?... Oui, ma sœur, je partagerai avec toi tonte l'horreur «fun moment d'angoisse. Je chercherai à te rendre tout ce que l'effroi d'un prochain trépas a de terrible. . . Mais promets-moi de ne pas t'effrayer, puisque noua sommes loin do péril, tous bien portants et nous dis* posant, avant que les froids augmentent, de visiter l'intéressante contrée dans laquelle nous nous trouvons.
Nous avions parcouru les- comtés les plus- pittoresques de l'Angleterre, gravissant dés montagnes arides, on traversant des plaines fertiles. Habitant alternativement la rustique chaumière et le somptueux château, et nous écriant souvent : Pourquoi nos amies ne sont* elles pas ici, pour jouir de cette belle nature?
Nous franchîmes le canal de Saint-George; le veuf étant favorable, bientôt nous fûmes en Irlande. Siteslabitanls de l'Angleterre surpassent h» Irlandais dans
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les arts, les sciences, les manufactures et le commerce, l'Irlande elle-même est bien supérieure à l'Angleterre pour la végétation. Toutefois, notre séjour y fut court, ainsi que dans les âpres sites de l'Ecosse. Je t'avouerai que ce fut avec nne véritable satisfaction que je vis arriver le moment de nous embarquer pour le continent. II me semblait que je serais moins séparé de toi quand un bras de mer n'agiterait plus ses flots entre nous. Toute idée de rapprochement en est une de délices pour ton frère. Juge, mon amie, quel effet, doit produire sur lui la direction opposée.
Le cœur plein de ion image, un temps magnifique pour la saison, un vent d'onest qui nous promettait une traversée prompte et heureuse, topt nous portait à la gatlé ; aussi jamais départ n'eut lien sous des auspices plus agréables, plus favorables. Les cotes de l'Ecosse fuyant rapidement, nous les perdîmes bientôt de vue. La mer nous éprouvant peu, nous nous entretenions du Grand-Rocher, où peut-être on s'occupait aussi de nous. Nous ne lardâmes pas à nous apercevoir que le vent était tombé et que nous n'avancions plus.... Ceci ne dous inquiéta guère, puisque ce n'était qu'an relard.... Bientôt soufflèrent des bourrasques du sud, qui d'abord uous firent reprendre route, jusqu'au, moment où elles nous devinrent absolument contraires, et si violentes, qu'il fallut amener toutes. les voiles.. La mer prit une teinte poire. Le capitaine, homme ferme et courageux autant qu'expérimenté , nous annonça une tempête; il ajouta qu'il espérait
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qu'elle passerait sans danger pour nous. H donnait ses ordres avec un calme étonnant; ta manœuvre s'exécutait avec précision, les blasphèmes continuaient de partir de toutes les bouches des marins.... Cependant l'impétuosité du vent élevait à une grande hauteur les vagues blanchies; elles frappaient avec foreur notre frêle bâtiment, porté bientôt, dans les nues, on plongé dans les abîmes. Le vol difficile' des oiseaux, leurs cris lugubres, le mugissement des flots, le sifflement de l'orage, la vivacité des éclairs et les coups sourds de la foudre, présentaient incessamment une scène d'horreur...'.. Les matelots avaient cessé de jurer; pâles comme la mort, ils poussaient des gémissements, ou bien gardaient te plus morne silence à chacun des chocs violents que recevait notre vaisseau. Aussi à chaque craquement précurseur de la mort, nous attendions-nous â être engloutis. .. Sophie, si la vie me parai précieuse un jour, c'était an moment de la perdre.... Fallait-il périr si jeune avec tant de félicité en perspective ? Devais-je ne te revoir jamais, toi que je chéris plus que l'existence ?... Nous attendions avec résignation le coup de la faux meurtrière, déjà nous nous étions embrassés, lorsque nous famés lancés avec violence contre un banc de sable. Le choc fut terrible, trois ouvertures se firent! an bâtiment^ mais il 'n'y entrait que peu d'ean. Ce que nous imaginâmes élre la crise fatale, fut celle de notre salut. Nous avions chassé sur nos ancres, elles nous tinrent fermes...: Avec quelle onction n'adressames-nous pas des actions de -grâces àTArbltre Suprême des desti- '
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nées, quand, après quinze heures de stationnement,' Boas vîmes renaître le calme! La nature, en redevenant belle, fit rentrer la tranquillité dans nos cœurs, et nous permit d'achever sans autre accident noire traversée. Ce trajet dora huit jours; nous en aurions employé au plHs quatre, ai te vent eût continué a nous être favorable. Ma Sophie, depuis ce terrible événement, je t'aimerais davantage si ceht était possible. Il est certain qu'on ne connaît bien te prix d'un objet chéri} qu'après avoir couru le danger de le perdre..! Sophie, ton frère respire et ne respire que pour te plaire ; il est donc mi heureux de ce monde.
fym à Sophie.
Saiûl-Péietstourg-
Quci est doue ton pouvoir sur von être, enchanteresse que tu es? Chacune de les lignes, chacun de tes mots .est' un talisman magique, qui embellit tous les objets qni m'entourent et fa» rend intéressant» à mon coeur....- Je crois avoir saisi le peint de force de cet instrument ; c'est qu'après avoir lu tes lettres, je sais si pénétré de la beauté et de l'excellence de celle qui les traça) que j'en prête une tenue 1 tout ce qui frappé ma vue. Sophie, ouest Hum pins heu-
rewrqoe moi, puisque ton cœur se bat que pour ton Henri ? Ah ! que le sien cesse d'avoir dn mouvement, s'il venait à soupirer pour une autre que ma soeur !
Aimable amie, combien les occupations sont doutes et intéressantes , et combien de charme les embellit! Ton ami, errant et fugitif, t'accompagne sans cesse. Il unit le repos à ton image, et il -cherche à conserver cette dernière dans les songes qui vont Vagimr gracieusement en succédant à ses pensées»... Souvent la réalité du matin demeure bien loin en arrière des bienfaisantes illusions de la nuit, où jeté voyais sous les traits d'un ange répandre la joie sur mut ce qui t'entoure...; Sophie, j'implore l'Eternel pour qu'il t'accorde une journée de bonheur 1 et de félicité.
Mon amie, je ne snis pas toujours heureux. La grande distance qui nous sépare répand un nuage sur toutes mes idées. Il faut alors que je recoure a ta dernière lettre, quoique je la sache par cœur; ces caractères chéris produisent aussitôt leur effet. Sophie, depuis que nous ne nous sommes ras, les arbres se sont parés, la nature entière s'est embellie, mais ton frère n'en n'a pas joui à tes cotés. Ce n'est point avec toi qu'il a été ému à l'aspect du lever du soleil, à la contemplation de la voûte éthérée, brillante de mille feux.... Nous n'avons point lutté de tendresse auprès de nos mères, pour savoir qui de nous les chérit davantage. Mon amie, redouble de soins, auprès d'elles pour qu'elles ne remarquent pas notre absence... Mais, Sophie, cetui belle nature dont
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je le partais, s'est voilée 4e nouveau; toute celle magnificence a disparu, et ie eiel et redevenu nuageux
comme mon coeur. ■.,'..
Malgré les ennuis qui m'oppressent , je ne puis m'empécher de reconnaître que les privations, ont
aussi des charmes secrets qui naissent d'elles
Oui, la précieuse espérance de se retrouver, la riante perspective de ne plus se séparer, n'ont-elles pas de quoi adoucir l'amertume de ces temps d'épreuve? Sophie, combien, mes frères et moi, nous serons heureux, quand de nouveau nous entendrons ie bruit de la porte de fer du parterre, qui nous annoncera l'arrivée de nos sœurs, de ces sœurs qui porteront peut-être alors d'autres titres beaucoup plus doux encore !... Précieuses émotions du cœur, sensations uniques de l'âme ! ab Maissez-moi goûter dans votre réunion quelques-uns des charmes de celte. félicité à venir. Puisses-tu, ma Sophie, en attendre l'accomplissement avec autant de joie que ton Henri ! .
aifireîr a (Elmrlca.
Grtnd-Baoher, mat.
Je suis persuadé, mon ami, que de tous les journaux que je l'aï fait passer jusqu'à présent, aucun ne
Cooyk'
t'aura intéressé davantage que celui que je t'adresse aujourd'hui. Les réflexions philosophiques el critiques qu'il renferme sur l'empire de Russie , sur son élévation jusqu'à ce règne brillant de gloire , enfin sur le caractère des Busses, sur leurs usages .et leurs mœurs ; cet ensemble offre quelque chose de neuf et de curieux.
Charles , croirais-tu que ces courages intrépides ont bravé des froids presque insoutenables, pour dessiner des contrées couvertes de glace? Ces. dessins sont du plus grand prix pour moi. Mes fils ont étonné les Russes- eux-mêmes par leur air acclimaté. J'aurais voulu voir dans ces âpres contrées, ces poupées modernes, produits de l'éducation actuelle, auxquelles on épargne jusqu'aux plus légers changements de température, et qui en résultat ne sont que des femmes déguisées en hommes. Sous peu nos voyageurs passeront dans des régions plus tempérées, puis chaudes; mais je ne redoute aucune transition pour eux. Milord et Théodore nous marquent que ces jeunes hommes ont pris un air de force beaucoup plus prononcé.
Nous commencions de goûter les charmes de la campagne qui ont tant d'attraits au Grand-Rocher, quand je reçus de Leurs Excellences l'invitation de me rendre à Berne sans perdre de temps. J'aurais «ru manquer à tous: mes devoirs en n'obéissant pas. Je partis avant-hier à quatre heures du matin; hier j'arrivai à Berne à la même heure. Après quelques heures de repos je me rendis auprès de H. de ***, qui me serra dans ses bras en me disant : Je ne vous aime pas.
meios comme un frère, quoique vous n'ayez pas voulu l'être ! Tu sortis joui comme moi de toutes les caressas qmt me prodigua celle aimable famille. Dès que non* fumes seuls, je demandai à H, de*** la raisoo de ara venue. Vous l'apprendrez ce malin au sénat. C'est -la en effet que je sus que le canton do Berne avait besoin d'une personne de confiance pour ose pressante mission en France, et que la République voulait me confier se» intérêts.,. J'alléguai aussil&t mon absolue incapacité en fait de diplomatie; mais on ta» met raisons de modestie outrée, et malgré moi j'ai été obligé d'accepter une commission aussi déifcaie qa'épiirease. Pouvoirs et instructions, tout me fat remis dans ta matinée, et ce n'est qu'avec quelque difficulté qu'où m'a accordé de repasser an Grandfiocber. Je quittai Ëeroe hier ù quatre heures après midi, et je me retrouve ici depuis trois quarts d'heure. En sorte que pendant que nos dames font leurs malles, puisque je les emmène avec moi à Paris, j'ai le temps de l'écrire pour te prier de m'adresser tes lettres directement dans cette capitale, sons couvert de MM. H. F.
Mon père et ma mère ne «trient absolument pas se joindre à nous. ' ■ ■
Fais -des vœux, mon cher ami, pour que bieWftt je sois délivré de la responsabilité que j'assume, et surtout pour que ma mission ait ane issue convenable.
- Qhlquejesaisfaenrenxde pouvoir procurer cette distraction à Lanre, dont ta tristesse résiste à toute
Cooyk'
tentative de consolation. Adieu, je t'annoncerai nom retour avec bien plus de plaisir encore, que je n'éprouve de regrets eu te mandant noire départ de ce cher Grand-Rocher.
$rttri à Sophit,
■ Laissons, charmante amie, oui, misions aux Moscovites leurs glaces presque éternelles et leur taxe asiatique; laissons ces contrées affligées, d'un hiver sans fin, qui cependant a des charmes pour leurs habitants, mais qai nesatirsieat réjoUir.cBitsd'Un climat rplus fortuné, dont déjà nous nous somme* rapprochés do bien des centaines de lieues.
J'ai goûté de deux plaisirs ces derniers temps s d'abord , de la manière rapide arec laquelle on voyage; ensuite, en franchissant les frontières de la flossie, de me trouver de onat .jours plus près du 4ermc fixé pour le retour....: Sophie, n'est-ce rien que cela? . ', ■;: ■; ■•.
La nature déjà épanouie offre la nouvelle végétation dansioutesa fratcheor; elle parfume l'nîr en le purifiant; nmis nous ne pouvons pas dire qu'an site heureux,
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qu'un paysage Haut, nous retienne a chaque pas. Ce n'est pas ici que la nature grandiose aime à se montrer dans toute sa beaoté. Cependant je ne dis pas qu'elle en soit dénuée, mais l'heureux habitant de la Suisse, et en particulier celui du pays de Vaud, qui n'apprécie pas toujours son bonheur quotidien , apprendrait à faire une différence s'il se trouvait transporté ici... C'est en vain qu'il y chercherait ses eaux jaillissantes, pures comme le cristal, ses eaux d'une riche abondance et d'une salubrité parfaite. C'est en vain qu'il y chercherait ses montagnes si belles, cultivées jusqu'à leur sommet, enfin son beau lac. Mais, Sophie, ce que j'ai vainement cherché dans le voyage que nous avons fait jusqu'à ce jour, c'est de trouver une personne qui eût de tes traits, quelques-uns des charmes irrésistibles qui accompagnent les contours de les vêtements... Peines infructueuses!.. Il n'y a qu'une Sophie... Est-ce la modestie de sa personne ou son âme pudique que j'admire le pins en elle, comme en mes deux antres sœurs ? voilà ce que je ne. puis définir, mais il existe en loi un ensemble qui m'enchante et me transporte, qui me rend le plus fortuné des hommes- Mille fois, en parcourant les délicieuses promenades qui entourent cette ville, j'aurais désiré t'avoîr à mon bras. Mais non, Sophie, il valait mieux encore que tu demeurasses comme la rose, cachée dans la forêt. Ta présence eût rendu les hommes idolâtres. Ici les femmes sont en général loin d'atteindre à la beauté; leur richesse fait leur gloire, mais le bon-
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heur gtl-il uniquement dans la fortune et l'éclat qu'elle répand?
On nous fait espérer une contrée infiniment plus belle et pins pittoresque dans les environs de Dresde. Nous serions partis ce matin, si nous n'avions voulu prendre deux vues des jardins anglais. C'est la plus belle partie de ces promenades , quoique la moins fréquentée. Tu la préférerais, ma Sophie,' ne fût-ce que pour jouir du chant des rossignols qui l'habitent, et dont lès accents plongent le promeneur solitaire dans une agréable rêverie.... Ha sœur, je suis ce solitaire ; j'espérais recevoir de tes lignes à Berlin, mais après avoir quitté cette capitale, j'ai dû franchir tristement la route jusqu'ici... Si je quitte Leipzig sans en recevoir, plus de plaisir alors jusqu'à Dresde... N'éprouves-tu aucun remords de me faire souffrir ainsi?... Adieu, mon unique, mon éternelle amie.
Tti&ti à <tharle»v
Grand-Boeher, juillet.
Je ne saurais le dissimuler, oh ! mon ami, j'ai plus de bonheur que de mérite, et peut-être aussi pour* ma
. -tranquillité future, ai-je trop bien réussi dans ma mission... C'est ce que dévoilera l'avenir.
Charles, hoc quelle satisfaction ne nous ■ nous pas éloignés de ce tumulte des grandes Villes, «jui noas est devenu toiu-à-fait étranger, pour retrouver la tranquillité et le silence du Grand- Rocher ! En revenant, nous sommes tous arrivés à Berne, où nods avons passé huit jours.. Nous n'avons toutefois accepté qu'à la condition que nous emmènerions nos aimables Adélaïde et Cécilia au Grand-Rocher pour y passer le reste de la belle saison. L'absence de nos fils et nos vives instances ont fait que l'on n'a vraiment pas osé nous les refuser. Je te laisse a- juger de ta joie de ces demoiselles.
On allait commencer les moissons; elles sont belles, ce sont pour nous des jours de fêtes. Hais, un motif plus grave exigeait mon retour, c'est l'administration des biens considérables de Théodore, qu'à sou départ il déposa ea mes mains. Il n'a point suivi la même marche que moi, c'est-à-dire qu'il a conservé constamment en portefeuille la plus grande partie de son actif, en sorte que ses revirements me donnent une grande occupation. J'avais partagé entre dix maisons de banque -tes seuls effets tombant en échéance dans le courant de trois mois, afin de pouvoir vaquer plus librement à ma mission. J'ai agi ainsi, afin que la somme du dépôt fait en ces mains étrangères foi moins compromise, puisque chacun de ces dixièmes équivalait déjà à une honnête fortune.
Une personne dont je ne t'ai point parlé, mais à laquelle notre présence à Paris causa une vive joie, fut notre jeûna capitaine. A peine eut-il la uonveHe
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fie notre. arrivée, qu'il accourut. Il ■ conservait: un peu è& confusion, suite de nos premières relations ; j'a* rais appris que (ouïe sa conduite était digne d'ékiges. j'altai à lui et nous nousembrassâmes... Très- ému, il bégaya. quelques mots de gratitude, d'excuses, que j'interrompis en lai disant -Le passé est trop éloigné de nous 9 ce n'est que du .présent et de l'avenir que sons voulons nous occuper; êtes-vous satisfait dé votre position actuelle ? Quels qu'eu soient les avantages et les agréments, répondit ce jeune homme, je ne saurais éprouver de vraies jouissances que dans l'accomplissement de mes devoirs.; puisque- mes joies sont à Citicie, daignez m'en donner des nouvelles, car j'eb manque depuis phi s de quinze jours. ■ ■ Sa première visite fut courte, mais il la renouvela fréquemment. De chaque part j'apprenais qu'il est bien accueilli partout, même dans les maisons de pre- Ùjîer rang. Il a sollicité d'être notre conducteur, et comme il connaît fort bien Paris, il n'y a rien d'un peu curieux que nous n'ayons visité. Il conservait l'espoir d'être incessamment avancé.' Je n'eus pas besoin de lui demander s'il désirait revenir en Suisse. J'écrivis à M. de*** pour lui demander si mon jeune protégé ne pourrait pas entrer au service du canton de Berne. La réponse de M. de *** a été favorable, mais le colonel du jeune officier ne veut lui accorder son congé que dans deux ans. En répondant à M. de ***-, je lui ai cité l'obstacle qui s'oppose. Ce ' qui semblait contrarier nos vœux, sera justement €«■ qni servira à les combler, puisque pour celte époque i. h. ia
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il y aura une place tarante dans le génie et qu'elle Ufi i été accordée. Celte agréable nouvelle.. m'est précris sèment parvenue le jour de notre départ, en sert* qu'en lui recommandant de la persévérance, je lot ai annoncé quelle serait la récompense de sa bonne conduite. Jamais joie ne fut semblable à la sienne, je crus un instant qu'il en perdrait la tête. IL ne noua a point vu partir sans chagrin, et l'homme qu'il re« doutait si fort, contre lequel il était si fâché, est maintenant celui à qui 11 épanche son cœur et demande des conseils.
J'arrête, mon ami, pour te laisser le loisir de prendre connaissance des divers journaux joints à celle-ci. Le dernier est de Presbourg. Les habitants de Chazy sont au mieux, ainsi que tons ceux do Grandnocher.
' $fnti à 0upt)ic.
Conttanl inapte.
Eu vain les fatigues d'un voyage long et pénible épuisent-elles les forces; elles ne, sauraient diminuer le courage de l'homme, affaiblir son esprit, ni éteindre'ses'sentiments. Chaque jour avec mes frères nous
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eu faisons l'expérience. Nous avons traversé la fertile Bohême. Il n'y a rien de curieux dans la guerrière Hongrie que nous n'ayons visité. Loin derrière nous sont demeurées les frontières de la Turquie. Les seules beautés naturelles de ces contrées n'eussent pu soutenir nos courages. Ma sœur chérie, il fallait plus que cela, ton cœur te l'a révélé, mais ta modestie te rend incrédule et ta bouche se refuse à le prononcer. Il n'y avait que les traits de celles que nous aimons, qui pouvaient soutenir nos pas chancelants, réjouir notre esprit et ranimer nos forces. Apprends donc, ma Sophie, qu'à tous les instants où je respire, tu es mon ange lutclaire. C'est de toi que peuvent me venir les plus grands biens et les maux les. plus accablants. .. Ton regard vivifiant me soutiendra toujours comme il vient de m'aider à supporter les plus étouffantes chaleurs.
Les vastes forêts vierges qui ceignent la Transylvanie, sont pour beaucoup de gens un sujet d'horreur et d'effroi. Cependant combien de beautés remarquables elles recèlent! Combien le silence de ces lieux est éloquent, qu'elle est profonde l'impression qu'ils laissent! L'épais feuillage dont le soleil du midi ne détruit point l'obscurité ; te bruissement de ce feuillage agité par les aquilons; ces ténébreux fourrés; l'apparition subite d'une béte fauve, ou le cri inopiné d'un oiseau de proie: ces sources de terreur dont peu savent se défendre, ont produit sur. nous un effet tout contraire, parce que vous étiez avec nous. Je te disais : Sophie ! admire ces lieusj loin d« lu-.
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milite des hommes, tout ici est dans une silencieuse harmonie, harmonie d'autant plus louchante qu'elle saisit l'ensemble de notre être... Ces solitudes ne sont cependant pas dénuées d'habitants, des multitudes d'animaux les peuplent, animaux doux qui se laissent d'autant mieux voir et approcher, que les hommes visitent rarement ces retraites.
Nous voilà dans cette antique Bysance, sur les rives du ravissant Bosphore, dont les beautés dépassent tout ce que l'imagination la pins fertile peut se créer de délicieux. Mais combien de difficultés à vaincre pour visiterces magnifiques plages, où tout ce qui nous entoure présente d'autres aspects que ce que nous connaissons. Nous passerons alternativement d'Europe en Asie pour recueillir ce qu'il y a de plus curieux, ce qu'il y a de pins surprenant. Il ne reste que des vestiges de ces âges d'immortelle mémoire.... Tout a été la victime du temps : les moeurs, les lois, les usages, les arts et la religion, tout enfin ce qui illustra ces bords. De celle antique splendeur, il ne demeure de bout que quelques restes épars et des souvenirs.... Nous chercherons, à l'aide de nos pinceaux, a saisir ces ruines que les historiens révèlent, et que l'imagination agrandit. Ton Henri te fera voyager un jour avec lui, dans ces contrées enchanteresses, sans que tu éprouves ni danger ni fatigue. 11 te montrera aussi ces vastes retraites, où sont cachées aux yeux de tous, hormis à ceux du maître, celles qui font partie de la plus belle moitié de l'espèce humaine. Oh ! ma Sophie, combien je trouve in-
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jusie et barbare cet usage de l'Orient! Uupressemenlde .(a main m'annoncera alors que je n'habite plus parmi les sectateurs du grand Mahomet ; que six cents lieues ne me séparent plus de mon amie, mais que je suis au centre d'une famille fortunée; doueeur qu'aucun Musulman ne goûta jamais.
Adieu, Sophie, adieu, celle dont le nom est mille fois plus mélodieux à mou oreille que les accords delà musique la plus suave ne le sont à mon âme. J'ai posé mes lèvres sur ta place blanche à coté de mes initiales; puisse-t elle, si tu la portes aux tiennes, te rendre toute la tendresse de ce baiser-là !
Jjjntrt à Sopljte.
Le bonheur, ma bien-aimée sœur, dépend tellement des circonstances, du nioment, des mœurs, des usages, des notions mêmes qu'on s'en forme, de l'âge de celui qui désire l'acquérir, que la félicité de l'un souvent ferait le tourment de l'antre, et qu'un homme ne saurait être heureux deux années de suite aux mêmes conditions qui firent ses délices. Voilà, chère Sophie, ce que je puis répondre à ta question sur .le
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■'bonheur en lai-même. J'essaierai maintenant de le considérer dans ses effets sur la société; lu me permettras ensuite de jeter un coup d'œil rapide sur ce qui constitue et fera à jamais le mien.
L'homme, pendant l'enfance, met son bonheur dans ses jouets. Ils sont son ambition, sa joie, ses délices et son tourment. On pourrait presque dire qne dé/à 'il est homme fait, puisqu'il prend ces objets de son bonheur avec transport, les brise avec fureur, les repousse, les regrette, les rend, les redemande. Les passions ont pris naissance. Désormais, elles enfanteront ses plaisirs. Bien dirigées, elles en deviennent la vraie source. Demeurées sans frein, elles seront la cause de tous ses malheurs. C'est ainsi qne souvent l'enfant de dis ans est un homme très-précoce, tandis que plus souvent encore, l'homme barbon n'est qu'un faible enfant qui anéantit ses plaisirs comme jadis il brisa ses hochets.
L'enfance trouve les années longues ; l'homme, arrivé à vingt-cinq ans, tes trouve trop courtes. L'amour, en secouant son flambeau, vient embraser ces cœurslà ; mais de quel amour ! Malheur à eux ! l'erreur se découvre trop lard, et fréquemment Une jolie figure forgea de lourdes chaînes, et des devoirs accompagnés de dégoût. On passe ainsi d'illusions en illusions et 'l'existence n'est vraiment appréciée que quand elle échappe. La transition de folles dépenses pour acquérir des plaisirs étourdissants, au désir d'accumuler des trésors, n'est "pas si grande qu'on pourrait le croire. Penses-tu, Sophie, que le vrai bonheur se rencontre
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davantage dans l'une de ces dispositions que dam l'autre? Non, ma bonne amie ; c'est l'homme dont le caractère a changé, et malgré son expérience, il se trompe encore dans les moyens de parvenir à la félicité.
Mais, diras-tu, il est alors bien plus facile de dissertes' sur le bonheur que de le saisir, et l'homme ne Sautait goûter de véritable félicité, puisque des obstacles constamment renaissants tendent incessamment 'a l'en éloigner. J'en conviens; et même dans ces cas l'adversité posséda des charmes. Quel est l'homme, par exemple, qui ne consentirait à être malheureux pour que la «aiu d'une Sophie vint essuyer ses larmes, ou répandre la consolation dans son cœur attristé! ■" Mon amie, c'est en consacrant tous les instants de sa vie à la vertu, qu'on marche au bonheur. C'est en étant entouré d'êtres qu'on chérit, et dont on est sin- «etremeni aimé, que l'en connaît une félicité durable. C'est dans l'exercice de la plus affectueuse humanité ou de la bienfaisance silencieuse, que l'on goûte de vraies 'jetée.... Ah ! qu'elles sont pleines de charmes, les larmes qu'un cœur satisfait force de répandre ! et qui le sait mieux que toi, ma Sophie, si excellente ?
Le bonheur encore, n'esl-il pas le partage de ceux qui s'aiment uniquement, et dont l'étude constante est de faire la félicité l'un de l'autre ?En toi, ma Sophie, n'aurai -je pas la meilleure comme la plus chaste des épouses, l'amie la plus sincère, le consolateur le plus fidèle? Ne seras-tu pas la plus tendre des mères, comme déjà lu es la portion la plus parfaite de moimême et ma gloire enfin ? Quel autre bonheur plus
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loi qui enchaînas et qui enehalnerast.des plus belle? fleurs tous les jours de ma vie. C'est loi qui embellis et qui embelliras mon existence. Sœur, amie, épouse* mère d'enfants qui te ressembleront, je te devrai tout..... Ta beauté peut s'évanouir, s'importe! tu resteras à mes yeux la plus belle des femmes par tes grâces enchanteresses, el bien plus encore par toi âme céleste... Sophie, mon bonheur, c'est toi, rien que toi. Ah! que celui qui veut être heureux cherche une Sophie, ou l'Ame d'une Sophie, .parce que la beauté périssable n'est rien. Et si le bonheur n'embellit point sa carrière, c'est qu'il n'aura pas su choisir, once qu i est plus vraisemblable, c'est qu'il n'existe pas plusieurs Sophîes... ou encore, que le vrai bonheur «ie se rencontre point sur le grand théâtre des sociétés tumultueuses, tuais seulement dans la retraite et au sein d'une famille qui sait le goûter eu silence.