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CHARLES VI AUX ÉTATS DE BRABANT ET DE FLANDRE (I

Les besoins où le met la guerre contre les Turcs l'engagent à leur demander de prêter leur crédit, pour la levée de quatre millions , argent de change, dont les intérêts seront acquittés et le capital remboursé par les princes et états de Silésie. — Cette somme eût pu être levée en Hollande; mais, les états généraux y ayant mis des conditions onéreuses pour les Pays-Bas, il a préféré faire appel au zèle de ses sujets.

Menue, 14 février 1758.

L'Empereur et Roy.

Comme , dans mes pressans besoins, vous avez , en tout

temps et occasion, témoigné votre zèle pour mon royal service, principalement à l'occasion du remboursement des sommes considérables que les Provinces-Unies avoient sur la Marie et autres

(1) L'Empereur avait écrit, le 9 janvier, à l'archiduchesse Marie-Elisabeth, pour que, au moyen du crédit des états de Brabant et de Flandre, soit conjointement, soit séparément , ou de quelque autre corps, ou même des particuliers , elle trouvât à emprunter quatre millions de florins , à l'intérêt annuel de quatre pour cent, qui seraient remboursés en vingt-huit années, sous la garantie des princes et états de Silésie.

La gouvernante appela le conseil d'État à délibérer sur cette communication. La chose parut au conseil sujette à beaucoup de difficultés : il fut d'avis, en tout cas, de la proposer, non pas seulement aux états de Brabant et de Flandre, mais à ceux de toutes les provinces, en réduisant à quinze années le terme fixé pour le remboursement.

L'Empereur consentit à cette réduction; mais il persista, ainsi que la conférence ministérielle, à laquelle il en avait référé, à croire qu'il valait mieux ne négocier l'emprunt qu'avec les états de Brabant et de Flandre. Néanmoins, comme déjà l'Archiduchesse avait convoqué les états des différentes provinces pour le 2-5 février, il écrivit à chacun de ces corps, s'en remettant à sa sœur du soin de négocier l'affaire sur Se pied qu'elle jugerait ie

revenus de mes domaines et finances de mes Pays-Bas, et encore (2) dans cette dernière guerre que j'ai été obligé de soutenir tant en Italie que sur le Rhin , au moyen de contribuer avec promptitude votre quote et part ès aides et subsides ordinaires et extraordinaires, afin de secourir et faire subsister mes armées, et parvenir à une paix qui puisse faire votre bonheur et celui de tous mes fidèles sujets, je ne puis douter que vous ne tâchiez, par tous les soins possibles, de faire valoir Ce même zèle, à l'occasion de la guerre dans laquelle je me trouve engagé contre l'ennemi commun de la chrétienté, pour que jè sois en état de repousser leurs efforts, et de les obliger par mes armes à faire une paix telle qui puisse procurer la sûreté de mes Etats et celle de toute la chrétienté.

Avant que de m'adresser aux états de mes provinces héréditaires des Pays-Bas, j'ai considéré leur situation présente, et la nécessité qu'il y a d'y rétablir mes domaines et finances, le commerce de mes sujets, et de concourir de toutes mes forces à leur bonheur commun et conservation.

Loin donc que ma royale intention soit de vous demander des subsides et secours extraordinaires, ou de diminuer et surcharger les revenus de mes domaines et finances des Pays-Bas , assez chargés d'ailleurs, je me suis adressé aux princes et états de Siiésie, afin que ceux-ci accorderoient un fonds sûr et suffisant pour la levée de quatre millions de florins de Brabant, argent de change, et tel qu'il puisse servir non-seulement pour payer annuellement les intérêts, mais aussi, tous les ans, la quinzième part du capital, en remettant, à cet effet, de trois en trois mois, même toujours par anticipation de trois mois, telle

plus convenable. C'est ce qui explique les variantes de la lettre adressée aux états de Brabant et de Flandre, avec celle que les autres états reçurent.

En définitive, l'Archiduchesse s'adressa aux états de toutes les provinces, et il n'y en eut pas qui refusassent leur consentement.

(1) Le passage imprimé ici en italique fut supprimé dans la lettre écrite aux états de Flandre.

somme qui sera requise pour ponctuellement y satisfaire, et en formant les actes obligatoires sur ce pied.

A quoi lesdits princes et états ayant consenti, et assigné le fonds nécessaire, conformément à mes royales intentions, j'ay trouvé bon d'en donner part à S. A. ma très- chère et très-aimée sœur, pour qu'elle vous fasse assembler , et , par commissaire à députer de ma part, vous proposer de vouloir donner votre consentement à la prompte levée de cette somme, non-seulement pour votre quote et part, mais la somme entière, en prêtant votre seul nom et crédit, persuadé et convaincu, par l'expérience du passé, que non-seulement vous pourrez me rendre ce signalé et important service, mais aussi plus promptement et facilement, que si tous les autres états de mes provinces respectives voudroient y concourir, pour les raisons et inconvéniens dont S. A. S. ma très-chère et trés-aimée sœur vous fera informer.

Je vous dirai donc, seulement, queje n'ai rien omis pour vous donner une sûreté réelle et immanquable sur des fonds dont le produit est plus que suffisant, eu égard que, chaque fois que la nécessité m'a obligé de faire des emprunts de cette nature chez les étrangers, principalement en Hollande, mes états de Silésie et ceux de ma chambre aulique des finances se sont exactement et ponctuellement acquittés de leur engagement, en payant et satisfaisant aux intérêts et capitaux, conformément aux actes obligatoires par eux délivrés.

Par conséquent, et à plus forte raison, notre royale intention est telle qu'avec la même exactitude, les crédirentiers mes sujets reçoivent même plus ponctuellement, s'il fût possible, lesdits intérêts et capitaux, sur le pied d'anticipation proposé ci-dessus, et repris au projet donné par ceux de ma chambre aulique des finances, dont copie vous sera donnée par mon commissaire à députer.

On auroit pu lever et trouver cette somme en Hollande, et j avois même des avis assurés, par mon ministre plénipotentiaire à La Haye, que les sujets hollandois y auroient volontiers employé leur argent, convaincus de la bonne foi avec laquelle mes

états de Silésie ont toujours agi envers eux en pareilles occasions : mais, ayant appris que les états généraux des Provinces- Unies n'avoient pas voulu permettre cette levée dans leurs États qu'à des conditions très- onéreuses et préjudiciables aux sujets de mes Pays-Bas, si avant que de demander des faveurs au delà de celles leur accordées par le traité de Barrière, je n'ai pas hésité d'un moment de les rejeter, et de prendre la résolution de m'adresscr plutôt à mes états des Pays-Bas, et principalement à vous en particulier, persuadé et convaincu, par l'expérience, du passé, de votre zèle et attachement inviolable pour mon royal service, que vous ne manquerez pas de me donner, dans ces circonstances , des marques ultérieures de ce zèle, pour faire connoître auxdits étrangers que ce n'est pas aux dépens et en préjudice de mes fidèles sujets que je suis ou que je sois obligé d'avoir recours à leur crédit

C'est pourquoi que j'ai chargé l'Archiduchesse, ma très-chère et très-aimée sœur, de vous faire instruire de mes royales intentions, de la sûreté et solidité des fonds destinés pour servir d'hypothèque, de la régularité avec laquelle le paiement se fera, même par anticipation, des avantages qui en peuvent résulter à mes états de Brabant et aux crédirentiers en particulier, et des moyens que vous pourrez employer pour, aussi promptement que facilement, effectuer cette importante affaire, eu égard qu'il ne s'agit rien moins que de vous surcharger, mais uniquement de prêter votre nom et crédit pour qu'ayant reçu le paiement exact, de trois en trois mois, vous puissiez faire distribuer les sommes, sur ce pied remises aux Pays-Bas, aux crédirentiers particuliers : ce qui, loin d'affoiblir votre crédit, l'augmentera plutôt, et fera connoître la bonne foi avec laquelle ma royale intention est que le tout soit ainsi exécuté ; persuadé qu'en perdant le crédit de mes propres états, je perdrois en même temps mes propres intérêts.

Il ne me reste donc que d'espérer fermement et au plus tôt une prompte et favorable résolution, et de vous assurer de ma royale protection , reconnoissance et tendresse vraiment pater-

nelle pour tout ce qui pourra contribuer au bien-être commun de mes sujets, et au vôtre en particulier. A tant, etc. De Vienne, ce J 4 février 1738.

CHARLES

Archives de la chancellerie des Pays-Bas : Registre aux dépêches de 1738-1759, p. 15. — Archives des étals de Brabant: Registre aux résolutions de 1738.

¡GV.

CHARLES VI AUX ÉTATS DE LIM BOURG, LUXEMBOURG, GUELDRE, HA1NAUT, NAMUR, TOURNAI, TOURNAïSiS ET MALIN ES (1).

il leur demande aussi leur concours à la levée de quatre millions mentionnée dans la lettre précédente.

Vienne, 14 février 1758.

L'Empereur et Roy.

Comme, dans mes pressans besoins, vous avez, en

toute occasion, témoigné votre zèle pour mon service, principalement dans la dernière guerre que j'ai été obligé de soutenir, tant en Italie que sur le Rhin, au moyen de contribuer avec promptitude votre quote-part ès aides et subsides, tant ordinaires qu'extraordinaires, afin de faire secourir et faire subsister mes armées, et parvenir à une paix qui puisse vous être utile et à tous mes autres fidèles sujets, je ne puis douter que vous ne lâchiez , par tous les moyens possibles, de faire voir ce même zèle, à l'occasion de la guerre dans laquelle je me trouve engagé contre l'ennemi commun de la chrétienté, pour que je sois en état de

(1) L'Empereur écrivit aussi, dans les mêmes termes, aux magistrats des villes et châtellenies du pays rétrocédé.

repousser ses efforts, et l'obliger, par la force des armes, à faire «ne paix telle qui puisse procurer la propre sûreté de mes États et celle de toute la chrétienté.

Avant que de m'adresser aux états de mes provinces héréditaires des Pays-Bas, j'ai considéré leur situation présente, et la nécessité qu'il y a de rétablir mes finances, de favoriser mes sujets, et de concourir, par tous les moyens possibles, à leur conservation et bonheur commun.

Loin donc que ma volonté royale soit de vouloir vous demander, dans cette conjoncture, quoique très-pressante, des subsides extraordinaires, ou diminuer les revenus de mes domaines et finances aux Pays-Bas, assez surchargés d'ailleurs, je me suis adressé aux princes et états de mes pays héréditaires de Silésie, afin que ceux-ci s'obligeassent, en leur propre et privé nom, envers les créanciers qui voudront me fournir une anticipation, par forme de prêt, de quatre millions de florins, argent de change, à rembourser le capital, avec les intérêts de 4 p. °/o, argent pour argent , endéans le terme de quinze années, partagé en portions respectives.

A quoi lesdits princes et états, après que ma chambre aulique des finances leur a assigné et cédé des fonds assurés, pour les en dédommager, ayant consenti conformément à mes intentions royales, j'ai trouvé bon d'en donner part à ma très-chère et très-aimée sœur la sérénissime Archiduchesse , gouvernante générale de mesdils Pays-Bas, pour qu'elle vous fasse assembler et proposer, de ma part , par commissaire à députer, de vouloir consentir à la levée de cette somme, pour votre quote-part, sur le pied qu'il est réglé pour son entretien (1), et ce à 4 p. °/o, argent de change pour argent de change.

Par les moyens et arrangements ci-dessus , vous pourrez clairement connoître qu'il s'agit uniquement de prêter votre nom

(1) C'est-à-dire sur le pied de la matricule établie pour le subside destiné

à l'entretien de la cour de l'Archiduchesse.

et crédit, afin de faciliter cette levée, et non pas de charger vos propres moyens ou revenus, eu égard au paiement à vous remettre de trois en trois mois, par anticipation, pour, après avoir reçu les sommes respectives, les distribuer aux crédirentiers particuliers.

Vous devez d'autant plus être assurés de la sûreté des fonds et paiement exact promis ci-dessus, que , chaque fois que la nécessité m'a obligé de faire de pareils emprunts , sur le crédit desdits princes et états de Silésie, chez les étrangers , particulièrement en Angleterre et en Hollande , ceux-ci ont été exactement satisfaits et payés conformément aux actes obligatoires leur délivrés : par conséquent, et par plus forte raison , ma volonté royale est qu'avec la même exactitude les crédirentiers mes sujets reçoivent, même plus exactement, s'il fût possible, lesdits intérêts et capital, sur le pied ci-dessus marqué.

On auroit pu lever cette somme en Hollande : mais , comme les états généraux des Provinces-Unies ont demandé des conditions si onéreuses et préjudiciables aux intérêts de mes fidèles sujets des Pays-Bas, qu'aussitôt qu'elles sont parvenues à ma connoissance, j'ai pris la résolution de m'adresser plutôt à mes états respectifs de mesdits Pays-Bas, persuadé et convaincu , par l'expérience, du passé, de leur zèle et fidélité, qu'ils ne manqueront pas, dans ces circonstances d'une guerre comme celle à soutenir contre les infidèles, de donner leur consentement, chacun pour sa quote-part, à la levée de ladite somme: les assurant, et vous en particulier, de ma royale gratitude, protection et tendresse paternelle en tout ce qui pourra contribuer à leur et à votre soulagement et bonheur particulier. A tant, etc. De Vienne, ce 14 février 1738.

CHARLES

Archives de la chancellerie des Pays-Bas : Registre aux dépêches de 1758-1739, p. 17. — Archives des états de Hainaut: Actes des étals , t. XLIX, fol. 155.

Il demande qu'ils lui prêtent leur crédit pour la levée de trois millions de florins, argent de change, sous la garantie des états de la Basse-Autriche , afin de l'aider à soutenir la guerre contre les Turcs. — Il entre dans de longs détails , pour les convaincre delà régularité avec laquelle ces derniers états acquitteront les intérêts et rembourseront le capital de ladite levée, ainsi que pour justifier la préférence qu'il a donnée à ce mode de se procurer l'argent dont il a besoin.

Vienne, 29 octobre 1738.

L'Empereur et Roy.

Très-révérends, révérends pères en Dieu, nobles, chers et féaux, chers et bien amez, je ne puis vous donner une marque plus évidente de mon entière confiance en votre zèle, que la persuasion en laquelle je suis que vous saisirez toujours avec joie et empressement les occasions d'être utiles à mon royal service, principalement dans les circonstances qui exigent des dépenses immenses pour la défense et le soutien non-seulement de mes propres royaumes, pays et provinces héréditaires, mais même de toute la chrétienneté contre les forces considérables des Otiomans.

Cet ennemi du nom chrétien ne peut être contraint à la paix 9 qu'en domptant son orgueil par la force des armes, et ce n'est qu'en préparant un formidable appareil de guerre pour la campagne prochaine, queje puis espérer de réduire les Turcs à donner les mains à une paix sûre et honorable : en quoy même mes efforts seroient sans réussite, si mon armée n'est pas mise en état de paroître, l'année prochaine, en campagne, avant l'ennemi.

Je suis trop bien informé de votre situation et des efforts continuels avec lesquels votre zèle vous fait concourir et consentir

annuellement aux subsides et impôts nécessaires pour le maintien de mes troupes aux Pais-Bas, pour la défense et conservation de mesdits Païs-Bas, et pour l'entretien de la cour de madame ma très-chère ettrès-aimée sœur la sérénissime Archiduchesse, gouvernante générale de mesdits pais, pour vouloir vous surcharger par des demandes d'aides ou subsides extraordinaires, à l'occasion de la présente guerre; et, bien loin de vous demander, en cette occasion, toute pressante qu'elle est, des secours qui seroient à charge de mes fidèles sujets, je ne m'adresse à vous, que pour que vous me procuriez, par voire crédit, une anticipation sur des fonds assurez, et procuriez par là que j'aie l'avantage de trouver chez mes propres sujets les anticipations nécessaires, à des conditions moins onéreuses que chez les étrangers, et que mes fidèles sujets aux Païs-Bas aient l'avantage d'employer leur argent sur des bons fonds, et de me marquer en même temps leur zèle par leur promptitude à concourir à cette anticipation.

Le zèle avec lequel vous avez fait les levées des deniers nécessaires au dégagement des postes et du bureau de Ste-Marie , présentement de S'-Philippe, ainsi que de mes domaines aux Païs- Bas, me seroient déjà des suffisants garants de ceîuy avec lequel vous me secourrez présentement , si je n'en voiois pas d'ailleurs une entière certitude dans le zèle parfait de votre concours, en d 755 (1), au subside extraordinaire pour la subsistance de mes armées en Italie et sur le Rhin , lequel n'a pas peu contribué à la conclusion de la paix, et, en la présente année, à la levée de votre quote-part dans l'anticipation des quatre millions de florins, argent de change de Brabant (2), lesquels ont fourni en bonne partie les moyens d'arrêter les progrès des Turcs.

Ces circonstances ne me laissent pas douter un instant du zèle avec lequel vous concourrez présentement aux moyens de me

(1) Voyez ci-dessus, pag. 196, note 1.

(2) Voyez ei-dessus, pag. 205, note 1.

mettre en état de pousser tellement l'ennemi du nom chrétien, qu'il soit contraint à la paix: il ne faut plus, pour cet effet, que les efforts d'une seule campagne, qui, pour être fructueuse, demande que mes armées puissent prévenir les Turcs. Ce n'est qu'à force d'argent que l'on peut atteindre à ce but; et, comme les revenus ordinaires ne peuvent pas fournir à tant de diverses dépenses, j'aime mieux chercher sur iceux des emprunts et anticipations, que recourir à des moyens qui seroient à charge âmes fidèles sujets. Et, comme néanmoins mon intention n'est pas non plus de surcharger les revenus de mes domaines et finances des Païs-Bas, assez chargez d'ailleurs, j'ai trouvé convenir de m'adresser à mes états de la Basse- Au triche, afin qu'ils m'accorderoient leur garantie pour la levée de trois millions de florins, argent de change de Brabant, sur le pied de celle que m'ont accordée les états de Silésie pour les susdits quatre millions.

C'est de quoy j ai trouvé bon de donner part à madame ma trèschère et très-aimée sœur, pour qu'elle vous fasse assembler, et, par commissaire à députer de ma part ( I ) , vous proposer de vouloir donner votre consentement à la prompte levée de cette somme, en prêtant votre nom et crédit, persuadé et convaincu, par l'expérience du passé, que votre crédit est si bien établi, que vous pourrez me rendre ce signalé service. Je me tiens trop assuré de votre zèle, pour ne pas être persuadé que vous voudrez vous charger de cette levée, vous assurant de la gratitude et contentement que je conserve du zèle avec lequel vous avez nonseulement levé votre quote-part de douze cent mille florins dans la dernière anticipation de quatre millions , mais même consenti autres huit cent mille florins au delà de cette quote-part, si celles des états de quelques autres provinces n'auroient pu être effectuées. Je vous dirai donc seulement que, tout comme vous êtes convaincus qu'à l'occasion de la précédente levée, je n'ai rien

(1) Ce fut, selon la coutume, le chancelier de Brabant qui fit la proposition aux états.

omis pour vous donner une seureté entière et immancable, dont vous voyez la réalité, par l'exactitude avec laquelle mes états de Silésie et ceux de ma chambre auîique des finances s'acquittent ponctuellement de leurs engagemens , ainsi qu'ils avoient toujours fait, chaque fois que la nécessité m'a obligé de faire des emprunts de cette nature chez les étrangers, tout ainsi je n'omets rien pour vous donner pareillement, en cette occasion, une seureté réelle et immancable sur des fonds dont le produit est plus que suffisant, et par des obligations, tant de moy que de mes états de la Basse- Au triche, lesquelles, dès que vous aurez pris la bonne, briève et fructueuse résolution à laquelle je m'attens de votre zèle, seront expédiées et. vous seront remises, sur le même pied que celles expédiées par moy et par mes états de Silésie , pour la précédente levée; et je n'attens que la nouvelle du consentement que j'espère de votre zèle, pour déterminer et remettre les fonds nécessaires et suffisants à mes états de la Basse-Autriche, afin qu'ils dépêchent et délivrent d'abord les obligations requises pour votre seureté et celle des crédirentiers: vous prévenant que, tout onéreux qu'il m'est de fixer, pour la levée que je demande présentement, un terme plus court que celui de quinze années fixées pour le remboursement des quatre millions levez en dernier lieu , j'ai pris de tels arrangemens que, si vous accordez votre crédit pour lesdits trois millions de florins, argent de change, mes états de la Basse-Autriche s'obligeront à fournir, de trois en trois mois, telle somme qui sera requise, pour qu'outre le payement des intérests, le capital entier se trouve remboursé dans un terme de douze années, en cas que vous l'aimassiez mieux.

Il seroit inutile de vous alléguer des preuves que mes états d'Autriche sont aussi exacts et religieux observateurs de leurs engagemens, et en aussi bon crédit , que ceux de Silésie, puisque c'est chose si notoire, que vous n'en pouvez avoir le moindre doute; et vous pouvez être d'autant plus assurez que, non moins que pour l'acquittement de la précédente levée, sera, tout aussi

exactement pour celle-ci, payé et satisfait aux intérêts et capitaux : de quo-y mes soins paternels pour tout ce qui vous concerne, et l'importance même dont il est pour mes intérêts de soutenir, conserver et maintenir votre crédit, vous doivent être des sûrs garants. Et, pour ne même rien laisser du tout à désirer sur cet article de la seureté, et pour donner encore plus de confiance aux particuliers qui voudront acquérir des rentes dans cette levée, je consens que madame ma très-chère et très-aimée sœur la sérénissime Archiduchesse, gouvernante générale de mes Pais-Bas, vous assigne, pour hypothèque subsidiaire, les subsides auxquels vous êtes accoutumés de consentir tous les ans avec autant de zèle, et qu'elle vous permette de retenir, tous les ans, sur iceux, l'import de la courtresse , en cas que, contre toute attente, il dût jamais y en avoir, de la même manière que vous rabattez, tous les ans, des mêmes subsides, l'import de l'intérêt des sommes qui ont été ci-devant levées pour les pressants besoins de l'Etat.

La levée des deniers de cette nouvelle anticipation, bien loin d'aîîoiblir, augmentera et affermira votre crédit, et vous me rendrez un service d'autant plus signalé, que vous m'exempterez par là de chercher à faire cette levée en Hollande , et d'être exposé que, pour la permettre chez eux , les états généraux des Provinces- Unies chercheroient encore des conditions très-onéreuses et préjudiciables aux su jets des Païs-Bas , lesquelles j'ai rejetées, lorsque je me suis adressé à mes fidèles états des Païs-Bas pour la précédente anticipation de quatre millions de florins de change de Eraban t, par eux effectuée avec tant de zèle et de diligence.

La promptitude est aussi essentielle en cette affaire que la chose même, puisque c'est des dispositions à faire pendant l'hiver que dépendent les moyens d'ouvrir la campagne de bonne heure , pour le bien de la religion, et pour votre propre conservation, ainsi que pour me mettre en état de faire conduire, d'autant plus heureusement pour votre commerce, les conférences d'Anvers. 11 est si important de me mettre en état de pousser les Turcs assez

vivement, pour les contraindre à une prompte paix, que je suis persuadé que, considérant mes intérêts inséparables des vôtres, vous ferez voir de nouveau aux étrangers , par la continuation de votre zèle, que je ne suis pas dans le besoin d'avoir recours à leur crédit, aux dépens et en préjudice des intérêts de mes fidèles sujets.

Pour ce est-il que j'ai chargé l'Archiduchesse, ma très-chère et très-aimée sœur, de vous faire instruire de mes royales intentions, de la sûreté et solidité des fonds destinez pour servir d'hypothèque, de la régularité avec laquelle le payement se fera, de trois en trois mois, des avantages qui en peuvent résulter tant à vous en général, qu'aux crédirentiers en particulier, et des moyens que vous pourriez employer pour, aussi promplement que facilement, effectuer cette importante affaire, eu égard que, non plus qu'en la précédente, il ne s'agit en nulle façon de vous surcharger, mais uniquement de prêter votre nom et crédit, pour qu'aiant reçu le payement exact, de trois en trois mois, vous puissiez payer exactement les intérêts, et rembourser les capitaux de même (!).

11 ne me reste donc à vous dire autre chose, sinon qu'en espérant fermement et au plus tôt une prompte et favorable résolution, je vous assure de ma royale protection et reconnoissance , et de la tendresse vraiment paternelle avec laquelle je chercherai à vous procurer tout ce qui pourra contribuer à l'avantage et

(1) Les états de Brabant accordèrent le consentement qui leur était demandé, et ils ne voulurent même pas profiter de Toption, qui leur était laissée , de réclamer le remboursement des trois millions dans le terme de douze années, mais ils le fixèrent à quinze. Ils instruisirent l'Empereur de leur résolution par une lettre du 18 décembre, où ils lui disaient : « Nous espérons >-> que Votre Majesté voudra bien regarder cette notre conduite pour un effet » et une suite de notre attachement inviolable à sa personne sacrée , et qu'elle « daignera avoir pour agréable de les accepter comme une preuve réelle d'un « zèle des plus parfaits dont nous brûlons pour sa personne auguste et pour » le service de Votre Majesté. » (Regislre aux résolutions de Tannée 1758.)

augmentation de votre commerce, et au bien commun de mes

sujets, ainsi qu'au vôtre en particulier, faisant examiner avec soin, nonobstant l'accablement d'affaires occasionnées par les conjonctures présentes, ceux des points de vos précédentes représentations sur lesquels je n'ai encore pas pu juger assez à fond des moyens les plus propres à vous consoler, par les résolutions que je prendrai au plus tôt sur iceux, avec les égards favorables auxquels votre zèle et fidélité se peuvent et doivent attendre de mon amour paternel. A tant, très-révérends, révérends pères en Dieu, nobles, chers et féaux, chers et bien amez, Notre-Seigneur vous ait en sa sainte garde. De Vienne, le 29e d'octobre 1758.

CHARLES

Suscription : Aux très-révérends, révérends pères en Dieu, nobles, chers et féaux, chers et bien amez, les archevêque, évêque, prélats, nobles et chefs-villes de mon pais et duché deBrabant, ou à leur députez.

Archives des états de Brabant : reg. Lettres des souverains aux états, et Registre aux résolutions de Tannée 1738.

CHARLES VI AUX DÉPUTÉS DES ÉTATS DE BRABANT

les prie d'aider l'Archiduchesse gouvernante à obtenir des états le consentement qui fait l'objet de sa lettre précédente.

L'Empereur et Roy.

Révérends pères en Dieu, nobles, chers et féaux, chers et bien amez, madame ma très-chère et très-aimée sœur l'Archiduchesse,

ma Heutenante et gouvernante générale de mes Pays-Bas, vous informera de l'anticipation de trois millions de florins, argent de change de Brabant, sur des fonds et garantie de mes états de la Basse-Autriche, pour laquelle elle est chargée de demander le nom et crédit des états de mon pays et duché de Brabant, de même que des circonstances de cette affairé, en laquelle il n'y a nul risque ni surcharge pour la province, ni pour les finances de mes Pays-Bas, et la pétition qu'elle en fera faire auxdits états, ainsi que ce que j'ai trouvé convenir de leur en écrire, en font si ample mention, qu'il seroit superflu de vous en faire ici le détail.

«Tai néanmoins bien voulu vous faire cette, pour vous requérir, ainsi que je m'y attends de votre zèle, dont vous m'avez donné tant de preuves, que vous ayez à concourir non-seulement au consentement que j'espère, mais aussi à aider et assister au besoin Sadile Altesse de vos conseils et crédit, dans les moyens les plus convenables a conduire cette négociation à la briève et heureuse conclusion que j'espère et attends du zèle dont mesdits états de Brabant m'ont donné des preuves si fréquentes.

C'est l'expérience que j'ai de leur empressement à concourir, de toutes leurs forces, pouvoir et crédit, à tout ce qui peut être utile ou nécessaire au bien de mon royal service, laquelle m'engage à ne recourir en cette occasion qu'a mes fidèles états de Brabant, dont le crédit est assez solidement établi, pour qu'ils n'ayent pas besoin du concours de quelqu'autre province, pour faire cette levée, et dont le zèle pour ma personne et pour mon royal service est trop fervent, pour que je n'en attende pas un consentement aussi prompt et fructueux, qu'ils reconnoîtront que les circonstances et la situation de la guerre contre l'ennemi commun de la chrétienneté l'exigent. Et, comme chacun de vous en particulier m'a aussi donné des fréquentes marques de véritable zèle, je ne doute pas que vous vous employerez à faciliter et moyenner la promptitude de ce consentement, non-seulement de la part des deux premiers états, en leur assemblée générale, mais aussi partout ailleurs où vos soins y pourroient contribuer,

et notamment dans les trois chefs-villes, le zèle desquelles, j'espère, les engagera à ne pas apporter de retardement de leur part en cette affaire, lorsque leurs respectifs bourgemaîtres et pensionnaires leur feront connoître combien l'accélération y est nécessaire pour la seureté de mes États héréditaires , et pour celle de toute la ehrétiennelé.

À tant, révérends pères en Dieu, nobles, chers et féaux, chers et bien amez, Nôtre-Seigneur vous ait en sa sainte garde. De Vienne, le 29e d'octobre 1758.

CHARLES

Suscription : A révérends pères en Dieu, nobles, chers et féaux, et chers et bien amez, les députez ordinaires des trois états de mon pays et duché de Brabant.

Archives des élais de Brabant : reg. Lettres des souverains aux états.

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